Définition dans Jewish Encyclopedia
Petits Midrashim
MIDRASHIM, SMALLER
Il existe un certain nombre de midrashim qui sont plus petits par leur étendue, et généralement plus tardifs par leur date, que ceux traités dans les articles Midrash Haggadah et Midrash Halakah. Les principaux sont :
1. Midrash Abkir : Ce midrash, dont les restes existants consistent en plus de cinquante extraits contenus dans le Yalkut et en un certain nombre de citations dans d’autres ouvrages, ne traitait, selon tous les témoignages accessibles, que des deux premiers livres du Pentateuque. Il tirait son nom de la formule « n' p U'CD », par laquelle se terminaient toutes ces homélies, selon le témoignage de R. Eleazar de Worms dans un commentaire manuscrit du livre de prières, et selon un codex de De Rossi. Il est possible que ces discours religieux fussent disposés suivant l’ordre des sedarim de la Genèse et de l’Exode, les débuts des sedarim étant Gen. i. 1, ii. 4, iii. 22, vi. 9, xii. 1, xvii. 1, xviii. 1, xxii. 1, xxvii. 1, xliv. 18 ; Ex. iii. 1, xvi. 4 et xxv. 1, auxquels appartiennent les extraits de Yalk., Gen. 4, 17, 34, 50, 63, 81, 82, 96, 120, 150, et de Yalk., Ex. 169, 258 et 361. Si l’on peut supposer que, dans ces homélies du Midrash Abkir, les expositions ne se limitaient pas aux premiers versets, le fait que certains passages ne soient liés au commencement d’aucun seder ne doit pas surprendre.
La langue de ce midrash est un hébreu pur, tandis que son contenu et ses discussions rappellent les œuvres de la période haggadique tardive. Comme dans les Pirke Rabbi Eli'ezer, les anges y sont fréquemment mentionnés (comp. les extraits dans Yalk. 132, 234, 241 et 243). Shemahsai et Azael, selon le récit du Midrash Abkir, descendirent sur la terre afin de sanctifier le nom d’Elohîm dans un monde dégénéré, mais ils ne purent résister aux filles des hommes. Shemuhsui fut pris au piège par la beauté d’Istahar, qui, grâce à la puissance merveilleuse du Nom divin qu’elle lui avait soutiré, monta au ciel. En récompense de sa vertu, elle fut placée parmi les Pléiades, tandis que l’ange fit pénitence avant le Déluge et, en châtiment de sa séduction des filles des hommes, fut suspendu la tête en bas entre le ciel et la terre. Azael, en revanche, erre encore sans s’être amendé parmi les mortels et, par le vêtement et la parure, cherche à égarer les femmes (Jellinek, « B. H. » iv., pp. ix et suiv.). La version de cette histoire dans Yalk. 44 (sur Gen. vi. 2) conclut : « C’est pourquoi les Israélites offrent en sacrifice, au Jour des Expiations, un bélier [sic] à l’Éternel afin qu’Il pardonne les péchés d’Israël, et un bélier [sic] à Azazel afin qu’il porte les péchés d’Israël ; et c’est cet Azazel auquel la Torah fait référence. » Ce passage du midrash explique les mots de Yoma 67b : « Selon l’école de R. Ishmael, Azazel est celui qui expie l’acte de Usa et Azael. » Il convient de noter que, dans l’editio princeps du Yalkut (Salonique, 1526-27), la source de la légende des anges déchus (au § 44), comme celle de la légende concernant la tentation de R. Mattithiah b. Heresh par Satan (au § 161), auquel le héros pieux résista avec succès, est simplement le midrash ordinaire, et non le Midrash Abkir. Cette dernière légende se trouve également dans le Midrash des Dix Commandements (Jellinek, l.c. i. 79) et dans Tanhuma (éd. Buber, « Hukkat », Addenda, § 1).
Dans plusieurs autres extraits du Yalkut qui, selon les éditions ultérieures, sont tirés du Midrash Abkir, la source n’est indiquée dans la première édition que par le mot « Midrash », comme au § 241, qui discute la légende de Usa, le patron de l’Égypte ; ici, « Midrash » signifie apparemment « Midrash Wayosha' » (Jellinek, l.c. i. 39 et suiv.). Yalk. 235 (sur Ex. xiv. 24) raconte que les magiciens égyptiens Jannes et Jambres obtinrent des ailes par leur art et s’élevèrent au ciel, mais furent précipités dans la mer par l’ange Michael. On ne peut toutefois déterminer si ce passage appartient au fragment extrait du Midrash Abkir dans Yalk. 234. Ce midrash était en tout cas connu de l’auteur du « Shemot Rabbah » et fut utilisé ou cité notamment dans les ouvrages suivants : le « Lekah Tob » de R. Tobias b. Eliezer, le « Ha-Rokeah » d’Eleazar ben Judah de Worms, le « Pa'aneah Raza », le « Ketab Tamim » de Moses Taku, le « Kad ha-Kemah » de Bahya ben Asher, un commentaire manuscrit d’un petit-fils de R. Samuel de Speier, et le Yalkut Re’ubeni. Le midrash entier était également connu d’Azariah dei Rossi (comp. « Me'or ‘Enayim », éd. Wilna, p. 455) et d’Abraham ibn Akra. Les extraits du Yalkut, qui avaient été presque entièrement répertoriés par Zunz, furent réunis par Buber dans « Ha-Shahar », xi. (réimprimé séparément, Vienne, 1883), et par Simon Chones dans « Rab Pe'alim », pp. 133 et suiv. La légende des deux anges fut également réimprimée par Jellinek, l.c. iv. 127 et suiv. Jannes et Jambres sont aussi mentionnés dans Men. 85a et « Shemot Rabbah », 9.
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 283 ; Abraham Wilna, Rab Pe'alim, éd. Chones, pp. 33 et suiv., 131 et Wilna, 1894 ; Buber, Yeri'ot Shelonioh, pp. 9 et suiv. ; Neubauer, dans H. E. J. xiv. 109 ; Briill’s Jahrh. v., vi. 98 et suiv. Sur le nom du midrash, voir particulièrement Briill, l.c. i. 149 ; Chones, l.c. p. 37 ; sur la légende des anges Shemahsai et Azael, voir Enoc h, vi. et suiv. dans Kautzsch, Apokryphen, ii. 338 et suiv., 375 ; Targ. Yer. sur Gen. vi. 4 ; Pirke R. El. xxii. ; Midr. Pethirat Mosheh, dans Jellinek, B. H. i. 129 ; Recanati sur Gen. vi. 4 ; Jellinek, l.c. ii. 80, v., pp. xlii., 172 ; Epstein, Bereshit Rabbati, p. 21 ; Briill’s Jahrh. i. 145 et suiv.
