Définition dans Jewish Encyclopedia
Pseudo-messies
PSEUDO-MESSIAHS
Personnes qui prétendent être les libérateurs d’Israël, divinement désignés pour amener l’établissement du royaume messianique promis. Certains des pseudo-Messies qui se sont élevés à diverses époques furent des imposteurs cherchant à exploiter la crédulité des masses à des fins égoïstes ; d’autres furent victimes de leurs propres croyances ou illusions. Tous avaient pour but le rétablissement d’Israël dans sa terre natale. Les uns cherchaient à y parvenir par la pénitence, le jeûne et la prière, et attendaient des miracles qu’ils les assistent ; les autres en appelaient aux armes. En rapport avec leur rôle messianique, certains jouèrent le rôle de réformateurs religieux, introduisant des innovations et essayant même de subvertir le judaïsme existant. Comme existait une croyance en deux Messies — un Messie éphraïmite, qui devait être le précurseur du Messie davidique —, on trouve parmi les pseudo-Messies aussi bien ceux qui prétendent être le Messie de la maison de David que ceux qui se donnent pour le Messie, fils de Joseph. Leur influence fut surtout locale et temporaire ; certains, toutefois, réussirent à attirer un grand nombre d’adeptes et créèrent des mouvements qui durèrent des périodes considérables. Les effets de ces mouvements messianiques furent funestes. Beaucoup de ces Messies et de leurs adeptes perdirent la vie au cours de leurs activités ; ils abusèrent le peuple par de faux espoirs, créèrent des dissensions, donnèrent naissance à des sectes et en firent même perdre beaucoup au judaïsme.
Les pseudo-Messies commencent à apparaître avec la fin de la dynastie hasmonéenne, lorsque Rome commença son œuvre d’écrasement de l’indépendance de la Judée. Pour le maintien de l’État menacé, le peuple attendait un Messie.
Il ressort de Josèphe qu’au premier siècle avant la destruction du Temple, plusieurs Messies s’élevèrent, promettant le soulagement du joug romain, et trouvant des adeptes prêts à les suivre. Josèphe parle d’eux en ces termes : « Un autre groupe d’hommes méchants surgit aussi, plus purs dans leurs mains, mais plus méchants dans leurs intentions, qui détruisirent la paix de la ville non moins que ces meurtriers [les Sicaires]. Car ils étaient des séducteurs et des abuseurs du peuple et, sous prétexte d’illumination divine, favorisaient les innovations et les changements ; ils persuadaient la multitude d’agir comme des insensés et la conduisaient dans le désert, prétendant qu’Elohîm leur y montrerait les signes de la liberté » (Josèphe, « B. J. » ii. 13, § 4 ; idem, « Ant. » xx. 8, § 6). Matt. xxiv. 24, mettant en garde contre les « faux Christs et faux prophètes », témoigne dans le même sens. Ainsi, vers 44, Josèphe rapporte qu’un certain imposteur, Theudas, qui prétendait être prophète, parut et exhorta le peuple à le suivre avec ses biens jusqu’au Jourdain, qu’il diviserait pour eux. Selon Actes v. 36 (qui semble se rapporter à une date différente), il réunit environ 400 adeptes. Cuspius Fadus envoya contre lui et sa troupe un détachement de cavaliers, en tua beaucoup et en fit d’autres captifs, avec leur chef, auquel il fit couper la tête (« Ant. » xx. 5, § 1).
