Définition dans Jewish Encyclopedia
Pays-Bas
NETHERLANDS
Pays-Bas
Pays d'Europe occidentale, borné par la mer du Nord, par la Belgique et par les provinces prussiennes de Hanovre et de Westphalie, et par la province du Rhin. Depuis 1815 il est un royaume sous la maison d'Orange.
Les membres de cette maison, qui, depuis 1581, ont été presque sans interruption à la tête de l'État, ont exercé une influence exceptionnellement grande sur l'histoire des Juifs dans ces pays. En raison de la grande prééminence de la capitale, le récit des Juifs des Pays-Bas concerne principalement la communauté d'Amsterdam. Pour les colonies, voir Surinam and West Indies, Dutch.
On ne paraît pas avoir trouvé de Juifs dans la province de Hollande avant 1593 ; mais il existe quelques références qui les mentionnent distinctement comme présents dans d'autres provinces à une date antérieure, surtout après leur expulsion de France en 1321 et les persécutions en Hainaut et dans les provinces rhénanes. Des Juifs se sont établis à Nimeguen, la plus ancienne implantation, à Doesburg, Zutphen et à Arnhem depuis 1404. Aux débuts des établissements. En 1349 le duc de Gueldre fut autorisé par l'empereur Louis IV de Germanie à recevoir des Juifs dans son duché. Ils payaient un impôt, fournissaient des services et étaient protégés par la loi. À Arnhem, où un Juif est mentionné comme médecin, la magistrature les défendit contre les hostilités de la populace. À Nimeguen, des Juifs sont mentionnés en 1339 comme payant des taxes ; Reinold le duc recevait ainsi annuellement 132 "pond" (317 dollars). En 1385 Zalichmaun Nathanswen van Berck et son fils David furent autorisés à vivre à Roermond pendant dix ans pour 20 gulden (8 dollars) par an. En 1382 les Juifs de Nimeguen possédaient un cimetière, en 1426 une synagogue. On ne sait pas à quelle époque les Juifs se sont établis dans le diocèse d'Utrecht. En 1444 ils furent expulsés de la ville d'Utrecht, mais ils furent tolérés dans le village de Maarsen, à deux heures de distance, bien que leur situation n'y fût pas heureuse. Jusqu'en 1789 aucun Juif ne pouvait passer la nuit à Utrecht ; pour cette raison la communauté de Maarsen fut l'une des plus importantes de Hollande. Des Juifs furent admis en Zélande par Albert, duc de Bavière. Il existe une lettre, datée de 1359, dans laquelle le duc promet aux marchands italiens de ne donner aucune autorisation à quelque Juif que ce soit de résider à Goes pendant l'espace de quatre ans. En 1361 on mentionne un Juif de Geertruidenberg, non loin de Goes.
En 1477, par le mariage de Marie de Bourgogne avec l'archiduc Maximilien, fils de l'empereur Frédéric IV, les Pays-Bas furent réunis à l'Autriche et leurs possessions passèrent à la couronne d'Espagne. Au seizième siècle, en raison des cruelles persécutions de Charles-Quint et de Philippe II d'Espagne, les Pays-Bas furent engagés dans une série de luttes désespérées et héroïques. Charles-Quint avait, en 1522, publié une proclamation contre les chrétiens soupçonnés d'être laxistes en matière de foi et contre les Juifs qui n'avaient pas été baptisés dans le Gueldre et à Utrecht ; il répéta ces édits en 1545 et 1549. En 1571 le duc d'Albe notifia aux autorités d'Arnhem que tous les Juifs vivant là devaient être saisis et retenus jusqu'à décision sur leur sort. À Wageningen, en 1572, il y avait trois familles juives qui furent expulsées à l'occasion d'une indulgence papale. En 1581, cependant, la mémorable déclaration d'indépendance publiée par les députés des Provinces-Unies déposa Philippe de sa souveraineté ; la paix religieuse fut garantie par l'article 13 de l'« Unie van Utrecht ». Par conséquent, les Juifs persécutés d'Espagne et du Portugal se tournèrent vers la Hollande comme lieu de refuge.
En 1593 des Maranos arrivèrent à Amsterdam après s'être vus refuser l'admission à Middelburg et Haarlem. Ces Juifs étaient d'importants marchands et des personnes de grande habileté. Ils travaillèrent assidûment en Hollande, en faveur du peuple, et contribuèrent matériellement à la prospérité du pays. Ils devinrent des partisans obstinés de la maison d'Orange et furent en retour protégés par le stathouder.
