Définition dans Jewish Encyclopedia
Tosafot
TOSAFOT
(« additions ») ; gloses critiques et explicatives sur le Talmud, imprimées, dans presque toutes les éditions, sur la marge extérieure et en regard des notes de Rashi.
Les auteurs des Tosafot sont connus sous le nom de Tosafistes (« ba'ale ha-tosafot »). La raison pour laquelle ces gloses sont appelées « tosafot » est matière à débat parmi les savants modernes. Nombre d'entre eux, y compris Graetz, pensent que les gloses sont ainsi nommées comme additions au commentaire de Rashi sur le Talmud. En fait, la période des Tosafot commença immédiatement après que Rashi eut écrit son commentaire ; les premiers tosafistes furent les gendres et les petits-fils de Rashi, et les Tosafot consistent principalement en critiques du commentaire de Rashi. D'autres, particulièrement Weiss, objectent que nombre de tosafot, notamment celles d'Isaiah di Trani, ne font aucune référence à Rashi. Weiss, suivi par d'autres savants, affirme que « tosafot » signifie « additions » au Talmud, c.-à-d. qu'elles en sont une extension et un développement. Car, de même que la Gemara est un commentaire critique et analytique de la Mishnah, les Tosafot sont des gloses critiques et analytiques sur ces deux parties du Talmud. En outre, le terme « tosafot » ne fut pas appliqué pour la première fois aux gloses des continuateurs de Rashi, mais à la Tosefta, les additions à la Mishnah compilées par Judah ha-Nasi I. « Tosefta » est un terme babylonien, remplacé dans les écrits palestiniens par « tosafot » (voir Yer. Pe’ah ii. 17a ; Lev. R. xxx. 2 ; Cant. R. vi. 9 ; Eccl. R. v. 8). Les Tosafot ressemblent aussi à la Gemara à d'autres égards, car, de même que celle-ci est l'œuvre de différentes écoles poursuivie pendant une longue période, celles-là furent écrites à différentes époques et par différentes écoles, puis réunies en un seul corps.
Jusqu'à Rashi et y compris lui, les commentateurs talmudiques ne s'occupaient que du sens littéral (« peshat ») du texte ; mais, après le commencement du douzième siècle, l'esprit de critique s'empara des maîtres du Talmud. Ainsi, certains continuateurs de Rashi, tels que ses gendres et son petit-fils Samuel ben Meir (RaSHBaM), tout en écrivant des commentaires sur le Talmud à la manière de ceux de Rashi, écrivirent aussi des gloses sur celui-ci dans un style qui leur était propre. La principale caractéristique des Tosafot est qu'elles ne reconnaissent aucune autorité ; ainsi, malgré le grand respect dont Rashi jouissait chez les Tosafistes, ceux-ci le corrigeaient librement. En outre, les Tosafot ne constituent pas un commentaire suivi, mais, à l'instar des « Dissensiones » sur le code romain du premier quart du douzième siècle, ne traitent que des passages difficiles du texte talmudique. Des phrases isolées sont expliquées par des citations tirées d'autres traités talmudiques et qui semblent, à première vue, n'avoir aucun rapport avec les phrases en question. D'autre part, des phrases qui semblent liées et interdépendantes sont séparées et incorporées dans différents traités. Il faut ajouter que les Tosafot ne peuvent être comprises que par ceux qui sont déjà fort avancés dans l'étude du Talmud, car les discussions les plus embrouillées sont traitées comme si elles étaient simples. Les gloses expliquant le sens d'un mot ou contenant une observation grammaticale sont très rares.
Tortosa
Tosafot
Les Tosafot peuvent être envisagées du point de vue d'une méthodologie du Talmud. Les règles ne sont assurément pas rassemblées en une seule série, comme elles le sont, par exemple, dans l'introduction de Maïmonide à la Mishnah ; elles sont dispersées dans diverses parties, et leur nombre est assez considérable. Elles ne sont pas non plus énoncées en termes fixes ; une règle généralement admise est suivie de « Telle est la voie du Talmud » ou « Le Talmud déclare habituellement ». On trouve parfois la formulation négative : « Telle n'est pas la voie du Talmud. » Une règle fréquemment récurrente est indiquée par quelque formule telle que « Nous en trouvons beaucoup de semblables. » Il faut garder à l'esprit que ce qui a été dit jusqu'ici concerne les traits généraux des Tosafot et ne contredit pas le fait que les écrits de différents tosafistes diffèrent par le style et la méthode. Quant à la méthode, il convient de dire que les Tosafot de Touques (voir ci-dessous) concernent particulièrement l'interprétation casuistique de la loi traditionnelle, mais ne touchent pas aux décisions halakiques.
Le principal foyer de la littérature des tosafot fut incontestablement la France, car elle commença avec les élèves de Rashi et fut poursuivie principalement par les chefs des écoles françaises. Il est vrai qu'en pratique les tosafot commencèrent à être écrites en Allemagne à la même époque qu'en France, mais les tosafistes français prédominèrent toujours numériquement. Les premières tosafot dont on ait trace sont celles écrites par les deux gendres de Rashi, Meir b. Samuel de Ramerupt (RaM) et Judah ben Nathan (RIBaN), ainsi que par un certain R. Joseph (Jacob Tam, « Sefer ha-Yashar », No. 252 ; « Haggahot Mordekai », Sanh., No. 696 ; voir ci-dessous). Mais leurs tosafot n'étant pas autrement connues, le véritable père des tosafot en France fut sans aucun doute Jacob b. Meir Tam, dont le style fut adopté par ses successeurs. Il écrivit un grand nombre de tosafot, dont beaucoup se trouvent dans son « Sefer ha-Yashar » ; mais non toutes, car de nombreux passages cités dans les tosafot éditées ne figurent pas dans l'ouvrage mentionné. En Allemagne, à la même époque, florissait Isaac ben Asher ha-Levi (RIBA), chef des tosafistes allemands, qui écrivit de nombreuses tosafot, mentionnées par Abraham b. David (« Temim De'im », Nos. 158, 207-209), et très souvent citées dans les tosafot éditées sur Sotah 17b. Mais les tosafot d'Isaac ben Asher furent révisées par ses élèves qui, selon Jacob Tam (« Sefer ha-Yashar », No. 282), attribuaient parfois à leur maître des opinions qui n'étaient pas les siennes. Zedekiah b. Abraham (« Shibbole ha-Leket », i., No. 225), cependant, réfute l'affirmation de Jacob Tam.
