Définition dans Jewish Encyclopedia

Prusse

PRUSSIA

Royaume et la plus grande unité de l’empire
allemand. Le royaume de Prusse est né de la margravate de Brandebourg, qui en 1415
fut donnée à un prince de la maison des Hohen-
Hohenzollern. Un membre de cette famille, qui
en 1525 était grand maître de l’Ordre Teutonique et,
à ce titre, souverain de la Prusse, embrassa le Protestantisme
et se déclara souverain laïc. Son territoire fut
réuni en 1618 avec la Brandebourg. Des acquisitions
nouvelles dans l’ouest et le nord de l’Allemagne
sous Frédéric-Guillaume, le Grand Électeur (1640-
1688), augmentèrent considérablement l’étendue de l’État,
qui, sous son successeur Frédéric, fut proclamé royaume de Prusse (1701). L’acquisition de la Silésie
par Frédéric II en 1742 et d’une partie de la Pologne
en 1772 augmentèrent encore son territoire. Après
les bouleversements de la période napoléonienne,
le Congrès de Vienne en 1815 renforça la Prusse
en lui attachant divers petits territoires allemands.
Enfin, en 1866, après la guerre avec l’Autriche, la
Prusse reçut Hanovre, Hesse-Nassau, Hesse-Homburg,
Hesse-Cassel, Sleswick-Holstein, la ville libre de
Francfort-sur-le-Main, et quelques petits territoires
cédés par la Bavière et la Saxe. L’établissement
de l’empire allemand sous l’hégémonie prussienne,
en 1871, fit de la Prusse l’État dominant de
l’Allemagne.

Par l’annexion de territoires de l’ouest de l’Allemagne,
la Prusse est entrée en possession des plus anciennes
implantations juives en Allemagne —
Plus anciennes implantations celles fondées le long du Rhin et de ses
principaux affluents, qui ont été des grandes voies
du commerce depuis l’époque de la conquête romaine.
La plus ancienne mention de Juifs en Allemagne
apparaît dans un édit de l’empereur Constantin (321),
qui ordonne que les Juifs de Cologne ne soient pas
exempts du service au conseil municipal. Alors que
ces Juifs pouvaient être des négociants vivant temporairement à Cologne, il est probable qu’ils étaient
des colons permanents, puisque les rabbins et les
anciens y sont expressément exemptés des devoirs
en question (Grätz, “Gesch.” iv. 333, v. 195 ; Stobbe,

“Die Juden in Deutschland,” pp. 8, 88, 201 ; Aronius,
“Regesten,” No. 2). L’un des Juifs, Isaac, que Charle-
magne joignit à l’ambassade qu’il envoya au calife Harun al-Rashid, venait très probablement d’Allemagne,
car à son retour il fit son rapport à Aix-la-Chapelle
(Pertz, “Monumenta Germaniae Historica: Scriptores,” i. 190 ; Gratz, “Gesch.” iv. 333 ; Aronius, loc. cit.
No. 71). Un ordre daté de 820 autorisant une rafle
contre des personnages suspects à Aix-la-Chapelle
mentionne expressément tant des marchands chrétiens
qu’juifs (Pertz, ib. “Leges,” i. 158; Aronius, loc. cit.
No. 79). Puisque les Juifs sont fréquemment mentionnés
à Constance et à Mayence après le Xe siècle, il
ne fait guère de doute que, dès ce siècle, ils possédaient des implantations relativement nombreuses
dans les villes rhénanes, qui sont aujourd’hui sous
la domination prussienne. Des marchands juifs à
Magdebourg et Mersebourg sont mentionnés en 965,
et à peu près à la même époque on fait référence à
une mine de sel sous direction juive près de Naumburg
(Aronius, loc. cit. Nos. 129 et 132).