2. Midrash Al Yithallel : Midrash contenant des récits de la vie du sage Salomon, du puissant David et du riche Koré, illustrant Jér. ix. 23. Le texte a été publié d’après un manuscrit de Munich par Jellinek (« B. H. » vi. 106-108), et d’après un manuscrit du Yémen par Grunhut (« Sefer ha-Likkutim », i. 21 et suiv.), avec de précieuses références aux sources et aux parallèles. Au récit de Salomon peut être comparé le passage cité par Jellinek (l.c. ii. 86 et suiv., tiré du « ‘Emek ha-Melek ») ; l’histoire de David est semblable au midrash de Goliath (ib. iv. 140 et suiv.) et celle de Koré au passage du Midrash Tehillim (éd. Buber sur Ps. i. 15).
Bibliographie : Jellinek, B. H. iv., p. xiii ; vi., pp. xxvi et suiv.
3. Midrash ‘Aseret ha-Dibrot : Midrash qui date, selon Jellinek, d’environ le dixième siècle, et qui est entièrement consacré à la Fête des Semaines, étant effectivement appelé dans un manuscrit du Vatican « une haggadah pour Shabu‘ot ». Son auteur cherche à inculquer les doctrines du Décalogue en citant des récits appropriés de nature morale et religieuse ; outre de nombreux matériaux provenant de sources inconnues, il emploie beaucoup de passages de traités sur la Création, la révélation et des sujets analogues, qu’il introduit par la phrase « ameru hakamim » (les sages disent) ; il cite rarement ses autorités. Il écrit dans un style hébreu clair. Les commandements particuliers sont précédés d’une introduction générale fondée sur Ps. cvi. 2 : « Qui dira les hauts faits du Seigneur ? Qui publiera toute sa louange ? » Ce verset est expliqué, en référence à Pirke R. El. iii., comme suit : « Même les anges sont incapables de raconter Ses hauts faits ; on ne peut montrer que faiblement ce qu’Il a créé et ce qui arrivera, afin que le nom du Roi des rois, le Saint, béni soit-Il ! soit loué et honoré. »
Après quelques phrases suit la haggadah de la querelle des lettres, qui rivalisaient entre elles pour l’honneur de former le commencement de la Création. La victorieuse dans ce concours fut la lettre « bet », initiale du mot, tandis que « alef » fut consolée par la promesse qu’avec elle, en tant que première lettre de '3JX, commencerait la révélation des Dix Commandements (comp. la recension du Midrash de l’Alphabet dans Jellinek, « B. H. » iii. 50 et suiv. ; Gen. R. i., éd. Theodor, p. 9). Le mot est expliqué comme un notarikon et comme égyptien (comp. Shab. 105a ; Pesik. 109a). Cette section est suivie d’une discussion mystique et cosmologique sur la grandeur du monde, sur les eaux au-dessus et au-dessous du firmament, et sur les sept cieux (comp. « Seder Rabbah de-Bereshit » dans Wertheimer, « Batte Midrashot », i. 9, 22 et suiv.). L’introduction fait ensuite des digressions sur la modestie de Moïse, qui lui valut l’honneur de la révélation de la Torah par Elohîm ; sur la préexistence de la Torah, et sur l’invitation d’Elohîm aux Gentils à l’accepter, invitation qu’ils refusèrent tous ; et sur les gages qu’Elohîm exigea d’Israël pour garder la Torah, ces gages étant leurs enfants (comp. Cant. R. sur Cant. i. 3). Dans la discussion des divers commandements (ptl’NI T13''T, etc., jusqu’à « n3''T », qui sont inclus dans les éditions de ce midrash), seuls les premier et sixième commandements, auxquels aucun récit n’est attaché, sont traités avec quelque ampleur de manière haggadique. Dans le cas des autres commandements, les légendes constituent la partie principale de la discussion et sont arrangées comme suit : commandement ii., la mère et ses sept enfants, le Juif boiteux ; commandement iii., celui qui ne jura jamais ; commandement iv., l’homme pieux et la vache ; Joseph, qui sanctifia le jour du sabbat, l’empereur et R. Joshua b. Hananiah, Turnus Rufus et Rabbi Akiba ; commandement v., trois exemples de l’amour des enfants, l’enfant et le Livre de la Genèse ; commandement vii., la tentation de Mattithiah b. Heresh, Rabbi Meïr et la femme de son hôte, la femme de Mattaniah et la mort ; l’histoire de Saül, qui, avec l’aide d’Élie, fut réuni à sa femme après une longue séparation ; commandement viii., Salomon et le voleur, le marchand et l’aubergiste voleur ; commandement ix., le fils du publicain Baya.
Bibliographie : Zunz, G. V. pp. 142, 144 ; Jellinek, B. H. i., p. xviii. ; texte du Midrash, ib. pp. 93-96 ; Benjacob, Ozar ha-Sefarim, p. 301 ; Horowitz, Ur alte Tosefta's, v. 60 et suiv. ; Wertheimer, Batte Midrashot, ii. 8, 20. Une autre recension de ce midrash se trouve dans le Hibhur ha-Mahispmat, Vérone, 1647, qui contient un récit sur l’honneur dû à la Torah, ainsi que sur un prophète, et qui est contenu dans un manuscrit de miscellanées historiques ; comp. Epstein dans Ha-Shahar, i. 67 ; Mahzor Vitry, Introduction, p. 186. Die Jüdische Litteratur de Winter et Wünsche, i. 609 et suiv., contient une traduction de quelques fragments d’un autre midrash sur les Dix Commandements, attribué à Saadia Gaon (comp. Eisenstadter, Arabischer Midrasch zu den Zehn Gebuten, Vienne, 1868 ; voir aussi Weiss, Dor, iv. 152).
4. Dibre ha-Yamim shel Mosheh : Ce midrash, écrit en hébreu pur et qui est, dans de nombreuses parties, un simple centon de versets bibliques imitant étroitement le style biblique, présente une histoire de la vie de Moïse embellie de nombreuses légendes qui doivent être très anciennes, puisque les mêmes récits ou des récits similaires se trouvent déjà chez Josèphe (« Ant. » ii. 9, 2 et suiv.) ; à savoir, les récits de la prophétie des sages au roi concernant la naissance d’un enfant qui détruira un jour la puissance des Égyptiens (dans le midrash, l’interprétation d’un rêve remplace la prophétie ; comp. aussi Targ. Yer. 1 sur Ex. i. 15), prophétie qui fut suivie de l’ordre du roi de jeter dans le fleuve les enfants mâles des Israélites ; de la couronne que le roi place sur la tête de Moïse et que celui-ci jette à terre (dans le midrash, Moïse est décrit comme prenant la couronne de la tête du roi) ; de Moïse comme chef des Israélites dans une guerre contre les Éthiopiens, de son emploi de l’ibis pour combattre les serpents qui rendaient son chemin dangereux, et de l’amour pour lui de la fille du roi (selon le midrash, Moïse entre dans le camp du roi éthiopien DUp'p, et, après la mort de celui-ci, épouse sa veuve ; surmontant les dangers causés par les serpents, il s’empare de la ville longtemps assiégée). Pour d’autres sources plus anciennes qui s’accordent en partie avec ce midrash et en diffèrent à certains égards, voir Moïse dans la Littérature rabbinique.
