Définition dans Jewish Encyclopedia

Séla (terme musical)

SELAH

(Hebrew. n^JD) : Terme d'étymologie et de forme grammaticale incertaines et de sens douteux. Il se rencontre soixante et onze fois dans trente-neuf des Psaumes, et trois fois dans Hab. iii. Il est placé à la fin des Ps. iii., ix., xxiv., xlvi., et dans la plupart des autres cas à la fin d'un verset, les exceptions étant Ps. Iv. 20, Ivii. 4, et Hab. iii. 3, 9. Des psaumes dans lesquels il se trouve, vingt-trois appartiennent au groupe où « Elohim » est employé pour désigner Elohîm ; vingt-huit à celui que Briggs appelle les « director’s (nVJO^J = “choir-leader”; voir Psalms, Critical View) copies » ; et vingt à la collection « davidique ». De nouveau, neuf des douze psaumes des Korahites et sept (LXX. huit, y compris Ixxx. 8) des douze psaumes d'Asaph ont le terme. Trois psaumes avec « Selah » portent en tête « Miktam » ; sept, « Maskil » ; dix, « Shir » ; vingt-six, « Mizinor » ; tandis que Habacuc iii. est surmonté de « Tefillah. »

Que la véritable signification de ce terme curieux (ou combinaison de lettres) n'ait pas été connue même des versions anciennes se voit à la variété des traductions qui en ont été données. La Septante, Symmachus et Théodotion traduisent thdtj’aAfia — un mot technique aussi énigmatique en grec que le terme « Selah » en hébreu. L'Hexapla se contente de translittérer aeA. Aquila, Jérôme et les Targoumim lui donnent la valeur de « toujours » (Aquila, nei-, Jérôme, « semper » ; Targum, pour la plupart = « in secula » ou RT''in = « semper »). Théodotion en Ps. ix. 17 a la traduction del-, la Quinta donne eJg ro'rg niurac et la Sexta, StanavTo^ (en Ps. xx. 4, «if rfitof»). Jacob d'Edessa, cité par Bar Hebraeus (sur Ps. X. 1), remarque que, au lieu de dcdil'a?/j.a, quelques manuscrits présentent aei = pt et il explique ceci comme se rapportant à la coutume du peuple de réciter une doxologie à la fin de paragraphes des psaumes liturgiques. Dans cinq passages (voir Field, Hexapla sur Ps. xxxviii. [Hébr xxxix.] 12) Aquila offre, d'après le syriaque hexaplara, NHYP = « chant », la ga/xa que rapporte Origenes comme ayant remplacé le didfaXya de la Septante. Selon Hippolyte (De Lagarde, « Nova; Psalterii Graeci Editionis Specimen, » 10), le terme grec didipaX./ua signifiait un changement de rythme ou de mélodie aux endroits marqués par le terme, ou un changement de pensée et de thème. Contre cette explication Baethgen («Psalmen», p. XV., 1re éd., Göttingen, 1892) oppose le fait que l'expression énigmatique se rencontre aussi à la fin de psaumes. La force de cette objection tiendrait si la marque avait été insérée par l'auteur primitif et non, comme il est le plus vraisemblable, par un éditeur postérieur qui aurait pu s'attendre à ce que les Psaumes fussent récit és à la suite sans égard pour les divisions du texte massorétique ; ou si c'était un fait indubitable que là où dans l'hébreu un psaume se termine maintenant, il se terminait aussi dans l'original. Augustin (sur Ps. iv. 1) considère iha^aXua comme indiquant que ce qui suit ne doit pas être joint à ce qui précède. Il suggère aussi la possibilité que l'hébreu « Selah » ait signifié « Fiat » = « Qu'il y ait [fait] ». L'accentuation massorétique rattache toujours « Selah » au précédent, comme s'il faisait partie du texte ou de la pensée, très probablement parce qu'on le tenait pour signifiant « à jamais ». En fait, les points vocaliques en n^D semblent indiquer un "kere" nVJ (avec « kamez » en raison du n) = « à jamais » (voir B. Jacob dans Stade’s “Zeitschrift,” xvi. [1896] VZ'd et xeq.).

Non plus il n'y a une plus grande unanimité parmi les savants modernes qu'auprès des anciennes versions.

