Définition dans Jewish Encyclopedia
Mariage mixte
INTERMARRIAGE
Mariage entre personnes de différentes races ou tribus. Une interdiction d
'épouser les Cananéens se trouve dans Deutéronome vii. 3, où il est dit : « Tu
ne contracteras point d’union avec elles [aucune des sept nations du pays de
Canaan] ; tu ne donneras pas ta fille à son fils, et tu ne prendras pas sa fille
pour ton fils. » La raison invoquée pour cette interdiction est : « Car ils détourneront ton fils de me suivre, afin qu’il serve d’autres dieux » (ih. vii.
4) ; et, dans la mesure où cette raison vaut pour toute alliance avec une nation idolâtre, toutes les nations non juives sont comprises dans l’interdiction (R. Simeon, dans ‘Ah. Zarah 36b : comp. Kid. 68b ; les autres rabbins
regardent l’interdiction comme seulement rabbinique). En tout cas, depuis
Esdras la présente interdiction fut étendue à tous les païens (Esdras ix. 1-3,
x. 10-11 ; Néhémie X. 31), et par conséquent la Loi fut ainsi interprétée et
codifiée par Maiinonides ("Yad," Issure Biah, xii. 1 ; comp. Shulhan ‘Aruk,
Eben ha-‘Ezer, 16, 1 ; Aaron ha Levi, “Sefer ha-Hiunuk,” cxxvii.). Plus ancienne,
évidemment, que la loi deutéronomique, est la loi patriarcale interdisant aux
descendants d’Abraham de contracter des unions avec les Cananéens (Genèse xxiv. 3, xxvi. 34, xxvii. 46, xxviii. 8, xxxiv. 14). Néanmoins les Israélites
durant la période préexilique se marièrent avec les païens, et la conséquence
fut qu’ils furent entraînés à adopter des pratiques idolâtres (Juges iii. 6 ; comp. I Rois xi. 1 sqq.). Il est singulier que Moïse ait été le premier à être critiqué,
et que ce soit par sa propre sœur et son frère, pour avoir épousé une femme
éthiopienne (Nombres xii. 1), bien que cette expression soit rapportée à Zippora par les commentaires ad loc. L’intermariage avec les Ammonites et les
Moabites fut spécialement interdit, tandis que la progéniture issue d’unions
avec les Iduméens et les Égyptiens devait être admise à la congrégation de
YHWH à la troisième génération (Deutéronome xxiii. 4-7, 8-9). Une exception
à l’interdiction biblique d’intermariage était le cas d’une captive pendant le
temps de guerre (Deutéronome xxi. 10-13) ; mais cela semble avoir concerné des
hostilités avec des nations autres que les Cananéens (voir les commentaires
de Dillmann et Driver ad loc.).
Cependant, aussi forte que fût la tendance à l’intermariage dans l’Israël
préexilique, pendant la captivité babylonienne les Juifs prirent conscience
qu’ils devaient être « un peuple saint pour YHWH leur Elohîm » et furent
par conséquent interdits d’épouser des païens ; aussi les princes de la nouvelle
colonie judéenne vinrent-ils trouver Esdras en disant : « Le peuple d’Israël et
les prêtres et les Lévites ne se sont pas séparés du peuple des pays, faisant
selon leurs abominations, même des Cananéens, des Hittites, des Périzzites,
des Jébusites, des Ammonites, des Moabites, des Égyptiens et des Iduméens
[LXX. et I Esd. viii. 68 ; le texte massorétique incor- rectement “Amorites”] ; car
ils ont pris de leurs filles pour eux et pour leurs fils, de sorte que la semence
sainte s’est mêlée avec le peuple de ces pays » (Esdras ix. 1-3). Le prophète
Malachie se plaint aussi (Mal. ii. 11) : « Juda a souillé la sainteté de YHWH qu’il aimait, et il a marié la fille d’un dieu étranger. » C’est la crainte de la
séduction vers l’idolâtrie qui incita Esdras et les autres chefs de la nouvelle
colonie à exclure de la communauté les femmes étrangères et celles qui
insistaient pour être gardées (Esdras ix.-x. ; Néhémie x. 31, xiii. 33).
Un facteur important, toutefois, fut introduit par la suite et modifia
essentiellement l’interdiction d’intermariage : ce fut la conversion des
païens au judaïsme. On croyait que cela était typifié dans Ruth lorsque
celle-ci dit à Naomi : « Ton peuple sera mon peuple, et ton Elohîm mon Elohîm » (Ruth i. 16 ; comp. Ésaïe xiv. 1 ; et voir Prosélyte). Tous les passages
bibliques se rapportant à des intermariages permis, comme celui d’une captive
en temps de guerre (Sifre, Deut. 313 : « Elle pleurera son père et sa mère »
étant expliqué par R. Akibatomean « Elle pleurera sa religion ancestrale » ; Yeb.