Selon Jellinek (« B. H. » ii., p. viii.), la vie de Moïse fut originellement traitée en détail dans une chronique qui employait des sources encore plus anciennes. Cette œuvre fut incorporée dans la célèbre collection de légendes intitulée « Sefer ha-Yashar » ; et le Yalkut y prit des extraits qui s’accordent avec le « Sefer ha-Yashar » et non avec la présente Chronique de Moïse. À une époque ultérieure, toutefois, une recension plus courte de la chronique ancienne fut établie : c’est celle qui existe aujourd’hui. Elle fut publiée à Constantinople en 1516, à Venise en 1564 et ailleurs, et fut réimprimée par Jellinek (l.c. ii. 1-13). Des extraits de la chronique furent faits par l’auteur du « Midrash Wayosha' » et elle fut l’une des sources du « Shemot Rabbah » ; elle fut également citée dans le « ‘Aruk », par Ibn Ezra (qui la rejette comme apocryphe) sur Ex. ii. 22, et par Samuel ben Meïr sur les Nombres.
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 145 ; Rab Pe'alim, p. 45 ; Jellinek, B. H. ii., pp. vii et suiv.
5. Midrash Eleh Ezkerah : Ce midrash reçoit son nom du fait qu’une selihah pour le Jour des Expiations, qui traite le même sujet et commence par les mots « Eleh ezkerah », raconte l’exécution de dix célèbres maîtres de la Mishnah au temps de la persécution d’Hadrien. Le même événement est relaté dans une source très ancienne, Ekah Rabbati sur Lam. ii. 2, éd. Buber, p. 56b (comp. aussi Midr. Teh. sur Ps. ix. 13, éd. Buber, p. 44b). Selon le Midrash Eleh Ezkerah, un empereur romain ordonna l’exécution des dix sages d’Israël afin d’expier la faute des fils de Jacob, qui avaient vendu leur frère Joseph — crime qui, selon Ex. xxi. 16, devait être puni de mort. Les noms des martyrs sont donnés ici, comme dans la selihah déjà mentionnée (différant en partie de l’Ekah Rabbati et du Midrash Tehillim), ainsi : R. Simeon b. Gamaliel, R. Ishmael le grand prêtre, R. Akiba, R. Hanina b. Teradion, R. Judah b. Baba, R. Judah b. Dama, R. Huzpit, R. Hananiah b. Hakinai, R. Jeshebeab et R. Eleazar b. Shammua'.
Bien que ce midrash emploie d’autres sources, empruntant son introduction au Midrash Konen, et le récit de la conversation de Rabbi Ishmael avec les anges au ciel probablement aux « Hekalot », il forme néanmoins une œuvre cohérente. Il fut édité, d’après un codex de Hambourg, par Jellinek (Leipsic, 1853, et dans son « B. H. » ii. 64-72), et, d’après un autre manuscrit, par Chones, dans son « Rab Pe'alim » (pp. 157-160). Une deuxième et une troisième recension du midrash furent éditées, d’après des sources manuscrites, dans « B. H. » (vi. 19-35), et une quatrième est contenue dans l’ouvrage liturgique espagnol « Bet Ah » (Livourne, 1877). Selon Jellinek, « la quatrième recension est la plus ancienne, puisqu’elle a emprunté de larges portions aux “Hekalot” ; après elle viennent la deuxième et la troisième ; tandis que la plus récente est la première, laquelle a néanmoins l’avantage d’une véritable conformité avec l’esprit de la race et représente celle-ci mieux que toutes les autres. » Le martyre des dix sages est également traité dans les additions aux « Hekalot » (« B. H. » v. 167 et suiv.) et dans la kinah pour le Neuvième d’Av.
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 142 ; Jellinek, B. H. ii., pp. xxiii et v., p. xli ; vi., pp. xvii et suiv. ; Benjacob, Ozar ha-Sefarim, p. 299. Sur le problème du synchronisme des dix martyrs, voir Grätz, Gesch. iv. 175 et suiv., et Monatsschrift, i. 314 et suiv. Une traduction allemande par P. Möbius parut en 1845.
6. Midrash ‘Eser Galiyyot : Ce midrash traite des dix exils qui ont frappé les Juifs, comptant quatre exils sous Sennachérib, quatre sous Nabuchodonosor, un sous Vespasien et un sous Hadrien. Il contient également de nombreux parallèles au Seder ‘Olam, ch. xxii et suiv. Une citation du commentateur R. Hillel sur Sifre ii. 43 (éd. Friedmann, p. 82a) justifie l’inférence que le Midrash ‘Eser Galiyyot se trouvait originellement à la fin du Seder ‘Olam ; il est aussi possible qu’Abraham ben David y ait puisé des matériaux, car une édition plus ancienne de son « Sefer ha-Kabbalah » inclut ce midrash. La haggadah qui ouvre le midrash, selon laquelle les Juifs avaient subi dix exils, fut citée, avec la formule « Nos maîtres ont enseigné », par R. Zemah Gaon dans sa lettre adressée à la communauté de Kairwan vers la fin du neuvième siècle. Le midrash fut édité par Jellinek (« B. H. » iv. 133-136) et, avec de précieuses notes, par Grünhut (« Sefer ha-Likkutim », iii. 2-22). Une recension plus tardive, qui « se soucie peu de la chronologie haggadique, mais beaucoup de l’embellissement haggadique », fut imprimée dans « B. H. » v. 113-116.
Bibliographie : Jellinek, B. H. iv., p. xii ; v., p. xxxv ; Grünhut, ib. 5-13 ; Brüll, dans Ben Chananja, 1866, p. 125 ; Epstein, Elad ha-Dani, pp. 7, 17 ; Ratner, Introduction au Seder ‘Olam, pp. 49, 123, et notes sur le même ouvrage, pp. 48a, 51a, 59a.
7. Midrash Esfah : Ce midrash, qui jusqu’à présent n’est connu que par quelques extraits du Yalkut et deux citations dans « Sefer Raziel » et « Ha-Rokeah », tire son nom de Nomb. xi. 16 : « Rassemble auprès de moi [“Esfah-li”] soixante-dix hommes des anciens d’Israël. » Dans Yalk. § 736 se trouve une citation relative au même verset, qu’on ne peut ramener à aucun autre midrash et qui est sans doute tirée du Midrash Esfah. On peut peut-être rapporter à ce midrash un passage des « Halakot Gedolot » (éd. Varsovie, p. 282b) et un fragment sur Nomb. xvii. 14, xx. 1-3, dans Wertheimer, « Batte Midrashot », iii. 8-10, qui s’accorde dans ses derniers mots avec l’extrait de Yalk., Nomb. 763 sur Nomb. xx. 3 (également trouvé ib. 262, sur Ex. xvii. 2, qui commence par les mêmes mots). Le nom du midrash montre qu’il devait commencer par Nomb. xi. 16. Les autres extraits du Yalkut tirés du Midrash Esfah, 737, 739, 742, 764, 773 et 845, sont fondés sur Nomb. xi. 24, xii. 3-7, xii. 12, xxi. 9, xxvi. 2 (également trouvé ib. 684, sur Nomb. i. 2, qui commence par les mêmes mots), et Deut. vi. 16 ; l’étendue du midrash ne peut toutefois être déterminée.