Le tosafiste le plus éminent immédiatement après Jacob Tam fut son élève et parent Isaac ben Samuel ha-Zaken (RI) de Dampierre, dont les tosafot font partie des Tosafot Yeshanim (voir ci-dessous). Isaac eut pour successeur son élève Samson ben Abraham de Sens (mort vers 1235), qui, outre qu'il enrichit la littérature de ses propres compositions, révisa celles de ses prédécesseurs, surtout celles de son maître, et les compila dans le groupe connu sous le nom de Tosafot de Sens (n’IEDin 3Nt;>). Le condisciple de Samson, Judah b. Isaac de Paris (Sir Leon), fut également très actif ; il écrivit des tosafot sur plusieurs traités, dont celles sur Berakot furent publiées à Varsovie (1863) ; quelques-unes de celles sur ‘Abodah Zarah subsistent en manuscrit. Parmi les nombreux tosafistes français qui méritent une mention spéciale figurait Samuel b. Solomon de Falaise (Sir Morel), qui, en raison de la destruction du Talmud en France de son temps, se fondait pour le texte entièrement sur sa mémoire (Meir de Rothenburg, Responsa, No. 250).
Les tosafot éditées doivent leur existence particulièrement à Samson de Sens et aux tosafistes français suivants du treizième siècle : (1) Moses d'Evreux, (2) Eliezer de Touques, et (3) Perez ben Elijah de Corbeil.
(1) Moses d'Evreux, l'un des tosafistes les plus prolifiques, fournit des gloses sur l'ensemble du Talmud ; elles forment un groupe distinct connu comme les Tosafot d'Evreux (ND3’'X niEDID ou NP’IX mSD’in). On peut présumer que les « Tosafot de R. Moses » mentionnées par Mordecai b. Hillel (« Mordekai », sur Sanh., No. 937) sont identiques aux tosafot qui viennent d'être mentionnées. Selon Joseph Colon (Responsa, No. 52) et Elijah Mizrahi (« Mayim ‘Amukkim », i., No. 37), Moses écrivit ses gloses sur la marge des « Halakot » d'Isaac Alfasi, probablement au temps de l'incendie du Talmud.
(2) Eliezer de Touques, de la seconde moitié du treizième siècle, fit un compendium des Tosafot de Sens et d'Evreux ; ce compendium est appelé les Tosafot de Touques (ito mSDin), et forme la base des tosafot éditées. Les propres gloses d'Eliezer, écrites dans la marge, sont connues sous le nom de Tosafot Gillayon ou Gilyon Tosafot. Il faut toutefois préciser que les Tosafot de Touques ne demeurèrent pas intactes ; elles furent révisées par la suite et complétées par les gloses de tosafistes ultérieurs. Gershon Soncino, qui imprima ces tosafot, déclare que son ancêtre Moses de Furth, qui vécut au milieu du quinzième siècle, descendait à la cinquième génération de Moses de Speyer, lequel est mentionné dans les Tosafot de Touques. On suppose que le dernier rédacteur de ces tosafot fut un élève de Samson de Chinon.
(3) Perez ben Elijah de Corbeil fut l'un des tosafistes tardifs les plus actifs. Outre qu'il fournit des tosafot sur plusieurs traités, citées par de nombreuses autorités anciennes et incluses parmi les tosafot éditées — et dont beaucoup furent vues en manuscrit par Azulai —, il révisa celles de ses prédécesseurs. Ses élèves ne furent pas moins actifs ; leurs additions sont connues sous le nom de Tosafot des élèves de Perez b. Elijah.
Il a été dit que le premier tosafiste allemand, Isaac b. Asher ha-Levi, était à la tête d'une école, et que ses élèves, outre la composition de leurs propres tosafot, révisèrent les siennes. Au treizième siècle, les écoles allemandes furent représentées par Baruch ben Isaac, à Ratisbonne, puis par Meir de Rothenburg ; l'école italienne fut représentée par Isaiah di Trani. Si les tosafot d'Asher b. Jehiel (mort en 1328) doivent être incluses, la période tosafistique s'étendit sur plus de deux siècles. Lorsque le fanatisme des monastères français et le bigotisme de Louis IX amenèrent la destruction du Talmud, l'écriture des tosafot cessa bientôt en France.
Autres recueils de tosafot :
Tosafot françaises : Mentionnées dans les novellæ sur Tamid attribuées à Abraham b. David. Zunz (« Z. G. » p. 57) pense que les Tosafot de Sens peuvent être désignées sous ce titre ; mais le fait qu'Abraham b. David fut bien antérieur à Samson de Sens conduit à supposer que les gloses indiquées sont celles de tosafistes antérieurs, tels Jacob Tam, Isaac b. Asher ha-Levi, et Isaac b. Samuel ha-Zaken et son fils.
Piske Tosafot (« Décisions des Tosafot ») : Recueil de décisions halakiques tirées des tosafot éditées sur trente-six traités — Nazir et Me‘ilah exceptés — et généralement imprimées dans la marge des Tosafot ; dans les éditions tardives du Talmud, après le texte. Ces décisions sont au nombre de 5,931 ; parmi elles, 2,009 appartiennent au traité Berakot et à l'ordre Mo'ed ; 1,398 à Niddah et à l'ordre Nashim ; 1,503 à Nezikin ; et 1,021 à Kodashim. Les décisions contenues dans les tosafot sur Shabbat, Pesahim, Gittin, Ketubot, Baba Kamma, Baba Mezi'a, Baba Batra et Hullin représentent pleinement la moitié de celles qui sont reconnues comme faisant autorité. Le compilateur de ces décisions ne peut être identifié avec certitude ; Asher b. Jehiel, son fils Jacob b. Asher, et Ezekiel, oncle d'Eliezer de Touques, sont donnés par différentes autorités. Jacob Nordhausen aussi est connu pour avoir compilé des décisions de tosafot ; en fait, des références à deux groupes de « Piske Tosafot » se trouvent dans les ouvrages des casuistes tardifs.
Tosafot espagnoles : Ce terme est employé par Joseph Colon (Responsa, No. 72) et par Jacob Baruch Landau (« Agur », § 327), et peut s'appliquer à des novellæ talmudiques d'auteurs espagnols. Jeshuah b. Joseph ha-Levi, par exemple (« Halikot ‘Olam », § 327), applique le terme « tosafot » aux novellæ d'Isaac ben Sheshet.
