Définition dans Jewish Encyclopedia
Tour de Babel
BABEL, TOWER OF
Données bibliques : L'histoire de la construction de la ville et de la Tour de Babel telle qu'elle se trouve en Genèse xi. 1-9 est brièvement la suivante :
Toute la race humaine parlait une seule et même langue, et formait une seule communauté. Cette communauté ou clan s'établit définitivement dans le pays de Shinar, non loin du fleuve Euphrate. Là ils bâtirent une ville et une tour avec des matériaux que pouvait fournir un grand bassin fluvial et que l'ingéniosité humaine pouvait fabriquer. Apparemment cela fut fait pour empêcher qu'ils ne se dispersent et ne perdent leur unité tribale, pour former un grand centre autour duquel ils pourraient se rassembler, et pour se procurer un nom. YHWH descendit pour examiner le dessein de cette entreprise peu ordinaire. La confiance en eux et l'unité du peuple étaient partout manifestes. Craignant que l'accomplissement de ce projet ne les pousse à des mouvements encore plus indépendants, YHWH dit : « Descendons, et là confondons leur langue. » Par conséquent ils furent dispersés sur la face de toute la terre ; « et ils cessèrent de bâtir la ville. » Le nom en fut donc appelé « Babel », parce que là YHWH confondit la langue unique de la terre.
j. jr. I. M. P.
Dans la littérature rabbinique : Les Midrashim donnent des récits différents sur la véritable raison de la construction de la Tour de Babel, et sur les intentions de ses bâtisseurs. Elle fut considérée même dans la tradition tannaitique comme une rébellion contre Elohîm (Mek., Mishpatim, 20, éd. Weiss, p. 107 ; Gen. R. xxxviii. 9), et le Midrash ultérieur rapporte que les constructeurs de la Tour, appelés nj?Sn "in, « la génération de la sécession » dans les sources juives, dirent : « Lui — Elohîm — n'a pas le droit de choisir le monde supérieur pour Lui seul, et de laisser le monde inférieur pour nous ; c'est pourquoi nous construirons une tour, avec une idole au sommet tenant une épée, afin qu'il paraisse qu'elle entend faire la guerre à Elohîm » (Gen. R. xxxviii. 7 ; Tan., éd. Buber, Noah, xxvii. et seq.). La construction de la Tour devait défier non seulement Elohîm, mais aussi Abraham, qui exhorta les bâtisseurs à la révérence ; par conséquent la Bible (Genèse xi. 1) parle du D'HIN D'13“t, « une seule parole », qui est interprété comme signifiant parole contre « l'Unique », contre Elohîm, et contre Son seul disciple (comparer Ezéch. xxxiii. 24). Le passage mentionne en outre que les bâtisseurs prononcèrent des paroles dures — D'in = D'lriN — contre Elohîm, non citées dans la Bible, disant qu'une fois tous les 1 656 ans — d'après Seder ‘Olam, 1 656 ans se sont écoulés entre la Création et le Déluge — les cieux chancelaient si bien que l'eau se déversait sur la terre ; aussi ils les soutiendraient par des colonnes pour qu'il n'y ait plus jamais de déluge (Gen. R. loc. cit. ; Tan. loc. cit. ; voir aussi Josephus, “Ant.” i. 4, § 2). Certains parmi cette génération coupable voulaient même faire la guerre à Elohîm dans les cieux (Sanh. l.c. ; et le passage des Livres sibyllins iii. 100, cité par Josephus, loc. cit.). Ils furent encouragés dans cette entreprise folle par le fait que des flèches qu'ils tiraient dans le ciel retombaient dégouttant de sang, si bien que le peuple crut réellement pouvoir faire la guerre aux habitants des cieux (“Sefer ha-Yashar”, Noah, éd. Leghorn, 125). D'après Josephus et Pirke R. El. xxiv., c'est principalement Nimrod qui persuada ses contemporains de construire la Tour, tandis que d'autres sources rabbinaires affirment, au contraire, que Nimrod se sépara des constructeurs (comparer Ginzberg, “Die Haggada bei den Kirchenvätern,” pp. 88, 89).
Six cent mille hommes (« Sefer ha-Yashar », 125) furent employés pendant quarante-trois ans (Livre des Jubilés x.) à bâtir la Tour. La construction de la Tour avait atteint une telle hauteur qu'il fallait une année entière pour hisser jusqu'au sommet les matériaux nécessaires ; par conséquent les matériaux devinrent si précieux qu'ils pleuraient lorsqu'une brique tombait et se brisait, tandis qu'ils restaient indifférents lorsqu'un homme tombait et était tué. Ils se comportèrent aussi très cruellement envers les faibles et les malades qui ne pouvaient pas beaucoup contribuer à la construction ; ils n'autorisaient même pas une femme en travail à quitter le travail (Apocalypse grecque de Baruch iii.). Elohîm permit d'abord au peuple de continuer son ouvrage, attendant de voir s'ils ne renonceraient pas à leur entreprise coupable, et quand ils continuèrent encore, Il s'efforça de les amener au repentir (Gen. R. loc. cit. ; Tan. loc. cit. ; Mek., Beshallah, Shirah, 5), mais en vain. La confusion des langues — avant cela tous parlaient l'hébreu — les contraignit alors à abandonner le travail, nombreux périssant à cette occasion ; car si l'un recevait des pierres au lieu de mortier à cause du malentendu avec ses compagnons, il s'irritait et jetait les pierres sur celui qui les lui avait données (“Sefer ha-Yashar”, 125). Une partie des constructeurs fut changée en singes, en mauvais esprits, en démons et en fantômes errant la nuit (Sanh. loc. cit. ; Apocalypse grecque de Baruch ii.), et le reste fut dispersé sur toute la terre. La puissante Tour fut renversée par des vents (Livres sibyllins loc. cit. ; Josephus, loc. cit. ; Mek., Beshallah, 4, éd. Weiss, 37) ; selon l'opinion d'autres, un tiers de l'édifice fut consumé par le feu, un tiers s'enfonça dans la terre, et un tiers demeura debout (Sanh. loc. cit. ; Gen. R. loc. cit. 8). Afin de donner une idée de la hauteur de la Tour, on dit que pour quiconque se tient encore aujourd'hui sur les ruines, de grands palmiers en dessous lui paraissent comme des sauterelles. Ce vestige de la Tour se situerait à Borsippa.