Un autre, un Égyptien, aurait réuni 30 000 adhérents, qu’il convoqua au mont des Oliviers, en face de Jérusalem, promettant qu’à son commandement les murailles de Jérusalem s’écrouleraient et que lui-même et ses adeptes entreraient dans la ville pour s’en emparer. Mais Félix, le procurateur (vers 55-60), rencontra la foule avec ses soldats. Le prophète s’échappa, mais ceux qui l’accompagnaient furent tués ou capturés, et la multitude se dispersa [ib. xx. 8, § 6 ; « B. J. » ii. 13, § 5 ; voir aussi Actes xxi. 38]. Un autre, que Josèphe appelle un imposteur, promit au peuple « délivrance et liberté de ses misères » s’il le suivait au désert. Le chef et ses adeptes furent tués par les troupes de Festus, le procurateur (60-62 ; « Ant. » xx. 8, § 10). Même lorsque Jérusalem était déjà en cours de destruction par les Romains, un prophète, selon Josèphe soudoyé par les défenseurs afin d’empêcher le peuple de déserter, annonça qu’Elohîm leur commandait de venir au Temple, pour y recevoir des signes miraculeux de leur délivrance. Ceux qui vinrent trouvèrent la mort dans les flammes (« B. J. » vi. 5, § 3).
À la différence de ces Messies, qui s’attendaient à ce que la délivrance de leur peuple soit accomplie par une intervention divine, Menahem, fils de Judas le Galiléen et petit-fils d’Ézéchias, chef des Zélotes qui avait causé des troubles à Hérode, était un guerrier. Lorsque la guerre éclata, il attaqua Massada avec sa troupe, arma ses adeptes des armes qui y étaient entreposées, puis se rendit à Jérusalem, où il s’empara de la forteresse Antonia, écrasant les troupes d’Agrippa II. Enhard i par son succès, il se comporta en roi et revendiqua le commandement de toutes les troupes. Il suscita ainsi l’hostilité d’Éléazar, un autre chef zélote, et mourut à la suite d’une conspiration dirigée contre lui (ib. ii. 17, § 9). Il est probablement identique au Menahem b. Ézéchias mentionné dans Sanh. 98b, et appelé, en référence à Lam. i. 17, « le consolateur [“menahem”] qui devait soulager » (comp. Hamburger, « R. B. T. » Supplement, iii. 80).
Avec la destruction du Temple, l’apparition de Messies cessa pour un temps. Soixante ans plus tard, un mouvement politico-messianique de grandes proportions se produisit, avec Bar Kokba à sa tête. Ce chef de la révolte contre Rome fut salué comme roi-Messie par Akiba, qui lui appliqua Nomb. xxiv. 17 : « Une étoile sortira de Jacob, et un sceptre s’élèvera d’Israël, et frappera les coins de Moab », etc. (Yer. Ta’an. iv. 7 ; Lam. R. sur Lam. ii. 2), et Hag. ii. 21, 22 : « J’ébranlerai les cieux et la terre et je renverserai les trônes des royaumes. . . . » (Sanh. 97b). Bien que certains, tel Johanan b. Torta (Lam. R. sur Lam. ii. 2), aient douté de sa messianité, il semble avoir entraîné la nation avec lui dans son entreprise. Après avoir suscité une guerre (133-135) qui mit à rude épreuve la puissance de Rome, il trouva finalement la mort sur les murs de Bethar. Son mouvement messianique s’acheva dans la défaite et la misère pour les survivants (voir Bar Kokba et Bar Kokba War).
L’issue malheureuse de la guerre de Bar Kokba mit fin pour des siècles aux mouvements messianiques ; les espérances messianiques n’en restèrent pas moins vivaces. Selon un calcul trouvé dans le Talmud, le Messie était attendu en 440 (Sanh. 97b) ou en 471 (‘Ab. Zarah 9b). Cette attente, jointe aux troubles de l’empire romain consécutifs aux invasions, peut avoir suscité le Messie qui apparut vers cette époque en Crète et qui gagna la population juive à son mouvement. Il s’appelait Moïse et promit de conduire le peuple, comme l’ancien Moïse, à pied sec à travers la mer, de retour en Palestine.
Ses adeptes, convaincus par lui, abandonnèrent leurs possessions et attendirent le jour promis, où, sur son commandement, beaucoup se jetèrent dans la mer, certains y trouvant la mort, d’autres étant sauvés. Le pseudo-Messie lui-même disparut (Socrate, « Historia Ecclesiastica », vii. 38 ; Grätz, « Gesch. » 3e éd., iv. 354-355).