L’intéressant extrait dans Yalk., Nomb., sur Nomb. xi. 16, nomme les soixante-dix anciens dans deux de ses recensions (une troisième recension de ce passage est fournie par un manuscrit du Vatican) ; et l’une de ces versions coïncide avec une déclaration remarquable qui justifie l’inférence que le midrash fut enseigné dans l’académie de Hanina Gaon par Rabbi Samuel, frère de Rabbi Phinehas. Il semble donc que le midrash ait été composé en Babylonie dans la première moitié du neuvième siècle.
Bibliographie : Zunz, G. V. pp. 289 et suiv. ; Chones, Rab Pe'alim, pp. 36 et suiv. ; Rapaport, Kerem Hemed, vi. ; Weiss, Dor, iv. 41, 216 ; Buber, dans Keneset Yisroel, i. ; Müller, Einleitung in die Responsen, 1891, p. 73 ; Wertheimer, Batte Midrashot, Introduction, pp. ii et suiv. Les extraits du Midrash Esfah ont été réunis par Buber (l.c.) et par Chones (l.c. pp. 147-153 ; comp. Buber, Yeri'ot Shelomoh, pp. 13 et suiv.).
8. Midrash Hallel. Voir Psaumes, Midrash sur.
9. Midrash Leku Nerannena : Ce midrash, qui est cité dans le Mahzor Vitry (§ 426, p. 384) et dont quelques fragments sont encore conservés, semble avoir été une homélie (« pesikta ») pour la Fête de Hanoukkah.
Bibliographie : Epstein, Ha-Hoher, i. 65 et suiv.
10. Midrash Ma‘aseh Torah : Ce midrash contient des compilations de doctrines, de règles de conduite et de préceptes empiriques, disposées en groupes de trois à dix chacun et tirées de divers ouvrages. Il se rencontre fréquemment en manuscrit, et fut édité à Constantinople (1519), Venise (1544), Amsterdam (1697) et ailleurs ; il a paru plus récemment dans le « B. H. » de Jellinek (ii. 92-101) et se trouve aussi dans le « Kol Bo » (§ 118), où il s’écarte souvent de l’édition d’Amsterdam jusque dans l’agencement de ses phrases. Le fait que ce midrash soit attribué au patriarche R. Judah ha-Nasi (Rabbenu ha-Kadosh) s’explique par le fait que le Ma‘aseh Torah n’est qu’une autre recension du midrash similaire qui se trouve dans l’édition de Schonblum (dans sa collection « Sheloshah Sefarim Niftahim », Lemberg, 1877) et dans le « Sefer ha-Likkutim » de Grünhut (iii. 33-90). Ce dernier midrash commence dans les deux éditions par les enseignements que Rabbenu ha-Kadosh donna à son fils, et l’œuvre est par conséquent appelée « Pirke de-Rabbenu ha-Kadosh » ou « Pirke Rabbenu ha-Kadosh » dans les deux éditions et dans les manuscrits sur lesquels elles sont fondées.
Les éditions en question comprennent deux recensions différentes. Dans le texte de Schonblum, le nombre des groupes numériques est de 24 ; et au commencement se trouve l’étrange ordre 6, 5, 4, 3, suivi des nombres 7-24. D’autre part, dans le texte de Grünhut, fondé sur un manuscrit défectueux, l’ordre des « perakim » progresse naturellement de 3 à 12 (ou 13), mais le reste manque ; et, indépendamment de cette divergence dans le mode de groupement, les deux éditions diffèrent singulièrement, même à l’intérieur des groupes numériques, quant au nombre et parfois aussi quant au libellé de passages individuels. Dans un codex oxfordien du Mahzor Vitry, un passage qui se trouve dans les deux éditions (éd. Schonblum, p. 35a ; éd. Grünhut, p. 35) est cité comme appartenant à la Pesikta ; il est aussi déclaré qu’il traite d’une série de trois à dix objets (comp. l’introduction au Mahzor Vitry, p. 179 ; Tos. Ber. 8b ; ‘Er. 19a).
Une collection semblable, probablement d’origine plus ancienne, fut éditée par Horowitz dans le « Kebod Huppah », Francfort-sur-le-Main, 1888, l’ouvrage étant fondé sur un codex de De Rossi de l’année 1290. Cette compilation est appelée « Huppat Eliyahu » ou « Sheba' Huppot », à cause de ses premiers mots : « Elohîm dressera sept dais pour les justes dans le monde à venir » (comp. B. B. 75a). Cette haggadah s’accorde pour la plus grande part avec le Ma‘aseh Torah et le Pirke Rabbenu ha-Kadosh, et présente les groupements numériques jusqu’au nombre 24, arrangés sans grand ordre ; dans l’ensemble, elle s’harmonise plus étroitement avec les Pirke. Selon Horowitz, le « Huppat Eliyahu » fut révisé et développé pour devenir le « Huppat Eliyahu Rabbah ».
Le « Huppat Eliyahu » fut édité jusqu’au no 16 par R. Israel Alnaqua à la fin de son « Menorat ha-Ma’or » ; et cette portion de la compilation, avec d’autres extraits de cet ouvrage, fut ajoutée par Elijah de Vidas à son « Reshit Hokmah » (comp. Schechter, « Monatsschrift », 1885, pp. 124 et suiv., 234). Alnaqua mentionne aussi parmi les sources qu’il employa « Huppat Eliyahu Zuta we-Rabbah », qui n’étaient évidemment que des parties de la même œuvre. De celles-ci provenaient probablement les deux extraits des paragraphes 201 et 247 du « Menorat ha-Ma’or » d’Isaac Aboab, cités comme se trouvant dans le « Huppat Eliyahu Rabbah » et le « Huppat Eliyahu Zuta ». Alnaqua fut en outre le compilateur de nombreux maximes commençant par les mots et formant l’« Or ‘Olam » à la fin de son « Menorat ha-Ma’or ». Cette collection fut également incorporée par De Vidas dans son œuvre et réimprimée par Jellinek (« B. H. » iii. 109-130) sous les titres « Midrash le-‘Olam » et « Midrash Gadol u-Gedolah ».
Le « Ma‘aseh Torah » servit de modèle à la riche collection d’Elijah Wilna qui porte le même nom et qui parut à Varsovie en 1804 avec les additions de son fils Abraham.
Bibliographie : Zunz, G. V. pp. 284 et suiv. ; Chones, Rab Pe'alim, pp. 59 et suiv., 67 et suiv. ; Benjacob, Ozar ha-Sefarim, pp. 337 et suiv., 357 et suiv. ; Grünhut, Sefer ha-Likkutim, iii., Introduction, pp. 17 et suiv. Horowitz a recueilli d’abondants matériaux concernant ce midrash ; mais les relations numériques des midrashim exigent une enquête approfondie.
