Définition dans Jewish Encyclopedia

Mahomet

MOHAMMED

Fondateur de l’islam et de l’empire mahométan ; né à La Mecque entre 569 et 571 de l’ère commune ; mort en juin 633 à Médine. Mohammed était un enfant posthume et perdit sa mère lorsqu’il avait six ans. Il fut alors placé sous la tutelle de son grand-père, ‘Abd al-Muttalib, qui, à sa mort deux ans plus tard, confia le garçon aux soins de son fils Abu Talib, l’oncle de Mohammed. Les premières années de la vie de Mohammed se passèrent parmi les Bédouins Hanu Sa‘d du désert, car il était d’usage à La Mecque d’envoyer un enfant hors de chez lui pour être allaité. D’après les récits relatifs à ces premières années, il semblerait que, dès cette époque, il manifestât des symptômes d’épilepsie qui alarmèrent grandement sa nourrice. On a affirmé que le garçon fut un jour emmené, avec une caravane, en voyage vers la Syrie, et qu’il y entra en contact avec des Juifs et des chrétiens. Mais il aurait très aisément pu faire la connaissance des uns et des autres à La Mecque ; cette théorie n’est donc pas nécessaire pour expliquer sa connaissance des croyances juives et chrétiennes. Lorsque Mohammed eut vingt-cinq ans, Abu Talib lui procura l’occasion de voyager avec une caravane au service de Hadijah, riche veuve des Kuraish, qui offrit sa main à Mohammed à son retour de l’expédition. Six enfants furent le fruit de cette union, les quatre filles survivant à leur père. Hadijah, bien qu’elle fût son aînée de quinze ans, fut, aussi longtemps qu’elle vécut, l’amie fidèle et la sympathisante de Mohammed.

‘ G. M. W. M.

L’activité religieuse de Mohammed commença dans la quarantième année de sa vie. La tradition islamique assigne pour commencement à cette nouvelle carrière une illumination soudaine et merveilleuse par Elohîm. Le Coran, toutefois, le document le plus authentique de l’islam, dont les commencements sont probablement contemporains des premiers sermons de Mohammed, parle assez vaguement de cette révélation durant la « nuit fatidique », dans un passage de la période mecquoise tardive, tandis que les passages antérieurs donnent l’impression que Mohammed lui-même avait des idées quelque peu confuses sur les premiers stades de la révélation qui culmina dans ses relations occasionnelles avec Elohîm, par la médiation de divers êtres spirituels. Il n’est guère étonnant que ses compatriotes païens l’aient pris pour un « kahin », c.-à-d. l’un de ces devins arabes qui, se réclamant d’une inspiration supérieure, prononçaient des oracles rimés semblables à ceux que l’on trouve dans les premières sourates. Les recherches historiques montrent toutefois que Mohammed ne doit pas être classé avec ces voyants païens, mais avec une secte de visionnaires monothéistes, dont l’existence probable dans l’Arabie méridionale, sur la frontière entre le judaïsme et le christianisme, nous est connue par le fragment d’une inscription récemment publié dans « W. Z. K. M. » (1896, pp. 285 et suiv.). Ce fragment attribue à Elohîm la qualité d’accorder la « révélation » (?) et les « bonnes nouvelles » (« bashr », c.-à-d. « évangile » ou « don de prédication »), désignant probablement l’illumination visionnaire occasionnelle du croyant. Puisque la même inscription contient d’autres concepts et expressions religieux qui trouvent leurs parallèles dans le Coran, Mohammed peut fort bien être associé à cette tendance religieuse. Le nom de cette secte sud-arabe n’est pas connu ; mais les « Hanifs » de la tradition islamique en faisaient probablement partie, étant un groupe d’ascètes monothéistes qui vivaient selon la « religion d’Abraham » et qui s’élevaient amèrement contre les pratiques immorales du paganisme.

L’islam, dans sa forme la plus ancienne, ne dépassait certainement guère les principes de ces hommes. Mohammed condamne l’idolâtrie en insistant sur l’existence d’un seul Elohîm puissant, qui a créé et qui maintient le ciel et la terre ; mais il condamne plus énergiquement encore les vices nés de l’idolâtrie, à savoir la convoitise, l’avidité et l’injustice envers son prochain ; et il recommande la prière et l’aumône comme moyens de purifier l’esprit et d’être justifié au jugement divin. Cet évangile ne comporte rien qui ne fût contenu dans le judaïsme ou dans le christianisme, ni rien de ce qui constituait la différence fondamentale entre les deux. L’islam, toutefois, n’entreprit pas de combler l’abîme qui les séparait. L’enseignement de Mohammed, au contraire, fut d’abord expressément dirigé contre les seuls païens arabes ; et même dans la période mecquoise tardive, il se réfère à sa concordance avec les doctrines des « hommes de la révélation », c.-à-d. des Juifs et des chrétiens. Rien n’est plus erroné que de supposer que le mot d’ordre de l’islam ultérieur, « Il n’y a pas de Dieu hormis Allah, et Mohammed est Son prophète », ait été caractéristique du tout début du mouvement religieux inauguré par Mohammed : non pas la croyance en des dogmes, mais la reconnaissance d’obligations éthiques, était l’objet de sa mission auprès de ses compatriotes. Cela signifiait que le prophète arabe s’efforçait de gagner dans chaque croyant un allié pour l’aider à faire la guerre aux corruptions de l’époque. L’habileté politique de Mohammed, qui fut une caractéristique marquante de sa période médinoise, apparaît déjà dans l’organisation de la première communauté. Ses membres étaient pour la plupart des Kuraish pauvres mais intellectuellement éminents, tels qu’Ali, Abu Bakr, Zubair, ‘Abd al-Rahman ibn ‘Auf, Sa‘d ibn Abi Wakkas, Othman et d’autres. Comme ils accomplissaient leurs devoirs religieux sous la surveillance personnelle de Mohammed, ils devinrent bientôt si dépendants de lui que leur conscience tribale — l’instinct le plus fort dans la vie sociale des anciens Arabes — fut graduellement supplantée par la conscience d’être musulmans, la communauté se développant ainsi en un petit État dont Mohammed était le chef. Il s’ensuivit donc avec le temps de vifs conflits entre les puissants Mecquois, cheiks des familles dirigeantes, et Mohammed. Pendant des années, ils l’avaient toléré comme un rêveur inoffensif, un devin, un magicien et même comme un possédé de démons ; puis, lorsque sa prédiction relative au jugement imminent d’Elohîm ne se réalisa pas, ils l’avaient raillé ; mais lorsque la communauté grandit — des personnages éminents comme Hamzah prêtant même serment par l’islam — ils devinrent hostiles et commencèrent à le persécuter, lui et ses adhérents, leur action culminant dans l’ostracisme de la famille de Mohammed, les Banu Hashim.

