Définition dans Jewish Encyclopedia
Pluie
RAIN
Données bibliques : La Palestine n’exigeait pas une irrigation artificielle aussi laborieuse que l’Égypte ; Elohîm la pourvoyait par « l’eau de la pluie du ciel » (Deut. xi. 11). Les moissons étaient considérées comme le don de YHWH, puisqu’elles dépendaient d’une pluie venue au bon moment. YHWH manifestait Sa puissance en donnant ou en retenant la pluie (Zech. x. 1 ; Job xxxvi. 27 et svt.), qu’Il faisait tomber en certains lieux et déniait à d’autres (Amos iv. 7). Une pluie abondante et opportune est promise au peuple comme récompense du maintien fidèle des commandements (Lev. xxvi. 4 ; Deut. xi. 13 et svt., xxviii. 12 ; Jer. v. 24 ; Ezek. xxxiv. 26). Les péchés d’Israël, au contraire, provoquent le dérèglement du cours de la nature (Jer. v. 25), et YHWH punit l’iniquité du peuple en retenant la pluie (Deut. xi. 17, xxviii. 23 et svt.). La faveur du roi est « comme un nuage de la pluie dernière » (Prov. xvi. 15). Le cultivateur désire surtout la « pluie dernière » (Job xxix. 23). Cant. ii. 11 et svt. décrit l’éveil de la nature après les pluies d’hiver. Voir Palestine.
E. G. II. I. Be.
Dans la littérature rabbinique : La source de la pluie est discutée dans le Talmud. R. Éliézer soutenait l’opinion que tout le monde buvait l’eau de l’océan, citant « Il monta une vapeur de la terre, et elle humidifia toute la surface du sol » (Gen. ii. 6). « Les nuages, » expliquait-il, « ‘‘adoucissent’’ l’eau salée de l’océan. » R. Joshua pensait que les nuages se forment comme des bouteilles ; ils ouvrent leur bouche pour recevoir l’eau des hauteurs, puis ils saupoudrent la terre comme à travers un tamis, avec un intervalle de la grosseur d’un cheveu entre les gouttes (Ta’an. 9b).
Quand on parle de pluie dans les ouvrages rabbiniques, il s’agit seulement de celle de la Palestine, à moins qu’il n’en soit spécifié autrement. Les « yoreh » (pluies premières) tombent en Heshván, et les « malkosh » (pluies dernières) en Nissan. R. José dit que les yoreh sont dus en Kislew (Ta’an. 6b).
Les temps les plus convenables pour la pluie sont le mercredi soir et le vendredi soir, lorsque les gens restent à la maison. La pluie le vendredi gêne les achats en préparation du sabbat (Ta‘an. 8b, 23a ; Rashi ad loc.).
Le dernier jour de Souccot, on observait le vent pour des indications sur la pluie de l’année suivante. Les pèlerins à Jérusalem surveillaient la dérive de la fumée de l’autel dans le Temple : si elle se déplaçait vers le nord, il y aurait abondance de pluie ; si vers le sud, les pluies seraient rares (Yoma 21b). R. Hisda disait qu’après la destruction du Temple les vents du sud n’apportaient plus de pluie (B. B. 25b).
La rareté de la pluie est attribuée à l’arrêt des contributions des dîmes, entraînant famine et perte d’affaires. Le don des dîmes fait ouvrir les fenêtres des cieux et l’effusion de la bénédiction de la pluie (Mal. iii. 10). K. Johanan disait que des cieux sans pluie suivent les peuples qui manquent à leur promesse de donner l’aumône, citant « Celui qui se vante d’un don faux est comme les nuages et le vent sans pluie » (Prov. xxv. 14 ; Ta’an. 7b, 8b).
