Définition dans Jewish Encyclopedia

Parabole

PARABLE

(hébreu, grec, wapapuh'/) : Une courte allégorie religieuse. Que la désignation hébraïque pour « parabole » soit « mashal » (comp. le commentaire de David Kimhi sur II Sam. xii. 1-4 et sur Isaïe V. 1-6) est confirmé par le fait que dans le Nouveau Testament le syriaque « matla », correspondant à l'hébreu « mashal », est employé (Matt. xiii. 18, 31, 33; xxi. 45; Marc iv. 2; Luc v. 36, vi. 39). Il faut noter, cependant, que « mashal » sert aussi à désigner d'autres formes en rhétorique, telles que la fable et l'apophtegme.

L'Ancien Testament contient seulement cinq paraboles correspondant à la définition donnée ici, à part quelques récits symboliques, tels qu'Ézéchiel iii. 24-26, iv. 1-4, et xxiv. 3-5. Ces paraboles bibliques sont les suivantes : (1) Celle du pauvre qui avait élevé un seul agneau qu'un voisin riche prit pour le présenter à un invité (II Sam. xii. 1-4) ; destinée à illustrer le péché que David avait commis avec Bath-Shéba, femme d'Ouria. (2) Celle de la femme sage de Tékoa, qui poussa David à faire la paix avec son fils Absalom (ib. xiv. 6-8). (3) Celle du disciple du prophète, montrant à Achab la mauvaise conduite qu'il avait adoptée envers Ben-Hadad (I Rois xx. 39-40). (4) Celle de la vigne qui ne prospère pas malgré les soins qu'on lui prodigue (Isaïe v. 1-6), illustrant la dégénérescence d'Israël. (5) Celle du laboureur qui ne laboure pas continuellement, mais prépare le champ et sème sa semence, arrangeant tout son travail dans l'ordre dû (Isaïe xxviii. 24-28); destinée à montrer l'activité méthodique d'Elohîm. Toutes ces paraboles reposaient sur des conditions familières à l'époque ; et même l'événement décrit en II Sam. xiv. 6-8 n'était probablement pas rare, vu la coutume alors en vigueur de venger les effusions de sang.

Un grand nombre de paraboles se trouvent dans la littérature post-biblique, dans le Talmud et le Midrash. Les auteurs talmudiques croyaient à l'importance pédagogique de la parabole, et la considéraient comme un moyen précieux pour déterminer le véritable sens de la Loi et pour en atteindre une compréhension correcte (Cant. R. i. 8). Johanan b. Zakkai aurait étudié les paraboles et les fables parallèlement au Mikra, à la Michna, à la Halakha, à la Haggada, etc. (B. B. 134a; Suk. 28a), et R. Méir avait l'habitude de diviser ses discours publics en halakha, haggada et paraboles (Sanh. 38b). Dans le Talmud et la littérature midrashique presque toute idée religieuse, maxime morale ou exigence éthique est accompagnée d'une parabole qui l'illustre. Parmi les principes religieux et moraux ainsi expliqués on peut citer : l'existence d'Elohîm (Gen. R. xxxiv. 1); Sa manière de rétribution, et de punir les péchés aussi bien dans ce monde que dans l'autre (‘Ab. Zarah 4a; Yalk., Lev. 464; Shab. 152a); Sa gouvernance fidèle (‘Ab. Zarah 55a; Sanh. 108a); Son impatience envers l'injustice (Suk. 30a); Sa paternelle indulgence (Ex. R. xlvi. 6), et Sa relation envers Israël (ib. xlvi. 4; Ber. 32a); les souffrances d'Israël (Ber. 13a); la folie de l'idolâtrie (‘Ab. Zarah 54b-55a); la Loi comme gardienne et protectrice fidèle dans la vie (Sotah 21a); le péché de meurtre (Mek., Yitro, 8 [éd. Weiss, p. 78a]); la résurrection (Sanh. 91a); la valeur de la bienfaisance (B. B. 10a); l'utilité d'un juste pour ses contemporains (Meg. 15a); l'échec de la popularité comme preuve de valeur intrinsèque (Sotah 40a); la tendance pernicieuse de l'absence d'inquiétude (Ber. 32a); les limites de la connaissance et de la compréhension humaines (Sanh. 39a); l'avantage qui résulte fréquemment de ce qui paraît être du mal (Niddah 31a); la conversion (Shab. 153a); la pureté de l'âme et sa récompense (ib. 152b).