Les pseudo-Messies qui suivirent jouèrent leur rôle en Orient et furent en même temps des réformateurs religieux dont l’œuvre influença le karaïsme. À la fin du septième siècle parut en Perse Ishak ben Ya'kub Obadiah Abu ‘Isa al-Isfahani d’Ispahan (pour les autres formes de son nom et pour sa secte, voir « J. Q. R. » xvi. 768, 770, 771 ; Grätz, l.c. v., notes 15 et 17). Il vécut sous le calife omeyyade ‘Abd al-Malik ibn Marwan (684-705). Il prétendit être le dernier des cinq précurseurs du Messie et avoir été désigné par Elohîm pour libérer Israël. Selon certains, il était lui-même le Messie. Ayant réuni un grand nombre d’adeptes, il se rebella contre le calife, mais fut défait et tué à Rai. Ses adeptes prétendaient qu’il était inspiré et invoquaient comme preuve le fait qu’il écrivait des livres, bien qu’il ignorât la lecture et l’écriture. Il fonda la première secte qui surgit dans le judaïsme après la destruction du Temple (voir Ishak ben Ya'kub Obadiah Abu ‘Isa al-Isfahani).
Le disciple d’Ishak, Yudghan, appelé « Al-Ra‘i » (= « le berger du troupeau de son peuple »), qui vécut dans la première moitié du huitième siècle, se déclara prophète et fut considéré par ses disciples comme un Messie. Il venait de Hamadan et enseignait des doctrines qu’il prétendait avoir reçues par prophétie. Selon Shahristani, il s’opposait à la croyance en l’anthropomorphisme, enseignait la doctrine du libre arbitre et soutenait que la Torah avait, outre son sens littéral, un sens allégorique. Il était ainsi, selon Grätz (l.c. v. 467), un motazilite juif. Il exhortait ses adeptes à mener une vie ascétique, à s’abstenir de viande et de vin, et à prier et jeûner souvent, suivant en cela son maître Abu ‘Isa. Il soutenait que l’observance du Sabbat et des fêtes n’était qu’une affaire de commémoration. Après sa mort, ses adeptes formèrent une secte, les Yudghanites, qui croyaient que leur Messie n’était pas mort, mais reviendrait (comp. Grätz, l.c. note 17, § 4, 18, § 1 ; éd. hébr., iii. 503, 511).
Entre 720 et 723, un Syrien, Serene (son nom est donné diversement dans les sources sous les formes Sherini, Sheria, Serenus, Zonoria, Satira ; voir Grätz, l.c. v. 401-402), apparut comme le Messie. L’occasion immédiate de son apparition fut peut-être la restriction des libertés des Juifs par le calife Omar II (717-720) et ses efforts de prosélytisme. Sur le plan politique, ce Messie promit l’expulsion des musulmans et le retour des Juifs en Terre Sainte. Il eut des adeptes même en Espagne, où les Juifs souffraient sous la fiscalité oppressive de leurs nouveaux maîtres arabes ; beaucoup quittèrent leurs foyers pour le nouveau Messie. Comme Abu ‘Isa et Yudghan, Serene fut aussi un réformateur religieux. Il était hostile au judaïsme rabbinique. Ses adeptes ne respectaient pas les lois alimentaires, les prières instituées par les rabbins, ni l’interdiction du « vin de libation » ; ils travaillaient le second jour des fêtes ; ils ne rédigeaient pas les actes de mariage et de divorce selon les prescriptions talmudiques, et ne tenaient pas compte de l’interdiction talmudique du mariage entre proches parents (voir Grätz, l.c. note 14). Serene fut arrêté. Amené devant le calife Yazid, il déclara n’avoir agi que par plaisanterie, après quoi il fut livré aux Juifs pour être puni. Ses adeptes furent réadmis dans le giron après avoir renoncé à leur hérésie.