Au commencement du XIe siècle, dans ce qui
constitue aujourd’hui les provinces occidentales
de la Prusse, on trouve des traces de communautés
plus importantes et d’une activité spirituelle. Une
synagogue fut construite à Cologne en 1012. Gershom ben Judah (d. 1028), qui enseignait à Mayence,
parle du trafic important exercé par les Juifs lors
des foires de Cologne. Joshua, médecin de l’archevêque Bruno de Trèves, se convertit au christianisme ;
un autre converti fut le moine Herman de Cologne
(anciennement Judah ben David ha-Levi), qui fut
baptisé en 1128 et raconte dans son autobiographie
l’ample éducation talmudique qu’il avait reçue. Les
Croisades apportèrent d’horribles souffrances aux
Juifs de ces régions de la Prusse. En 1096 un grand
nombre de communautés dans l’actuelle province
rhénane furent anéanties, comme celles

Persécu- de Cologne, Trèves, Neuss, Altenahr,
tions. Xanten et Geldern. Lors de la Seconde
Croisade (1146-47) les congrégations de
Magdebourg (qui avait souffert en 1096) et de Halle
furent martyrisées. Lorsque Benjamin de Tudèle visita
l’Allemagne, vers 1170, il trouva de nombreuses
congrégations florissantes en Prusse rhénane et
un nombre considérable d’érudits talmudiques (“Itinerary,” éd. Asher, i. 162 et suiv.). Même à l’est
du territoire rhénan, et dès le XIIIe siècle, un certain
nombre d’implantations juives en apparence florissantes existaient. L’archevêque de Magdebourg
accorda dès 1185 au couvent de Seeberg deux
marks que les Juifs de Halle étaient tenus de lui payer
comme tribut annuel (Aronius, loc. cit. No. 319).

Des Juifs sont mentionnés comme «propriétaires» de
villages près de Breslau au début du XIIIe siècle ;
manifestement ils détenaient des hypothèques sur
des terres appartenant à des nobles ; et en 1227 le
duc Henri I de Silésie ordonna que des fermiers juifs
dans le district de Beuthen fussent tenus de payer
la dîme à l’évêque de Breslau (ib. Nos. 360-361, 364).
Dans la principauté de Juliers, annexée à la Prusse
par le Grand Électeur, Henri VII concéda (1227) au
comte Guillaume le contrôle absolu sur les Juifs de
son territoire ; cela semble être le premier cas connu
où un empereur allemand fit une pareille concession
à un de ses vassaux (ib. No. 441). En 1261 la législation juive de Magdebourg était déjà considérée
comme une norme pour d’autres villes, et avait
été adoptée par le duc Barnim I de Poméranie pour
Stettin et d’autres villes de son territoire (ib. No. 678).

Vers le milieu du XIIIe siècle l’archevêque de Trèves
réclama juridiction sur les Juifs. Il exigea d’eux
chaque année 150 marks d’argent pour sa monnaie,
six livres de poivre pour sa maison, et deux livres
pour son trésorier («camerarius»). À cet impôt furent
ajoutés des soies et des ceintures, tandis que l’archevêque
s’engageait à donner annuellement au «évêque» des
Juifs une vache, un pichet de vin, deux boisseaux de
blé et un vieux manteau «pour lequel il n’avait plus
l’usage» («quo abjecto deinceps indui non vult» ; ib. No. 581).
Alors que jadis ces dons de l’archevêque étaient évidemment
un symbole de sa protection, la description du manteau
montre clairement une volonté d’humilier les Juifs.

Les persécutions, bien que moins féroces que celles
de 1096, continuèrent sporadiquement pendant le
XIIIe siècle ; les décisions du IVe concile
Latéran (1215) furent réaffirmées par divers
synodes diocésains, y compris celui de Mayence tenu
à Fritzlar en 1259. Juste avant le siècle naissant
les Croisés assassinèrent huit Juifs à Boppard
(1195) ; vers 1206 les Juifs de Halle furent expulsés
et leurs maisons brûlées ; en 1221 vingt-six Juifs
furent tués à Erfurt. La première accusation de sang
positivement établie fut portée à Fulda en 1235,
lors de laquelle trente-deux Juifs furent tués par des
Croisés. On dit que les Juifs de Halle et de Magdebourg
furent amendés à concurrence de 100 000 marks
par l’archevêque ; ceci est toutefois probablement une
exagération. Parfois des émeutiers furent punis ; ou
plutôt, les souverains infligeaient à la municipalité
offensée une amende pour compenser la perte faite
aux recettes par le meurtre et le pillage des Juifs.
Ainsi la ville de Magdebourg paya à l’archevêque
1 000 marks en rapport avec les outrages commis
contre les Juifs en 1206. En 1246 le roi Conrad IV,
au nom de son père, l’empereur Frédéric II, acquitta
les citoyens de Francfort-sur-le-Main de toute responsabilité pour l’émeute de 1241, durant laquelle
180 Juifs avaient été tués. Néanmoins la condition
non protégée des Juifs, victimes alternativement des
mobs et des autorités légitimes, devint une source
de troubles si grave, et le laisser-aller des passions
populaires si dangereux pour la sécurité publique,
particulièrement en vue de la faiblesse du gouvernement fédéral, que des mesures pour la protection
des Juifs devinrent nécessaires. Ainsi le roi Guillaume,
dans une charte accordée à la ville de Goslar en 1252,
promit expressément qu’il ne molesterait pas les
Juifs de cette ville ni ne les emprisonnerait sans
cause (Aronius, loc. cit. No. 585). En 1255 il confirma
le pacte de paix («Landfrieden») promulgué par la
Fédération rhénane, et dans lequel les Juifs étaient
expressément inclus (ib. No. 620). L’évêque de Halberstadt fit un traité avec cette ville en 1261, par
lequel les deux parties contractantes promirent de
protéger les Juifs, de ne pas leur imposer des taxes
illégales, et de leur permettre de quitter la ville
quand ils le souhaitaient (ib. No. 676). Il semblerait
que ce traité fut la conséquence du traitement cruel
que les Juifs de Magdebourg avaient reçu de leur
archevêque plus tôt la même année. L’abbesse de
Quedlinburg, sous l’autorité de laquelle vivaient les
Juifs de cette ville, exhorta les citoyens au nom
de la chrétienté à ne rien faire de mal aux Juifs
(1273 ; ib. No. 763).