11. Midrash Petirat Aharon : Midrash fondé sur Nomb. xx. 1 et suiv., décrivant le manque d’eau éprouvé par les enfants d’Israël après la mort de Miriam et les événements au rocher dont l’eau fut obtenue. Il traite également de Nomb. xx. 24 et suiv., racontant la mort d’Aaron. Aaron, escorté par le peuple, monta sur la montagne avec Moïse et Eleazar. Là s’ouvrit une caverne dans laquelle Moïse invita son frère à entrer ; il y avait une table, une lampe allumée et une couche entourée d’anges. Avec des paroles douces, Moïse s’adressa à Aaron, dont le sort devait être plus heureux que le sien ; car Aaron devait être enseveli par son frère, et son honneur devait être hérité par ses enfants. Aaron s’étendit alors sur la couche, et Elohîm le prit à Lui. Lorsque Moïse sortit de la caverne, elle disparut ; mais, sur sa prière, son affirmation qu’Aaron était mort n’étant pas crue, la montagne s’ouvrit de nouveau et le grand prêtre fut vu reposant sur la couche (voir Jew. Encyc. i. 4a, b, Aaron ; et, sur le commencement du midrash, fondé sur Zach. xi. 8, comp. Ta'an. 9a et Sifre, Deut. 305). Les autorités ne sont citées nulle part, mais plusieurs déclarations sont introduites par la formule dayixa (c.-à-d., ^'T 1~lD^^1). Le midrash fut édité à Constantinople (1516), Venise (1544) et ailleurs, et fut réimprimé par Jellinek (« B. H. » i. 91-95).
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 146 ; Jellinek, B. H. i., p. xix.
12. Midrash Petirat Mosheh : Ce midrash décrit très en détail les derniers actes de Moïse et sa mort, à laquelle les anges et Elohîm Lui-même étaient présents. Il en existe plusieurs recensions. La première, publiée à Constantinople en 1516 (Venise, 1544, et ailleurs ; également dans Jellinek, « B. H. » i. 115-129), commence par une brève exégèse de R. Samuel Nahmani et R. Tanhuma sur le premier verset de la péricope « We-zot ha-berakah » (Deut. xxxiii. 1, xxxiv. 12), se terminant par ses derniers versets, et était sans doute destinée à Simhat Torah. Le contenu réel du midrash est un traitement haggadique de Deut. xxxi. 14 et suiv., complété par une exégèse de Deut. iii. 28 et suiv., et rempli de dialogues quelque peu fastidieux entre Elohîm et Moïse, lequel est représenté comme ne voulant pas mourir. Toutes ses larmes et ses supplications furent cependant vaines ; car Elohîm commanda à tous les princes du ciel de fermer les portes de la prière. Durant les derniers jours de sa vie, jusqu’au 7 Adar, Moïse interpréta la Torah à Israël ; et, le jour de sa mort, selon R. Helbo, il écrivit treize Torahs, dont douze étaient pour les douze tribus, et la meilleure pour l’Arche d’Alliance (ib. xxxi. 24 et suiv. ; comp. Pesik. p. 197a ; Deut. R., Wayelek, fin ; Midr. Teh. sur Ps. xc.) ; certains disent que Gabriel descendit et prit la Torah des mains de Moïse, la portant à travers chaque ciel pour montrer la piété de son scribe, et que les âmes des saints lisaient dans cette Torah les lundis, les jeudis et les fêtes. Ceci est suivi d’une longue section commençant par le récit de R. Josiah des honneurs que Moïse rendit à Josué et du service qu’il lui fit dans les derniers jours de sa vie. On remarque particulièrement ici la prière poétique de Josué commençant par 111 nij?.
Après cela est dépeinte la fin de la vie de Moïse, une bat kol avertissant avec une insistance croissante des heures, et même des secondes, qui lui restaient. Cette énumération des heures et la formule conventionnelle ri3 nnV sont importantes pour déterminer la dépendance, à l’égard de la version originale, des additions dans Deut. R. xl. et de la seconde recension. Au début du midrash, les anges Gabriel et Zangaziel, « le scribe de tous les fils du ciel », sont mentionnés ; mais, durant les dernières heures de la vie de Moïse, c’est Samael, le chef des Satans, dont l’activité est la plus manifeste, car il guette le départ de l’âme, tandis que Michael pleure et se lamente. Enfin, Samael reçoit le commandement d’amener l’âme de Moïse, mais s’enfuit terrifié devant son regard. Il reparaît avec une épée tirée devant Moïse, mais doit céder devant le « shem ha-meforash », gravé sur le bâton du chef d’Israël. Le dernier moment approche néanmoins, et Elohîm Lui-même apparaît pour recevoir l’âme de Moïse. Les trois bons anges L’accompagnent pour préparer un lieu de repos à Moïse, dont l’âme est enfin prise dans le baiser de la mort. Voir Moïse dans la Littérature rabbinique.
De larges portions de ce midrash sont contenues dans Deut. R., éd. Wilna, xi. 4, 7, 8, 9 (?) et 10, où elles doivent être considérées comme des additions ultérieures. Tout le passage représenté par les paragraphes 9 et 10 de Deut. R. xi. se trouve aussi, combiné de la même manière, dans Yalk., Deut. 940 (sur Deut. xxxi. 14), où le Midrash Petirat Mosheh est donné comme source. Sifre 305 contient une exquise petite haggadah sur Moïse et l’ange de la mort (comp. Pesik. p. 199b ; Deut. R. xi. 5). Une longue citation du début du midrash est également contenue dans une homélie de Tan., Wa'ethanan, 6 (sur Deut. iii. 26), traitant du même thème, la mort de Moïse.
Une seconde recension est fondée sur Prov. xxxi. 39 et est considérée par Jellinek, mais probablement à tort, comme la plus ancienne. Il l’édita dans « B. H. » vi. 71-78 ; elle a un commencement entièrement différent de celui qui se trouve dans l’autre recension (comp. Deut. R. xi. 3). Comme elle est fondée sur un manuscrit défectueux, la manière dont cette introduction fut liée au midrash original ne peut être déterminée ; mais ce qui suit la portion manquante ne diffère pas essentiellement de ce qui se trouve dans la première recension, bien que ce soit un peu plus court et que l’arrangement soit modifié. La plainte de Moïse selon laquelle il ne pourra jamais goûter les fruits du pays reçoit une longue addition explicative précisant qu’il ne s’affligeait pas des produits de la terre, mais de son incapacité à accomplir les commandements divins relatifs à la Palestine.
Une troisième recension ou révision du midrash fut publiée par Gaulmyn (Paris, 1692), avec une traduction latine et la première recension. Dans l’« Assumptio Mosis », le manuscrit s’achève brusquement avant le récit de l’assomption dont cette œuvre tire son nom. Selon Schürer, cette portion finale devait concerner la dispute de l’archange Michael avec Satan, mentionnée dans Jude 9.
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 146 ; Jellinek, B. H. i., p. xxi ; vi., pp. xxi et suiv. ; Schürer, Gesch. 3e éd., iii. 219 et suiv.
