Définition dans McClintock & Strong
Negrillos (ou Negritos, Philippines)
Negrillos or Negritos
Negrillos ou Negritos (espagnol, diminutif de Negro) est le nom donné par les Espagnols à certaines tribus de type nègre habitant l'intérieur de quelques-unes des îles Philippines, et différant essentiellement tant par les traits que par les mœurs des habitants malais de l'archipel oriental. Parmi les planteurs et villageois des plaines on leur donne le nom d'Itas ou Ajetas (prononcé Abetus). Ils sont aussi appelés par les Espagnols Negritos del Monte, parce qu'ils habitent pour la plupart les districts montagneux; et l'une des îles où ils abondent porte le nom d'Isla de los Negros. Ces Negritos sont également connus sous les noms d'Aeta, Aigta, Ite, Inapta, et Igolote ou Igorote. Ils ressemblent fort aux Noirs de Guinée, mais sont beaucoup plus petits de taille, mesurant en moyenne à peine quatre pieds huit pouces, d'où leur appellation. On les décrit comme un peuple petit, menuis, mais bien fait et actif; la partie inférieure du visage projetée comme chez les Noirs d'Afrique, les cheveux soit crépus soit frisottés, et le teint fort sombre, mais pas aussi noir que celui des Noirs. Les Espagnols les décrivent comme plus petits, plus légèrement bâtis, moins noirs, et moins laids que les Noirs — Menos Negros y menos feos. Tous les auteurs s'accordent à parler d'eux comme plongés dans les plus profonds abîmes de sauvagerie, errant dans les bois et les montagnes, sans demeures fixes, et ne portant qu'une bande d'écorce pour couvrir leur nudité; dormant dans les branches des arbres, ou parmi les cendres des feux où ils avaient fait cuire leurs aliments. Leurs seules armes sont l'arc et la flèche; et ils vivent de racines, de fruits sauvages, et de toute sorte d'animaux qu'ils peuvent surprendre dans leurs habitats ou conquérir à la chasse. Par les Malais ils sont méprisés et haïs; et les chasseurs de buffles dans les bois, lorsqu'ils les rencontrent, n'hésitent pas à les abattre comme bêtes sauvages ou gibier. «Il ne m'est pas venu à connaissance,» dit Mallat, «qu'une famille de ces Noirs ait jamais pris domicile dans un village. Si les habitants mahométans en font des esclaves, ils préféreront être battus à mort plutôt que de subir quelque fatigue corporelle; et il est impossible, soit par la force soit par la persuasion, de les amener au travail... Poussés par un instinct irrésistible de retourner au lieu de leur naissance, ils préfèrent la vie sauvage à tous les charmes de la civilisation. Il est arrivé que des individus, qui avaient pris des Negritos lorsqu'ils étaient enfants, et s'étaient donné la peine de leur donner une éducation, se sont trouvés soudainement abandonnés par eux» (2:95). Le même écrivain, ecclésiastique, les décrit comme doux et inoffensifs dans leurs manières, chaque fois qu'il entra en rapport avec eux; et quoique informé que certains d'entre eux étaient cannibales, il n'était pas disposé à croire le rapport. Le Dr Carl Scherzer, historien du tour du monde du Novara, lorsqu'il fut à Manille, eut l'occasion de voir une fille Negrita qu'il décrit ainsi : «C'était une fille d'environ douze ou quatorze ans, de stature naine, aux cheveux crépus, aux narines larges, mais sans la peau foncée et les lèvres largement éversées qui caractérisent le type nègre. Cette fille plaisante, d'une belle constitution symétrique, avait été élevée dans la maison d'un Espagnol, apparemment dans l'objectif pieux de sauver son âme du paganisme. La pauvre petite Negrilla comprenait à peine sa propre langue maternelle, en plus d'un très petit peu de tagalog, de sorte que nous eûmes des difficultés considérables à nous comprendre.» D'après des déclarations espagnoles, les Negritos ne se trouvent que dans cinq des îles Philippines, à savoir Luzon, Mindoro, Panay, Negros et Mindanao, et sont estimés à environ 25 000 âmes. Quelques-uns existent toutefois dans l'intérieur de certaines autres îles de l'archipel oriental; et on les trouve aussi, quoique en petit nombre, dans certaines îles de la Polynésie. Ils sont entièrement un peuple insulaire, et sont par conséquent traités par Prichard sous la désignation de Pelagian Negroes. Pour le Dr Pickering ils forment une race distincte, ressemblant aux Papous, mais s'en différenciant par la petite stature, l'absence générale de barbe, la projection de la partie inférieure du visage ou profil incliné, et les traits nègres exagérés. Les cheveux, aussi, sont plus crépus que ceux des Papous, quoique bien loin d'égaler en densité ceux des Noirs. Pour Latham les Negritos sont classés sous la subdivision des «Oceanic Mongolidae, C», subdivision ensuite modifiée par lui en désignation d'«Amphinesians» et de «Kelaenonesians». Müller, dans son Allgemeine Ethnographie (Vienne, 1873), les classe parmi les Papous au type pur; mais Wallace les considère comme une race tout à fait distincte, et, les