Bien que les haggadistes aient pris le matériel de leurs paraboles dans les conditions de la vie que leurs auditeurs connaissaient, ils sélectionnaient cependant des détails auxquels des allusions bibliques pouvaient être appliquées; puisque dans certains cas l'idée sous-jacente à la parabole était déjà bien connue de leurs auditeurs. Ainsi, des paraboles traitant de rois étaient fréquemment choisies pour illustrer la relation d'Elohîm envers le monde en général et envers Israël en particulier, comme dans Num. R. ii. 24, puisque l'idée du roi-Dieu avait été rendue familière au peuple par la Bible (Ps. x. 16; Sophonie iii. 16; Zacharie xiv. 16-17; Malachie i. 14). Israël est l'aîné du Seigneur (Ex. iv. 22; Deut. xiv. 1); il existe donc de nombreuses paraboles d'un roi qui avait un fils qui lui était très cher (Ber. 13a; Deut. R. iii. 12; Ex. R. xix. 8), lesquelles illustrent la relation d'Elohîm à Israël. Cette relation est aussi fréquemment illustrée par la parabole d'un roi qui possédait une vigne où il planta de belles vignes (par ex., Num. R. xv. 18, et dans Tanhuma dans la plupart des sections hebdomadaires), en raison de la comparaison d'Israël à la vigne d'Elohîm (Isaïe v. 1-7), et à la noble vigne qu'Il planta (Jér. ii. 21). De même la fuite du prophète Jonas loin d'Elohîm est illustrée par la parabole du serviteur qui s'enfuit de son maître (Mek., Bo, i. [éd. Weiss, ib.]), puisque l'idée qu'un prophète est un serviteur d'Elohîm était familière au peuple d'après Isaïe xx. 3, 1. 10.

On peut citer les paraboles talmudiques suivantes pour montrer la manière dont les rédacteurs employaient cette forme d'argumentation :

Un philosophe païen demanda un jour à R. Gamaliel pourquoi Elohîm se met en colère contre les idolâtres et non contre les idoles; R. Gamaliel lui répondit par la parabole suivante : « Un roi avait un fils qui avait élevé un chien qu'il avait nommé d'après son père royal; et chaque fois qu'il devait jurer il disait : ‘ Par la vie du chien, le père. ’ Quand le roi l'apprit, contre qui tourna sa colère, contre le chien ou contre le fils ? Sûrement seulement contre le fils » (‘Ab. Zarah 54b).

Une fois on demanda à Akiba d'expliquer pourquoi des personnes frappées par la maladie revenaient parfois guéries d'un pèlerinage au sanctuaire d'une idole, bien que celle-ci fût assurément impuissante. Sa réponse fut la parabole suivante : « Il y avait dans une ville un homme qui jouissait de la confiance de tous ses concitoyens à tel point que sans témoins on lui confiait des dépôts, à l'exception d'un homme dans la ville qui faisait toujours ses dépôts devant un témoin. Un jour cependant cet homme méfiant oublia sa précaution, et remit au autre un dépôt sans témoin. La femme de l'homme digne de confiance tenta de l'inciter à nier avoir reçu un dépôt de la part de l'homme méfiant, comme punition de sa suspicion; mais le mari dit : ‘Dois-je nier ma probité parce que ce fou se conduit d'une manière inconvenante ?’ Ainsi en est-il des souffrances infligées par le Ciel à l'homme, qui ont un jour et une heure fixés pour leur fin. S'il arrive qu'un homme aille ce jour-là au sanctuaire de l'idole, les souffrances hésitent à le quitter, mais elles disent : ‘Ne devons-nous pas tenir notre obligation et quitter ce fou, bien qu'il se soit conduit follement ?’ » (ib. 55a).

Empereur Antonin demanda à un rabbin comment il pouvait y avoir punition dans la vie future, car, puisque le corps et l'âme après leur séparation n'avaient pu commettre de péché, ils pourraient se rejeter l'un sur l'autre la faute des péchés commis sur terre, et le rabbin lui répondit par la parabole suivante : « Un certain roi avait un beau jardin où croissaient d'excellents fruits; et il y établit deux gardiens, l'un aveugle et l'autre boiteux. Le boiteux dit à l'aveugle : ‘Je vois d'exquis fruits dans le jardin. Porte-moi là afin que j'en cueille, et nous en mangerons ensemble.’ L'aveugle consentit et tous deux mangèrent du fruit. Après quelques jours le maître du jardin vint et interrogea les gardiens au sujet du fruit. Alors le boiteux dit : ‘Comme je n'ai pas de jambes, je n'ai pu aller le prendre’; et l'aveugle dit : ‘Je n'ai même pas pu le voir.’ Que fit le maître du jardin ? Il fit porter le boiteux par l'aveugle, et ainsi rendit son jugement sur eux deux. Ainsi Elohîm replacera les âmes dans leurs corps, et punira les deux ensemble pour leurs péchés » (Sanh. Ola, b). La Fontaine, dans ses « Fables », attribue cette parabole à Confucius.