Les Tosafot éditées (également appelées Nos Tosafot) : Les tosafot qui ont été publiées avec le texte du Talmud depuis sa première édition (voir Talmud, Éditions du). Elles s'étendent à trente-huit traités du Talmud babylonien. La plupart des traités sont couverts par les Tosafot de Touques, quelques-uns par les Tosafot de Sens ; nombre d'entre eux sont pourvus de tosafot d'auteurs divers, révisées par l'école de Perez b. Elijah. La paternité des tosafot sur dix-sept traités seulement peut être établie avec certitude : Berakot, Moses d'Evreux ; Shabbat, ‘Erubin et Menahot, les Tosafot de Sens ; Bezah, Nedarim, Nazir, Sanhedrin, Makkot et Me’ilah, l'école de Perez b. Elijah (beaucoup écrites par Perez lui-même) ; Yoma, Meir de Rothenburg ; Gittin, Baba Kamma et Hullin, les Tosafot de Touques ; Sotah, Samuel d'Evreux ; ‘Abodah Zarah, Samuel de Falaise ; Zebahim, Baruch b. Isaac de Worms. Les tosafot sur Mo'ed Katon furent écrites par un élève d'un certain R. Isaac ; l'auteur des tosafot sur Hagigah écrivit aussi des tosafot sur d'autres traités. Celles sur Ta'anit appartiennent à la période post-tosafotique et diffèrent par le style de celles sur les autres traités.
Tosafot Alfasi : Citées par Joseph Colon (Responsa, Nos. 5, 31) et Judah Minz (Responsa, No. 10). Le terme peut désigner soit les tosafot de Samuel b. Meir et de Moses d'Evreux, soit des gloses sur les « Halakot » d'Alfasi.
Tosafot de Gornish :
Mentionnées par Joseph Solomon Delmedigo (« Nobelot Hokmah », Préface) et Solomon Algazi (« Gufe Halakot », No. 195), ce dernier citant ces tosafot sur Baba Kamma. Mais, comme la même citation est faite par Bezaleel Ashkenazi (« Shittah Mekubbezet », sur Baba Kamma) et attribuée à un élève de Perez ben Elijah, Azulai (« Shem ha-Gedolim », ii.) conclut que ces tosafot proviennent de l'école de Perez b. Elijah. Pourtant, Mordecai b. Hillel (« Mordekai », B. B. sur No. 886) mentionne un R. Judah de Gornish, et Abraham ibn Akra (« Meharere Nemerim », Venise, 1599) reproduit des novellæ talmudiques de « M. de Gornish » (Embden donne « Meïr de Gornish » dans la traduction latine du catalogue de la bibliothèque Oppenheim, No. 667). Le manuscrit No. 7 de la collection Günzburg porte la suscription « Tosafot de Gornish sur Yebamot », et des rabbins français et allemands sont cités dans ces tosafot. Le manuscrit No. 603 de la même collection contient également les Tosafot de Gornish et des novellæ de Judah Minz, et des fragments de tosafot de Gornish se trouvent dans des manuscrits d'autres bibliothèques.
Différentes théories ont été avancées concernant le nom « Gornish ». Selon Schechter (« Jew. Chron. » 4 mai 1888), c'est une corruption de « Mayence », tandis que H. Adler le considère comme une corruption de l'anglais « Norwich » ; voir Neubauer dans « R. E. J. » xvii. 156, et Gross, « Gallia Judaica », pp. 136 et suiv. Gross (l.c.) pense que Gornish peut être identique à Gournay, en France, et que « M. de Gornish », apparemment l'auteur des Tosafot de Gornish, peut être Moses de Gornish et identique au Moses de p'nj mentionné dans les Tosafot de Sens (sur Pesahim). On peut ajouter que dans le supplément au « Yuhasin » de Zacuto (p. 164a, Cracovie, 1581), figure un David de « Durnish ».
Tosafot Hizoniyyot (« Tosafot extérieures » ou « non canoniques ») : Tosafot qui ne sont ni de Sens ni de Touques. Elles sont ainsi appelées par Bezaleel Ashkenazi ; il en inclut de nombreux fragments dans sa « Shittah Mekubbezet », sur Baba Mezi'a, Nazir, etc.
Tosafot Shittah (ou Shittah) : Nom parfois appliqué aux recensions de Perez b. Elijah ou aux tosafot de Jehiel de Paris (Bezaleel Ashkenazi, l.c. ; notes sur « Sha'are Dura », § 57 ; et beaucoup d'autres autorités).
Tosafot Yeshanim (« Anciennes Tosafot ») : Ce groupe comprend quatre sous-groupes : (1) les tosafot générales de Sens, y compris celles qui paraissent parmi les tosafot éditées ; (2) les tosafot anciennes non éditées, par exemple celles sur Kiddushin d'Isaac b. Samuel ha-Zaken de Dampierre, et celles sur ‘Abodah Zarah de son fils Elhanan b. Isaac ; (3) un recueil d'anciennes tosafot publié par Joseph Jessel b. Wolf ha-Levi dans « Sugyot ha-Shas » (Berlin, 1736) ; (4) diverses tosafot trouvées dans des manuscrits anciens, telles les tosafot sur Hullin écrites en 1360, dont le manuscrit se trouve à la bibliothèque de Munich (No. 236). Dans le recueil publié par Joseph Jessel b. Wolf ha-Levi (No. 3), outre les anciennes tosafot sur Yoma de Moses de Coney (comp., toutefois, Israel Isserlein, « Terumat ha-Deshen », No. 94, qui déclare qu'elles appartiennent aux Tosafot de Sens), figurent des tosafot isolées sur seize traités — Shabbat, Rosh ha-Shanah, Megillah, Gittin, Baba Mezi'a, Menahot, Bekorot, ‘Erubin, Bezah, Ketubot, Kiddushin, Nazir, Baba Batra, Horayot, Keritot et Niddah. Dans le récent Talmud de Wilna édité par Romm, les anciennes tosafot sur plusieurs traités sont imprimées.
Les Tosafot citent principalement Rashi (très souvent sous la désignation « kontres » [= « commentarius » ?]), la plupart des tosafistes, nombre des anciennes autorités (tels Kalonymus de Lucques, Nathan b. Jehiel et R. Hananeel), quelques savants contemporains (tels Abraham b. David de Posquières, Maïmonide, Abraham ibn Ezra et d'autres), et environ 130 talmudistes allemands et français des douzième et treizième siècles. Beaucoup de ces derniers sont connus comme auteurs d'ouvrages talmudiques généraux, par exemple Eliezer b. Nathan de Mayence, Judah de Corbeil et Jacob de Coucy ; mais beaucoup ne sont connus que par le fait d'être cités dans les Tosafot, comme un Eliezer de Sens, un Jacob d'Orléans et de nombreux Abraham et Isaac. Certains ne sont même mentionnés qu'une fois, tels Eliezer de (Tos. B. B. 79b), Ephraim b. David (supposé contemporain de Judah Sir Leon ; Tos. ‘Ab. Zarah 59a), et un Hezekiah (Tos. B. B. 44b). Un commentaire sur le Pentateuque intitulé « Da'at Zekenim » (Livourne, 1783) est attribué aux Tosafistes. Dans sa forme, ce commentaire suit le style des Tosafot ; Rashi y est souvent discuté et parfois corrigé.