rapprochant des habitants des îles Andaman, dans le golfe du Bengale, estime qu'ils sont probablement d'origine asiatique plutôt que polynésienne; et Peschel, dans sa Völkerkunde (2e éd. Leipsic, 1875), préfère les appeler Papous asiatiques, en distinction des Papous australiens. Les Negritos hors des Philippines se rencontrent pour la plupart dans les îles relevant de cette dernière appellation, comme la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Irlande, les îles Salomon, Louisiade, la Nouvelle-Calédonie, et la Tasmanie ou terre de Van Diemen. Excepté dans cette dernière île, cependant, les Negritos, au sens strict — c'est-à-dire les peuples brunâtres à cheveux crépus — ne prévalent pas nettement sur les autres tribus natives moins fortement marquées de traits nègres; tandis qu'en Tasmanie même la race a presque entièrement disparu, ne se montant aujourd'hui qu'à deux ou trois douzaines d'individus. Le Dr Pickering pense que «la race negrito a autrefois occupé plus d'espace qu'à l'heure actuelle, et qu'elle a dans bien des cas précédé la diffusion d'autres races.» Nous concluons par la description d'un indigène negrito d'Erromango (l'île où le missionnaire Williams fut assassiné), fournie au Dr Pickering par Horatio Hales, son associé dans l'expédition d'exploration des États-Unis. «Il mesurait environ cinq pieds,» dit M. Hales, «mince et aux membres longs; il avait les cheveux crépus et serrés, un front arqué et reculé, des sourcils courts et clairsemés, un petit nez retroussé, des lèvres épaisses (surtout la supérieure), un menton fuyant, et cette projection des mâchoires et de la partie inférieure du visage qui est l'une des caractéristiques distinctives de la race noire... Placé au milieu d'une foule de noirs africains, rien en lui ne permettait de le distinguer des autres.» Les Negritos n'ont pas de religion, et n'adorent aucune étoile. Il semble toutefois qu'ils aient transmis aux Sanguianes (une race brune habitant le voisinage), ou appris d'eux, la pratique d'adorer pendant un jour un rocher ou le tronc d'un arbre dans lequel ils trouvent une ressemblance avec quelque animal. Puis ils l'abandonnent, et n'en pensent plus jusqu'à ce qu'ils rencontrent une autre forme fantastique, qui devient alors l'objet d'un culte aussi frivole. Vivant dans un état tout à fait primitif, ces sauvages ne possèdent aucun instrument de musique; et leur langue, qui ressemble au gazouillement des oiseaux, ne contient que quelques mots incroyablement difficiles à acquérir pour l'étranger qui tente de les apprendre. Ils sont fidèles au mariage, et n'ont qu'une seule femme. Lorsqu'un jeune homme a fait son choix, ses amis ou parents demandent le consentement de la jeune fille. Il n'est jamais refusé. Le jour est choisi, et le matin, avant le lever du soleil, la fille est envoyée dans la forêt, où elle se cache, ou non, selon son inclination pour son prétendant. Une heure après le jeune homme est envoyé à sa recherche; et s'il a la bonne fortune de la trouver, et de la ramener chez ses parents avant le coucher du soleil, le mariage est consommé, et elle lui appartient pour toujours. Mais si, au contraire, il revient sans elle, il doit renoncer à toute prétention ultérieure. La vieillesse est fort respectée parmi les Negritos, et c'est toujours l'un des plus âgés qui préside leurs assemblées. Tous les sauvages de cette race vivent en grandes familles de soixante ou quatre-vingts, et errent dans les forêts sans demeure fixe. Ils tiennent les morts en grand respect. Pendant plusieurs années ils se rendent sur leurs tombes pour y déposer un peu de tabac et de bétel. L'arc et les flèches du défunt sont suspendus au-dessus de sa tombe le jour de l'inhumation, et, selon leur croyance, il sort chaque nuit de la tombe pour aller chasser. Ils n'attendent pas toujours la mort de l'affligé avant de l'enterrer. Immédiatement après que le corps a été déposé dans la tombe, il devient nécessaire, selon leurs usages, que la mort soit vengée. Les chasseurs de la tribu sortent avec leurs lances et flèches pour tuer la première créature vivante qu'ils rencontrent, qu'il s'agisse d'un homme, d'un cerf, d'un sanglier ou d'un buffle. Lorsqu'ils sont en voyage à la recherche d'une victime, ils prennent la précaution de casser les jeunes pousses des arbustes qu'ils dépassent, laissant les extrémités pendantes dans la direction de leur route, afin d'avertir les voisins et les voyageurs d'éviter le chemin qu'ils prennent en quête d'un homme ou d'une bête à offrir; car si l'un des leurs tombe entre leurs mains, même lui est sacrifié comme victime expiatoire. Voir Mallat, Les Philippines, etc. (Paris, 1846, 2 volumes, 8vo), 2:94 s.; De la Gironiere, Vingt Années aux Philippines (Paris, 1853), p. 294 s.; Earl, Native Races of the Indian Archipelago (Lond. 1853), chapitres 7, 8; Semper, Die Philippinen u. ihre Bewohner (Würzburg, 1869).
