Définition dans Jewish Encyclopedia

Recensement

CENSUS

Dénombrement du peuple. Plusieurs cas en sont rapportés dans la Bible. Le premier qui soit mentionné est celui de Nom. i. (dont le livre tire son nom), lorsque les mâles — c.-à-d. les hommes capables de porter les armes — étaient au nombre de 603 550 lors de l’Exode. Les critiques modernes, au premier rang desquels l’évêque Colenso (« The Pentateuch and Joshua », pt. I. ch. v.), ont signalé les difficultés qu’implique un tel nombre, issu en quatre générations des douze fils d’Israël, sans parler de l’intendance nécessaire pour au moins quatre fois ce nombre. Le dénombrement fut de nouveau effectué six mois plus tard, selon le récit de Nom. xxvi-xxvii, avec exactement le même résultat. À ces occasions, le dénombrement se fit indirectement : chaque personne ayant l’âge requis donnait un demi-sicle au sanctuaire, puis les demi-sicles, et non les personnes, étaient comptés. Cet expédient, selon les critiques, fut adopté par l’auteur des Nombres en raison de la superstition qui s’était élevée contre un recensement à la suite de l’expérience du règne de David. Après que David eut organisé son royaume, il jugea nécessaire, pour des raisons militaires, de savoir exactement sur combien d’hommes en âge de porter les armes il pouvait compter ; et il décida de faire un recensement (II Sam. xxiv.). Malgré les remontrances de Joab, David persista à effectuer le dénombrement du peuple. Cette opération paraît avoir été laborieuse, puisqu’il ne fallut pas moins de neuf mois et vingt jours pour l’achever. Malheureusement, les nombres donnés par le texte biblique divergent : le Livre de Samuel donne 800 000 pour Israël et 500 000 pour Juda, tandis que I Chron. xxi porte le premier à 1 100 000 et réduit le second à 470 000. Comme ces nombres ne comprenaient que les hommes combattants, ils impliqueraient probablement une population de 5 000 000 pour Israël et de 2 000 000 pour Juda. La pratique assyrienne de compter les captifs montre qu’un tel recensement n’était pas rare à l’époque. Les chiffres rapportés sont toutefois considérés comme douteux par les critiques bibliques pour diverses raisons, indépendamment de l’incertitude du texte, que Budde corrigerait en 100 000 pour Israël et 70 000 pour Juda (« S. B. O. T. » ad loc.). Une épidémie semble s’être produite peu après le recensement, et avoir confirmé le peuple dans la superstition, commune parmi les nations primitives, contre le fait d’être dénombré. Dans le texte biblique, l’action de David en ordonnant un recensement est considérée comme pécheresse.

Il est possible que cette objection à être dénombré ait eu quelque rapport avec le soulèvement, conduit par Judas le Galiléen, contre le recensement entrepris par Quirinius (Cyrénius) dans les années 6-7 (Luc ii. 2 ; Actes v. 37). Ce recensement, ou plutôt l’imposition qui en résulta, est mentionné par Josèphe (« Ant. » xviii. 1, § 1) ; et Luc y rattache la date de la naissance de Yéhoshoua (Jésus). Mais Schürer (« Gesch. » i. 508-543) a démontré de manière concluante qu’un tel recensement n’aurait pu être entrepris par un fonctionnaire romain alors qu’Hérode régnait encore. Aucun détail n’est connu concernant ce recensement de Quirinius.

Dans les États civilisés modernes, puisque le relevé périodique d’un recensement est considéré comme une partie nécessaire de la politique publique, le nombre des Juifs a été déterminé soit par estimation, soit par dénombrement effectif — en Hongrie, par exemple, depuis 1720 ; en Prusse, depuis 1816 ; et en Pologne, depuis 1825. La coutume varie selon les pays quant à l’inclusion, dans les résultats du recensement, du nombre des adhérents aux divers cultes. La France les incluait autrefois, mais ne le fait plus. Presque toutes les colonies britanniques le font, de même que l’Irlande ; mais l’Angleterre, l’Écosse et les États-Unis ne le font pas. Il est donc impossible d’obtenir un dénombrement exact de la population juive du monde.

Bibliographie : Commentaires sur II Sam. xxiv ; Schürer, comme ci-dessus.

E. C. J.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.