À cette époque le commerce de Hollande augmentait ; une période de développement était arrivée, particulièrement pour Amsterdam, vers laquelle les Juifs avaient apporté leurs marchandises et d'où ils entretenaient leurs relations avec les pays étrangers. Ainsi ils entretenaient des connexions avec le Levant (Jani9on, “ Etat Present,” i. 445 ; Lusac, “ Hollands Rijkdom,” i. 340) et avec le Maroc. L'empereur du Maroc avait un ambassadeur à La Haye nommé Samuel Palache (1591-1626), par la médiation duquel, en 1620, un arrangement commercial fut conclu avec les États barbaresques.
En particulier, les relations entre les Hollandais et l'Amérique du Sud furent établies par des Juifs ; ils contribuèrent à la fondation de la Dutch West Indies Company en 1621, dont quelques-uns furent membres du directoire.
Les ambitieux projets des Hollandais pour la conquête du Brésil furent exécutés par l'intermédiaire de Francisco Hibiero, un capitaine portugais, qui aurait eu des relations juives en Hollande. Quelques années plus tard, les Hollandais au Brésil firent appel à la Hollande pour des artisans de toutes sortes ; de nombreux Juifs allèrent au Brésil ; environ 600 Juifs quittèrent Amsterdam en 1642, accompagnés de deux érudits distingués — Isaac Aboab da Fonseca et Moses Raphael de Aguilar. Dans la lutte entre la Hollande et le Portugal pour la possession du Brésil, les Hollandais furent soutenus par les Juifs.
Avec divers pays d'Europe également les Juifs d'Amsterdam établirent des relations commerciales. Dans une lettre datée du 25 novembre 1622, le roi Christian IV de Danemark invite les Juifs d'Amsterdam à s'établir à Glückstadt, où, entre autres privilèges, l'exercice libre de leur culte leur serait assuré.
Moses Curiel fut le représentant à Amsterdam du roi du Portugal, Jean IV ; son frère exerça une fonction analogue à Hambourg. En cinquante ans, plus de 400 familles juives vécurent à Amsterdam dans 300 maisons différentes. Un quartier juif existait à Amsterdam, bien qu'il ne fût pas un ghetto du genre de ceux de Frankfort-sur-le-Main ou de Rome.
À la paix de Munster, 1648, il fut stipulé que les habitants des États de Hollande, et ceux d'Espagne et du Portugal, pourraient résider et commercer dans ces pays, sur mer et sur terre, sous la protection de la loi.
La question se posa de savoir si les Juifs y étaient également compris. Le ministre espagnol déclara en 1650 que les Juifs ne pouvaient gérer leurs affaires en Espagne que par l'intermédiaire d'un avocat. En 1652 les États répétèrent leur demande que les Juifs fussent admis en Espagne, mais le roi d'Espagne refusa. En 1657 une déclaration fut émise selon laquelle les Juifs étaient sujets des États de Hollande ; le roi d'Espagne, cependant, persista dans son refus, et les Français reprochèrent au ministre hollandais l'indulgence montrée envers les Juifs. Au même moment Cromwell désirait attirer des Juifs en Angleterre ; des négociations à cet effet furent conduites par Manasseh ben Israel et l'ambassadeur anglais, et en 1656 la question prit une tournure pratique.
Outre les marchands, un grand nombre de médecins figuraient parmi les Juifs espagnols d'Amsterdam : Samuel Abravanel, David Nieto, Elijah Montalto, et la famille Bueno ; Joseph Bueno fut consulté lors de la maladie du prince Maurice (avril 1623). Bien qu'excellents praticiens, ils firent peu pour promouvoir la science médicale. Uriel Acosta et Spinoza furent des exceptions dans la sphère intellectuelle ; leurs contemporains chrétiens faisaient appel à eux avec empressement pour la connaissance de la langue hébraïque. Josephus Justus Scaliger ("Epistols," p. 594) raconte qu'un Juif fut son maître en littérature talmudique. Vossius obtint Manasseh ben Israel comme maître d'hébreu pour son fils Dionysius. Leusden publia une édition de la Bible avec une approbation des rabbins d'Amsterdam ; et Surenlhius traduisit une partie du Talmud avec leur aide (1698-1703). L'attrait de leurs traits pour Rembrandt, qui vécut dans leur quartier (Joden Bolestraat 6), est connu. Vondel semble avoir été, dans quelques-unes de ses pièces, influencé par leur façon de parler (Busken Nuet, "Land van Rembrandt," iii. 4, 14).