13. Midrash Ta'ame Haserot we-Yeterot : Ce midrash, qui a été édité le plus complètement par Wertheimer (Jérusalem, 1899), donne des explications haggadiques non seulement des mots qui sont écrits de façon défective ou plene, comme le titre de l’œuvre l’implique, mais aussi d’un grand nombre de ceux qui ne sont pas lus comme ils sont écrits (comp. sur le ketib dans l’éd. de Wertheimer, nos 8, 11, 13, 19, 21-30, 37, 51, 89, 106, 111, 113, 124, 125, 127-129, 131, 134, 138-140, 181, et no 12 sur un mot qui est lu sans être écrit). Il y a aussi des notes sur des noms et des mots qui sont lus différemment en différents endroits (par ex., dans les nos 17, 20, 123, 126, 141, 142, 161, 172), sur l’ἅπαξ λεγόμενον de Juges iv. 18 (no 108), sur l’écriture particulière de certains mots (par ex., no 133 sur n31D^, Isa. ix. 6, et no 163 sur N'lD^nn, Jos. x. 24), et sur les lettres suspendues dans Juges xviii. 30, Ps. lxxx. 14 et Job xlviii. 50 (nos 112-114). Le midrash peut donc être appelé masorétique, bien qu’il s’écarte fréquemment de la Masorah. Les interprétations haggadiques sont tirées pour la plus grande part de passages dispersés dans le Talmud et les Midrashim, tandis que l’arrangement est capricieux, les mots individuels n’étant disposés ni selon l’ordre de l’alphabet ni selon la succession des livres de la Bible. Dans ses différents manuscrits et éditions, ce midrash varie considérablement, non seulement quant au nombre et à l’arrangement des passages qu’il examine, mais aussi quant au libellé des interprétations individuelles. Il est cité sous son titre actuel dans les Tosafot (Ber. 34a), dans le « Sefer Mizwot Gadol » de Moses de Coucy et par Asher ben Jehiel, tandis qu’il est appelé « Midrash Haserot we-Yeterot » par Solomon Norzi. Un bref extrait de cette œuvre, énumérant les mots devant être écrits « défectivement » ou « plene », mais omettant la raison de cette règle, est contenu dans le Mahzor Vitry, § 518, pp. 656 et suiv.
Aux midrashim masorétiques appartiennent également les explications de passages lus et non écrits, ou écrits et non lus, qui ont été éditées à partir d’une ancienne miscellanée grammaticale et masorétique dans le « Manuel du Lecteur » de Joseph Derenbourg (Paris, 1871), et dans l’« Eben Sappir » de Jacob Saphir (ii. 218 et suiv., Mayence, 1874), et réimprimées par Jellinek dans son « B. H. » (v. 27-30).
Bibliographie : Le midrash sur les raisons des mots écrits « défectivement » et « plene » fut édité par Berliner d’après un manuscrit de Munich dans son Peletat Soferim, section hébraïque, pp. 36 et suiv., Breslau, 1872 ; par Wertheimer d’après un manuscrit de la Genizah dans les Batte Midrashot, i. 32 et suiv., iii. 1 et suiv. ; et d’après un codex de De Rossi dans l’édition mentionnée dans le texte ; comp. Berliner, l.c., section allemande, pp. 34 et suiv. ; les introductions de Wertheimer dans les diverses éditions ; Zunz, G. V. p. 284 ; Rab Pe'alim, pp. 65 et suiv. ; Buber dans Ha-Shahar, iv.
14. Midrash Tadshe (appelé aussi Baraita de-Rabbi Pinehas b. Ya’ir) : Ce petit midrash commence par une interprétation de Gen. i. 11 : « Et Elohîm dit : Que la terre produise » (« Tadshe ha-arez »). « Pourquoi, demanda R. Phinehas, Elohîm décréta-t-il que l’herbe, les plantes et les fruits poussassent le troisième jour, tandis que la lumière ne fut créée que le quatrième ? Afin de montrer Sa puissance infinie, qui est toute-puissante ; car même sans la lumière, Il fit produire la terre [tandis qu’à présent Il crée toute espèce d’arbres et de plantes par l’action de la lumière]. » Le nom de l’auteur apparaît deux fois (éd. Epstein, pp. xxi, xxxi) ; et le midrash se termine par les mots « ‘ad kan me-dibre R. Pinehas ben Ya’ir ». Aucun autre auteur n’est nommé. Ce midrash est particulier à plusieurs égards, différant de beaucoup d’autres midrashim dans nombre d’énoncés ; et, bien qu’écrit en hébreu pur, il contient de nombreuses expressions qui ne se trouvent nulle part ailleurs, telles que « iDIjin Jn, nnSIKfn jn. D’yilK' » (= « planètes », p. xix).
La structure du midrash est très lâche.
Le Midrash Tadshe est principalement de tendance symbolique, et joue beaucoup sur des groupes de nombres. La section 2 contient une symbolisation du Tabernacle ; et, selon Epstein, l’idée centrale du midrash est la théorie de trois mondes — la terre, l’homme et le Tabernacle. La section 10 contient une explication mystique des nombres mentionnés à propos des offrandes des princes (comp. Nomb. vii. 12 et suiv.). Des combinaisons et parallélismes fondés sur le nombre dix se trouvent dans les sections 5 et 15 ; sur sept, dans 6, 11 et 20 ; sur six, dans 20 ; sur cinq, dans 7 ; sur quatre, dans 20 ; sur trois, dans 12, 18, etc. Des exposés décousus de Gen. ii. 17 ; iii. 3, 14 et suiv. ; Ex. vii. 12 et suiv., 83 et suiv. ; Lév. xiii. 2, xiv. 34 ; Lam. i. 1 et suiv. ; Nomb. iv. 3, xxvii. 7 ; et Deut. xxxii. 12 sont contenus dans les sections 7, 10, 17, 20, 21 et 22. La section 8, sur « les âges des pieux », les Patriarches, les Matriarches et les douze fils de Jacob, donnant également les dates de leurs naissances, est particulièrement remarquable. Dans cette liste, les mois ne sont pas désignés comme Nisan, etc., mais comme « le premier », « le second », etc. Les dates de Zabulon et de Benjamin manquent dans le texte actuel, mais sont données dans une citation de Bahya et dans le Yalkut, où, toutefois, les mois sont nommés et non numérotés. La durée de vie attribuée aux fils de Jacob concorde avec celle donnée dans le Seder ‘Olam Zuta ; mais seul le Book of Jubilees donne les jours et les mois de leurs naissances, et même lui n’indique pas la durée de leurs vies (comp. Jubilees, xxviii. et xxxii., où, toutefois, certaines dates diffèrent de celles données dans le midrash). D’autre part, la section 6 du Midrash Tadshe concorde entièrement avec le Book of Jubilees (ii., iii., iv., vii., x., xii., xiv., xv. et xxxiii.) en affirmant que vingt-deux variétés de choses furent créées dans le monde — sept le premier jour ; une le second ; quatre le troisième ; trois le quatrième ; trois le cinquième ; et quatre le sixième — et que ces vingt-deux variétés correspondent aux vingt-deux générations d’Adam à Jacob (et aux vingt-deux lettres de l’alphabet).
