Définition dans Jewish Encyclopedia
Livres de prières
PRAYER-BOOKS
Le recueil, en un seul livre, des prières de l’année pour les jours de semaine, les Sabbats, les jours saints et les jours de jeûne est généralement connu sous le nom de « Seder Tefillot », ou simplement de « Siddur ». La première compilation connue du livre juif de prières communes est celle d’Amram Gaon, directeur de la yeshibah d’Alatah Mehasya en Babylonie (846-864). Ce livre de prières fut largement utilisé et cité par les premières autorités, telles que Rashi, les tosafistes, Asheri et Caro. Le « Seder Rab Amram », comme il était appelé, fut la base de tous les livres de prières ultérieurs. Azulai pense que les disci-
Premier ples d’Amram écrivirent ce siddur
livre de (« Shem ha-Gedolim », ii. 48a). Des inter-
prières. polations furent toutefois faites, non seulement par les disciples d’Amram, mais aussi par d’autres à des périodes ultérieures. Amram est cité (ih. ii. 26a), de même que Saadia Gaon et d’autres geonim qui vécurent après la mort d’Amram. La langue de certaines interpolations tardives n’est pas dans le style geonique. Néanmoins, le siddur dans son ensemble conserve encore le système originel d’Amram Gaon.
Le siddur d’Amram est entrecoupé de décisions du Talmud et de notes sur les coutumes prévalant dans les yeshibot de Babylonie. Le texte, à l’exception des bénédictions, est quelque peu abrégé. Mais entre les divisions ou chapitres se trouvent de nombreux extraits midrashiques, accompagnés de kaddishim individuels, qui sont omis dans les livres de prières ultérieurs. « Seder Rab Amram » est plus proche du minhag séfarade que du minhag ashkénaze. Le contenu du siddur est : Shaharit (prière du matin), Ma’amadot, JMinhah, Ma'arib (sans la ‘Amidah), le Shema‘ avant le sommeil, selihot pour les lundis et jeudis, prières pour le Sabbat et la fin du Sabbat, Nouvelle Lune, Bénédiction de la Nouvelle Lune, jours de jeûne, Hanukkah, Purim, Pâque, llaggadah, Pentecôte, Neuvième d’Ab, Nouvel An, Yom Kippur, Sukkot, ordre du ‘erub, circoncisions et mariages, ainsi que prières pour les voyageurs, prières occasionnelles et bénédictions pour les endeuillés.
La seconde partie consiste en une collection de selihot d’auteurs plus tardifs, divisée en quinze ma'amadot pour les quinze nuits précédant Rosli ha-Shanah, et en hymnes et yozerot (piyyutim) pour Kosh ha-Shanah et Yom Kippur. Le siddur d’Amram, qui demeura manuscrit pendant plus de 1 000 ans, fut publié pour la première fois à AVarsaw en 1865, d’après un manuscrit de Hébron acheté par N. N. Coronel.
Saadia Gaon, directeur de la yeshibah de Sura (9‘28-942), fut le compilateur d’un autre livre de prières, conservé dans un manuscrit trouvé à son lieu de naissance, Al-Fayyum, en Égypte. Le manuscrit comprend deux prières composées par Saadia et traduites en arabe — l’une par Saadia lui-même et l’autre par Zemah b. Joseph (Neubauer, « Cat. Bodl. Hebr. MSS. », cols. 1096, 2197, 2250).
Moïse Maïmonide (1135-1204) donne l’ordre des prières pour toute l’année dans le « Seder Tefillot Kol ha-Shanah », à la fin du second livre du « Y’ad ». Il est identique au minhag séfarade. Ce texte, avec une traduction allemande, fut publié par Leon J. Mandelstamm, à St. Fetersburg, en 1851.