Dans la margravate de Brandebourg, noyau de la
monarchie prussienne, les Juifs sont mentionnés
pour la première fois en 1297, lorsque les margraves
Otton et Conrad promulguèrent une loi pour les
Juifs de Stendal. À Spandau des Juifs sont mentionnés
en 1307 ; dans la ville de Brandebourg, en 1315 ;
à Neuruppin, en 1329. Les Juifs de Berlin et de
Coin (plus tard incorporée à Berlin) sont mentionnés
pour la première fois dans une loi du margrave
Waldemar, datée du 15 septembre 1317, qui prévoit
que, pour les affaires criminelles, les Juifs seront
soumis au tribunal municipal de Berlin. La juridiction
de ce tribunal sur les Juifs fut étendue aux cas civils
et de police en 1320, et aux affaires de toute nature
en 1323. Cette mesure, toutefois, semble avoir été
temporaire, et dut probablement son origine au désir
de gagner la ville pour l’un des prétendants à la
margravate après la mort du margrave Waldemar
en 1319. Lorsque, en 1324, Louis IV donna la
Brandebourg à son fils Louis l’Aîné, la mesure fut
délaissée, car dans la charte accordée aux Juifs de la
margravate le 9 septembre 1344 la juridiction sur
les Juifs fut à nouveau réservée aux juges du
margrave, sauf lorsqu’un Juif avait commis quelque
flagrant délit («culpa notoria perpetrata»). Les Juifs
furent encore protégés contre les exactions et les
emprisonnements arbitraires ; ils ne pouvaient être
inculpés que si deux témoins juifs se présentaient
contre eux ainsi que deux chrétiens. Ils avaient
le droit de prendre n’importe quoi comme gage à
condition de le prendre le jour, et ils pouvaient prendre
chevaux, grains ou vêtements en paiement de dettes
(Sello, “Markgraf Ludwig des Aelteren Neumarkisches
Judenprivileg vom 9. September, 1344,” dans “Der
Baer, Zeitschrift für Vaterländische Gesch. und
Alterthumskunde,” 1879, No. 3 ; voir l’abstract dans
“Allg. Zeit. des Jud.” 1879, pp. 365 et suiv.).

Il semble qu’à l’époque de la Peste noire les Juifs
de Brandebourg souffrirent autant que ceux
d’ailleurs. Le margrave Louis recommanda en faveur
des Juifs de Spandau la protection de leurs concitoyens
(26 nov. 1349). La ville de Salzwedel vendit le
«Judenhof» (cimetière ?) à l’exception de la «Judenschule» (Steinschneider, “Hebr. Bibl.” xxi. 24). Les
quitus accordés par le margrave Louis en 1352 et
par son frère Otton en 1361, pour «ce qui est arrivé
aux Juifs», prouvent clairement la perpétration
d’outrages contre ces derniers (“Allg. Zeit. des
Jud.” 1879, p. 365). Un rapport obscur parle d’un
ordre du margrave Louis de brûler tous les Juifs de
Königsberg (Grätz, “Gesch.” vii. 378). Mais l’exclusion
des Juifs de Brandebourg ne put guère durer,
car en 1353 on mentionne le revenu que le margrave
tirait des Juifs de Müncheberg.

