Définition dans Jewish Encyclopedia
Récabites
RECHABITES
Données bibliques : Membres d’une famille descendant d’Hammath, le progeniteur de la maison de Rechab ; autrement appelés les Kénites (I Chron. ii. 55), qui étaient les descendants d’Hobab (Jéthro), le beau-père de Moïse (Juges iv. 11). Dans Jérémie (xxxv.) il est rapporté que le prophète fit entrer quelques Rechabites dans le Temple et leur offrit du vin ; ils déclinèrent au motif que Jéhonadab, fils de Rechab, leur ancêtre, leur avait ordonné de ne pas boire de vin ni d’alcool fort, de ne pas habiter des maisons, de ne pas semer de grain, de ne pas planter de vignes, et leur avait enjoint de demeurer sous des tentes tous leurs jours. Jérémie utilisa cette fidélité des Rechabites à leurs principes comme leçon d’exemple dans ses exhortations à ses contemporains.
Jéhonadab apparaît plus tôt dans la Bible comme le compagnon du roi Jéhu lorsqu’il massacra les prophètes de Baal (comp. II Rois x. 15, 23). Jéhonadab fut apparemment un champion du culte de YHWH contre celui de Baal. Après l’Exil, Malchia, le chef rechabite du district de Beth-haccerem, construisit une partie des murailles de Jérusalem (Neh. iii. 14, 15). En I Chron. (ii. 65) il est déclaré que certaines personnes de Jabes en Juda étaient « les Kénites qui viennent d’Hammath, le père de la maison de Rechab. » Il ressort clairement de ces passages que les Rechabites étaient un peuple qui s’efforçait de résister aux coutumes de la vie sédentaire en Palestine en maintenant l’idéal nomade ; qu’ils existèrent à différentes époques tant dans le Royaume du Nord que dans le Royaume du Sud ; qu’ils s’intéressaient particulièrement au culte de YHWH ; et que le Chronicler les relie aux Kénites.
E. c. G. A. B.
Dans la littérature rabbinique : La promesse de YHWH que les Rechabites « n’auront point d’homme pour se tenir devant moi à toujours » (Jer. xxxv. 19) est interprétée par R. Jonathan comme signifiant qu’ils deviendront scribes et membres du Sanhédrin.
Dans le Talmud : D’autres rabbins disent que les Rechabites marièrent leurs filles à des prêtres et eurent des petits-enfants dans la prêtrise (Yalk., Jer. 323). L’opinion de Jonathan semble être celle acceptée, car les Rechabites devinrent scribes (I Chron. ii. 55) et siégèrent avec le Sanhédrin dans la chambre de granit (« lishkat ha-gazit » ; peut-être la même que la chambre de Hanan) du Temple. Les noms des familles subdivisées, les Tirathites, les Shemeathites, et les Suchathites (ib.), sont des appellations indiquant leur érudition et (dans le cas de la dernière) leur coutume de vivre sous des tentes (Mek., Yitro, ii. 60b ; Sifre, Num. 78 [éd. Friedmann, p. 20a] ; Sotah 11a). R. Nathan remarqua que l’alliance de YHWH avec les Rechabites était supérieure à l’alliance avec David, puisque celle de David était conditionnelle (Ps. cxxxii. 12), tandis que celle avec les Rechabites était sans réserve (Mek., loc. cit.). Le Talmud identifie « ha-yozerim » (« les potiers » ; I Chron. iv. 23) avec les Rechabites, parce qu’ils observaient (« she-nazeru ») le commandement de leur père (B. B. 91b). Évidemment le Talmud avait la lecture « ha-nozerim » (= « observants diligents ») au lieu de « ha-yozerim. » Cela expliquerait le terme « Migdal Nozerim, » la demeure des Rechabites, en contraste avec une « ville entourée » (II Rois xvii. 9, xviii. 8). L’appellation de « Nozerim » ou « Nozerites » est peut-être dérivée de « Nazarites » comme indicatif de la vie tempérée des Rechabites.
Le temps fixé pour le service des Rechabites au Temple était le 7e d’Ab (Ta’an. iv. 5). Après la destruction du Second Temple, des traces des Rechabites se trouvent dans la généalogie de R. Jose b. Halafta, l’auteur du "Seder ‘Olam", qui prétend être un descendant direct de Jéhonadab ben Rechab (Gen. R. xcviii. 13).
Judah Low b. Bezalel, dans son "Nezah Yisrael" (Prague, 1599), prétend que les Juifs en Chine descendent des Rechabites et qu’ils sont mentionnés en Isa. xlix. 12 (« le pays des Sinim »). Benjamin de Tudèle (1160) trouva des Rechabites lors de ses voyages : « À vingt et un jours de chemin de Babylone, à travers le désert de Saba, ou Al-Yemen, d’où la Mésopotamie se trouve dans une direction septentrionale, se trouvent les demeures des Juifs qui sont appelés les Rechabites. » Il les décrit comme « une tribu indépendante. L’étendue de leur pays est de seize jours de marche parmi les montagnes du nord. Ils ont de grandes villes fortifiées, avec la capitale selon Hanan [un nom suggestif de la chambre de Hanan]. Les Rechabites font des expéditions de maraude dans des pays lointains avec leurs alliés, les Arabes, qui vivent dans le désert sous des tentes. Les pays voisins craignent les Juifs, dont certains cultivent la terre, élèvent du bétail, et contribuent des dîmes pour les hommes versés dans la Loi, pour les pauvres de Palestine, et pour les pleureurs de Sion et de Jérusalem, qui, sauf les sabbats et les jours saints, ne mangent ni viande ni vin, et qui s’habillent en noir et vivent dans des cavernes. » La description que fait Benjamin des Rechabites est ambiguë, et, le texte n’étant pas ponctué, il est difficile de dire quand il se réfère aux Kechabites, quand aux Arabes, et quand aux pleureurs de Sion. Probablement les tentes mentionnées sont celles des Arabes, et l’abstinence de viande et de vin s’applique aux pleureurs de Sion. Ces derniers étaient vraisemblablement des Karaïtes, qui faisaient des pèlerinages fréquents à Jérusalem aux Xe et XIe siècles (voir PÈLERINAGE).
Les Kechabites furent également rencontrés par le missionnaire anglais Dr. Wolff, en 1828, près de La Mecque en Arabie. Il leur attribue l’observance de la loi mosaïque pure. Ils parlent arabe et un peu d’hébreu. Ce sont de bons cavaliers, et ils sont au nombre d’environ 60 000.
Bibliographie : Lewisolin, Shorshe Lebanon, pp. 220-228, Wilna, 1841 ; M. A. Ginsburg, Dehir, i. 90-101, Varsovie, 1883 ; L. de St. Aignaii, La Tribu de Rechabites retrouvée, Versailles, 1871 ; The Itinerary of Benjamin of Tudela, éd. Asher, Londres, 1840-41.
w. B. J. D. E.