Du grand nombre de tosafistes, quarante-quatre seulement sont connus par leur nom. Ce qui suit en est une liste alphabétique ; beaucoup, toutefois, ne sont connus que par des citations :
A(HaRA) : Cité dans les tosafot éditées sur M. K. 14b, 19a, 20b, 21a et suiv.
Abigdor b. Elijah ha-Kohen : Florissait au milieu du treizième siècle ; ses tosafot sont mentionnées dans les tosafot éditées sur Ket. 63b.
Asher b. Jehiel : Ses tosafot, intitulées « Tosefot ha-Rosh » ou « Tosefe Tosafot », parurent à diverses époques et dans divers ouvrages. Beaucoup furent insérées par Bezaleel Ashkenazi dans sa « Shittah Mekubbezet » ; celles sur Yebamot et Ketubot parurent séparément à Livourne, 1776 ; celles sur Sotah, en partie à Prague, 1725, et en partie dans le « Mar’eh ha-Ofannim » de Jacob Faitusi.
! (Livourne, 1810) ; celles sur Megillah et Shebu'ot, dans « Sligdanot Natan » d'Elijah Borgel (B. 1785) ; et celles sur Kiddushin, dans le « IMa'aseh Rokem » (Pise, 1806).
Elles sont incluses dans la récente édition du Talmud de Romm.
Baruch b. Isaac (voir ci-dessus et Jew. Encyc. ii. 559).
Eleazar b. Judah de Worms : Auteur de tosafot sur Baba Kamma, dont des extraits se trouvent dans la « Shittah Mekubbezet » de Bezaleel Ashkenazi.
Elhanan b. Isaac : Florissait à la fin du douzième siècle ; ses tosafot sont mentionnées par Abraham b. David dans son « Temim De‘im » et dans les tosafot éditées sur B. M. 11b et Sheb. 28a. Ses tosafot sur Nedarim sont citées par Joseph Colon (Responsa, No. 52) ; celles sur Megillah, dans « Ha-Makria‘ » d'Isaiah di Trani (No. 31, p. 19d) ; celles sur ‘Abodah Zarah, dans « Mordekai » (No. 1364).
Eliezer b. Joel ha-Levi (n"'2N“l) : Florissait au commencement du treizième siècle ; auteur de tosafot sur plusieurs traités (comp. Michael, « Or ha-Hayyim », No. 427).
Eliezer ben Samuel de Metz (Re’EM) : Auteur de tosafot sur plusieurs traités, dont celles sur Hullin furent vues par Azulai.
Eliezer de Toul : Tosafiste français du commencement du treizième siècle, dont les tosafot sont mentionnées par Zedekiah Anaw dans son « Shibbole ha-Leket ».
Eliezer de Touques (voir ci-dessus et Jew. Encyc. v. 120).
Elijah ben Menahem : Ses tosafot sont mentionnées dans « Haggahot Maimuniyyot », Kinnim, No. 20.
(RI, probablement R. Isaac, mais à ne pas confondre avec Isaac b. Samuel ha-Zaken, qui figure le plus souvent comme RI) : Ses tosafot, dans lesquelles l'ancien RI est cité, sont mentionnées par Samson b. Zadok (« Tashbez », § 336).
Isaac ben Abraham (RIBA ou RIZBA), surnommé ha-Bahur (« le jeune », par distinction d'avec son maître Isaac b. Samuel ha-Zaken) : Frère de Samson ben Abraham de Sens. Comme son frère, Isaac vécut dans sa jeunesse à Troyes, où il suivit les leçons de Jacob Tam (« Temim De'im », No. 87), puis à Sens (ibid. ; « Haggahot Maimuniyyot », Ishut, No. 6). Après la mort d'Isaac ben Samuel, Isaac ben Abraham lui succéda à la tête de l'école de Dampierre, d'après laquelle il est souvent nommé (« Or Zarua' », i. 225a). Isaac ben Abraham fut l'un des rabbins français auxquels Meir ben Todros Abulafia adressa sa lettre contre la théorie de Maïmonide sur la résurrection. Il mourut à Dampierre avant 1210, peu avant que son frère Samson n'émigrât en Palestine (« Semak », No. 31 ; « Mordekai » sur Ketubot, No. 357). Comme il est fréquemment mentionné dans les tosafot éditées (Shab. 3a ; Yoma 20a ; et suiv.) et par de nombreuses autres autorités (« Or Zarua' », i. 26b ; « Shibbole ha-Leket », i., No. 231), on peut conclure qu'il écrivit des tosafot sur plusieurs traités talmudiques. Celles sur Bekorot étaient en possession de Hayyim Michael de Hambourg. Isaac ben Abraham est fréquemment mentionné comme commentateur biblique (« Da’at Zekenim », 3a, 48b, 49b, Livourne, 1783 ; « Minhat Yehudah », 3a, 13a), et ses décisions rituelles et responsa sont souvent cités (« Or Zarua' », i. 13b et passim ; Meir de Rothenburg, Responsa, No. 176 ; et suiv.).
Isaac ben Abraham ha-Bahur peut être identique au poète liturgique Isaac b. Abraham qui écrivit un hymne commençant par « Yeshabbehincka be-kol initial », pour Simhat Torah ou pour le Shabbat qui le suit, et une selihah pour Yom Kippur commençant par « Hen yom ba la-Adonai » (comp. Zunz, « Literaturgesch. » p. 335).
Isaac b. Asher ha-Levi (voir ci-dessus et Jew. Encyc. vi. 620).
Isaac ben Jacob ha-Laban : Élève de Jacob Tam et l'un des premiers tosafistes (« ba’ale tosafot yeshanim »). Il fut l'auteur d'un commentaire sur Ketubot cité par Isaac Or Zarua’ (voir Judah Minz, Responsa, No. 10). Il est très souvent cité dans les tosafot éditées (Yeb. 5b ; B. K. 72a ; et al.).