Bien que la génération des bâtisseurs de la Tour fût beaucoup plus méchante que celle qui périt lors du Déluge, la punition de ces derniers fut bien plus sévère, parce qu'ils étaient des voleurs, tandis que les premiers vivaient en paix les uns avec les autres, et la paix est d'une importance si suprême qu'Elohîm épargne même les idolâtres tant qu'ils vivent paisiblement (Gen. R. loc. cit. 7). Comparer Languages, Seventy.
Bibliographie : Ginzberg, Die Haggada bei den Kirchenvätern, pp. 88, 91-94.
J. SR. L. G.
Dans la littérature musulmane : Qu'un certain récit sur Babel ait atteint Mahomet paraît certain ; mais il était sous une forme singulièrement imparfaite et confondu par lui avec un autre récit concernant Khordad et Mordad, deux des Amshaspands parsis. La seule référence se trouve dans le Coran (sourate ii. 96) :
« Mais ils suivirent ce que les Satans récitaient contre le royaume de Salomon — et Salomon n'était pas un infidèle, mais les Satans étaient des infidèles, enseignant aux hommes la magie — et ce qui fut révélé aux deux anges à Babil, Harut et Marut. Ils n'enseignent à personne sans dire : ‘Nous ne sommes qu'une tentation, ne soyez donc pas infidèles.’ Le peuple apprend d'eux ce par quoi il peut séparer l'homme et sa femme, pourtant ils ne nuisent par cela à personne, sauf avec la permission d'Elohîm ; ils apprennent ce qui leur fait du tort à eux-mêmes et ne leur profite point. »
Ici tout ce qui reste du récit de Babel est le nom et l'idée que là la séparation peut être apportée. Quant à Harut et Marut, les commentateurs musulmans expliquent qu'ils étaient deux anges envoyés par Elohîm pour enseigner aux hommes la magie, afin de les éprouver et de leur montrer la différence entre magie et miracle. C'est une histoire des Juifs, continue le commentateur Baidawi (in loco), mais à rejeter, selon laquelle ils prirent chair, furent séduits par une femme Zuhara dans la luxure et la rébellion contre Elohîm, et lui apprirent comment monter dans les cieux. Plus tard cependant l'Islam embrassa cette légende juive dans son intégralité, et épuisant son imagination, représenta le puits à Babil avec les anges rebelles pendus par les talons et donnant des leçons de magie à quiconque venait à eux (voir Lane’s “Arabian Nights,” chap. iii., note 14, et Al-Tha’labi’s “Kisas al-Anbiyya,” pp. 43 et suiv. ; comp. éd. du Caire, 1298).
Avec une référence si vague dans le Coran et une confusion fondamentale pareille à affronter, les récits de la Tour et de la confusion des langues ont laissé peu ou pas de trace dans l'Islam populaire ; les « Mille et Une Nuits » ne les connaissent pas. Quelques historiens ne connaissent que la confusion des langues. Ainsi chez Yakut (i. 448 et suiv.) et dans le “Lisan al-‘Arab” (xiii. 72) Elohîm fit venir l'humanité sur la plaine ensuite appelée « Babil », au moyen de vents qui les poussèrent ensemble. Là Il assigna à chacun sa langue particulière, et les vents les dispersèrent de nouveau vers leurs terres assignées.
En un endroit Tabari (“Annales,” éd. de Goeje, i. 220) donne une tradition selon laquelle Nimrod régna à Babil et son peuple était musulman. Mais il les égarait vers l'idolâtrie, et en un seul jour Elohîm confondit leur langue, qui avait été le syriaque, et ils devinrent de soixante-douze langues. Ailleurs (p. 224) Tabari raconte l'histoire pratiquement comme dans la Genèse. Ibn Wadih (i. 17) a un récit plus long sur les mêmes lignes. Abu ‘Isa, l'astronome cité par Abu al-Fida (“Hist. Anteisl.,” éd. Fleischer, p. 18), raconte aussi l'histoire biblique de la Tour et de la confusion. Il ajoute qu'Éber seul, parce qu'il ne se joignit pas aux autres dans leur tentative impie, fut autorisé à conserver l'original langue hébraïque. C'est en curieux contraste avec les autres récits, qui envisagent le syriaque comme langue originelle. Il est possible que la croyance, courante dans tout le monde musulman, que le syriaque fut la langue originelle, doive être attribuée à l'influence du syriaque “Cave of Treasures” et de l'arabe “Kitab al-Majall”, avec leurs polémiques anti-juives.
J. JB. D. B. M.