Sous l’influence des Croisades, le nombre des Messies s’accrut, et le douzième siècle en mentionne beaucoup. L’un parut en France (vers 1087) et fut tué par les Français ; un autre parut dans la province de Cordoue (vers 1117), et un autre à Fès (vers 1127). On ne sait rien de ces trois personnages au-delà de leur mention dans l’« Iggeret Teman » de Maïmonide.
Le mouvement messianique important suivant apparaît de nouveau en Perse. David Alroy ou Alrui, né au Kurdistan, se déclara vers 1160 Messie. Profitant de sa popularité personnelle, de l’état troublé et affaibli du califat, et du mécontentement des Juifs, accablés d’un lourd impôt par tête, il mit en œuvre ses desseins politiques, affirmant qu’Elohîm l’avait envoyé pour délivrer les Juifs du joug musulman et les ramener à Jérusalem. Dans ce but, il convoqua les Juifs guerriers du district voisin d’Adherbaijan, ainsi que ses coreligionnaires de Mossoul et de Bagdad, afin qu’ils vinssent armés à son aide et contribuassent à la prise d’Amadia. À partir de ce point, sa carrière est enveloppée de légende. Son mouvement échoua ; et l’on dit qu’il fut assassiné pendant son sommeil par son propre beau-père. Une lourde amende fut exigée des Juifs pour cette insurrection. Après sa mort, Alroy eut de nombreux adeptes à Khof, Salmas, Tauris et Maragha, qui formèrent une secte appelée les Menahemistes, d’après le nom messianique « Menahem », adopté par leur fondateur. Voir Alroy, ou Alrui, David.
Peu après Alroy, un prétendu précurseur du Messie apparut au Yémen (en 1172), au moment même où les musulmans faisaient des efforts déterminés pour convertir les Juifs qui y vivaient. Il déclara que les malheurs du temps étaient des pronostics de la venue du royaume messianique et appela les Juifs à partager leurs biens avec les pauvres. Ce pseudo-Messie fut le sujet de l’« Iggeret Teman » de Maïmonide. Il poursuivit son activité pendant un an, puis fut arrêté par les autorités musulmanes et décapité — à sa propre suggestion, dit-on, afin de pouvoir prouver la vérité de sa mission en revenant à la vie.
Abraham Abulafia fut un prophète ; et, dans un livre prophétique qu’il publia à Urbino (1279), il déclara qu’Elohîm lui avait parlé. À Messine, dans l’île de Sicile, où il fut bien accueilli et gagna des disciples, il se déclara (dans un ouvrage publié en nov. 1284) le Messie et annonça 1290 comme l’année où devait commencer l’ère messianique. Solomon ben Adret, auquel on s’adressa au sujet des prétentions d’Abulafia, le condamna, et certaines congrégations se prononcèrent contre lui. Persécuté en Sicile, il se rendit dans l’île de Comino près de Malte (vers 1288), affirmant encore dans ses écrits sa mission messianique. Sa fin est inconnue. Deux de ses disciples, Joseph Gikatilla et Samuel, tous deux de Medinaceli, prétendirent plus tard être des prophètes et des faiseurs de miracles. Ce dernier prédit en langage mystique, à Ayllon en Ségovie, l’avènement du Messie.
Un autre prétendu prophète fut Nissim ben Abraham, actif à Avila. Ses adeptes racontaient que, bien qu’ignorant, il avait été soudainement doué par un ange du pouvoir d’écrire un ouvrage mystique, « The Wonder of Wisdom », avec un commentaire sur celui-ci. De nouveau, on s’adressa à Solomon ben Adret, qui douta de la prétention prophétique de Nissim et recommanda une enquête soigneuse. Le prophète poursuivit néanmoins son activité et fixa même le dernier jour du quatrième mois, Tammuz, de 1295, comme date de la venue du Messie. Les crédules se préparèrent à l’événement par le jeûne et l’aumône et se rassemblèrent au jour fixé. Mais, au lieu de trouver le Messie, certains virent sur leurs vêtements de petites croix, peut-être épinglées par des incrédules afin de ridiculiser le mouvement. Dans leur déception, certains adeptes de Nissim seraient passés au christianisme. On ignore ce qu’il advint du prophète.