La plus importante compilation ancienne des prières est le « Mahzor Vitry », qui fut la base du minhag ashkénaze introduit par les rabbins français en 1208 ; il fut publié pour la première fois
« Mahzor par les jVIekize Nirdamim et fut
Vitry. » édité par Simeon Hurwitz (Berlin, 1893). Le « JMahzor Vitry » est dix fois plus volumineux que le « Seder Rab Amram », auquel il est fréquemment fait référence. Saadia et d’autres geonim sont aussi cités. Comme dans les compilations antérieures, les décisions du Talmud et des codes sont incorpo-
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rées avant les subdivisions thématiques du texte. Là se rencontrent, probablement pour la première fois, la compilation des « hosh'anot » (p. 447) et des « zemirot » (chants, hymnes) pour diverses occasions (pp. 146, 177, 184), une parodie pour Purim (p. 583) et une précieuse collection de « shetarot ». Les piyyutim sont énumérés dans un « kontres » séparé, édité par H. Brody (Berlin, 1894).
Rabbi Elhanan (XIIIe siècle) est crédité de la compilation du « Seder Tikkuu Tetillah » (Tos. Ber. 60b). Jacob Asheri (XIVe siècle), dans Tur Orah Haj^-yim, compare les siddurim d’Amram, séfarade et ashkénaze (§ 46). Jacob Landau, dans son « Agur » (XVe siècle), parle des siddurim italien, castillan et espagnol. Il y avait aussi le siddur de Romagne et le Minhag France, ce dernier, très semblable au rituel ashkénaze, étant utilisé à Carpentras, Avignon, Lisle et Cologne. Les principales différences sont entre le rituel ashkénaze et le rituel séfarade. Le Minhag Ashkenaz, aux XVIIe et XVIIIe siècles, était employé dans toute la Bohême, la Pologne, la Moravie, la Russie Blanche et la Lituanie ; le Minhag Sefarad était employé en Espagne, au Portugal et en Orient ;
Divers le rite italien est identique au minhagim. Minhag Romi, auquel le Minhag Romagna est également très semblable. La divergence entre ces rituels concernait principalement les piyyutim et les prières ajoutées. Les prières et bénédictions traditionnelles ne furent pas changées, sauf que les Séfarades employaient quelques adjectifs supplémentaires et une profusion de synonymes cabalistiques. Depuis l’époque du cabaliste ashkénaze Luria, les Hasidim employèrent le Minhag Sefarad dans de nombreuses régions de Russie, de Pologne, de Galicie et de Roumanie, et le siddur karaïte constitue une division spéciale de la liturgie juive.
Le premier livre de prières imprimé paraît être le Minhag Romo de Soncino (1486), appelé « Sidurello ». Dans le colophon, l’imprimeur dit : « Ici s’achève l’œuvre sacrée destinée au minhag particulier de la Sainte Congrégation de Rome, selon l’ordre arrangé par un expert » ; la date
Premier donnée est le 2 lyyar, 5246 (= 7 avril
exemplaire 1486). Il existe un exemplaire unique de
imprimé. ce siddur dans la collection Sulzberger du Jewish Theological Seminary of America, avec l’addition de la Haggadah.
Le premier livre de prières du Minhag Sefarad porte curieusement le titre de « Temunot, Tehinnot, Tefillot » (Réflexions, Dévotions et Prières) ; il fut publié à Venise en 1524. Dès le XVIe siècle, le livre de prières était devenu trop volumineux pour être maniable. Dans un siddur de cette époque, l’éditeur s’excuse : « Observant que la matière de cet ouvrage s’accroît constamment, qu’il atteint la taille du Shulhan ‘Aruk . . . et est devenu trop encombrant pour être porté à la synagogue, le présent éditeur, d’un cœur pur, a décidé d’imprimer le siddur en deux volumes, le premier devant contenir les prières quotidiennes et le second les prières pour les jours saints. Cette disposition permettra à chacun d’acheter l’une ou l’autre partie, selon son désir » (Roest, « Cat. Rosenthal. Bibl. » i. 734).
