Définition dans Jewish Encyclopedia

Nuée

CLOUD

Données bibliques : Les équivalents hébreux pour « cloud » sont : (1) « ‘Anan » (Genèse ix. 13, 14 ; Exode xiii., passim), qui apparaît une fois sous la forme féminine « ‘ananah » (Job iii. 5), et une fois sous la forme araméenne py (Daniel vii. 13). (2) « ‘Ab » est généralement employé dans les livres poétiques au lieu du plus prosaïque « ‘anan » (Job xxxvi. 29 ; xxxvii. 11, 16 ; I Rois xviii. 44 ; Isaïe V. 6, etc.). (3) « Shahak », une forme purement poétique, se rencontrant fréquemment au pluriel, mais seulement deux fois au singulier (Ps. LXXXIX. 7, 38), est utilisé pour « cieux » (Job xxxvii. 15 ; Ps. LXXXIX. 7, 38). Dans Deutéronome xxxiii. 26 ; Isaïe xlv. 8 ; Jérémie li. 9 ; Job xxxv. 5, xxxviii. 37 ; Ps. xxxvi. 5, lvii. 11, cviii. 5, il est employé en parallèle avec « ciel ». (4) « ‘Arafel », un nuage épais, lourd, sombre (Deutéronome iv. 11, v. 22 ; II Chroniques vi. 1 ; Job xxii. 13, xxxviii. 9 ; Isaïe lx. 2). (5) « Nesi’im », rendu « vapeurs » en Jérémie x. 13, li. 16. Ps. CXXXV. 7 semble faire écho à Jérémie x. 13 et li. 16, ayant une phraséologie très semblable. « Nesi’im » apparaît aussi en Proverbes xxv. 14, « nuages et vent et pas de pluie ».

Dans les conditions climatiques particulières de la Palestine les nuages furent un élément important. L’année était divisée en une saison des pluies, d’octobre à mai, et une saison sèche, de mai à octobre. Pendant la saison sans pluie il n’y avait non seulement pas de pluie, mais même aucun nuage n’apparaissait dans les cieux (I Samuel xii. 17, 18), et quand le nuage de pluie paraissait il montait graduellement de l’ouest — c.‑à‑d. de la mer — et alors les cieux s’assombrissaient et un déluge formidable suivait (I Rois xviii. 45). De nombreuses expressions figurées dérivent des qualités des nuages. Ils sont poussés rapidement à travers le ciel ; d’où l’on dit que l’ennemi « montera comme les nuages » (Isaïe xix. 1, lx. 8 ; Jérémie iv. 13). Job se plaint que son bien‑être passe comme le nuage (Job xxx. 15). Ici aussi se trouve l’idée que le nuage ne laisse pas de trace derrière lui. De cette idée provient la phrase d’Isaïe xliv. 22, « J’ai effacé, comme un nuage épais, tes transgressions ». Les nuages de la saison des pluies annoncent la pluie, et symbolisent donc une faveur accordée (Proverbes xvi. 15). Dans la saison sèche le nuage de rosée ranime la végétation asséchée ; la faveur d’Elohîm est donc figurée par la rosée (Osée xiv. 5). La noirceur des nuages présage le malheur (Ézéchiel xxx. 18 ; Lam. ii. 1), et même une malédiction, comme dans Job iii. 5.

Les nuages sont fréquemment figurés comme cachant Elohîm à l’homme et interceptant les supplications de l’homme (Lam. iii. 44 ; Job xxii. 13, 14). En Job xxvi. 8 il y a la figure vigoureuse du nuage utilisé pour lier et contenir les eaux. Comme manifestations directes d’Elohîm, les nuages sont ses chars (Ps. civ. 3 ; Isaïe xix. 1). Lorsque Elohîm apparut sur le mont Sinaï ce fut dans les nuées et le tonnerre et les éclairs. Un nuage couvrit le propitiatoire (Lévitique xvi. 2) dans le Tabernacle, et plus tard il reposa sur le Temple (I Rois viii. 10, 11 ; II Chroniques v. 13, 14). Une colonne de nuée accompagnait l’Arche, montrant la route le jour à travers le désert (Exode xiii., passim). Voir Arc‑en‑ciel.

J. G. B. L.

Dans la littérature rabbinique : L’observation des nuages dans le but de divination (piy) était l’une des méthodes interdites pour prédire l’avenir (Lévitique xix. 26). Néanmoins, la colonne de nuée de l’autel était observée à cette fin dans le Temple le Jour de l’An ou le Jour des Expiations (comparer Yoma 21b ; B. B. 147a), la direction que prenait la colonne de nuée étant pensée indiquer quelle partie du pays serait bénie d’abondance durant l’année (Lev. R. xx. ; comparer la prédiction d’Abraham pour l’année en observant les étoiles la veille du Nouvel An [Livre des Jubilés, xii. 16]). Un nuage stationnaire au‑dessus du sommet du mont Moriah, trahissant la présence de la Shekhinah, était le moyen par lequel Abraham reconnut « le lieu lointain » (Gen. xxii. 4 ; Gen. R. Lvi. ; Tan., Vayera, 46 ; Pirke R. El. xxxi. ; Targ. Yer. au passage). Un nuage au‑dessus de l’entrée de la tente de Sarah indiquait aussi la présence de la Shekhinah (Gen. R. lx.).

