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LOT
(L31^) — Données bibliques : Fils d'Haran,
frère d'Abraham, et, par conséquent, neveu d'Abraham ; émigra avec son grand-père Tharé de Ur des Chaldéens à Haran (Gen. xi. 31). Lot suivit Abraham dans le pays de Canaan, et au temps de la famine s'en alla avec lui en Égypte (ib. xii. 4, xiii. 1). En raison des richesses de Lot en troupeaux et en tentes une querelle surgit entre ses bergers et ceux d'Abraham, dont le résultat fut la séparation de l'oncle et du neveu. Lot choisit la plaine fertile du Jourdain, et étendit ses tentes jusqu'à Sodome (ib. xiii. 5-13). Après la défaite du roi de Sodome et de ses alliés dans la vallée de Siddim, Lot, qui avait habité parmi eux, fut fait prisonnier, avec toute sa famille et ses biens, par Chedorlaomer ; mais il fut délivré par Abraham (ib. xiv. 12-16).
En Gen. xix. Lot est représenté comme le pendant d'Abraham en matière d'hospitalité : comme Abraham, il se leva pour accueillir les anges, qu'il prit pour des hommes, s'inclinant devant eux ; et, comme Abraham encore, il les pressa d'entrer dans sa maison et « leur fit un festin » (ib. xix. 1-3). Quand sa demeure fut entourée par le peuple dissolu de Sodome, Lot plaça son devoir d'hôte au-dessus de celui de père et leur offrit ses deux filles non mariées. Les anges lui annoncèrent alors que leur mission était de détruire les cités coupables, et l'exhortèrent à s'en aller. Lot essaya, mais sans succès, de persuader ses gendres de partir aussi. Lui-même hésita à fuir, et les anges le prirent, sa femme, et ses deux filles par la main, « le Seigneur étant miséricordieux envers lui », et les conduisirent hors de la cité. Ils lui ordonnèrent ensuite de fuir vers la montagne sans regarder en arrière ; mais la montagne étant trop éloignée, Lot leur demanda d'épargner la petite ville de Zoar afin qu'il pût y trouver refuge ; et sa demande fut accordée. Pendant la fuite vers Zoar, la femme de Lot, qui regarda en arrière, fut changée en une colonne de sel (ib. xix. 4-32, 26).
Craignant que Zoar ne fût aussi détruite, Lot monta à la montagne et vécut dans une grotte, où, par un commerce incestueux avec ses deux filles, il devint l'ancêtre des deux nations Moab et Ammon (ib. xix. 30-38). Lot est deux fois mentionné dans l'expression « enfants de Lot », appliquée à Ammon et Moab (Deut. ii. 19 ; Ps. lxxxiii. 8).
E. G. It. M. Sel.
Dans la littérature rabbinique : Lot est généralement représenté par les Rabbins sous un jour peu favorable. « Quand la querelle s'éleva entre ses bergers et ceux d'Abraham (Gen. xiii. 7), il y eut aussi une querelle entre Abraham et Lot. Ce dernier envoya ses troupeaux paître dans des champs qui ne lui appartenaient pas ; et quand Abraham, poussé par les plaintes des propriétaires lésés, protesta, Lot se montra rebelle (Targ. du pseudo-Jonathan et Yer. à Gen. xiii. 7 ; Pesik. R. 3 [éd. Friedmann, pp. 9b-10a] ; Gen. R. xli. 6-7). Lot, en se séparant d'Abraham, se sépara aussi de Elohîm, disant: ‘‘Je n'ai aucun désir ni pour Abraham ni pour son Dieu’’ (Gen. R. xli. 9-10). Ce n'est que lorsque Lot, le méchant ("rasha'"), eut quitté Abraham qu'Elohîm parla de nouveau à ce dernier (Pesik. R. l.c. ; comp. Gen. xiii. 14). Lot fut livré à la luxure ; c'est pourquoi il choisit Sodome pour sa résidence (Pesik. R. l.c. ; Gen. R. xli. 9), et l'acte incestueux de ses filles est attribué à sa négligence. Le récit en fut donc lu chaque samedi dans les synagogues comme avertissement public (Nazir 23b ; Gen. R. li. 12).