La maison de Hohenzollern, ayant pris possession
de la margravate en 1415, traita les Juifs avec
équité. Frédéric Ier confirma leur charte de 1344,
et spécialement leur droit de vendre de la viande,
que les guildes de bouchers contestaient souvent
(Steinschneider, loc. cit. xxi. 24). Vers le milieu du
XVe siècle des expulsions eurent lieu en Brandebourg
comme ailleurs. En 1446 l’électeur Frédéric II ordonna
que tous les Juifs restant dans la margravate fussent
emprisonnés et leurs biens confisqués. Bientôt après,
cependant, il fut décrété que les Juifs devaient être
réadmis ; Stendal refusa d’obéir
au décret, mais fut finalement contraint de
se soumettre aux désirs du margrave (1454 ;
“Monatsschrift,” 1882, pp. 34-39). La puissance
croissante des margraves, qui
vers 1488 avaient réussi à briser l’opposition
des villes, apporta une plus grande sécurité aux Juifs,
qui, en tant que contribuables volontaires, furent
installés dans diverses villes par les princes.

Aussi tard que le 21 décembre 1509 le margrave Joachim
admit des Juifs dans son territoire. L’année suivante
un chrétien qui avait volé une monstrance dans
une église témoigna qu’il avait été engagé par les
Juifs pour leur vendre une hostie consacrée ; en conséquence trente-six Juifs furent brûlés sur le bûcher
à Berlin, tandis que deux qui avaient accepté le
Christianisme furent décapités (17 juillet 1510 ;
Gratz, “Gesch.” ix. 99-100 ; “Zeitschrift für die Gesch.
der Juden in Deutschland,” ii. 21, 23). Les Juifs furent
alors expulsés de la margravate et leurs synagogues
et cimetières confisqués, comme il ressort d’un
accord entre le margrave Joachim et la ville de Tangermünde
(Steinschneider, “Hebr. Bibl.” xxi. 26).

L’exclusion des Juifs de la Marche ne semble pas
avoir duré très longtemps, car en 1544 le célèbre
financier Michel Jud est trouvé comme propriétaire
d’une maison à Berlin, où il jouissait de la protection
de l’électeur Joachim II. Il paraît que l’adoption
par ce dernier de la cause de la Réformation entraîna
l’abrogation de l’édit d’expulsion ; en effet l’édit
d’expulsion ayant été motivé par l’accusation que
les Juifs avaient commise un crime accompagné des
conséquences miraculeuses habituelles, et les vues
protestantes excluant la foi dans les phénomènes
miraculeux allégués, toute l’accusation fut discréditée
et l’édit abrogé. Joachim II employa aussi comme
conseiller financier Lippold de Prague, qui à la
mort de son protecteur devint victime de la politique
qui avait rendu son maître impopulaire. Lippold
fut mis à mort sous l’accusation d’avoir empoisonné
l’électeur (28 janv. 1573), et les Juifs furent à nouveau
expulsés du territoire (Gratz, “Gesch.” ix. 474 ; “Jüdisches
Literaturblatt,” 1875, p. 94). Entre-temps deux Juifs
(en 1538 et 1541 respectivement) avaient obtenu
admission en Prusse (Königsberg), que le grand
maître Albert de Brandebourg, après sa conversion
au Protestantisme, avait déclarée principauté laïque.