Les Juifs furent admis comme étudiants à l'université, où ils étudièrent la médecine comme la seule branche de la science qui leur fût d'un usage pratique, car ils n'étaient pas autorisés à exercer le droit, et le serment qu'ils eussent été obligés de prêter les excluait des chaires. Les Juifs n'étaient pas non plus admis dans les corporations de métiers : une résolution prise par la ville d'Amsterdam en 1632 (les villes étant autonomes) les en excluait. Des exceptions, toutefois, furent faites pour les métiers qui avaient des relations particulières avec leur religion : l'imprimerie, la librairie, la vente de viande, de volaille, d'épicerie et de droguerie. En 1655 un Juif fut, exceptionnellement, autorisé à établir une raffinerie de sucre. C'est à cette époque que les Juifs allemands (Ashkénazes) arrivèrent à Amsterdam, pour la plupart dans une extrême pauvreté. Pour leur histoire voir Amsterdam.
Pendant ce temps des congrégations juives se formèrent dans diverses autres villes. Ainsi des Juifs résidaient à Alkmaar en 1604 ; en 1602 des Juifs portugais avaient obtenu un lieu d'inhumation là. À Rotterdam, des Juifs vivaient dès environ 1618 ; entre 1609 et 1627 plusieurs Juifs de là furent enterrés dans le cimetière d'Amsterdam. En 1609 on mentionne une synagogue portugaise dans la De Bierstraat ; en 1647 une famille nommée De Pinto vint à Rotterdam depuis Anvers, et un hakham nommé David Pardo fut nommé. En 1669 les ornements de la synagogue furent remis à la congrégation ashkénaze. En 1681 un contrat fut conclu par lequel le cimetière fut donné à cette congrégation, qui construisit en 1725 une grande synagogue pour un coût de 30 000 gulden ; elle fut agrandie en 1791. Les noms des principaux rabbins de Rotterdam sont : Judah Salomon (1682) ; Solomon Ezekiel (1725-35 ; son traitement était de 305 gulden) ; Judah Ezekiel, fils du précédent (1738-55) ; Abraham Judah Ezekiel, fils du précédent (1755-79) ; Judah Akiba Eger (1779 ; partit en 1781) ; Levie Hyman Breslau, auteur de "Pene Aryeh" (1781-1807) ; Elijah Casriel, de Leeuwarden (1815-33) ; E. J. Lowenstamm, petit-fils de L. H. Breslau (1834-45) ; Joseph Isaacson (1850-71 ; transféré à Filehne à la suite de dissensions dans la communauté) ; B. Ritter (depuis 1884).
À La Haye (’s Gravenhage) un Juif du nom de Jacob Abenacar Veiga s'établit en 1698, qui enseigna l'hébreu aux enfants ; il fonda la congrégation Honen Dal et fit construire une synagogue (1703). En 1675 un Juif allemand, Alexander Polak, fut admis comme citoyen de La Haye et fut assermenté le 10 déc. de cette année. Il fut l'ancêtre de la famille Polak Daniels, et donna à la congrégation un cimetière en 1697 ; pour son épitaphe voir Veegens, "Mededeelingen," p. 174.
En 1707 une autre congrégation fut fondée, par la famille Pereira — la Beth Jacob, dont David Nunes Torres fut nommé grand rabbin en 1712. Le 9 août 1726, une synagogue semblable à celle des Sépharades d'Amsterdam fut bâtie sur le Princessegracht. Après de nombreux efforts, en 1743 les deux congrégations s'unirent sous le nom Honen Dal. La population juive de La Haye est de grande importance, et comprend les familles Teixeira, De Pinto et Suasso. Les grands rabbins de Beth Jacob ont été : David Nunes Torres (1712-27) ; Daniel Cohen Rodrigues (d. 1751) ; Solomon Saruco (1752-84) ; Sadik Cohen Belinfante (1784-86) ; David Leon (1786-1826) ; Jacob Ferares (1842-84) ; A. R. Pereira (a vécu à Amsterdam depuis 1902). Les grands rabbins des Ashkénazes à La Haye ont été : Zalman Lowenstein (1725-28) ; Jacob Sjalom (1735) ; Abarjeh Levie (1735) ; Jehosjoeang Oeben (1738-48) ; Saul Halevie (1748-85) ; Lob Mesrieto (1785-1807) ; Joseph Sofer Lelimans (1808-42) ; B. S. Berenstein (1848-93) ; T. Tal d'Arnhem (1893-98) ; T. Leeuwenstein de Leeuwarden (1898-1903) ; A. van Loen de Groningue (depuis 1903).