L'incident ci-dessus montre que Lot n'était pas trop consciencieux ; il était de plus très avide de richesses ; et à Sodome il pratiquait l'usure (Gen. R. li. 8). Son hésitation à quitter la cité (comp. Gen. xix. 16) était due à son regret pour les grandes richesses qu'il fut obligé d'abandonner (Gen. R. l.c. 17). Les Rabbins citent l'ivresse de Lot comme exemple du degré d'ivresse qui rend un homme irresponsable (‘Er. 65a). Toutes les faveurs spéciales que Lot reçut d'Elohîm lui furent accordées par le mérite d'Abraham ; autrement il aurait péri avec le peuple de Sodome (Gen. R. xli. 4 ; Midr. ha-Gadol à Gen. xiii. 11). Son épargne au moment de la destruction de Sodome est également rapportée comme une récompense pour ne pas avoir trahi Abraham lorsque ce dernier dit à Pharaon que Sarah était sa sœur (ib. li. 8).
Le Pirke Rabbi Eliezer, cependant, adopte une attitude beaucoup plus clémente envers Lot, interprétant le mot « zaddik » de Gen. xviii. 23 comme s'y rapportant (Pirke R. El. xxv.). Outre le fait de passer sous silence les actes honteux de Lot, il enregistre l'hospitalité qu'il pratiqua à Sodome en imitation d'Abraham : même après que le peuple de Sodome eut décrété que tout hospitalier serait brûlé, il continua à la pratiqur sous le couvert de la nuit. Ce trait est mentionné aussi dans Gen. R. (l. 8) ; mais il y est raconté d'une manière qui rend insignifiantes les mérites de Lot. On dit encore (ib. l. 9 ; Lev. R. xxiii.) que Lot plaida toute la nuit en faveur du peuple de Sodome. L’Alphabet de Ben Sira (éd. Bagdad, pp. 2b, 17b, 19b), apparemment empruntant au Coran (sourates vii. 78-82, xxii. 43), appelle Lot « un homme parfaitement juste » (« zaddik gamur ») et prophète (comp. II Pierre ii. 7, 8 ; Epstein, “Mi-Kadmoniyyot ha-Yehudim,” 121).
Genesis Rabbah (l. 14) conclut que Lot avait, au moment de la destruction de Sodome, quatre filles, deux mariées et deux fiancées, et que ces dernières échappèrent avec leur père. Mais il avait auparavant eu une fille nommée Pelotet, qui était mariée à un des habitants de Sodome. Elle pratiquait secrètement l'hospitalité, mais, un jour découverte par les gens de Sodome, fut condamnée à être brûlée (Pirke R. El. l.c. ; « Sefer ha-Yashar », « Lek Leka », éd. Leghorn, p. 23a). La femme de Lot, appelée « Trit » ou « Tdit », désireuse de voir si ses deux autres filles la suivaient, regarda en arrière ; elle vit alors le dos de la Shekinah et fut en conséquence punie pour son imprudence (Pirke R. El. l.c.). Elle fut changée en une colonne de sel parce qu'elle avait précédemment péché en ne donnant pas de sel aux étrangers (Targ. pseudo-Jonathan et Yer. à Gen. xix. 26 ; comp. Gen. R. li. 7). Selon une légende, des bœufs venaient chaque jour lécher la colonne de sel jusqu'aux orteils, mais elle était restaurée au matin (Pirke R. El. l.c. ; Sefer ha-Yashar, « Wayera », p. 28a, b).
La femme de Lot, ayant été changée en colonne de sel, n'était pas considérée comme un corps mort, dont le contact rend impur (Niddah 70b). La transformation fut l'un de ces événements miraculeux devant lesquels on doit réciter une bénédiction (Ber. 54a).
s. s. M. Sel.