Après l’écoulement d’un siècle, un autre faux Messie se présenta avec des prétentions messianiques. Selon Grätz (l.c. viii. 404), ce prétendu Messie doit être identifié à Moses Botarel de Cisneros. L’un de ses adhérents et partisans fut Hasdai Crescas. Leur relation est évoquée par Geronimo da Santa Fe dans son discours à la disputation de Tortosa en 1413 (comp. Grätz, l.c.).
Un autre siècle plus tard, en 1502, Asher Leminlein (Lämmlein), un Allemand se proclamant précurseur du Messie, apparut en Istrie, près de Venise, et annonça que, si les Juifs se repentaient et pratiquaient la charité, le Messie viendrait dans les six mois, et qu’une colonne de nuée et de fumée précéderait les Juifs lors de leur retour à Jérusalem. Il trouva des croyants en Italie et en Allemagne, même parmi les chrétiens. Conformément à sa prédication, les gens jeûnèrent, prièrent et firent l’aumône pour se préparer à la venue du Messie, de sorte que l’année en vint à être connue comme l’« année de pénitence ». Mais le « Messie » mourut ou disparut (voir Lemmlein, Asher).
Parmi les pseudo-Messies doivent être inclus David Reubeni et Solomon Molko. Le premier prétendait être l’ambassadeur et le frère du roi de Khaibar — ville et ancien district d’Arabie, où l’on supposait que demeuraient les descendants des tribus de Ruben et de Gad — et avoir été envoyé au pape et aux puissances d’Europe pour obtenir des canons et des armes à feu destinés à la guerre contre les musulmans qui, disait-il, empêchaient l’union des Juifs vivant sur les deux rives de la mer Rouge. Il nia expressément être un Messie ou un prophète (comp. Fuenn, « Keneset Yisrael », p. 256), prétendant n’être qu’un guerrier. Le crédit qu’il trouva à la cour papale en 1524, l’accueil qui lui fut fait en 1525 à la cour portugaise (où il se rendit à l’invitation de Jean III et où il reçut d’abord la promesse d’une aide), la cessation temporaire de la persécution des Marranes — tout cela donna aux Marranes portugais et espagnols lieu de croire que Reubeni était un précurseur du Messie. Selaya, inquisiteur de Badajoz, se plaignit auprès du roi de Portugal qu’un Juif venu d’Orient (faisant allusion à Reubeni) avait rempli les Marranes espagnols de l’espoir que le Messie viendrait et ramènerait Israël de tous les pays en Palestine, et qu’il les avait même enhardis à des actes manifestes (comp. Grätz, l.c. ix. 532). Un esprit d’attente fut suscité par le séjour de Reubeni au Portugal. Une femme marrane de la région de Herara à Puebla de Alcocer se déclara prophétesse, eut des visions et promit de conduire ses coreligionnaires en Terre Sainte. Elle et beaucoup de ceux qui crurent en elle furent brûlés.
Un résultat plus important de la venue de Reubeni que pareil phénomène fut le retour au judaïsme du Marrane Diogo Pires (né vers 1501 ; mort en 1532), événement dont Reubeni fut peut-être la cause (voir Molko, Solomon).
Dans une certaine mesure doivent aussi être mentionnés ici les cabalistes Isaac Luria, fondateur de l’école moderne de la Cabale, et Hayyim Vital Calabrese, son principal disciple et successeur. Tous deux prétendirent être des Messies éphraïmites, précurseurs du Messie davidique. Isaac Luria (né en 1534 à Jérusalem ; mort en 1572 à Safed) enseignait dans son système mystique la transmi-
gration et la superfétation des âmes, et se croyait posséder l’âme du Messie de la maison de Joseph et avoir pour mission de hâter la venue du Messie de la maison de David par le perfectionnement mystique des âmes. Ayant développé son système cabalistique en Égypte sans y trouver beaucoup d’adeptes, il se rendit à Safed vers 1569. Il y rencontra Hayyim Vital Calabrese, auquel il révéla ses secrets et par l’intermédiaire duquel il gagna de nombreux disciples. Il leur enseigna secrètement qu’il était le Messie. Il croyait que l’ère messianique commencerait au début de la seconde moitié du second jour (de l’an 1000) après la destruction du Temple, c.-à-d. en 1568.
