Définition dans Jewish Encyclopedia
Migrations juives
MIGRATION
Déplacement d’une région à une autre. Depuis l’Exil, les Juifs ont été contraints d’errer de pays en pays, et une histoire complète de leurs migrations se confondrait presque avec l’histoire complète de ce peuple.
Au premier siècle, si l’on considère l’ensemble de l’extension de la Diaspora, le centre de la population juive se trouvait probablement aux environs de Tarse. Au douzième siècle, il s’était déplacé vers le voisinage de Troyes en raison de la migration des Juifs vers Rome, l’Espagne, la Gaule, l’Angleterre et l’Allemagne. Vers le milieu du seizième siècle, du fait des expulsions et des migrations depuis l’Europe occidentale, le centre de la population juive s’était déplacé vers la Pologne. Il est impossible ici d’entrer en détail sur ces mouvements, mais la déportation des Juifs en Babylonie aux temps bibliques, d’où ils se répandirent en Perse et, selon des conjectures, jusqu’en Caucasie, en est un exemple typique. L’expulsion d’Angleterre enleva 16 000 Juifs; celle d’Espagne aurait dispersé plus de 300 000 personnes dans les pays riverains de la Méditerranée. L’histoire médiévale des Juifs d’Allemagne consiste presque entièrement en déplacements massifs de communautés d’une ville à l’autre. Malheureusement, dans peu de ces cas des détails chiffrés sont disponibles. Ce n’est que ré-
Migration
Mihaileni
THE JEAVISH ENCYCLOPEDIA
cemment que de nouvelles conditions ont permis d’établir quelque estimation des nombres de Juifs contraints par la migration à quitter leurs pays natals.
De nos jours, un nouveau type de migration s’est produit, dû pour partie à des causes économiques et pour partie à la persécution, et que l’on peut suivre avec quelque détail pour le dernier quart de siècle. Les principaux pays d’émigration ont été la Russie, la Galicie et la Roumanie; les principaux pays d’immigration, l’Angleterre et les États-Unis. J.
L’émigration des Juifs de Russie augmenta remarquablement dans les années soixante-dix et se répandit dans les années quatre-vingt du dix-neuvième siècle. Que jusque-là le mouvement d’émigration fût faible est attesté par le fait que, entre les années 1821-70, seulement 7, .ISO émigrants juifs de Russie et de Pologne russe prirent la route des États-Unis, alors le point d’arrivée le plus important, et, dans la décennie 1871-80, pas moins de 41,057 vinrent de la seule Russie.
La cause directe qui mena à l’accroissement notable de l’émigration se trouve dans les émeutes antijuives du début des années quatre-vingt. Affolée par la peur après ces émeutes, la population juive, y compris plus d’un professionnel, forma de véritables compagnies d’émigrants. Celles-ci se rendirent en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Angleterre, en France, aux États-Unis et en Palestine. Il n’existe pas de chiffres précis permettant d’indiquer l’ampleur de ce premier mouvement d’émigration. L’émigration de Russie vers les États-Unis, qui s’élevait en moyenne à pas plus de 4, 100 personnes par an même durant la décennie 1871-80, atteignit, dans la décennie 1881-90, une moyenne annuelle de 20,700. Le tableau suivant donne le nombre de Juifs russes qui émigrèrent aux États-Unis pendant les différentes années de cette décennie d’après les chiffres de la United States Immigration Commission et de la United Hebrew Charities, respectivement:
Année.
De Russie.
- a
c a
c p
Année.
De Russie.
D’autres
Pays.
18M
18H2
17,497
0,91)7
1,5,122
16,0(i;3
I7,:i()9
28,944
:il,2.50
31,889
33,147
29,ii.58
27,468
31,;i63
2:1,962
34,303
i4,;iui
188:j
1884:
18S5
i9,011
Cependant, si les émeutes de 1881 furent la cause immédiate de l’accroissement de l’émigration, la véritable cause fut sans conteste la situation économique fort malheureuse de la population juive en Russie, et les émeutes n’en furent que le stimulant. À peine les pionniers installés dans leurs nouveaux foyers, leurs amis et parents les suivirent. Les relations entre la Zone de Résidence et les pays vers lesquels se dirigèrent les émigrants devinrent plus étroites, et, en raison de conditions économiques plus favorables dans ces pays, l’émigration vers ceux-ci augmenta. Les fluctuations d’une année à l’autre pour la période considérée s’expliquent principalement par les fluctuations de la prospérité commerciale de ces terres.