Il est raconté de Moïse que, lorsqu’il fut sur le point de monter au ciel, un nuage vint à sa rencontre et, se formant autour de lui, l’emporta (Pesik. R. 20 ; éd. Friedmann, p. 96). Elohîm enveloppa Moïse d’un nuage pour le protéger lorsque les anges du ciel, jaloux de lui, voulurent le précipiter (Ex. R. xii., xlii.). Le nuage de la gloire divine apparut aussi à la mort d’Aaron sur le mont Hor, et le couvrit graduellement jusqu’à ce qu’il disparût aux yeux de Moïse (Yalkut, Mas'e, 787). Moïse fut sanctifié par le nuage afin qu’il pût recevoir la Loi d’Elohîm sur le Sinaï (Ab. R. N. i.). Quand la vie de Moïse touchait à sa fin, le nuage de gloire entoura son successeur Josué à la porte de la tente, et Moïse, se tenant à l’extérieur, sentit que sa direction était transférée à Josué (Jellinek, “B. H,” i. 116). Josèphe (“Ant.” iv. 8, § 48) rapporte de la fin de Moïse qu’après avoir congédié les anciens et être encore en conversation avec Éléazar, le grand prêtre, et Josué, un nuage se tint soudain sur lui et il disparut (comparer le Livre samaritain de Josué, vi.).

Les nuages apportés de la rivière Pishon au paradis portaient les pierres précieuses pour l’éphod et le pectoral du grand prêtre, ainsi que les parfums précieux, l’huile sacrée, le baume pour le candélabre, et l’onguent et l’encens pour le Tabernacle (Targ. Yer. à Ex. xxxv. 27, 28, le mot utilisé dans le passage désignant à la fois « princes » et « nuées »). Les nuées évoquées en Isaïe lx. 8 (« Qui sont ceux qui volent comme un nuage ? ») sont des nuées miraculeuses, portant les justes matin et soir de toutes parts du monde au Temple de Jérusalem, afin qu’ils participent au culte divin (Pesik. R. 1. ; comparer I Thess. iv. 17 ; « Nous qui sommes vivants et subsistons serons tous ensemble enlevés avec eux [les anges] dans les nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs »).

La nuée de la gloire divine qui porte le Fils de l’homme dans la vision messianique (Daniel vii. 13) a donné lieu à l’identification d’Anani, le descendant de David (I Chroniques iii. 24), avec le Messie comme « celui qui viendra des nuées » (voir Targ. et Sanh. 92b ; i2 [r£(St9t)?], « le fils de la nuée » ; d’où Matthieu xxiv. 30, jxtssim).

Des nuées de caractère miraculeux apparurent à R. Hiyya ben Luliani au temps d’une sécheresse, se disant l’une à l’autre : « Viens, apportons la pluie à Ammon et à Moab » (Ta‘an. 25a). Pour la vision des nuées dans l’Apocalypse de Baruch (liii. et sq.), voir Baruk, Apocalypse de.

Concernant l’origine et la nature des nuages, R. Éliézer soutient, en se référant à Genèse ii. 6 et Job xxxvi. 28, que les nuages supérieurs adoucissent l’eau s’élevant de l’océan sous forme de brume, tandis que R. Josué, se référant à Deutéronome xi. 11 et Job xxxvi. 37, dit que les nuages forment un réceptacle à travers lequel l’eau venant d’en haut se verse comme à travers un tamis ; d’où le nom « shehakim » (moulins), car ils « moulent » l’eau en gouttes individuelles de pluie (Gen. R. l.c. ; comparer Bacher, “Die Agada der Tannaiten,” i. 136). Ces vues semblent avoir donné lieu à une autre controverse entre R. Yohanan et R. Simon b. Lakish, le premier se référant à Daniel vii. 13, le second à Ps. CXXXV. 7 (Gen. R. l.c.). Les cinq noms bibliques pour « nuage » sont expliqués : « ‘ab » = le nuage épaississant la haute atmosphère ; « ed » = le nuage apportant, sous forme de pluie, la « calamité » sur les spéculateurs en céréales ; « ‘anan » = le nuage rendant les gens « agréables » les uns envers les autres par la prospérité ; « nesi’im » = le nuage faisant des hommes des « princes », soit en profitant à tous, soit en favorisant quelques‑uns ; « haziz » = le nuage « brillant » causant chez les hommes des « visions » (Gen. R. l.c., et Yer. Ta'an. iii. 66c).

s. s. K.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.