À la mort de Luria, Hayyim Vital Calabrese (né en 1543 ; mort en 1620 à Damas) prétendit être le Messie éphraïmite et prêcha la proche venue de l’ère messianique. En 1574, Abraham Shalom, prétendant, semble-t-il, à la messianité davidique, envoya dire à Vital que lui-même (Shalom) était le Messie davidique, tandis que Vital était le Messie de la maison de Joseph. Il exhorta Vital à se rendre à Jérusalem et à y demeurer au moins deux ans, après quoi l’esprit divin viendrait sur lui. Shalom recommanda en outre à Vital de ne pas craindre la mort, sort du Messie éphraïmite, car il chercherait à le sauver de ce destin (voir Fuenn, l.c. p. 353).
Un autre Messie aurait paru au Coromandel en 1615, selon Lent (« De Pseudo-Messiis », ch. iv., § 15 ; voir Jost, « Gesch. der Israeliten », viii. 481).
Le mouvement messianique le plus important, et celui dont l’influence fut répandue dans toute la communauté juive, se maintenant dans certains milieux pendant plus d’un siècle, fut celui de Shabbethai Zebi (né à Smyrne en 1626 ; mort à Dulcigno en 1676).
Après sa mort, Shabbethai fut suivi par une lignée de Messies. Jacob Querido, fils de Joseph Filosof et frère de la quatrième épouse de Shabbethai, devint le chef des Shabbethaïens à Salonique, qui le regardaient comme l’incarnation de Shabbethai. Il prétendit être le fils de Shabbethai et adopta le nom de Jacob Zebi. Avec 400 adeptes, il passa à l’islam vers 1687, formant une secte appelée les Donmeh. Il accomplit même un pèlerinage à La Mecque (vers 1690). Après sa mort, son fils Berechiah ou Berokia lui succéda (vers 1695-1740) et fut de même considéré comme Messie et successeur de Shabbethai Zebi.
Plusieurs des adeptes de Shabbethai se déclarèrent Messies. Miguel (Abraham) Cardoso (1630-1706), né de parents marranes, fut peut-être initié au mouvement shabbethaïen par Moses Pinheiro à Livourne. Il devint prophète du Messie et, lorsque celui-ci embrassa l’islam, il justifia cette trahison, disant qu’il était nécessaire que le Messie fût compté parmi les pécheurs afin d’expier l’idolâtrie d’Israël. Il appliqua Isa. liii. à Shabbethai et envoya des épîtres pour prouver que Shabbethai était le véritable Messie ; il subit même des persécutions pour avoir défendu sa cause. Plus tard, il se considéra comme le Messie éphraïmite, affirmant avoir sur son corps des marques qui en étaient la preuve. Il prêcha et écrivit sur la proche venue du Messie, fixant diverses dates jusqu’à sa mort (voir Cardoso, Miguel).