À Groningue et en Frise des Juifs vivaient vers 1650, mais de cette dernière province ils semblent s'être retirés vers la Hollande. Les Juifs ne sont plus mentionnés à Groningue de nouveau jusqu'en 1754, lorsqu'une famille (de Mappel, Drenthe, qui donna le peintre Joseph Israels) migra de Mappel, Drenthe, à Groningue, et obtint la permission de construire une synagogue, un cimetière et une mikveh. Les membres de cette famille vécurent à Veendam, Hoogezand et Appingedam, et eurent un commerce florissant avec Emden et d'autres parties de l'Allemagne. En Frise, particulièrement à Leeuwarden, des Juifs vivent depuis 1645 ; le conseil municipal dressa des listes de leurs noms ; en 1670 Jacob de Joode fut autorisé à établir un cimetière dans le Boterhoek. Deux Juifs riches de Dokkum étaient courtiers et commerçaient en produits des Indes orientales.
À Leeuwarden la communauté fut fréquemment chargée par des coreligionnaires de passage venus de Pologne ; à la demande de la communauté, donc, les États de Frise adoptèrent, en 1712, une résolution interdisant aux personnes sans résidence fixe d'y demeurer. Depuis 1735 les personnes suivantes ont été grands rabbins à Leeuwarden : Jacob Emmerik (d. 1735) ; Nahman b. Jacob (1749-69) ; Kusiel b. Judah Lob (1770-92) ; Shabbethai b. Eliezer ; Jehiel Aryeh Lob b. Jacob Moses Lowenstamm (1795-1802) ; Samuel Berenstein (1808-13) ; Abraham b. Isaac Deen (1821) ; Hayyim b. Aryeh Lob Lowenstamm (1822-36) ; B. Dusnus (1841-86) ; L. A. Wagenaar (1886-94 ; alla à Arnhem) ; T. Leeuwenstein (1895-1900 ; partit pour La Haye) ; S. A. Rudelsheim (depuis 1900).
À cette époque les Juifs n'étaient pas autorisés à vivre à Utrecht (voir ci-dessus), mais il existait une riche communauté sépharade à Maarsen. En 1713 ils furent expulsés à cause d'une épidémie ; ils revinrent en 1736. Il existe une synagogue à Amersfoort depuis 1726 ; L. B. Schaap, venu de Maastricht, fut grand rabbin d'Amersfoort de 1848 à 1859. Des Juifs vivent à 's-Hertogenbosch depuis 1767 ; à Haarlem depuis 1764 ; à Dordrecht depuis 1760.
Mais pour revenir à l'histoire générale, en 1672, quand, après un intervalle de vingt-deux ans (1650-72), Guillaume III fut réélu stathouder. De là commença une période de prospérité exceptionnelle pour les Juifs ; car jusque-là, bien que citoyens, ils avaient été opprimés par le clergé qui, comme Koenen le suppose, ressentait leur influence, et qui, en fait, était irrité par la présence d'individus n'appartenant pas à sa foi. À cette époque encore, la partialité juive pour la maison d'Orange déplaisait aux Hollandais. Mais avec Guillaume III beaucoup d'améliorations furent apportées. Le prince loua l'attachement à sa famille montré par ses sujets de foi juive ; il fit l'éloge de leur loyauté dans le commerce, de leur constance religieuse et de leur industrie. Il manifesta clairement ses sentiments, et son influence atteignit même les Juifs dans le Sud des Pays-Bas, où le gouverneur nouvellement nommé, De Villa Hermosa, leur accorda de nombreux privilèges.
Guillaume III employa des Juifs dans ses négociations avec des rois étrangers (voir England), notamment des membres de la famille Belmonte, Moses Machado (qui rendit d'importants services à l'armée en Flandre ; Koenen, “Geschiedenis,” p. 207), Isaac Lopez Suasso (qui prêta deux millions de gulden à William