Sous le Grand Électeur, Frédéric-Guillaume (1640-
1688), des Juifs isolés furent admis dans de grandes
villes comme Halberstadt, et les Juifs dans le territoire
des Juliers furent laissés en paix. Enfin la
Brandenburg, y compris Berlin, fut ouverte à
certaines familles juives exilées de Vienne
(1670). L’édict d’admission, daté du 21 mai 1671,
ouvrit aux Juifs toutes les villes de la Marche, leur
permit de commercer divers articles, les soumit
aux autorités municipales pour les affaires civiles,
et, pour les affaires criminelles, les plaça sous la
juridiction des cours de l’électeur. Il leur fut interdit
de prêter de l’argent à usure, d’importer de la monnaie
dévaluée ou d’exporter de l’espèce de bonne qualité.
Ils furent requis de payer huit thaler annuellement
par famille comme argent de protection, mais furent
exemptés de l’impôt de capitation (Leibzoll). On leur
accorda la liberté de culte, mais ils n’eurent pas le
permis de construire des synagogues (Geiger,
“Gesch. der Juden in Berlin,” i. 6 et suiv.). Des plaintes
formulées par des marchands chrétiens entraînèrent
bientôt des mesures restrictives ; un édit du 3 avril
1680 interdit aux Juifs le commerce des peaux ; un
autre du 12 juillet 1683 leur interdit le commerce
de l’argent et des espèces. Leurs conditions de tolérance
furent limitées à des périodes de vingt ans, mais le
renouvellement fut toujours obtenu sans difficulté
(Ronne et Simon, “Die Früheren und Gegenwärtigen
Verhältnisse der Juden in den sämtlichen Landestheilen
des Preussischen Staates,” p. 207), bien qu’on procède
fréquemment à un recensement des Juifs au cours
duquel chacun devait montrer ses lettres de
créance.

Malgré cette rigueur de surveillance, et malgré
le fait que les Juifs protégés par charte étaient fort
jaloux de leurs privilèges et affectaient un commis
pour aider la police à exclure leurs coreligionnaires
indésirables, le nombre de Juifs à Berlin comme
ailleurs augmenta. Une loi du 24 janvier 1700 stipula
que les Juifs devaient payer le double de l’ancienne
taxe de huit thaler pour chaque famille autorisée
(«vergleitete»), et 3 000 thaler annuellement en
communauté, tandis que leur exemption de l’impôt
de capitation fut retirée. Ceux qui n’avaient pas de
licence («unvergleitete Juden») devaient payer le
double du montant pour la durée de leur séjour, puis
être expulsés. Une pétition des Juifs fut accordée
par un nouveau règlement, publié le 7 décembre
1700, les exemptant à nouveau de l’impôt de
capitation, mais élevant leur tribut annuel à 1 000
ducats.

Frédéric III (1688-1714), qui en 1701 se proclama
roi de Prusse, avait besoin des Juifs pour l’aider à
réunir les fonds exigés par les dépenses de sa
maison extravagante. Il éluda donc de répondre
clairement aux demandes des États prussiens (1689)
concernant l’expulsion des Juifs qui, en partie sous
son père, avaient été autorisés à s’installer à
Königsberg, Memel et Tilsit ; il déclara que de telles
pétitions avaient été souvent présentées, et qu’il
avait été impossible de satisfaire les désirs des États
(Jolowicz, “Gesch. der Juden in Königsberg,” p. 24,
Posen, 1867).

JoST Liebmann et Marcus Magnus, Juifs de cour,
jouirent de privilèges spéciaux et furent autorisés
à entretenir des synagogues dans leurs propres
maisons ; et en 1712 une concession fut obtenue
pour la construction d’une maison de culte communale
à Berlin. Une loi du 20 mai 1704 permit aux Juifs
de Brandebourg d’ouvrir des magasins et de posséder
des biens immobiliers ; et même le principe que
le nombre des Juifs privilégiés ne devait pas être
augmenté fut mis de côté en faveur de ceux qui
pouvaient payer de 40 à 100 reichsthaler, ces derniers
étant autorisés à transférer leurs privilèges à un
second et à un troisième fils (Jolowicz, ib. p. 46).
D’un autre côté, le roi se laissait aisément persuader
de prendre des mesures contre les blasphèmes
supposés des Juifs. Ainsi le service synagogal fut
placé sous une stricte surveillance de police (28
août 1703), afin que les Juifs ne prononcent pas de
blasphèmes contre Yéhoshoua (Ronne et Simon,
loc. cit. p. 208 ; Geiger, loc. cit. i. 17 ; Moses,
“Ein Zweihundertjähriges Jubiläum,” dans “Jüdische
Presse,” Supplément, 1903, pp. 29 et suiv.).

Le roi permit en outre la réimpression de l’“Entdecktes
Judenthum” d’Eisenmenger dans ses États, bien que
l’empereur l’eût prohibée.