Un autre adepte de Shabbethai qui lui resta fidèle, Mordecai Mokiah (« le Réprobateur ») d’Eisenstadt, prétendit également être un Messie. Sa période d’activité s’étendit de 1678 à 1683 ou 1684. Il prêcha d’abord que Shabbethai était le véritable Messie, que sa conversion était nécessaire pour des raisons mystiques, qu’il n’était pas mort mais se révélerait dans les trois ans suivant sa mort supposée, et il indiquait comme pronostics de sa venue la persécution des Juifs à Oran (par l’Espagne), en Autriche et en France, ainsi que la peste en Allemagne. Il trouva des adeptes parmi les Juifs hongrois, moraves et bohèmes. Allant plus loin, il déclara qu’il était le Messie davidique. Selon lui, Shabbethai n’était que le Messie éphraïmite et était en outre riche, de sorte qu’il ne pouvait accomplir la rédemption d’Israël. Lui-même (Mordecai), étant pauvre, était le véritable Messie et en même temps l’incarnation de l’âme du Messie éphraïmite. Des Juifs italiens entendirent parler de lui et l’invitèrent en Italie. Il y alla vers 1680 et reçut un accueil chaleureux à Reggio et à Modène. Il parla de préparatifs messianiques qu’il devait faire à Rome et laissa entendre qu’il lui faudrait peut-être adopter extérieurement le christianisme. Dénoncé à l’Inquisition, ou conseillé de quitter l’Italie, il retourna en Bohême, puis se rendit en Pologne, où l’on dit qu’il devint fou. De son temps, une secte commença à s’y former, qui existait encore au commencement de l’ère mendelssohnienne.
Un autre Messie des Shabbethaïens fut Lobele Prossnitz (un partisan de Mordecai), dont la théorie était qu’Elohîm avait abandonné la domination du monde au « pieux », c.-à-d. à celui qui était entré dans les profondeurs de la Cabale. Un tel représentant d’Elohîm avait été Shabbethai, dont l’âme était passée dans d’autres hommes « pieux », en Jonathan Eybeschlitz et en lui-même. Un autre, Isaiah Hasid (beau-frère du Shabbethaïen Judah Hasid), qui vivait à Mannheim, prétendait secrètement être le Messie ressuscité, bien qu’il eût publiquement abjuré les croyances shabbethaïennes. Jonathan Eybeschütz fut peut-être considéré par certains Shabbethaïens comme le Messie davidique (voir Grätz, l.c. note 7, et p. 339).
Le dernier des Messies shabbethaïens fut Jacob Frank (né en 1726 en Podolie ; mort en 1791), fondateur des Frankistes. Dans sa jeunesse, il avait été mis en relation avec les Donmeh. Il enseignait que, par métempsycose, la même âme messianique avait habité David, Élie, Yéhoshoua (Jésus), Mohammed, Shabbethai Zebi et ses adeptes jusqu’à Berechiah, et finalement lui-même (Frank). Ayant acquis des adeptes parmi les Juifs turcs et valaques, il vint en 1755 en Podolie, où les Shabbethaïens avaient besoin d’un chef, et se révéla à eux comme la réincarnation de l’âme de Berechiah. Conformément à la doctrine trinitaire shabbethaïenne de la Divinité, il insista sur l’idée du « saint roi », qui était en même temps Messie, et se donna donc le nom de « santo sehor » (= « saint seigneur »). Ses adeptes prétendaient qu’il accomplissait des miracles ; ils le priaient même. Son dessein, comme celui de sa secte, était de déraciner le judaïsme talmudique. Il fut contraint de quitter la Podolie ; et ses adeptes furent persécutés. Revenu en 1759, il conseilla à ses adeptes d’embrasser le christianisme, et environ 1 000 furent convertis. Lui-même fut converti à Varsovie en nov. 1759. Plus tard, sa mauvaise foi fut dévoilée et il fut emprisonné comme hérétique, demeurant toutefois, même en prison, le chef de cette secte (voir Frank, Jacob, et les Frankistes).
Moses Hayyim Luzzatto (né en 1707 à Padoue ; mort en 1747), le poète, se croyait aussi un Messie. Il avait été initié de bonne heure à la Cabale.
Bibliographie : Grätz, Gesch. passim ; Hamburger, R. B. T. s.v. Messiasse ; M. Gaster, dans Jew. Chron. 11 fév. et 11 mars 1898 ; A. M. Hyamson, False Messiahs, dans Goodman’s Magazine, lxix. 79-89 ; Johannis a Lent, De Judaeorum Pseudo-Messiis.
K. H. G. F.
