Définition dans Jewish Encyclopedia

Pierre angulaire

CORNER-STONE

La pose de la pierre angulaire ou pierre de fondation (nJS pN, nnOIlD 'N, ou « toiD N »)
(Job xxxviii. 4-6 ; Ps. xviii. lo, xxiv. 2) de la terre
par le Créateur est une conception empruntée à la
cosmogonie babylonienne, la terre étant regardée comme une
énorme montagne élevée au-dessus de l’abîme (Job xxvi.
7 ; « Journal Asiatique », ix. 101 ; Prayer of Manasses ; comparer Ps. xviii. 7 ; Michée vi. 2 ; Deut. xxxii.
22).

La pose de la pierre angulaire d’une ville ou d’un
grand édifice était l’occasion d’un rite solennel dans l’Antiquité. À l’esprit païen, elle paraissait être une
entreprise provoquant la jalousie de la divinité
à moins qu’un sacrifice sanglant ne fût offert pour l’apaiser (voir Tylor, « Primitive Culture », pp. 104-108).
Dès lors, la pierre de fondation, ou le seuil sous lequel le sang sacrificiel avait été répandu, demeurait le siège de l’esprit protecteur de l’édifice,
et par conséquent l’autel de la maison (voir H. Clay
Trumbull, « The Threshold Covenant », New York,
1896). La découverte par Nabunahid, le dernier roi babylonien (556-538 av. J.-C.), de la pierre de fondation
du temple d’Istar, construit par Sargon I en 3800 av. J.-C.,
est relatée comme un triomphe dans son inscription (Schrader,
« K. B. » 1890, iii. 85), et la pose de la pierre de fondation lors de sa restauration du temple de Nebo,
avec toutes les solennités qui s’y rattachaient, est décrite dans une autre inscription (Schrader, l.c. iii. 5).

L’histoire de Hiel le Béthélite, qui rebâtit Jéricho, en posant « ses fondements sur Abiram, son
premier-né », et en établissant « ses portes sur son
plus jeune fils » (I Rois xvi. 34 ; Jos. vi. 26), semble
liée à la coutume primitive de poser des fondations avec du sang, car, en effet, des crânes furent
découverts incorporés à la maçonnerie de briques lorsque la tour
(« zikkurat ») du temple de Bel à Nippur fut fouillée (voir « Jour. Bibl. Lit. » 1896, xvi. 11, et
Cheyne et Black, « Encyc. Bibl. » s.v. « Hiel »). Le
Midrash connaît aussi des Hébreux qui furent emmuraillés
dans des constructions en Égypte (Ex. R. v. ; comparer Trumbull, l.c. pp. 47 et seq., et Simrock, « Handbuch der
Deutschen Mythologie », 1874, p. 57). L’un des nombreux noms symboliques donnés à la tour en terrasses
du temple de Bel-Marduk était « la pierre de fondation
du ciel et de la terre » (Jastrow, « Religion of
Babylonia and Assyria », p. 639).

La même importance semble aussi avoir été attribuée à la pierre de fondation du Temple à
Jérusalem. Dans I Rois v. 17, vii. 9, les coûteuses pierres
taillées employées pour les fondations du Temple de Salomon sont décrites, et dans I Rois vi. 37 l’époque de la pose de la pierre angulaire est spécialement mentionnée. Dans Esdras iii. 10-11, les solennités lors de la pose de la pierre angulaire du Second Temple par Zorobabel sont détaillées (voir aussi Agg. ii. 15, 18-23,
et Zech. iii. 9, iv. 9-10, viii. 9). Le voyant de l’exil devait en effet connaître les rites solennels de la pierre angulaire lorsqu’il décrivait la reconstruction de Jérusalem (Isa. liv. 11 ; comparer li. 1), tout comme Isaïe lorsqu’il prédisait pour Sion une nouvelle « pierre angulaire éprouvée et précieuse, solidement fondée » (Isa. xxviii. 16 et seq. ; comparer xiv. 32, hébr.). Le début fragmentaire du Ps. Ixxxvii. se rapporte manifestement à la pierre de fondation de Sion comme au lieu le plus sacré de la terre, et l’« eben sheti3'yah » rabbinique (la pierre de fondation du monde, Yoma 54b) n’est que la preuve d’une tradition populaire continue. Mais que même ici l’ancien rite d’un sacrifice sanglant n’ait pas été entièrement oublié semble indiqué par le lien, conservé du moins dans le Livre des Chroniques, entre la pose de la pierre angulaire du Temple et le sacrifice offert par David pour la cessation de la peste, sur l’aire d’Ornan le Jébuséen (II Chron. iii. 1-3 ; comparer I
Chron. xxi. 18-31 avec II Sam. xxiv.).

La pose cérémonielle de la pierre angulaire des
édifices publics, spécialement des institutions religieuses et charitables, est devenue une coutume universelle,
et fut adoptée par les Juifs durant le siècle dernier.
La cérémonie consiste à placer une inscription ou un mémorial approprié dans la partie creuse de la pierre inférieure, puis à mettre en place la pierre angulaire, accompagnée de certaines formes solennelles. Voir aussi Consécration.

Bibliographie : Cheyne et Black, Encyc. Bibl. ; Hastings,
Diet. Bible, s.v. Corner-Stone et Foundation.

K.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.