Frédéric-Guillaume I (1714-40) fut despote quoique
bien intentionné, et traita les Juifs, contre lesquels
il avait de fortes préjugés religieux, fort
sévèrement. Il renouvela l’ordre contre le passage
dans la prière ‘Aleinu supposé contenir des blasphèmes
contre Yéhoshoua (1716), et il appliqua le principe
que la communauté devait être responsable des
méfaits de chaque individu. Levin Veit, pourvoyeur
pour la monnaie, mourut en 1721, laissant des
passifs d’environ 100 000 thaler. Le roi ordonna que
tous les Juifs se rassemblassent dans la synagogue ;
elle fut entourée de soldats, et le rabbin, en
présence d’un aumônier du tribunal, prononça une
interdiction contre toute personne complice dans
la faillite de Levin. Les deux lois que Frédéric
promulgua réglant la condition des Juifs, l’une pour
la Brandebourg, le 20 mai 1714, l’autre, le «General
Juden Privilegium» du 29 septembre 1730, respirent
l’esprit d’intolérance. Le nombre de Juifs était
limité ; un «Privilegium» ne pouvait ordinairement
être transféré qu’à un seul fils, et encore seulement
si celui-ci possédait au moins 3 000 thaler ; dans le
cas d’un deuxième ou d’un troisième fils la somme
requise (ainsi que les taxes pour une licence de mariage)
était beaucoup plus élevée. Des Juifs étrangers
seuls, et pourvus d’au moins 10 000 thaler, étaient
admis.

La sévérité générale du roi ne connaissait pas de
limites quand il traitait des affaires juives. Ainsi
il répondit à la pétition de la congrégation de Berlin
pour l’annulation des droits d’inhumation pour les
Juifs pauvres par une note sèche indiquant que si
dans un cas quelconque les droits n’étaient pas payés
le bourreau devrait prendre le corps sur sa brouette
et l’enterrer sous le gibet. Il insista pour que la
congrégation de Berlin élise pour rabbin Moses
Aaron Lembergei comme rabbin ; et lorsqu’elle obtint
enfin la permission d’en élire un autre, elle fut
obligée de payer très lourdement pour cela. D’un
autre côté, le roi fut assez clairvoyant pour accorder
des libertés spéciales aux fabricants juifs. Hirsch David
Prager obtint (1730) la permission d’établir une
manufacture de velours à Potsdam, devenant ainsi
le pionnier des grandes entreprises manufacturières
qui se développèrent rapidement sous Frédéric
(Geiger, loc. cit. ii. 77 et suiv. ; Kalter, “Gesch. der
Jüdischen Gemeinde zu Potsdam,” p. 12, Potsdam,
1903 ; “Mittheilungen aus dem Verein zur Abwehr des
Antisemitismus,” 1897, p. 337 et suiv.).

Frédéric II (le Grand) (1740-86), bien que moqueur
en matière religieuse, déclara dans un édit officiel
(17 avril 1774) qu’il n’aimait pas les Juifs
(«vor die Juden überhaupt nicht portirt»). Plus tôt
pendant son règne, en signant un «Schutzbrief» pour
le second fils d’un Juif privilégié, il avait dit que cela
serait exceptionnel, parce que c’était son principe
que le nombre des Juifs devait être diminué (1747).
Cependant, grand homme d’État qu’il était, il
utilisa le génie commercial des Juifs pour mener
à bien ses plans protectionnistes, et par conséquent,
suivant les traces de son père, il accorda des privilèges
exceptionnels aux Juifs qui ouvraient des établissements
manufacturiers. Ainsi Moses Rics obtint un privilège
exclusif pour sa manufacture de soie à Potsdam
(1764) ; plus tard d’autres obtinrent des privilèges
semblables, y compris Isaac Bernhard, employeur
de Moses Mendelssohn. Tandis que les Juifs bénéficiaient
ainsi de la politique protectionniste du roi, ils en souffraient
également à d’autres égards. Un édit du 21 mars
1769 ordonna que chaque Juif, avant de se marier
ou d’acheter une maison, devait acheter pour 300 à
500 thaler de porcelaine et l’exporter.

Quand Frédéric acquit la Silésie (1742) il confirma la
législation autrichienne concernant les Juifs (Berndt,
“Gesch. der Juden in Gross-Glogau,” p. 64, Glogau,
s.d.). Quand il prit une partie du royaume de Pologne
en 1772, il fut avec grande difficulté dissuadé
d’expulser les Juifs, son aversion pour eux se manifestant
surtout dans son refus de confirmer l’élection de
Moses Mendelssohn comme membre de l’Académie
de Berlin. Son révisé «Generalreglement und
Generalprivilegium» du 17 avril 1750 (Bonne et Simon,
loc. cit. pp. 241 et suiv.), était très sévère. Il restreignit
le nombre de mariages juifs, exclut les Juifs de la
plupart des branches du travail qualifié, du commerce
de la laine et du fil, et de la brasserie et de l’hôtellerie,
et limita leur activité dans les métiers qui leur étaient
permis. Parmi ses nombreux ordres hostiles on peut
mentionner un décret qui rendait la congrégation
responsable si l’un de ses membres recevait des
biens volés.