48b), ou des Ammonites et Moabites (Sifre, Deut. 349, 353), ou de Joseph (voir
Asenatii), furent donc interprétés par les Rabbins comme ayant été conclus
après une conversion due et formelle au judaïsme ; tandis que l’intermariage
d’Ésaü fut considéré blâmable à cause des pratiques idolâtres de ses épouses
(Gen. R. lxv. ; comp. Jubilés, xxv. 1). En ce qui concerne le roi Salomon voir
Yeb. 76a et Maïmonides, “Yad,” Issure Biah, xiii. 14-16.
Dans le Livre des Jubilés l’intermariage avec tous les païens est interdit,
sans aucune dérogation pour les prosélytes (Jubilés, xx. 4, xxii. 30, xxx. 11 ;
comp. Targ. Y'er. à Lévitique xviii. 31, « Tu ne donneras aucun de tes enfants
pour les faire passer par le feu de Moloch, » qui est rendu « Tu ne donneras
pas un enfant en mariage à un païen par quoi la progéniture est livrée à
l’idolâtrie » — traduction réfutée en Meg. iv. 9, mais comp. Sanh. ix. 6, 83a).
Cette hostilité à toutes les nations païennes semble avoir été le fruit de la
réaction contre les excès hellénistiques (comp. I Maccabées i. 15 : « ils se joignirent aux païens » ; c.-à-d., « ils se marièrent avec eux » ; ‘Ab. Zarah 36b ; Sanh.
83b). De là aussi que les Rabbins n’aient pas permis l’intermariage avec les
Cananéens même après conversion (‘Ab. Zarah 34b ; Yeb. 76a ; comp. “Yad,”
Issure Biah, xii. 33). En ce qui concerne les Ammonites et les Moabites, les
Rabbins firent une discrimination entre les hommes issus d’elles, qui étaient
interdits d’épouser des Juives, et les femmes qui — du moins à partir de la
troisième génération — étaient autorisées à épouser des Juifs (Yeb. viii. 3 ;
“Yad,” loc. cit. xii. 18). Dans l’ensemble, cependant, l’opinion prévalut que
les nations de Palestine n’étant pas demeurées dans l’état ancien, l’exclusion
des païens une fois qu’ils avaient embrassé le judaïsme ne devait plus être
exigée (Yad. iv. 4 ; Tosef., Kid. V. 4 ; Ber. 38a ; “Yad,” loc. cit. xii. 35). Dès lors
le mariage avec des païens convertis n’était plus regardé comme un intermariage (voir Shulhan ‘Aruk, loc. cit. iv. 10, où sont énoncées de légères divergences
d’opinion).
Les mariages entre Juifs et Chrétiens — qui ne sont pas assimilés aux païens,
mais considérés comme des « prosélytes des portes » (Isaac b. Sheshet,
Responsa, no. 119) — furent d’abord prohibés par l’empereur chrétien
Constantin en 339, sous peine de mort ("Codex Theodosianus," xvi. 8, 6 ;
comp. "Codex Justinianus," i. 9, 7), puis par les conciles d’Agde en 506, de
Reims en Gaule en 630, d’Elvira (Gratz, “Gesch.” iv. 363), de Tolède (loc.
cit. v. 359) ; et en Hongrie par le roi Ladislas I en 1077, et André en 1333
(Grätz, loc. cit., 3e éd., iv. 363 ; v. 45, 53, 59 ; vii. 37 ; L. Low, “Gesammelte
Werke,” ii. 176).
La levée des incapacités imposées aux Juifs fit disparaître ces interdictions
d’étaticité. Moïse de Coucy en 1336 incita les Juifs qui avaient contracté des
mariages avec des femmes chrétiennes ou mahométanes à les dissoudre
(“Sefer Mizwot ha-Gadol,” cxii.). Le Grand Sanhédrin, réuni par Napoléon
en 1807, déclara que « les mariages entre Israélites et Chrétiens, lorsqu’ils
sont contractés conformément au code civil, sont valides, et bien qu’ils ne
puissent être solennisés par les rites religieux du judaïsme, ils ne devraient
pas être soumis au herem » (anathème rabbinique). En référence à cette
déclaration du Sanhédrin, qui fut cependant présentée incorrectement, la
Conférence rabbinique de Brunswick, en 1844, déclara : « Le mariage d’un
Juif avec une femme chrétienne ou avec tout adhérent d’une religion
monothéiste n’est pas prohibé si les enfants issus d’une telle union sont
permis par l’État d’être élevés dans la religion israélite. » Holdheim, dans
son "Autonomie der Rabbinen," 1843, tente de prouver que l’interdiction
biblique d’intermariage n’inclut pas les monothéistes ; mais ses affirmations
ne sont pas toujours correctes (voir Frankel, “Zeitschrift,” 1844, p. 287).
Tant Geiger qu’Aub, membres du comité nommé par le premier Synode juif,
tenu à Leipzig en 1869, se déclarèrent contre l’intermariage comme
nuisible à la paix du foyer et à la préservation de la foi juive, foi de la
minorité (« Referate über die der Ersten Synode Gestellten Antrage, » p. 193).