Les nouvelles mesures répressives inaugurées par le gouvernement russe au début des années quatre-vingt-dix entraînèrent une nouvelle augmentation de l’émigration juive. En 1891 et 1892 eut lieu l’expulsion administrative des Juifs de Moscou et une expulsion similaire des villages et hameaux en dehors de la Zone de Résidence. On estime que plus de 400 000 personnes furent ainsi expulsées. Cette masse se précipita vers les villes et bourgs déjà surpeuplés de la Zone, et, naturellement, n’y trouva pas de place. En conséquence, ceux qui furent expulsés par l’administration émigrèrent eux-mêmes ou chassèrent d’autres habitants de la Zone, lesquels durent à leur tour émigrer. Le nombre moyen d’immigrants juifs vers les États-Unis, dont la très grande majorité venait de Russie, fut, dans les années quatre-vingt-dix, plus du double de celui de la décennie précédente. Pour les années prises isolément, l’immigration fut la suivante:
Année.
De Russie.
D’autres
Pays.
Année.
De Russie.
D’autres
Pays.
42.14.5
76,417
a5,626
36.72.5
33,232
69,139
60,325
32,943
22,108
32,077
4.5,137
22,7.50
27,221
24,275
37,011
28,118
20.684
27,409
1893. .
190U
En Russie, l’émigration eut lieu de toute la Zone de Résidence et de Pologne, mais les effectifs les plus importants vinrent des gouvernements les plus proches de la frontière, tels que Volhynie, Podolie, Kiev, Grodno, Kovno, Suwalki, etc.
BIBLIOGRAPHIE : VonMiod; G. M. Price, Russ/tij/e I’evrei v Atnerikyc, St. Petersburg, 189:i ; Alien Immiorntion, Reports to the Board of Trade, London, 1S9;L
E. c. L. Wy.
Des statistiques sur l’émigration des Juifs d’Autriche et de Roumanie sont accessibles pour la décennie 1890-1900. Elles s’obtiennent en soustrayant la population juive du début de la période de celle de la fin du siècle. L’augmentation de la population juive d’Autriche durant cette période fut de 81,594, mais l’excédent des naissances sur les décès fut de 186,352, ce qui montre que 104,758 personnes avaient émigré d’Autriche. La majorité d’entre elles partirent de Galicie; et par le même procédé on montre que 108,949 Juifs quittèrent cette province, certains allant vers d’autres parties de l’Autriche (« Oesterreichische Statistik », Ixvi., pp. xxxii.-xxxiii., Vienna, 1902).
Si l’on applique la même méthode à la Roumanie, d’après des données fournies par J. Jacobs dans « The Jewish Chronicle », 21 août 1885, et par W. Rambus dans le « Oesterreichische Wochenschrift » de Bloch, 1902, p. 678, il apparaît qu’entre 1877 et 1894 la population juive augmenta de 26,919, tandis que l’excédent des naissances sur les décès pour cette période atteignit 69,193, ce qui montre que, durant ces dix-sept années, 42,274 Juifs roumains avaient émigré. Ce nombre a dû s’accroître considérablement au cours de la dernière décennie, durant laquelle la persécution en Roumanie a été plus sévère.
En ce qui concerne les pays vers lesquels ces émigrants de Russie, de Galicie et de Roumanie se dirigent,
Migration
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il faut se rappeler que la plupart des pays du continent appliquent rigoureusement les restrictions interdisant aux Juifs d’Europe orientale de s’établir sur leur territoire; néanmoins, en dépit de ces restrictions, on a estimé que près de 30 000 se sont établis en Allemagne depuis 1875 (« Ha-Maggid », 1903, n° 19). Il n’y a eu, en pratique, que deux asiles pour les Juifs de ce nouvel Exode, la Grande-Bretagne et les États-Unis, bien que des effectifs se soient dirigés vers l’Afrique du Sud; mais, pendant la guerre des Boers, l’émigration vers l’Afrique du Sud cessa en raison des limitations imposées par le Parlement du Cap à l’encontre de l’immigration. Il reste encore incertain à l’heure actuelle si la nouvelle loi arrêtera effectivement la migration des Juifs vers l’Afrique du Sud. Quelques émigrants ont été transportés par la Jewish Colonization Association vers la République Argentine (voir Aokiculturau Coi.oNtES).
