Définition dans Jewish Encyclopedia

Travail

LABOR

Données bibliques : Le travail et le travailleur sont investis dans la littérature juive d'une dignité à peine parallélée dans d'autres religions ou systèmes sociaux anciens. Tandis que les divinités de toutes les nations de l'antiquité sont dépeintes comme passant leur vie soit dans la débauche et le plaisir, comme les Olympiens, soit dans un repos éternel, comme le dieu hindou Brahma et le Bouddha déifié, Elohîm est représenté dans la Bible comme le Modèle Ouvrier, comme le Fabricant et Gouverneur du monde qui « ne s'épuise point, ne se lasse point » (Gen. i. ; Isa. xl. 28). En conséquence, l'homme, fait à l'image d'Elohîm, fut placé dans le Jardin d'Éden non pour une oisiveté pure, mais « pour le cultiver et le garder » (Gen. ii. 15) ; et lorsque, attiré au péché, Adam tomba, le travail à la sueur de son front lui fut imposé comme châtiment, mais en même temps comme moyen de l'élever à un rang supérieur de culture.

Le Sabbath aussi fut institué par Elohîm, déclare la Bible, dans le but de bénir le travail. Tout comme il formait l'apogée et la couronne de la semaine de travail d'Elohîm à la Création, ainsi le Sabbath doit être pour l'homme un moyen de sanctifier son labeur des jours de semaine (Gen. ii. 3). C'est la haute conception du travail qui donna au Sabbath juif, par opposition au Sabbath babylonien, le caractère d'un jour béni de repos. Quand, se lamentant sous le joug d'Égypte, les esclaves hébreux n'avaient aucun répit accordé le Sabbath, alors (Ex. v. 5-8) le Sabbath assura au serviteur fatigué, et même à la bête au service de l'homme, le repos nécessaire, et établit ainsi pour toujours la dignité du travail (Deut. V. 14-15). Le même esprit humain inspira la loi : « Tu ne museleras point le bœuf, quand il foule le grain » (Deut. xxv. 4).

Un grand respect pour le travailleur était si solidement implanté chez le peuple juif qu'ils ne passaient pas les ouvriers aux champs sans leur adresser des bénédictions (Ps. cxxix. 8 ; Juges vi. 11-12). La bénédiction divine repose toujours sur l'œuvre des mains de l'homme (Deut. xxviii. 12 ; Ps. cxxviii. 2). Le Livre des Proverbes met en garde spécialement contre l'oisiveté qui entraîne pauvreté et disette (Prov. xxiv. 30-34), et exhorte l'homme à apprendre l'industrie de la fourmi (ib. vi. 6-11) et de l'abeille (LXX. au passage), par lesquelles la prospérité est atteinte (ib. x. 4) et le malheur évité (ib. xviii. 9).

Dans la littérature rabbinique : Les Rabbins sont plus emphatiques encore dans l'éloge du travail : « Aime le travail ! » est la maxime de Sameas (Abot i. 10). « Plus grand est le mérite de l'industrie que de la piété oisive ; car il est dit : Si tu manges du travail de tes mains, heureux tu seras, et il ira bien pour toi » (Ps. cxxviii. 1-2) — c.-à-d., « tu jouiras du bonheur tant dans cette vie que dans le monde futur » (Ber. 8a). La Congrégation des Saints (« 'Edah Kedoshah ») divisait la journée en trois parties ; consacrant l'une à la prière, la seconde au travail, et la troisième à l'étude de la Torah (Eccl. R. à ix. 9 ; voir Esséniens). « Le travail prête dignité à l'homme » (Ned. 49b). « Aucun travail, si offensant soit-il, n'est aussi dégradant que l'oisiveté. » « Que nul ne dise : ‘Je suis issu d'une noble famille et je ne dois point m'abaisser au travail !’ » (B. B. 110a). « Vis le Sabbath comme les jours de semaine, et ne sois pas dépendant des autres, » dit R. Akiba (Shab. 118a). « Sur le travail Elohîm fit Son alliance avec l'homme ; car Il fonda Lui-même le Sabbath sur l'œuvre qu'Il accomplit. » « Même dans l'Eden Adam n'eut pas le droit de manger avant d'avoir gagné son pain par le travail. » « Non plus Elohîm ne fit reposer Sa Shekinah sur les Israélites avant qu'ils eussent accompli le travail talmudique de construire le Tabernacle pour Lui » (Sayings. (Ab. R. N. Recension A. xi. ; Recension B. xxi., éd. Schechter, p. 44)).
« De même la manne dans le désert fut donnée seulement à la condition qu'Israël ferait quelque sorte de travail » (Mek., Beshallah AVayassa, iv.). « L'oisiveté met la vie en péril » (Ab. R. N. l.c.). « Celui qui n'enseigne pas à son fils un métier lui enseigne le vol » (Tosef., Kid. i. 11 ; Mek., Bo, xviii.). « Une épouse, » dit R. Eliezer, « peut avoir cent serviteurs, et pourtant il est de son devoir d'accomplir quelque travail ; car l'oisiveté engendre la lubricité » (Ket. v. 5). Dit R. Joshua b. Levi : « Quand Adam entendit la voix d'Elohîm disant : ‘Épine et chardon produira la terre pour toi, et tu mangeras l'herbe des champs,’ il s'écria : ‘Moi et ma bête mangerons-nous de la même crèche ?’ Mais quand Elohîm continua : ‘À la sueur de ton visage tu mangeras du pain,’ il se sentit soulagé, et bénit la puissance sanctificatrice du travail » (Pes. 118a). Elohîm Lui-même, selon le Midrash (Gen. R. xxiv. 7 ; comp. Livre des Jubilés, iii. 35), enseigna à Abraham comment faire toutes sortes d'ouvrages. « Sur l'ouvrage de l'homme la bénédiction d'Elohîm repose » (Midr. Teh. à Ps. xxiii. 1).

Un adage juif caractéristique est : « Une famine peut durer sept ans ; mais elle n'entrera pas dans la porte de l'artisan » (Sanh. 29a ; voir aussi Agriculture et Artisans). C'est cet esprit juif d'appréciation du travail qui trouva un écho dans le Nouveau Testament (II Thess. iii. 10 ; Eph. iv. 28 ; comp. Jew. Encyc. iv. 589, s.v. Didascalia).

Tout au long de l'époque talmudique et à travers l'histoire juive la règle fut observée que la poursuite de l'apprentissage devait être combinée avec le travail (Ab. ii. 2), car il est dit : « Torah sans travail doit à la fin faillir » ; et ceux qui poursuivirent la première sans le second furent l'exception (Mek., Beshallah, Wayassa, ii. ; Ber. 35a ; comp. Ecclus. [Sirach] xxxviii. 24-34). L'oisiveté ne fut jamais encouragée par la loi juive.

Bibliographie : Hamburger, R. B. T. i., s.v. Arbeit.

j. K.

Voir la fiche concept
Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.