Isaac ben Meir (RIBaM) de Ramerupt : Petit-fils de Rashi, et frère de Samuel b. Meir (RaSHBaM) et de Jacob Tam ; mourut avant son père, laissant quatre enfants (Jacob Tam, « Sefer ha-Yashar », No. 616, p. 72b, Vienne, 1811). Bien qu'il fût mort jeune, Isaac écrivit des tosafot, mentionnées par Eliezer b. Joel ha-Levi (« Abi ha-’Ezri », § 417), sur plusieurs traités du Talmud. Isaac lui-même est souvent cité dans les tosafot éditées (Shab. 138a ; Ket. 29b et passim).
Isaac ben Mordecai de Ratisbonne (RIBaM) : Florissait au douzième siècle ; élève d'Isaac b. Asher ha-Levi. Il correspondit avec Jacob Tam et fut condisciple de Moses b. Joel et d'Ephraim b. Isaac. Ses tosafot sont citées par Eliezer b. Joel ha-Levi (l.c. § 420) et Meir de Rothenburg (« Semahot », § 73 ; « Haggahot Maimuniyyot », Abelot, p. 294a). Il est aussi souvent cité dans les tosafot éditées (Ket. 50a ; B. K. 22b et passim).
Isaac ben Reuben : Ses tosafot sont mentionnées dans la « Shittah Mekubbezet », Ketubot, 43a. Il peut être identique à l'Isaac b. Reuben qui fit un commentaire sur Rashi à B. K. 32d.
Isaac b. Samuel ha-Zaken (voir ci-dessus et Jew. Encyc. vi. 631).
Isaiah di Trani (RID) : Tosafiste italien de la première moitié du treizième siècle. La majeure partie de ses tosafot fut publiée sous le titre « Tosefot R. Yesha‘yahu » (Lemberg, 1861-69) ; et beaucoup furent insérées par Bezaleel Ashkenazi dans sa « Shittah Mekubbezet ».
Israel de Bamberg : Vécut au milieu du treizième siècle ; mentionné comme auteur de tosafot dans « Mordekai » (sur ‘Ab. Zarah, Nos. 1244, 1279, 1295, 1356) et « Haggahot Mordekai » (sur Shab., xiv.). Des extraits des tosafot des élèves d'Israel furent reproduits par Bezaleel Ashkenazi (l.c.).
J. Cohen : Supposé contemporain de Meir b. Baruch de Rothenburg, et peut-être identique à Judah ha-Kohen, parent de Meir. Dans les extraits de ses tosafot sur Baba Kamma, insérés dans la « Shittah Mekubbezet », il cite, parmi beaucoup d'autres autorités, son maître encore vivant, le Kohen que Zunz (« Z. G. » p. 42) suppose identique à Abigdor b. Elijah ha-Kohen. La « Shittah Mekubbezet » sur Baba Mezi'a montre que J. Cohen écrivit des tosafot sur le même traité.
Jacob de Chinon : Vécut au treizième siècle ; élève d'Isaac ben Abraham, auteur d'une « Shittah » (« Mordekai », sur Sanh., No. 928). Il est lui-même cité dans les tosafot éditées (Ber. 12a ; Nazir 53a ; et al.).
Jacob ben Isaac ha-Levi (Jabez) : Florissait à Spire vers 1130 ; élève de Kalonymus b. Isaac l'Ancien (Eliezer b. Nathan, « Eben ha-‘Ezer », p. 13c, Prague, 1610). Il fut l'auteur de tosafot (« Haggahot Maimuniyyot », Kinnim, No. 16) et de décisions (« pesakim » ; « Mordekai », Hul., No. 1183). Il est aussi cité dans les tosafot éditées (sur Kin. 23a).
Jacob ben Me'ir Tam (voir ci-dessus et Jew. Encyc. vii. 36).
Jehiel ben Joseph de Paris (mort en 1286) : Ses tosafot sont citées comme faisant autorité par Perez b. Elijah (gloses sur « ‘Ammude Golah », p. 50a, Crémone, 1556), dans « Kol Bo » (No. 114), et dans « Mordekai » (Hul., No. 924). Il est aussi fréquemment cité dans les tosafot éditées.
Joseph (ou Yehosef) : Florissait, selon Zunz (« Z. G. » p. 33), vers 1150. Zunz identifie ce Joseph avec l'élève de Samuel b. Me'ir dont les gloses sont citées dans les tosafot éditées (sur Ket. 70a), et pense qu'il peut être identique au Joseph d'Orléans souvent cité dans les tosafot éditées (Shab. 12a et passim). Si tel est le cas, il doit être identifié, selon Gross (« Gallia Judaica », p. 34), avec Joseph ben Isaac Bekor Shor. Weiss, cependant, suggère que ce Joseph pourrait avoir été soit Joseph Bonfils, maître de Jacob Tam, soit Joseph b. Isaac de Troyes, l'un des élèves de Rashi. Ainsi, il semble que, dans tous les cas, le tosafiste mentionné dans le « Sefer ha-Yashar » doive être distingué de celui mentionné dans Tos. Ket. 70a, ce dernier ayant été élève de R. Samuel.
Joseph Porat : Beaucoup de fragments de ses tosafot sur Shabbat sont inclus dans les tosafot éditées.
Judah b. Isaac de Paris (voir ci-dessus et Jew. Encyc. vii. 344).
Judah ben Nathan (RIBaN) : Gendre et élève de Rashi, et dans une large mesure son continuateur. Ce fut Judah qui acheva le commentaire de Rashi sur Makkot (de 19b à la fin) et qui écrivit le commentaire sur Nazir erronément attribué à Rashi. Il écrivit en outre des commentaires indépendants sur ‘Erubin, Shabbat, Yebamot (Eliezer b. Joel ha-Levi, « Abi ha-‘Ezri », §§ 183, 385, 397, 408), et Pesahim (« Semag », prohibition No. 79). Enfin, le manuscrit Halberstam No. 323 contient un fragment du commentaire de Judah sur Nedarim. Il est généralement considéré que Judah b. Nathan écrivit des tosafot sur plusieurs traités du Talmud, et il est mentionné comme tosafiste dans « Haggahot Mordekai » (Sanh., No. 696). Il est souvent cité dans les tosafot éditées.
Levi : Ses tosafot sont citées dans le « Mordekai » (B. M. iv., fin).
Meir b. Baruch de Rothenburg (voir ci-dessus et Jew. Encyc. viii. 437).
Meir b. Samuel de Ramerupt : Ses tosafot sont mentionnées par son fils Jacob Tam (« Sefer ha-Yashar », No. 252) et souvent dans les tosafot éditées.
Moses b. Jacob de Coucy : Auteur d'Anciennes Tosafot sur Yoma et de certaines publiées dans le recueil « Sugyot ha-Shas » (Berlin, 1736).