Johanan b. Zakkai illustre la nécessité de la conversion quotidienne et de la constante préparation à comparaître devant Elohîm au ciel par la parabole suivante : « Un roi invita ses serviteurs à un banquet sans préciser l'heure exacte à laquelle il aurait lieu. Ceux qui étaient sages se rappelèrent que tout est toujours prêt dans le palais d'un roi, et ils s'habillèrent et s'assirent près de la porte du palais attendant l'appel; tandis que les insensés continuaient leurs occupations habituelles, disant : ‘Un banquet exige de grandes préparations.’ Quand le roi appela soudainement ses serviteurs au banquet, ceux qui étaient sages apparurent en vêtements propres et bien ornés, tandis que les insensés vinrent en habits sales et ordinaires. Le roi prit plaisir à voir les sages, mais fut plein de colère contre les insensés, disant que ceux qui étaient venus préparés au banquet devaient s'asseoir, manger et boire, tandis que ceux qui ne s'étaient pas correctement préparés devaient se tenir debout et regarder » (Shab. 133a). Des paraboles similaires exprimant la même pensée se trouvent dans le Nouveau Testament (Matt. xxii. 10-12, xxv. 1-12; Luc xii. 36), mais la fable talmudique montre une élaboration plus fine et plus frappante.

Une autre parabole peut être citée du Talmud palestinien, qui se retrouve également dans le Nouveau Testament. Quand le fils de R. Hiyya, R. Abin, mourut à l'âge précoce de vingt-huit ans, R. Zera prononça l'oraison funèbre, qu'il présenta sous la forme de la parabole suivante : « Un roi avait une vigne pour laquelle il engagea de nombreux ouvriers, dont l'un était particulièrement apte et habile. Que fit le roi ? Il prit cet ouvrier de son travail, et se promena à travers le jardin en conversant avec lui. Quand les ouvriers vinrent toucher leur salaire le soir, l'ouvrier habile se présenta aussi parmi eux et reçut du roi une journée pleine de salaire. Les autres ouvriers furent en colère et dirent : ‘Nous avons travaillé toute la journée, tandis que cet homme n'a travaillé que deux heures; pourquoi le roi lui donne-t-il le plein salaire, comme à nous ?’ Le roi leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous en colère ? Par son habileté il a fait en deux heures plus que vous n'avez fait toute la journée.’ Ainsi en est-il de R. Abin b. Hiyya. En vingt-huit ans de vie il a appris plus que d'autres n'apprennent en cent ans. Ainsi il a accompli son œuvre de vie et a le droit d'être appelé au paradis plus tôt que d'autres pour son œuvre sur terre; et il ne lui manquera rien de sa récompense » (Yer. Ber. ii. 5c). Dans Matt. xx. 1-16 cette parabole vise à illustrer la doctrine selon laquelle les païens qui ont accepté le christianisme ont des droits égaux avec les Juifs dans le royaume des cieux. D'autres paraboles intéressantes du Talmud se trouvent dans Kid. 2b; Niddah 31b; B. K. 60b; B. B. 10a; Ber. 7b, 9b; Yoma 38b-39a; Suk. 29a; Meg. 14a; M. K. 21b; Hag. 12b; Ta'an. 5b-6a; Sanh. 96a.

Les paraboles apparaissent encore plus fréquemment dans le Midrash que dans le Talmud, une ou plusieurs paraboles se trouvant dans presque chaque section du Midrash Rabbah ainsi que dans Tanhuma. Il n'est pas nécessaire d'en citer ici, puisque elles sont utilisées de la même manière que dans le Talmud, et les exemples cités plus haut peuvent aussi servir d'échantillons de paraboles midrashiques, d'autant plus que presque toutes celles citées se retrouvent dans le Midrash. Les paraboles du Talmud et du Midrash, reflétant les caractéristiques de la vie de leur époque, sont d'une grande utilité pour l'étude de l'histoire culturelle de cette période; Ziegler a montré, par ex., que les paraboles traitant de rois reflètent les conditions de l'empire romain. La même affirmation tient pour les autres paraboles du Talmud et du Midrash, qui reflètent également leur temps; on peut supposer que les haggadistes qui usaient de la forme de la parabole connaissaient intimement les conditions sur lesquelles ils s'appuyaient pour l'illustration, bien qu'ils aient pu les colorer pour servir leurs desseins.

Les maîtres, philosophes de la religion et prédicateurs de la période post-talmudique eurent aussi recours à la parabole pour illustrer leur pensée, tels Bahya ibn Paquda dans ses Hobot ha-Lebabot (ii. 6, iii. 9), Juda Halevi dans son Cuzari (i. 109), et Léon de Modène (comp. Azulai, Shem ha-Gedolim, s.v.). Au XVIIIe siècle, Jacob Kranz de Dubno (le Maggid de Dubno) fut particulièrement célèbre comme compositeur de paraboles, les introduisant fréquemment dans ses sermons. Ses commentaires homilétiques sur la Torah et sur certains autres livres de l'Ancien Testament contiennent beaucoup de paraboles tirées de la vie et qui servent à illustrer la condition des Juifs de son temps. Voir Maggid.

Bibliographie : Konif, Stylistik. Rhetorik. Pnetik in Bezug auf die hebräische Literatur, 1900, pp. 99-91; M. Zipser, in Orient, Lit. viii. 733 et passim; I. Ziegler, Die Königsgleichnisse des Midrasch beleuchtet durch die Kaiserzeit, Breslau, 1903; Hamburger, R. B. T. ii. 887 et sqq.; P. Fiebig, Gleichnisse und die Gleichnisse Jesu, Tübingen, 1901.

w. B. J. Z. L.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.