Vues modernes. Un seul point fait l'objet d'un accord, à savoir que « Selah » n'a pas de connexion grammaticale avec le texte. C'est soit une marque liturgico-musicale, soit un signe d'un autre caractère ayant une incidence sur la lecture ou la forme verbale du texte. Comme trente et un des trente-neuf psaumes portant la légende « To the choirmaster [nVJoi?] » présentent « Selah », la valeur musicale de la marque a été regardée comme bien assurée. En accord avec cela on l'a rattachée à la racine , comme impératif qui proprement aurait dû être vocalisé n^D, « Sollah » (Ewald, “Kritische Grammatik der Hebräischen Sprache,” p. 554 ; König, “Historisch-Kritisches Lehrgebäude der Hebräischen Sprache,” ii., part i., p. 539). Le sens de cet impératif est donné comme « Élevez », équivalent de « fort » ou « fortissimo », une direction aux musiciens accompagnants d'intervenir à l'endroit marqué avec fracas de cymbales et fanfare de trompettes, l'orchestre jouant un interlude tandis que les voix des chanteurs se taisaient. L'effet, pour le chanteur, était de marquer une pause. Cette signification aussi a été lue dans l'expression ou signe, « Selah » étant tenu pour une variante de « shelah » (n^JK' = « pause »). Mais comme l'interversion de « shin » et « samek » n'est pas habituelle en hébreu biblique, et comme le sens « pause » est clairement inapplicable au milieu d'un verset ou là où une pause interromprait la suite de la pensée, cette proposition a peu de faveur. N'a guère mieux réussi l'hypothèse qui propose de l'envisager comme un mot emprunté au grec tl’aXXe — « frappe l'harpe », etc.

Grütz («Kritischer Commentar zu den Psalmen,» i. 93 sqq.) affirme que « Selah » introduit une nouvelle section, pour ainsi dire, une transition de pensée, et aussi, dans certains cas, une citation (par ex., Ps. Ivii. 8 et suiv. de cviii. 2 et suiv.). Le fait que le terme se rencontre quatre fois à la fin d'un psaume ne pèserait pas contre cette théorie. Comme dit ci-dessus, les Psaumes étaient destinés à être lus en séquence, et, de plus, plusieurs d'entre eux sont des fragments ; en effet, Ps. ix. est compté comme un avec Ps. x. dans la Septante, qui omet aussi (hatpa^./ia à la fin des Ps. iii., xxiv., et xlvi. B. Jacob (l.c.) conclut (1) que, puisqu'aucune explication étymologique n'est possible, « Selah » signifie une pause dans ou pour le chant du Temple ; et (2) que son sens était dissimulé de peur que les privilèges du Temple ne fussent obtenus par les synagogues ou peut-être même par les églises.

Une autre série d'explications repose sur l'hypothèse que sa signification est liturgique plutôt que musicale. Elle marque l'endroit, et plus précisément elle est un appel aux assistants pour qu'ils prennent part par une réponse élogieuse.

Quand Briggs («Jour. Bib. Lit.» 1899, j). 142) accepte l'étymologie et l'explication grammaticale données ci-dessus, c.-à-d. que « Selah » est un impératif cohortatif, signifiant « Élevez [votre bénédiction] », l'éloge par lequel se concluaient des psaumes ou sections de psaumes. On attendrait l'impératif au pluriel si l'adressé était plus d'un assistant. Cependant, l'explication de Briggs indique la ligne le long de laquelle le mystère lié à ce terme ou combinaison de consonnes doit être dissipé. On a suspecté que « Selah » est un mot artificiel formé d'initiales. C'est probablement le cas, bien que la résolution des initiales habituellement suggérée, rhu'ch 3D ■IK'n (= « Retour au commencement, ô chanteur »), doive être abandonnée. Les traductions dans les versions, « 'olmin », dfl, et autres (= "à jamais"), si elles ne prouvent pas qu'il s'agit d'une corruption pour le mot « 'olam » tenant pour le premier nom dans la bénédiction — créent une forte présomption que les initiales du verset où « 'olam » apparaît sont cachées dans le mot énigmatique « Selah ». Grütz (l.c.) montre que dans Ps. Iv. 20 n^D est une corruption pour n^3 (ou même pour D^3), signifiant « détruire » ; et une corruption similaire des première et troisième consonnes, à travers le texte, a contribué à faire de « Selah » la « crux interpretum ». Si dans certains cas nb ou dSd (= « détruire ») est lu et dans d'autres n^3, l'énigme disparaît. « K 1 h » représente l'éloge « Ki le-'olam hasdo » (nDn ‘'3), d'où les lectures des versions — une eulogie familière qui se trouve telle quelle dans les Psaumes (Ps. c. 5, cvi. 1, evii. 1, cxviii. 1 et suiv. ; surtout probablement cxxxvi. ; aussi I Chron. xvi. 34, 41 ; II Chron. v. 13, xx. 21). Ceci est confirmé par le fait que de telles phrases que 310'’3, et peut-être njtl apparaissent réellement dans des passages où « Selah » pourrait se tenir aussi bien et avec aussi peu d'incidence sur le contexte (Ps. Hi. 11, 12). En Ps. xxxiv. 11 31D à la fin est certainement superflu ; mais il se tient là où l'on attendrait très bien ce terme n^D ; et, par conséquent, il n'est pas trop audacieux de conjecturer de lire ici 3113 '3 dans le sens d'une abréviation technique de l'éloge. À ce propos le midrash sur Ps. cxviii. est d'importance ; citant Isaïe iii. 10, il ordonne qu'après la mention des justes les mots 31t3 '3 soient ajoutés, mais qu'après la référence à un méchant une malédiction soit prononcée.