Epstein a attiré l’attention sur d’autres analogies frappantes entre ce midrash et le Book of Jubilees, notamment sur l’étrange théorie de Rabbi Phinehas b. Jair (p. xxxi.) selon laquelle Adam fut créé durant la première semaine, et Ève fut formée de sa côte durant la seconde semaine ; cela servant de fondement à la règle de purification donnée dans Lév. xii. 2 et suiv., à laquelle il faut comparer Jubilees, iii. 8. Sur ces bases, Epstein avance l’hypothèse que, dans ce passage et dans beaucoup d’autres, l’auteur du Midrash Tadshe s’est servi du Book of Jubilees, qui existait alors en hébreu, avait une étendue bien plus vaste qu’à présent, et était attribué, « en raison de sa tendance essénienne », à Rabbi Phinehas b. Jair, célèbre pour sa grande piété. Il est toutefois peu probable que le Book of Jubilees actuel soit incomplet ; et une opinion beaucoup plus plausible d’Epstein est celle qui considère le Midrash Tadshe comme l’œuvre de Rabbi Moses ha-Darshan. Soit à cause de son commencement, soit pour quelque autre raison, R. Phinehas b. Jair fut tenu pour l’auteur de ce midrash, et Nomb. R. xiii. 10 et xiv. 12, 18 contiennent plusieurs exposés et maximes qui en sont tirés et cités sous le nom de ce tanna. Le midrash, dont le Yalkut a extrait plusieurs passages et qui a été cité par divers auteurs, a été édité d’après des sources manuscrites par Jellinek (« B. H. » iii. 164-193) et par Epstein (« Beitrage zur Jiidischen Alterthumskunde », Vienne, 1887).
Le Midrash Tadshe ne doit pas être confondu avec une autre baraita portant le titre de « Baraita de-Rabbi b. Jair », qui traite des degrés des vertus, dont le plus élevé fait participer son possesseur à l’esprit saint (comp. Sotah, fin, et parallèles).
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 580 ; Rah Pe‘alim, pp. 114 et suiv. ; Jellinek, B. H. iii., pp. xxxiii et suiv. ; vi., p. xxix ; Epstein, l.c. pp. i.-xiv. ; idem, Le Livre des Jiihiles, Philon et le Midrasch Tadsche, dans R. E. J. xxi. 80 et suiv., xxii. ] et suiv. ; Weiss, Dor, iv. 216 ; Kautzsch, Apokryphen, ii. 37 ; Bacher, Ag. Tan. ii. 497, 499 ; Grunhut, Sefer ha-Likkutim ii. 20b.
15. Midrash Temurah (appelé par Me’iri Midrash Temurot) : Petit midrash composé de trois chapitres. Il développe l’idée selon laquelle Elohîm, dans Sa sagesse et Sa puissance, a créé toutes choses sur terre comme des paires opposées qui se complètent mutuellement. La vie n’est connue que par opposition à la mort, et la mort par opposition à la vie ; et, de même, si tous étaient insensés ou sages, ou riches ou pauvres, on ne saurait qu’ils étaient insensés ou sages, riches ou pauvres. « C’est pourquoi Elohîm créa l’homme et la femme, la beauté et la difformité, le feu et l’eau, le fer et le bois, la lumière et les ténèbres, la chaleur et le froid, la nourriture et la famine, la boisson et la soif, la marche et la claudication, la vue et la cécité, l’ouïe et la surdité, la mer et la terre, la parole et le mutisme, l’activité et le repos, la douleur et le plaisir, la joie et le chagrin, la santé et la maladie », et ainsi de suite. Au chap. iii, les antithèses données dans Eccl. iii. 1 et suiv. sont énumérées et mises en parallèle avec Ps. cxxxvi. Le chap. i, qui contient un intéressant passage anthropologique, et le chap. ii commencent par des interprétations pseudépigraphiques attribuées par le midrash aux rabbins Ishmael et Akiba ; ceux-ci apparaissent donc comme les auteurs conjoints du midrash.
Selon Jellinek, le Midrash Temurah fut composé dans la première moitié du treizième siècle, puisqu’il puisa chez Ibn Ezra et dans le dialogue de Galien sur l’âme, bien qu’il soit cité par Me’iri et Abraham Abulafia. Il fut d’abord édité par Azulai (Livourne, 1786), en appendice à la seconde partie de son « Sheni ha-Gedolim » ; et il a été réimprimé par Jellinek (« B. H. » i. 100-114).
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 118 ; Rab Pe‘alim, pp. 123 et suiv. ; Jellinek, B. H. i., pp. xx et suiv.
16. Midrash Wa-Yekullu : Midrash nommé d’après Gen. ii. 1 (« Wa-Yekullu ha-Shamayim »). Il contenait des matériaux tant halakhiques que haggadiques, et couvrait sans doute plusieurs livres du Pentateuque ; mais il n’existe maintenant que sous forme de citations par divers auteurs postérieurs au milieu du douzième siècle. Dans « Ha-Rokeah », §§ 192, 209, 320 et 324, des passages en sont cités comme se rapportant à Gen. xix. 24, aux péricopes Behukkotai et Beha‘aloteka, et à Deut. ii. 31. À en juger par la première et la quatrième de ces citations, le Midrash Wa-Yekullu était homilétique, puisque Tanhuma sur Gen. xix. et sur Deut. ii. 31, ainsi que Deut. R. sur ce dernier passage, contiennent aussi des homélies. Le midrash devait avoir tiré beaucoup de matériaux du Tanhuma-Yelammedenu, car certains des rares fragments qui ont été conservés concordent plus ou moins exactement avec des passages du Tanhuma ou avec des extraits du Yelammedenu dans le Yalkut. Le midrash semble aussi avoir été appelé « Wayekullu Rabbah ». Les citations qui en sont faites sont réunies dans le « Sefer ha-Likkutim » de Grünhut, ii. 16b et suiv.
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 281 ; idem, G. S. iii. 252 ; Rab Pe‘alim, pp. 52 et suiv. ; Grünhut, Sefer ha-Likkutim, Introduction, pp. 13 et suiv.
17. Midrash Wayissa‘u : Ce petit midrash, « la légende héroïque des fils de Jacob », est fondé sur Gen. xxxv. 5 et xxxvi. 6, et raconte l’histoire des guerres de Jacob et de ses fils contre les rois des Amoréens et contre Ésaü et son armée. Le début de sa version de la première histoire est le suivant : « Nos maîtres ont dit que, bien qu’ils ne les eussent pas poursuivis cette fois-ci, sept ans plus tard tous les rois des Amoréens se rassemblèrent contre les fils de Jacob. » Que les légendes contenues dans le Wayissa‘u soient très anciennes peut être déduit du Book of Jubilees, xxxiv., xxxvii. et suiv., et du Testament of Judah (Kautzsch, « Apokryphen », ii. 97 et suiv., 102 et suiv., 471 et suiv.) ; le midrash révèle sa parenté avec ces anciens écrits pseudépigraphiques dans beaucoup de détails. La guerre contre les Amoréens est traitée plus longuement dans le « Sefer ha-Yashar », péricope « Beshallah ». Le midrash lui-même est contenu dans Yalk., Gen. 133, et est mentionné par Nahmanides sur Gen. xxxiv. 13 sous le nom de « Sefer Milhamot Bene Ya‘akob ».