Les païens, en cas de sécheresse, sacrifiaient une vie humaine pour apaiser la colère de leur idole ; leur prêtre choisissait la victime indiquée par un rêve (‘Ab. Zarah 5a). Le remède juif était la prière. Le grand prêtre, le jour de Kippour, priait pour des saisons saines et pluvieuses (Yoma 53b). Shemini ‘Atseret est le jour du jugement de l’eau (R. H. i. 2), quand Geshem (la prière pour la pluie) est récitée dans l’‘Amidah au Musaf, avant la phrase « Mashshib ha-ruah u-morid ha-gashem. »
On interpolait dans la bénédiction la prière pour la résurrection, en tant que la pluie ranime les produits de la nature (Ber. V. 2, 33a). L’insertion de « Tal u-matar » dans la neuvième bénédiction de la Shemoneh ‘Esreh est connue comme la « demande » ou « sollicitation » (« she’elah ») pour la pluie. En Palestine la prière de she’elah est d’abord récitée le 7e de Tishri. R. Gamaliel fixa cette date afin que les pèlerins dont les demeures étaient à l’est puissent, en revenant de Jérusalem, avoir quinze jours après Souccot pour atteindre l’Euphrate (Ta’an. i. 3). Hors de Palestine la she’elah ne commence pas avant le soixantième jour après l’équinoxe d’automne (par ex., durant le XXe siècle, le 5 déc.; Ta’an. 10a). Les deux interpolations sont omises du premier jour de Pâque jusqu’à la Shemini ‘Atseret suivante, car la pluie en été nuit aux moissons. Dans les pays où la pluie est bénéfique pendant l’été, la prière pour la pluie est insérée à la fin de la seizième bénédiction (Shomea’ Tefillah), ce qui inclut un pays aussi grand que l’Espagne ou l’Allemagne (Shulchan ‘Aruk, Orach Hayyim, 117, 2).
Les Juifs qui allèrent au Brésil dans la première moitié du XVIIe siècle (probablement 1642-46) trouvèrent que la saison des pluies y survenait à un autre moment de l’année ; ils adressèrent donc une question à R. Hayyim Shabbethai de Salonique sur la nécessité de changer le temps des prières pour la pluie de l’hiver à l’été afin d’adapter la prière au climat brésilien. R. Hayyim décida que l’on pouvait omettre la prière pour la pluie en hiver et l’insérer à Shomea’ Tefillah ("Torat Hayyim," iii., No. 3, Salonique, 1713-22). C’est le premier renseignement casuistique de la judaïté américaine.
Une série de jeûnes suit si la saison des pluies est retardée. Les jours de jeûne s’appellent Sheni, Hamishshi ve-Sheni (c.-à-d. lundi, jeudi et lundi). Si la pluie ne vient pas jusqu’au 17e de Heshwan, les pieux observent les trois jours de jeûne ; si la pluie n’est toujours pas venue le 1er de Kislew, le bet din décrète des jeûnes publics supplémentaires le même jour pendant trois semaines consécutives. Si cela reste inefficace, le bet din décrète un autre jeûne de trois jours, avec toutes les règles du jeûne de Yom Kippour, chacun commençant la veille. Si ceux-ci ne réussissent pas, le bet din décrète encore sept autres jours de jeûne (selah-days?) au cours desquels le son du shofar a lieu. La cérémonie se tient sur la place publique de la ville, et l’ancien de la congrégation prêche l’humiliation (Ta’an. i. 4-7, ii. 1). Quand la pluie tombe le jour du jeûne, la journée se termine par la récitation du Hallel complet. La bénédiction pour la pluie nécessaire est : « Nous Te remercions, ô YHWH, pour chaque goutte de pluie que Tu fais descendre sur nous » (Ber. 59b).
Honi ha-Me’aggel était le plus adroit à prier pour la pluie pendant la période du Second Temple. Mais il ne priait pas contre un excès de pluie, disant : « J’ai une tradition de ne pas prier contre la surabondance. » Cependant, une fois, quand le peuple le pressa de prier pour l’arrêt d’une pluie causant des dommages, il pria ainsi : « Ô Maître de l’univers ! Ton peuple Israël, que Tu as délivré d’Égypte, ne peut supporter ni trop de bien ni trop de mal ; il ne peut supporter ni Ta colère ni Tes bénédictions surabondantes. Qu’il Te plaise, ô YHWH, d’arrêter la pluie » (Ta’an. 23a).
Bibliographie : Shulchan 'Aruk, Orach Hayyim, 575-577. Pour les prières pour la pluie et pour l’arrêt de la pluie, avec une liste de psaumes spéciaux, voir Baer, Modef Yinracl (Hodelheim, 1868).
w'. B. J. D. E.