Moses b. Meir de Ferrare : Florissait au treizième siècle, probablement élève de Judah b. Isaac de Paris. Ses tosafot furent utilisées par le compilateur des « Haggahot Maimuniyyot » (voir Jew. Encyc. ix. 86).
Moses b. Yom-Tob d'Evreux (voir ci-dessus et Jew. Encyc. ix. 65).
Perez ben Elijah de Corbeil (voir ci-dessus et Jew. Encyc. ix. 600).
Samson b. Abraham de Sens (voir ci-dessus et Jew. Encyc. xi. 2).
Samson b. Isaac de Chinon : Florissait aux treizième et quatorzième siècles ; auteur du « Sefer Keritut ». Dans cet ouvrage (i. 7, § 1 ; v. 3, §§ 120, 148), Samson renvoie à ses gloses sur ‘Erubin et ‘Abodah Zarah ; il paraît avoir aussi écrit des gloses sur d'autres traités talmudiques.
Samuel d'Evreux : Auteur de tosafot sur plusieurs traités ; celles sur Sotah sont parmi les tosafot éditées (voir Jew. Encyc. xi. 16).
Samuel ben Me'ir (RaSHBaM) : Auteur de tosafot sur Alfasi ; sous sa direction, ses élèves préparèrent des tosafot sur plusieurs traités (« Sefer ha-Yashar », p. 85d).
Samuel b. Natronai (RaShBaT) : Talmudiste allemand de la fin du douzième siècle ; auteur de tosafot sur ‘Abodah Zarah (voir « Kerem Hemed », vii. 50).
Samuel b. Solomon de Falaise (voir ci-dessus et Jew. Encyc. xi. 38).
Simhah b. Samuel de Spire : Florissait au treizième siècle ; ses tosafot sont mentionnées par Meir de Rothenburg (Responsa, iv., No. 154).
Bibliographie : Azulai, Shem ha-Gedolim, ii. ; Benjacob, Ozar ha-Sefarim, pp. 621 et suiv. ; Buchholz, dans Monatsschrift, xxxviii. 342, 398, 450, 559 ; Graetz, Gesch. 3e éd., vi. 143-144, 210 ; vii. 108-110 ; Karpeles, Gesch. der Jüdischen Literatur, i. 345 et suiv. ; Weiss, Dor, iv. 336-352 ; idem, Toledot Rabbenu Tam, pp. 2-4 ; Winter et Wünsche, Jüdische Literatur, ii. 465 et suiv. ; Zunz (la source principale de cet article), Z. G. pp. 29 et suiv.
J. M. Sel.
TOSEFTA (litt. « extensions » ; « additions ») ; nom d'un recueil de baraitot qui traitent sous une forme plus complète que la Mishnah le sujet de la loi traditionnelle. Dans la littérature tannaïtique, d'anciennes halakot sont souvent amplifiées par des notes explicatives et des additions. De telles additions furent faites par R. Akiba (‘Eduy. ii. 1, viii. 1 ; Kil. i. 3 ; ‘Orlah iii. 7), R. Eliezer ben Zadok (Tosef., Men. x. 23), R. Simeon (Sifra, Wayikra, Hobah, vii. [éd. Weiss, p. 21b]), R. Judah (Shab. 75b ; ‘Ab. Zarah 43a), R. Jose (Tosef., Kelim, B. K. vii. 4), et d'autres tannaïm. Les notes explicatives sont introduites par le mot « Hosif » (« Il a ajouté » ou « Il a étendu »). Une phrase ainsi élucidée et complétée était appelée une tosefta, ce terme étant employé non pour les seules notes additionnelles, mais pour l'aphorisme entier dans sa forme complétée. Ce sens se voit clairement dans Yer. Shab. viii. 11a (comp. aussi Pesik. R. 14 ; Eccl. R. viii. 1), où il est dit que R. Abbahu fut très satisfait de la découverte d'une ancienne tosefta qui était, en fait, une ancienne maxime tannaïtique accompagnée de matière explicative ajoutée.
L'ouvrage connu sous le nom de « Tosefta » consiste en un recueil de telles maximes élucidées, donnant les paroles traditionnelles sous une forme remarquablement complète, tandis que la Mishnah ne les donne que sous une forme condensée. Le titre de ce recueil, NriEDin, est réellement un mot pluriel, et devrait se prononcer « Tosefata », comme l'indique la forme hébraïque (niSDtn, qui est employée pour l'araméen KnSDin ; Eccl. R. v. 8). Toutefois, la forme singulière « Tosefta » a été adoptée par erreur. Une compilation intitulée « Tosefta » est souvent mentionnée dans la littérature talmudico-midrashique ; et les critiques les plus autorisés la considèrent comme identique à la Tosefta existante, dont traite cet article. Des allusions de R. Johanan à la Tosefta (Sanh. 86b), on ne peut rien déduire contre la théorie de l'identité de la Tosefta existante avec l'ouvrage auquel il se réfère ; et ses paroles n'indiquent nullement, comme Brüll les a interprétées, que R. Nehemiah fut l'auteur de la Tosefta (voir ci-dessous). En outre, le Talmud babylonien renvoie à une Tosefta certainement identique à l'ouvrage ici traité. Ainsi Yoma 70a cite correctement une parole de R. Akiba comme étant contenue dans la Tosefta (Tosef., Yoma, iii. 19, textus receptus). La tradition savante considère le tanna Hiyya bar Abba comme l'auteur de la Tosefta, cette croyance étant fondée sur le fait que les écoles des Amoraïm ne considéraient comme faisant autorité que les traditions tannaïtiques qui avaient leur origine dans les recueils de R. Hiyya ou de R. Hoshaiah ; et, puisqu'une seule Tosefta de la période des Amoraïm avait été préservée, il y avait lieu de croire que seul le recueil authentique — et donc le plus couramment employé — avait été sauvé des vicissitudes des âges. À examiner la question de plus près, toutefois, cette circonstance ne peut être acceptée comme preuve de la paternité de Hiyya ; car, puisque le recueil de Hoshaiah était aussi tenu pour faisant autorité, il y a des raisons égales de supposer soit que celui-ci fut le seul auteur de la Tosefta, soit que lui et Hiyya éditèrent l'ouvrage en collaboration. Puisque, toutefois, Hiyya lui-même est mentionné dans la Tosefta (Neg. viii. 6), la rédaction finale de l'ouvrage doit être attribuée à une main ultérieure.