Le texte a été édité d’après le Yalkut par Jellinek (« B. H. » iii. 1-9), par Chones (dans son édition de « Rab Pe‘alim », pp. 153 et suiv.), et par Charles dans son édition du Book of Jubilees, Appendice II, Oxford, 1895.
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 145 ; Rab Pe‘alim, pp. 54 et suiv. ; Jellinek, B. H. iii., pp. ix et suiv.
18. Midrash Wayosha‘ : Midrash fondé sur Ex. xiv. 30-xv. 18. C’est une exposition dans le style de la haggadah tardive et semble avoir été destinée au sabbat de la « Shirah » ou au septième jour de la Pâque. Des sections entières sont empruntées textuellement au Tanhuma, comme le passage sur Ex. xv. 3 tiré de Tan., Bo, et celui sur xv. 5 tiré de Hukkath, commencement. À l’histoire, dans l’exposition d’Ex. xiv. 30, concernant Satan, qui apparut devant Abraham et Isaac alors qu’ils se rendaient au sacrifice, on peut comparer l’addition dans Tan., Wayera, éd. Stettin, no 24 ; Yalk., Ex. §§ 98-99, fin ; et « Sefer ha-Yashar », fin de la péricope « Wayera ». Le midrash sur Ex. xv. 2, 7 contient également des extraits de la Chronique de Moïse, le passage sur Usa, le génie de l’Égypte, concordant mot pour mot avec l’extrait de Yalk., § 241. Ici, la première édition porte seulement « Midrash », tandis que d’autres éditions donnent le Midrash Abkir comme source, bien qu’il soit douteux que cette haggadah ait jamais figuré dans cet ouvrage.
Les sections commencent pour la plupart par les mots « ameru hakamim », bien que Rabbi Joshua ben Levi et Rabbi Samuel b. Nahmani soient parfois donnés comme auteurs. Dans l’exposition de xv. 18 sur les douleurs et la rédemption au temps messianique, la terrible figure du roi Armilus est décrite, et il est dit qu’il tuera le Messie de la race de Joseph, mais sera lui-même tué par le Messie qui est le fils de David (comp. Suk. 52a) ; Elohîm rassemblera alors le reste dispersé d’Israël et tiendra le jugement final ; et la merveilleuse beauté d’un monde nouveau, plein de joie et de bonheur, est révélée.
Le Midrash Wayosha‘ fut publié pour la première fois à Constantinople en 1519 (Metz, 1849, et ailleurs), et a été réimprimé par Jellinek (« B. H. » i. 35-37).
Bibliographie : Zunz, G. V. p. 282 ; Rab Pe‘alim, p. 55 ; Jellinek, B. H. i., p. xvii ; Benjacob, Ozar ha-Sefarim, p. 269.
Les recueils plus récents de petits midrashim mentionnés dans cet article et dans Midrash Haggadah sont les suivants : A. Jellinek, « B. H. », parties i-iv, Leipsic, 1853-57 ; parties v-vi, Vienne, 1873-78 ; Hayyim M. Horowitz, « Agadat Agadot », etc., Berlin, 1881 ; idem, « Bet ‘Eked ha-Agadol ; Bibliotheca Haggadica », 2 parties, Francfort-sur-le-Main, 1881 ; idem, « Kebod Huppah », ib. 1888 ; idem, « Tosefta Attikta : Uralte Tosefta’s », i-v, ib. 1889-90 ; S. Wertheimer, « Batte Midrashot », i-iv, Jérusalem, 1893-97 ; idem, « Leket Midrashim », ib. 1903 ; L. Grünhut, « Sefer ha-Likkutim, Sammlung Aelterer Midraschim », etc., i-vi, ib., 1898-1903 ; comp. aussi Abraham Wilna, « Rab Pe‘alim », éd. Chones, pp. 133 et suiv. ; H. L. Strack, dans Herzog-Hauck, « Real-Encyc. », s.v. « Midrasch ».
Dans ces recueils, particulièrement dans le « Bet ha-Midrash » de Jellinek, se trouvent beaucoup de petits midrashim, soit édités là pour la première fois, soit réimprimés, ainsi qu’un certain nombre d’ouvrages sous d’autres noms, dont la discussion relève plutôt d’un article sur la littérature mystique. Les traités suivants peuvent toutefois être mentionnés ici, les titres étant donnés pour la plupart selon Jellinek :
(1) Agadat Mashiah (Haggadah du Messie ; ib. iii. et suiv.). (2) Baraita Ma‘ase Bereshit (dans les addenda de Chones au « Rab Pe‘alim » d’Abraham Wilna, pp. 47 et suiv.) ; aussi Seder Rabbah de-Bereshit (dans Wertheimer, l.c. i. 1-31). (3) Gan ‘Eden we-Gehinnom (Paradis et Enfer ; ib. v. 42 et suiv.). (4) Ma‘aseh R. Yehoshua‘ b. Levi (Histoire de R. Joshua b. Levi ; ib. ii. 48 et suiv.). (5) Midrash Konen (dans « B. H. » ii. 23-39) ; Be-Hokmah Yasad (Sagesse divine ; ib. v. 63-69) ; Masseket Gehinnom (Traité de la Géhenne ; ib. i. 147-149). (6) Milhamot ha-Mashiah (Guerre du Messie ; ib. vi. 117 et suiv.). (7) Misterot R. Shim‘on b. Yohai (Mystères de R. Simeon b. Yohai ; ib. iii. 78 et suiv.). (8) Otiyot de-Rabbi Akiba (Midrash alphabétique de R. Akiba ; première et seconde recensions dans « B. H. » iii. 12-64 ; comp. ib. v. 31-33 ; vi., p. xl ; Wertheimer, l.c. ii. 23 et suiv. ; et voir Akiba ben Joseph, Alphabet OF) ; Hekalot Rabbati (Grands Hekalot ; dans « B. H. » iii. 83-108) ; Masseket Hekalot (Traité Hekalot ; ib. ii. 40-47 ; comp. aussi ib. i. 78 et suiv., iii. 161 et suiv., vi. 109 et suiv.) ; et « Baraita Ma‘ase Merkabah » (dans Wertheimer, l.c. ii. 15-25). (9) Otiyot Mashiah (Signes du Messie ; ib. ii. 58-63). (10) Pirke Eliyahu (Sections concernant le Messie ; ib. iii. 68 et suiv.). (11) Seder Gan ‘Eden (Description du Paradis ; ib. ii. 52 et suiv. ; seconde recension, ib. iii. 131-140 ; additions, ib. 194-198). (12) Sefer Eliyahu (Apocalypse d’Élie ; ib. iii. 65 et suiv.). (13) Sefer Zerubbabel (Livre de Zorobabel ; ib. ii. 54-57 ; comp. aussi Wertheimer, l.c. ii. 25 et suiv., 29 et suiv.).
F. C. J. T.