Ludwig Philippson, membre de la Conférence de Brunswick, changea
d’opinion par la suite et dans son "Israelitische Religionslehre," 1865, iii. 350,
se déclara contre l’intermariage. D. Einhorn, dans "The Jewish Times,"
1870, no. 45, p. 11, déclare que les mariages entre Juifs et non-Juifs sont
interdits du point de vue du judaïsme réformé. D’autre part, en contradiction
avec la position d’Einhorn, Samuel Hirsch, mettant en avant la foi
monothéiste des Chrétiens et la mission monothéiste du judaïsme, dans les
nos. 26-37 de "The Jewish Times" et ib. no. 47, défendit son opinion, en tant
qu’ancien membre de la Conférence de Brunswick, selon laquelle les
intermariages sont permis par le judaïsme réformé.
En ce qui concerne les intermariages avec les Karaïtes, voir KARITES ;
avec les shabbétaiotes, voir Shabbetaï Zebi.
Bibliographie : Low, Gesammelte Schriften, 1893, iii. 108-163 ; Mielziner,
The Jewish Law of Marriage and Divorce, pp. 45-52, Cincinnati, 1884.
K.
Il est très difficile d’obtenir des renseignements statistiques sur le nombre
de Juifs qui se marient hors de la foi ; mais certains gouvernements
continentaux ont fait des enquêtes à ce sujet en vue de tester la tendance à
l’assimilation à cet égard.
Statistiques. Pendant l’année 1900 en Prusse il y eut 4 799 Juifs qui marièrent
des Juives, et 474 Juifs et Juives qui se marièrent hors de leur foi ("Zeitschrift für Preussische Statistik," 1902, p. 216). En Bavière pendant l’année
1899, tandis que 416 Juifs épousèrent des Juives, 31 Juifs et Juives se marièrent hors de la foi ("Zeitschrift des Königl. Bayer. Statistischen Bureaus," 1900,
p. 259). Des informations du même genre sont obtenables pour quelques
unes des principales villes, comme pour Berlin, où en 1899 il y eut 621 mariages juifs contre 229 intermariages ("Statistisches Jahrbuch," 1902, p. 61).
De même à Budapest pour 1898 il y eut 1 238 mariages juifs contre 146
intermariages ("Statistikai Évkönyve," 1901, p. 82). À Vienne en 1898 il y eut
110 mariages mixtes contre 847 mariages purement juifs ; tandis qu’à Prague
il n’y en eut que 6 contre 354 ("Österreichisches Städtebuch," viii. 283, Vienne,
1900). Peut-être le cas le plus remarquable est-il celui de la Nouvelle-Galles
du Sud, qui, selon le dernier recensement, donne le nombre de personnes
vivant en état de mariage, et non seulement le nombre de mariages en une
année. Parmi celles-ci il y eut 781 qui avaient épousé des Juifs ou des Juives,
contre 686 qui avaient épousé hors de la foi ("Census of New South Wales
1901, Bulletin No. 14").
Dans tous ces cas il est nécessaire de doubler le nombre des mariages purement juifs pour déterminer la proportion de personnes mariées dans ou hors
de la foi ; car il est évident que si certains de ceux qui se sont mariés hors
avaient épousé quelqu’un qui s’était lui aussi marié hors, cela aurait formé
un seul mariage juif, tandis que, dans les circonstances présentes, ils constituent deux mariages mixtes. Avec cette considération, tous les chiffres ci-dessus se traduisent par 9,3 pour cent de mariages mixtes. Mais cela serait
très trompeur si on l’appliquait à l’ensemble des Juifs, car ceux mentionnés
ci-dessus sont les principales communautés où les intermariages se produisent. En Russie et en Autriche les mariages mixtes sont encore très rares,
comme, par exemple, à Prague (voir ci-dessus).
Dans les pays encore sous des conditions médiévales, les intermariages sont
encore plus rares. En Algérie, entre 1830 et 1837, dans une population moyenne de 25 000, il n’y eut que 30 tels mariages au total (Ricoux, "Démographie de
l’Algérie," p. 71, Paris, 1860).
L’enquête statistique a prouvé que le nombre d’enfants résultant des intermariages est sensiblement inférieur à celui des mariages purement juifs, ne
faisant en moyenne qu’environ un enfant par mariage contre une moyenne
de trois ou quatre pour les mariages purement juifs. Des raisons ont été
données par Rüppin, dans les "Jahrbücher" de Conrad pour 1902, pour montrer que la comparaison est quelque peu trompeuse, car le taux de natalité est
déterminé en divisant les naissances par les mariages ; et comme les mariages mixtes sont en augmentation il y a moins de mariages plus anciens pour
dresser le quotient. Cela, toutefois, n’explique pas le contraste très prononcé,
qui est probablement dû au fait que les personnes qui se marient hors de la
foi se marient à des âges plus avancés que celles qui se marient au sein de
la foi, et appartiennent à des classes sociales quelque peu supérieures parmi
lesquelles les enfants sont généralement moins nombreux. Voir Biktius.
J.