Pour ce qui est de l’immigration en Angleterre, il est difficile d’en déterminer le nombre, car aucune statistique religieuse n’y est tenue.
Angleterre et États-
Unis. Une estimation prudente (« Jewish Chronicle », 7 févr. 1902) évaluait le nombre de Juifs étrangers à Londres à 55 000, dont les cinq septièmes étaient des Polonais russes. L’immigration juive totale durant les vingt dernières années n’a probablement pas dépassé 100 000 pour l’ensemble des îles Britanniques, dont
80 000 vinrent directement de Russie.
Pour les États-Unis, on peut donner des détails plus complets, des registres ayant été tenus aux principaux ports d’entrée — New York, Philadelphie et Baltimore — depuis la grande émigration de 1881. Entre cette année et 1884, 74,310 Juifs furent enregistrés comme étant arrivés aux États-Unis, bien que les détails concernant leur provenance n’existent plus. De 1884 à octobre 1903, la United Hebrew Charities a noté les nationalités de tous les immigrants juifs débarquant à Castle Garden et à Ellis Island, et fournit les chiffres suivants:
Nationalité.
Total.
o) 6
V ts.
Qm
Nationalité.
Total.
Pourcent-
age.
158,609
65.36
.08
Autrichiens
25.49
Suédois
.06
Roumains . .
36,099
5.80
Français
.05
15,469
2.48
.04
Anglais
Turcs
2,273
1,534
.36
.24
Total
1)22,124
Outre ceux-ci, jusqu’en 1903, il en est venu à Philadelphie 50,264 et à Baltimore 28,487, ce qui porte le total général à 775,181 immigrants juifs effectivement comptés depuis 1881; on peut conjecturer que plus de 500 000 étaient des Russes, 180 000 des Autrichiens et 50 000 des Roumains.
Dans l’ensemble, durant le quart de siècle 1881-1904, il y a probablement eu une migration de Juifs s’approchant du million d’âmes, dont, pour autant que l’imperfection des archives permette d’estimer, environ 850 000 sont allés en Amérique, 100 000 en Angleterre, 30 000 en Allemagne, et 20 000 se sont dispersés dans le reste de l’Europe. De ceux-ci, 200 000 venaient de Galicie, 100 000 de Roumanie, et les 700 000 restants de Russie. Indépendamment de ces grands courants migratoires, il existe un flux et reflux naturels de jeunes gens cherchant fortune dans la plupart des communautés européennes et dans presque toutes les parties du globe. Leurs nombres sont relativement plus élevés, en proportion, que ceux du reste de la population, en raison de leurs relations internationales; mais, dans les communautés plus stables comme celles de Hollande, de France, d’Angleterre et des États-Unis, où il n’y a pas de persécution active, il y a peu de tendance à l’émigration.
Parmi les conséquences de la migration, dont il faudra tenir compte dans toutes les enquêtes statistiques, figurent l’âge et le sexe des migrants. On a estimé qu’en Russie les personnes âgées de 14 à 45 ans forment 45 pour cent de la population juive, alors qu’elles constituent 70 pour cent de celles qui émigrent vers l’Amérique. De même, tandis qu’on compte 95 Juifs pour 100 Juives en Russie, on dit qu’il y a 134 Juifs pour 100 Juives parmi les émigrants (« Ha-Zefirah », 1903, n° 62). Ceci est confirmé par les relevés de la United Hebrew Charities à New York entre 1884 et 1902, qui montrent que les immigrants se composaient de 222,202 hommes, 155,000 femmes et 197,351 enfants.
Cela tend à rendre très bas le taux de mortalité de toute population composée de réfugiés juifs russes, du fait que tant d’entre eux sont âgés de 14 à 45 ans, et, en même temps, à élever très haut le taux de nuptialité, car tant d’immigrants juifs ont entre 20 et 30 ans, âge privilégié pour le mariage; mais il faut garder à l’esprit que l’on compte trois hommes pour deux femmes dans le courant migratoire.
s. J.