Définir le but de l'ouvrage présente autant de difficultés que sa paternité. Jadis, la Tosefta était généralement regardée comme une sorte de commentaire sur la Mishnah, cette croyance étant favorisée par une fausse interprétation de son titre comme « suppléments ». Mais même sans tenir compte du fait que la définition correcte du mot « Tosefta » donnée ci-dessus marque l'ouvrage comme indépendant de la Mishnah, un examen rapide de son contenu montrera qu'il ne peut être regardé comme un commentaire. Elle ne discute pas les passages de la Mishnah de manière commentariale et, à en juger par son contenu, elle pourrait être regardée soit comme une continuation de la Mishnah, soit comme un ouvrage de rang égal ; car elle cite les passages mishnaïques presque dans les mêmes termes que la Mishnah elle-même. Cette dernière circonstance exclut également la possibilité de considérer la Tosefta comme un commentaire, puisqu'elle contient des additions et des suppléments à la Mishnah ; car, dans un simple supplément, il n'y aurait pas de place pour des répétitions presque verbatim de phrases contenues dans la Mishnah elle-même. Vient ensuite la question du rapport de la Tosefta avec les baraitot citées dans les discussions talmudiques ; car plusieurs de ces baraitot figurent littéralement dans la Tosefta, tandis que d'autres sont paraphrasées, bien que la rédaction des passages parallèles diffère sur des points importants.
La question qui se pose ainsi est de savoir si les baraitot talmudiques sont de simples citations de la Tosefta, ou si elles constituèrent à l'origine un recueil indépendant. Dans le premier cas, il serait difficile d'expliquer la raison des différences rédactionnelles dans les passages parallèles. Dans le second, en revanche, il faudrait supposer non seulement l'existence d'une Tosefta antérieure, mais aussi que celle-ci, et non celle qui existe aujourd'hui, fut l'authentique. Car, comme il a été dit ci-dessus, les Amoraïm n'employaient que des sources authentiques ; et les baraitot citées dans le Talmud mais qui ne sont pas contenues dans la Tosefta existante doivent nécessairement avoir été tirées d'un ouvrage antérieur. Cela réfuterait l'identité de la Tosefta actuelle avec l'ouvrage mentionné dans la littérature talmudique. Toutes ces questions montrent combien il est difficile de déterminer l'origine, la nature et l'importance de la Tosefta. Divers savants ont tenté de résoudre le problème à diverses époques ; et, parmi ces tentatives, celles de Sherira, Maïmonide, Me’iri et Frankel furent les plus importantes, parce qu'elles seules reposent sur des recherches critiques des sources historiques. Mais même ces chercheurs ne réussirent pas à résoudre le problème d'une manière entièrement satisfaisante. La théorie de Frankel, bien qu'insuffisante en ce qu'elle laisse certains points inexpliqués et d'autres non définis avec précision, s'approche davantage de la vérité que toute autre. Lorsque ces insuffisances sont comblées et que certains points sont modifiés, une conception correcte de l'origine et de la nature de la Tosefta peut être formée.
Toute enquête destinée à déterminer le statut de la Tosefta doit porter sur les points suivants : l'origine et l'étendue de l'ouvrage ; sa rédaction ; son rapport avec la Mishnah ; et son rapport avec les baraitot citées dans le Talmud. Les renseignements relatifs au premier point proviennent d'un littér-
Notice critique et historique par R. Johanan
Problèmes. (Sanh. 86a), qui, après élimination du
matériel inutile pour cette question, se présente comme suit : « Ces phrases mishnaïques
qui sont citées sans mention du nom de l’auteur
(DriD) appartiennent à R. Meïr ; les phrases de la Tosefta citées sans le nom de l’auteur sont celles de R.
Nehemiah ; toutes, cependant, sont données dans l’esprit
et selon la méthode de R. Akiba. » Cette
assertion de R. Johanan implique donc que, de même que
la Mishnah eut trois rédacteurs successifs (Akiba,
Meïr et Judah ha-Nasi I.), les rédacteurs de la Tosefta doivent également être supposés avoir été au nombre de trois,
à savoir Akiba, Nehemiah et un troisième
rédacteur inconnu. L’origine de la Tosefta peut
donc remonter à Akiba, qui posa les
fondements de cette œuvre aussi bien que de la Mishnah,
dans lesquelles il employa un système rédactionnel particulier qui lui était propre. Ainsi, dans la Mishnah, il ne donna que
les principes fondamentaux sous une forme condensée, afin de
fournir un manuel des traditions servant d’aide
à la mémoire. Dans la Tosefta, en revanche, il donna
les énoncés traditionnels dans leur forme complète,
les complétant par des notes explicatives ; il
donna aussi divers cas qui, dans la Mishnah, étaient
représentés par une seule affirmation. Ces deux collections, compilées selon des méthodes différentes,
étaient destinées à se compléter mutuellement ; et
le but d’Akiba était, par elles, de préserver les enseignements
traditionnels dans leur intégralité et de manière systématique,
aussi bien que d’en promouvoir la connaissance. Meïr
et Nehemiah, tous deux élèves d’Akiba, s’efforcèrent de
réaliser l’objectif que leur maître avait en vue ;
mais chacun se limita à l’une des méthodes d’Akiba.
Meïr choisit la méthode de condensation et compila une œuvre dans laquelle il incorpora une grande partie du matériel de la Tosefta d’Akiba et qui combinait
nombre des traits les plus importants des deux
collections d’Akiba. Nehemiah suivit le même
plan de combinaison des deux collections d’Akiba en une seule œuvre ; mais, ce faisant,
il choisit la méthode casuistique. C’est ainsi
que naquirent deux œuvres collectives
— la Mishnah de Meïr, éditée selon
le système employé par Akiba dans son édition de cette
œuvre, et la Tosefta de Nehemiah, éditée selon la
méthode suivie par Akiba dans son édition de la Tosefta.
La relation de la Mishnah de Meïr à la Tosefta de Nehemiah
n’était toutefois pas la même que celle qui
existait entre les collections d’Akiba portant les mêmes
noms. Les premières n’étaient pas deux collections mutuellement dépendantes et se complétant l’une l’autre :
c’étaient plutôt deux œuvres indépendantes, qui
visaient toutes deux à préserver et à ordonner convenablement les maximes traditionnelles. La différence entre
elles consistait seulement dans les différentes méthodes employées pour leur compilation. La Mishnah de Meïr contenait les maximes traditionnelles sous forme condensée,
tandis que la Tosefta de Nehemiah les citait dans leur forme complète et les pourvoyait de notes explicatives et complémentaires. Les méthodes élaborées par
Akiba et utilisées par Meïr et Nehemiah furent
également adoptées par des compilateurs ultérieurs dans leurs efforts pour
préserver et transmettre les doctrines traditionnelles. Judah
ha-Nasi I., dont la compilation de la Mishnah était fondée sur
celle de Meïr, suivit la méthode rédactionnelle de ce dernier ; tandis que le rédacteur de la Tosefta aujourd’hui existante
suivit la méthode utilisée par Nehemiah, dont la Tosefta constitua la base de son œuvre. La relation entre la Mishnah de Judah ha-Nasi et la
Tosefta qui a été conservée correspond à
celle qui existait entre la Mishnah de Meïr et la Tosefta de
Nehemiah. Ce sont des œuvres indépendantes
qui cherchent à accomplir par des moyens différents un dessein semblable. Il y a, bien entendu, une certaine homogénéité entre les deux œuvres, puisque la
Tosefta traite et élucide les passages correspondants de la Mishnah ; mais le but du
rédacteur de la Tosefta était de produire une collection indépendante, et non de simples additions et explications d’une autre compilation.
