Définition dans McClintock & Strong
Nersès (nom de plusieurs catholicos arméniens)
Nerses
Nerses est le nom de trois grands dignitaires qui sont devenus fort distingués dans l'histoire de l'Église arménienne.
1. NERSES I, LE GRAND, était arrière-petit-fils de Grégoire Photistes, l'apôtre des Arméniens, et naquit à Vagharchabad vers 310. En l'année 364 il fut élu évêque, et en 366, au Concile de Valarsckapat, le clergé du pays le nomma catholicos ou patriarche. À cette époque, il fut aussi décidé que dorénavant les patriarches d'Arménie ne seraient plus consacrés par l'archevêque de Césarée, mais que leurs propres évêques les nommeraient et les consacreraient. Dans sa position de patriarche Nerses fit montre de grands talents, surtout en ce qui concerne la discipline ecclésiastique, son souci des pauvres, et autres affaires propres à sa charge. Deux fois Nerses se rendit à Constantinople au nom du roi arménien Arsace, qui s'était révolté contre les empereurs Valentinien et Valens. Il parvint à apaiser le premier, tandis que le second le bannit. Théodose le Grand, successeur de Valens, rappela Nerses de son bannissement et le retint quelque temps à Constantinople, afin qu'il fût présent au second concile œcuménique en apr. J.-C. 381. Il retourna ensuite en Arménie, où il mourut en 384, empoisonné par le jeune roi Parou. Son fils fut Sahak le Grand (q.v.). Voir Lequien, Oriens Christianus, 1:1375.
2. NERSES KLAJETST, c.-à-d. Klajeman (appelé aussi Nerses IV, catholicos d'Arménie, et Shnorhali, c.-à-d. « le Délicat » ou « l'Agréable », à cause de ses talents d'orateur), naquit entre 1098 et 1100. Il était fils d'un prince arménien, qui le destinait à l'ordre ecclésiastique. En liaison avec son frère Grégoire, il fut d'abord instruit par le catholicos Grégoire Wkajaser, i.e. μαρτυροφίλος, puis par Stephanus, l'abbé du « monastère rouge » (Karmir Wankh), qui, quand Nerses fut prêt à entrer dans les ordres sacrés, le consacra diacre, puis peu après prêtre. Par le désir unanime du clergé, Nerses accepta en 1166 la haute dignité d'évêque, charge qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1173. Quand, en 1165, il rencontra par hasard le gendre de l'empereur Manuel Comnène (q.v.), il saisit l'occasion d'adresser à l'empereur une lettre dans laquelle il montrait qu'il n'existait aucune réelle différence dogmatique entre les Églises arménienne et grecque, et que l'Église arménienne, en parlant d'une nature du Mashiah (Christ), prend le mot au sens de personne; il en allait de même des différences liturgiques et rituelles des deux Églises. Cette lettre donna lieu à une correspondance entre les deux Églises visant l'union des deux. L'empereur envoya le philosophe Theorianus, qui soutint une disputation avec l'abbé arménien Jean Uthman, dont le résultat fut une reconnaissance mutuelle de leur accord en points dogmatiques ainsi qu'en points liturgiques et rituels. Cette disputation fut publiée pour la première fois par John Leunclavius (Bâle, 1578), en grec et latin, et republiée plus complètement par Angelo May dans sa Scriptorum veterum nova collectio (Romae, 1822), vol. 6. Nerses, cependant, mourut avant d'avoir reçu le consentement de tous les évêques arméniens aux points que l'empereur, dans une lettre datée de décembre 1172, avait posés comme base de l'union, à savoir: 1) excommunier tous ceux qui acceptent une nature en Mashiah (Christ) — Eutychès, Dioscore, Sévère, Timothée le bossu, et semblables; 2) ils devraient reconnaître deux natures en Mashiah (Christ), ainsi que deux volontés et deux énergies (ἐνέργειαι), mais une seule personne; 3) ils devraient omettre les mots qui crucifixus es dans le Tersanctus; 4) célébrer les fêtes grecques — l'Annonciation de Marie, 25 mars; la naissance de Jésus, 25 déc.; sa circoncision le 1er et son baptême le 6 janvier; sa présentation au Temple, 2 fév.; et toutes les fêtes du Seigneur, de la Bienheureuse Vierge, de Jean le Baptiste, des saints apôtres, etc.; 5) le myron devrait être préparé avec huile d'olive; 6) employer pour la communion du pain levé, et du vin mêlé d'eau; 7) permettre aux laïcs ainsi qu'au clergé, à l'exception des pénitents, de rester pendant le service divin et la communion dans l'église; 8) reconnaître les quatrième, cinquième, sixième et septième conciles œcuméniques; et 9) que le catholicos ne soit nommé que par l'empereur grec. Nerses fut un écrivain fécond et un théologien lettré. D'une grande importance pour l'histoire de l'Église et des doctrines sont ses épîtres, qu'il écrivit comme évêque et catholicos à propos de disputes théologiques et de questions ecclésiastiques, et qui furent publiées à Constantinople (1825) et Venise (1858), où aussi (en 1833) parut une traduction latine par Capelletti. Nerses excella aussi en poésie, et il aurait introduit la rime dans la poésie arménienne. Les Arméniens le considèrent comme leur Homère. Son plus grand poème est Jésus le Fils, un abrégé poétique de l'Ancien et du Nouveau Testament en 3825 vers; et le Mot de Foi, un abrégé des quatre Évangiles en 1502 vers. Ses chants spirituels se trouvent dans les livres d'hymnes de l'Église arménienne. En 1824 parut à Venise une édition de ses poèmes et œuvres. Voir Monike, in Ilgen's Zeitschrift für hist. Theologie, 1:87 s.; Lequien, Oriens Christianus, 1:1399; Galanus, Conciliatio, vol. 1, ch. 19.