Le siddur karaïte fut publié pour la première fois à Venise au XVIe siècle, en quatre volumes, à l’usage des congrégations de Crimée, de Pologne et de Lituanie. Deux siècles plus tard, il parut à Chu-
fut-Kale, avec des piyyutim supplémentaires, un pour chaque Sabbat, adaptés à la parashah (par Judah Gibbor, en 3 vol.).
À la fin du XVIIe siècle, les éditeurs devinrent négligents dans l’impression des livres de prières. Beaucoup d’erreurs d’imprimerie s’y glissèrent, ainsi que des fautes de grammaire, plus particulièrement dans les siddurim ashkénazes. Un effort fut fait pour remédier à ce mal, et le premier texte corrigé fut édité par Nahman Lieballer et publié à Dyhernfurth en 1690. Il fut suivi par Azriel et son fils Elijah Wilna, dans l’édition de Francfort-sur-le-Main de 1704. Solomon Hanau, grammairien hébreu bien connu, fit quelques corrections radicales dans l’édition de Jessnitz de 1725. Mordecai Dlisseldorf fit des corrections plus modérées dans son édition, Prague, 1774, et critiqua les vues extrêmes de Hanau. Peut-être le texte le mieux corrigé fut-il celui de l’édition d’Isaac Satanow, Berlin, 1798. Ainsi le XVIIIe siècle peut être crédité de l’effort visant à corriger le texte du livre de prières ; cela ne fut toutefois pleinement accompli qu’au XIXe siècle, avec les éditions de Wolf Heidenheim et de S. Baer. D’un point de vue littéraire, le siddur de Jacob Emden fut le mieux produit au XVIIIe siècle.
La première traduction du livre de prières, le Minhag Romi, en italien avec des caractères hébreux, fut publiée à Bologne en 1538 (espagnol, Ferrare, 1552 ; judéo-allemand, par Elijah Levita, Mantoue, 1562). L’auteur explique que la traduction est destinée aux femmes, afin qu’elles puissent elles aussi comprendre les prières. La première traduction anglaise fut due à Gamaliel ben Pedahzuk (un pseudonyme ; Londres, 1738). Le vrai nom de l’auteur fut dissimulé aux dirigeants de la communauté juive de Londres, qui n’auraient pas autorisé
Traductions. la traduction anglaise. L’impression en Angleterre de la seconde traduction anglaise, par Isaac Pinto, rencontra une opposition semblable, et le traducteur la fit imprimer par John Holt à New York, en 1766. La première traduction française fut imprimée par M. Ventura, à Nice, en 1772-73, et la première traduction néerlandaise à La Haye, en 1791-93. Pour faciliter la manipulation du livre de prières, il fut publié dans diverses tailles et formes, de l’in-folio au in-32, et en nombres variables de volumes. Le « Siddur Magna », employé par le hazzan, est connu sous le nom de « Kol Bo ». Les prières occasionnelles furent publiées séparément. Elles constituent une collection très intéressante, tant du point de vue religieux qu’historique. Une prière est intitulée : « Une forme de Prière . . . le jour fixé pour un Jeûne Général . . . afin d’obtenir le Pardon de nos Péchés et d’implorer . . . la Bénédiction et l’Assistance d’Elohîm sur les Armes de Sa Majesté . . . Avec un Sermon prêché le même jour par Moses Cohen d’Azevedo » (hébreu et anglais, Londres, 1776). Cela semble se rapporter à George III et à la Révolution américaine.
Ci-dessous figure une liste partielle des principaux livres de prières, premières éditions, dans l’ordre chronologique. L’initiale suivant l’année de publication identifie le minhag : A = ashkénaze ; S = séfarade ; I = italien ; R = Romagne ; F = français ; K = karaïte. Pour les termes désignant les diverses formes de prières, voir PiYYUT ; Liturgie.
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Page de colophon du Siddur Rab Amram, écrit en 1506 à Trani.
(De la collection Sulzberger du Jewish Theological Seminary of America, New York,)
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