Qui fut le rédacteur de la Tosefta existante ? Comme
il a déjà été démontré, la tradition scolastique attribuant sa paternité à R. Hiyya
Auteur- est peu fiable, puisque la circonstance
ship. que Hiyya lui-même est mentionné dans la
Tosefta exclut la possibilité qu’il
ait pu en être l’auteur ; et que Hiyya et Hoshaiah
aient édité l’œuvre en collaboration est fort peu vraisemblable.
Le Talmud de Jérusalem fait souvent référence à des dissensions
entre ces deux amoraïm ; et si la Tosefta
devait être considérée comme le produit de leurs efforts conjugués,
il serait naturel de demander quelle autorité
était acceptée comme décisive dans les cas où les rédacteurs étaient en désaccord. Comment, en effet, une décision aurait-elle pu être
possible dans un cas où la divergence d’opinion portait sur une tradition halakique ? Considérer Hoshaiah comme l’unique rédacteur de la Tosefta n’est pas davantage possible ;
car, dans de nombreuses questions sur lesquelles, selon
le Talmud de Jérusalem, il était en désaccord avec Hiyya,
l’opinion de ce dernier a reçu une validité générale (comp. Frankel, « Mebo », p. 25a). Une seule conjecture est possible ; à savoir que Hiyya et
Hoshaiah, indépendamment l’un de l’autre et peut-être
avec des objectifs tout à fait différents, s’adonnaient
à la compilation de baraitot, de même que leurs contemporains Levi, Bar Kappara et Samuel.
Les collections de Hiyya et de Hoshaiah différaient des
autres en ce que ces deux compilateurs prenaient la Tosefta de Nehemiah comme base de leurs collections. Chacun
d’eux compila ainsi une Tosefta étendue, enrichie
de nouveaux éléments ; et ces deux Toseftot différaient à plusieurs égards importants. Un rédacteur ultérieur,
dont le nom n’a pas été établi, combina
Tosefta
Totbrief
ces deux Toseftot en une seule œuvre, à laquelle il ajouta quelques maximes tirées des collections de Levi,
Bar Kappara et Samuel ; et c’est ainsi que naquit la Tosefta sous la forme dans laquelle elle est maintenant
existante. Ce rédacteur final considérait les opinions de Hiyya comme faisant autorité ; et sur tous les points où la Tosefta de Hoshaiah différait de celle de Hiyya, les opinions de ce dernier seules reçurent validité.
La préférence ainsi accordée à l’œuvre de Hiyya ne doit toutefois pas être attribuée à des vues professées par les
écoles des Amoraïm, mais aux convictions personnelles du rédacteur final. Dans les écoles, les deux Toseftot étaient considérées comme faisant autorité, et les baraitot
citées de l’une ou de l’autre étaient tenues pour authentiques. Cette
opinion explique aussi la relation de la Tosefta existante aux baraitot talmudiques, lesquelles n’auraient pu
être tirées que de l’une de ces Toseftot authentiques.
Les baraitot qui sont données textuellement dans la
Tosefta existante sont soit des citations de l’œuvre de Hiyya, soit des baraitot données de façon identique dans les deux
Toseftot ; tandis que les baraitot qui, soit essentiellement soit verbalement, diffèrent des passages parallèles de
la Tosefta présente étaient tirées de la Tosefta de
Hoshaiah, la raison de la divergence étant que
le rédacteur final de la Tosefta existante préféra
l’opinion de Hiyya.
Comme la Mishnah, la Tosefta est divisée en six
ordres (« sedarim »), dont les noms correspondent
à ceux des ordres mishnaïques : à savoir, (1) Zera'im,
(2) Mo'ed, (3) Nashim, (4) Nezikin ou
Division. Yeshu'ot, (5) Kodashim et (6) Tohorot. Les ordres sont subdivisés en
traités qui, à quelques exceptions près, portent les
mêmes noms que ceux de la Mishnah. Quatre traités
manquent dans la Tosefta, à savoir Abot dans l’ordre Nezikin, et Kinnim, Middot et Tamid dans
l’ordre Kodashim. Le nombre des traités de la
Tosefta est donc de cinquante-neuf ; mais le traité Kelim dans
cette œuvre est divisé en trois parties, à savoir Baba
Kamma, Baba Mezi'a et Baba Batra. Si ces
trois « babot » étaient regardés comme trois traités différents, le nombre total serait de soixante et un. Les
traités sont divisés en chapitres (« perakim »),
lesquels sont à leur tour divisés en paragraphes ; mais la
division en chapitres n’est pas la même dans les différents
manuscrits. Selon le manuscrit d’Erfurt,
le nombre total de chapitres est de 428 ; selon
le manuscrit de Vienne et les anciennes éditions de la Tosefta, de 421.
La Tosefta parut d’abord comme annexe aux « Halakot » d’Isaac
Alfasi (Venise, 1521), et fut depuis jointe à toutes les éditions de cette œuvre. La meilleure
édition de la Tosefta est celle publiée par M. S.
Zuckermandl (Pasewalk, 1880), qui fit usage du
manuscrit d’Erfurt. Zuckermandl publia aussi un
supplément (Trèves, 1882) contenant un résumé de
l’œuvre, un index et un glossaire. Une traduction latine de trente et un traités de la Tosefta fut publiée
par Ugolino dans son « Thesaurus Antiquitatum Sacrarum » (vol. xvii.-xx., Venise, 1755-57).
La Tosefta a fait l’objet de nombreux commentaires. L’édition de Vilna du Talmud, par
exemple, qui contient la Tosefta en plus des « Halakot » d’Alfasi, réimprime les deux commentaires suivants ; (1) « Tana Tosefa'ah », par Samuel Abigdor
b. Abraham, œuvre en deux parties, partie i., intitulée