3. NERSES LAMBRONENSIS (initialement Sembat), parent de Nerses IV et fils du duc de Lambron, naquit en 1133. Il fut très doué, et, à seize ans, il fut nommé abbé du monastère de Skyrra, près de Constantinople. Ayant appris cette nomination, il conçut le projet de se retirer dans le désert. Sa mère l'en empêcha et le conduisit à Hromkla afin qu'il fût consacré par son oncle Nerses, ce que ce dernier fit, lui donnant en même temps son nom, Nerses. Peu après il se retira dans le monastère sur la Montagne Noire, où le savant Stephanos devint son maître. Les talents oratoires de Nerses furent bientôt remarqués par les moines, et il fut obligé de prêcher dans l'église de Lambron, ce qu'il fit avec tant de satisfaction que, quoique âgé seulement de dix-huit ans, il se vit offrir l'abbatiat du monastère de Skyrra et l'épiscopat de Lambron. Il déclina cependant tous ces honneurs, et afin de se consacrer entièrement à ses études il partit avec son maître pour le désert. En 1176 Nerses fut nommé archevêque de Tarse et Lambron, et aussi abbé du monastère de Skyrra. En 1179 il fut délégué par le catholicos Grégoire pour ouvrir le synode qui devait se tenir à Hromkla en vue d'opérer l'union entre les Églises arménienne et grecque, par une acceptation de la Confession du Concile de Chalcédoine (q.v.) et la doctrine des deux natures. Cette union, sur le point d'être consommée, fut cependant empêchée par la mort de l'empereur en 1180. Au milieu des révoltes, guerres et troubles qui suivirent, l'affaire fut entièrement oubliée. La haine des Grecs contre les Arméniens se ranima, surtout quand ces derniers s'allièrent aux croisés latins. Afin de se justifier lui-même et son peuple devant les Grecs, qui les présentaient aux Latins comme eutychéens (q.v.), le catholicos Grégoire envoya en 1184 une délégation au pape Lucius III, qui répondit par l'envoi des insignes du patriarcat, ainsi que d'une liturgie romaine et d'une épître, que Nerses traduisit; celui-ci consentit aussi à quelques changements proposés par le clergé romain, spécialement que les principales fêtes ecclésiastiques fussent célébrées avec les autres Églises en même temps, ce qui causa grande insatisfaction parmi le clergé oriental-arménien. Nerses mourut en 1192 et fut enterré au monastère de Skyrra, dont il était abbé, et il est commémoré dans son Église le 17 juillet. Il écrivit: Explication des Ordres ecclésiastiques et de la Liturgie de la Messe (Venise, 1847); Discours d'ouverture du Concile d'Hromkla (ibid. 1784; trad. lat. ibid. 1812, 1838, et en allemand par Neumann, Leipzig 1834); Commentaires sur différents livres de la Bible; Vies des Pères, surtout des Anachorètes; Adresses et Homélies (Venise, 1838); Explication du Symbole de Nicée (Const. 1736); un Panégyrique sur Nerses Klajensis (St. Pétersbourg, 1782; Madras, 1810; Const. 1826); outre des traductions du latin, syriaque et grec. Voir Lequien, Oriens Christianus, 1:1345; Herzog, Real-Encyklopadie, 19:85 s.; 20:210 s.; Theologisches Universal-Lexikon, s.v.; Biography of the Saints, vol. 5; Neumann, Versuch einer Geschichte der armenischen Literatur (Leipz. 1836), p. 148; Tchamtchenang, Hist. of Armenia (Venice, 1783-4, 3 vols.), 3:58 s.; Gieseler, Church History (transl. Smith), 2:617; Kurtz, Lehrbuch d. Kirchengeschichte (Mitau, 1874), p. 190, 214; Jicher, Allgemeines Gelehrten-Lexikon, s.v. Nierses; Cave, Historia literaria scriptorum ecclesiasticorum, p. 591, 596; Malan, Life and Times of St. Gregory the Illuminator, with Intro. on the Hist. of the Armenian Church, p. 35 s.