Le bref règne de Frédéric-Guillaume II (1786-97)
apporta quelque léger soulagement aux Juifs,
comme l’abrogation de la loi obligeant l’achat de
porcelaine, pour laquelle abrogation ils durent payer
4 000 thaler (1788). Des règlements individuels émis
pour diverses communautés, comme pour Breslau
en 1790, respiraient encore l’esprit médiéval ; et un
vrai changement survint seulement lorsque la
Prusse, après la défaite de Iéna (1806), inaugura
une politique libérale, dont fit partie l’édit
Emancipa- du 11 mars 1812 concernant la
tion. situation civile des Juifs (Bonne et Simon,
loc. cit. pp. 264 et suiv.). Ses traits les plus importants
furent la déclaration de leur égalité civile avec les
chrétiens et leur admission dans l’armée. Ils furent
encore admis aux chaires des universités et se virent
promettre des droits politiques pour l’avenir.

La réaction qui suivit la bataille de Waterloo et le fait
que Frédéric-Guillaume III (1797-1840) était lui-même
un strict réactionnaire causèrent un changement
de conditions correspondant. Cependant l’édit de
1812 resta en vigueur à l’exception de la section viii.,
déclarant le droit des Juifs à occuper des chaire.s ;
le roi l’annula (1822). Mais la loi fut déclarée
applicable seulement aux provinces qui étaient
essent sous domination prussienne en 1812 ; et il
arriva ainsi qu’il existait vingt-deux lois anormales
concernant le statut des Juifs dans le royaume. Cette
situation, aggravée par des mesures aussi réactionnaires
que l’interdiction de l’adoption de noms chrétiens
(1828), conduisit d’abord à la promulgation de la
loi du 1er juin 1833 concernant les Juifs du grand-
duché de Posen — il s’agissait dès le début d’une
mesure provisoire — et finalement à la loi du 23
juillet 1847, qui étendit l’égalité civile à tous les
Juifs de Prusse et leur accorda certains droits
politiques. Bien que les constitutions de 1848 et
1850 aient donné aux Juifs l’égalité complète, la
période de réaction commencée dans les années
1850 retira beaucoup de ces droits par interprétation.

Frédéric-Guillaume IV (1840-61), qui déclara au
commencement de son règne qu’il désirait exclure
les Juifs du service militaire, croyait fortement
à un État «chrétien». Lorsque son frère Guillaume I
(1861-88) devint régent, les conditions commencèrent
à s’améliorer ; des Juifs furent admis aux chaires
et à la profession juridique, mais ils restèrent
pratiquement exclus des carrières militaires et du
service de l’État. Le dernier vestige du médiévalisme
disparut avec l’abolition du serment judaïque (Oath
More Judaico) en 1869. L’histoire des Juifs en
Prusse depuis 1870 est pratiquement identique
à celle des Juifs d’Allemagne. Voir, toutefois,
Antisémitisme.

La Prusse a une population de 34 472 000 habitants,
y compris 392 332 Juifs (1900).

Bibliographie : Jost, Neuere Gesch. der Israeliten, vol. i.,
Berlin, 1846 ; Ronne et Simon, Die Früheren und Gegenwärtigen Verhältnisse der Juden in den sämtlichen Landestheilen des Preussischen Staates, Breslau, 1843 ; Geiger,
Gesch. der Juden in Berlin. Berlin, 1871 ; W. Freund,
Entwurf zu einer Zeitgemässen Verfassung der Juden in
Preuss, Breslau, 1842 ; Vollständige Verhandlungen des
Ersten Vereinigten Preussischen Landtages über die
Emancipations-Frage der Juden, Berlin, 1847, et diverses
monographies sur l’histoire de congrégations importantes,
comme Bromberg, Erfurt, Königsberg, Magdeburg ;
Zeitschrift für Gesch. der Juden in Deutschland, ii. 20-29
(pour les périodiques).

D.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.