La seconde injonction éclaire de nombreux passages où « Selah » a un autre sens que celui noté ci-dessus, et où il faudrait lire n?3 ou ob (= « Détruisez-les »), comme un seul mot. Il est remarquable que le terme survienne fréquemment après une référence à des méchants (Ps. iv. 3 ; vii. 6 ; ix. 21 ; xxxii. 5 ; xlix. 14 [xlix. 16 ?] ; lii. 5 ; liv. 5 ; Ivii. 4, 7 ; lix. 6 ; lxii. 5 ; lxvi. 7 ; Ixxxii. 2 ; ixxxviii. 8 ; Ixxxix. 46, 49 : cxl. 6 ; Hab. iii. [Version Autorisée King James ii.] 13) ; et à la mention de ceux-ci les assistants éclatent en malédiction, comme ils le font en bénédiction à la mention des œuvres merveilleuses d'Elohîm. Leur commentaire sur le récit est « Détruisez-les ». « Faites-en finir », ou « des maux », c.-à-d. « Mettez fin » (comme en Ps. Ixxxviii. 8). « Selah » est ainsi identique avec as deux fois répété en Ps. lix. 14 (hébreu), « Détruisez avec colère ; détruisez afin qu'ils ne soient plus. » Ce même vers se termine par « Selah », qui, comme expliqué ci-dessus, est une répétition (mais dans la bouche des assistants) de l'exclamation passionnée (= « Détruire »).

Quelque rares passages restent dans lesquels n^D semble ne correspondre ni à une eulogie — c.-à-d. comme corruption de — ni comme combinaison artificielle d'initiales formant nor comme imprecation. Mais même en ceux-ci la lecture (= « Détruire ») s'impose, non point en tant que réponse liturgique, mais comme note indiquant que quelque chose dans le texte doit être supprimé. Il semble que ce soit le cas en Ps. Iv. 8 (K. V. 7), où les versets 8 et 9 sont virtuellement en conflit ; car le désert est le lieu où soufflent les tempêtes. « Selah » ici a l'apparence d'un signe que le verset, étant une citation d'ailleurs et n'appartenant réellement pas au psaume, doit être omis. Le même fait se constate en Ps. lxxxi. 8, où le troisième membre du verset est clairement une note marginale explicative du précédent. « Selah » après « Ô au eaux de Mériba, » indique ce fait, et signifie (= « Supprimez »). Un autre exemple en est Ps. lx. 6, où les mots tOCf’P 'JSC rompent la connexion entre les versets 6a et 7, et n'ont vraiment aucun sens. En Hab. iii. (ii.) 3, 9 aussi, « Selah » signale quelque défaut dans le texte.

Peut-être que cet usage dernier du terme jettera-t-il de la lumière sur l'origine du grec 6id->j)a/./ia. Il peut être rattaché au verbe ihaifidu = « frotter complètement », « effacer ». En tout cas quelques-unes des versions laissent entrevoir une lecture dans laquelle ^3 était visible, par ex., dia-javroc (Sexta), tandis que la traduction d'Aquila d'après le syriaque hexaplara, sn’Jiy, signifiant « chant responsif, antiphonal », corrobore l'hypothèse que la bénédiction ou la malédiction était marquée comme anticipée dans le passage.

« Selah » se rencontre aussi dans le texte de la Shemoneh 'Esreh. Ce fait montre qu'au temps où le texte de cette prière fut enfin fixé, le terme était devenu familier ; et comme la « Shemoneh 'Esreh » puise largement son vocabulaire dans les Psaumes, l'apparition de « Selah » dans la prière n'est pas étrange. Dans le Talmud ce mot est traité comme synonyme de « nezah » et « wa‘ed », les trois signifiant la continuité éternelle sans interruption (‘Er. 54a, pDSn). Kimhi rattache le terme au verbe ^^D(= « élever »), et l'applique à la voix, qui devrait être élevée, ou devenir plus forte aux endroits marqués par lui (commentaire sur Ps. iii. 2). Ibn Ezra (sur Ps. iii. 2) le considère comme équivalent de Ntn p ou « i3«in paj, un expletif corroboratif affirmatif. E. G. H.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.