Mohammed

Restreint dans son activité missionnaire, et séparé d’une grande partie des fidèles qui avaient cherché refuge dans l’Abyssinie chrétienne, le prophète perdit courage. Sa prédication, autant que sa nature peut être déduite du Coran, était remplie de références aux persécutions auxquelles les premiers messagers d’Elohîm avaient été soumis, et à leur délivrance finale par Lui ; et elle soulignait la « rahmah » — c.-à-d. la miséricorde montrée aux bons et la longanimité envers les méchants — comme étant le principal attribut d’Elohîm. Diverses discussions dogmatiques et théosophiques y furent ajoutées, parmi lesquelles les premières protestations contre la doctrine chrétienne du fils d’Elohîm. Les enseignements de l’islam, qui n’avaient d’abord été qu’un ensemble de préceptes, se développèrent de plus en plus en un système régulier qui reflétait dans ses principes essentiels le judaïsme tardif.

Lorsque les familles dirigeantes de La Mecque révoquèrent le ban prononcé contre les Banu Hashim, qui avait été maintenu près de trois ans, elles pouvaient fort bien croire que l’importance politique de Mohammed à La Mecque était détruite. Le prophète lui-même perçut, surtout après la mort de son protecteur Abu Talib et de son épouse Hadijah, que sa ville natale n’était pas le lieu convenable pour réaliser ses idées communautaires ; et il chercha une localité mieux adaptée à ses desseins. Après diverses tentatives infructueuses pour trouver des partisans parmi les tribus voisines, il rencontra par hasard, pendant la fête annuelle du temple à La Mecque, six personnes de Yathrib (Médine) ; les habitants arabes de cette ville avaient été en étroit contact avec les idées monothéistes en raison de leur long séjour parmi les tribus juives qui avaient été les premiers maîtres de la cité, ainsi qu’avec plusieurs familles chrétiennes. Ces hommes, apparentés à Mohammed du côté de sa mère, embrassèrent la cause du prophète et furent si actifs parmi leur peuple en sa faveur qu’après deux ans soixante-quinze croyants de Médine se rendirent à La Mecque pendant la fête et proclamèrent dans la prétendue « ‘akabah », ou assemblée de guerre, l’accueil officiel de Mohammed et de ses adhérents de La Mecque dans la communauté de Yathrib. Il s’ensuivit que, peu de temps après, tous les musulmans se transférèrent à Médine ; et le prophète lui-même, le dernier à partir, acheva la première période de l’islam par son départ précipité, comme une fuite (« Hégire » ; sept. 622).

L’entrée de Mohammed à Médine marque le commencement d’un développement extérieur presque continu de l’islam qui, en tant que religion, il est vrai, perdit en profondeur et en contenu moral et se cristallisa en formules dogmatiques, mais qui, en tant qu’entité politique, obtint des succès croissants grâce à l’éminente habileté politique du prophète lui-même. Les habitants arabes de Médine, les tribus d’Aus et de Khazraj, embrassèrent tous la religion du prophète dans les deux années qui suivirent l’Hégire. Des divergences politiques surgirent toutefois entre eux, particulièrement après que Mohammed se fut réservé exclusivement la fonction de juge ; et ces divergences conduisirent à la formation d’un parti modéré d’opposition, les Munafik, ou croyants faibles, qui freinèrent souvent, sans nuire à sa cause, l’impétuosité du prophète. Mais la propagande s’arrêta parmi les nombreux Juifs qui vivaient dans la ville et le pays environnant, qui étaient en partie sous la protection des tribus arabes dirigeantes, les Banu ‘Auf, Al-Harith, Al-Najjar, Sa’idah, Jusham, Al-Aus, Tha'labah, et appartenaient en partie à des tribus juives aussi grandes et puissantes que les Banu Kuraiza, Al-Nadir, Kainuka'. Durant la première année de l’Hégire, Mohammed fut apparemment en bons termes avec eux, ne reconnaissant pas encore que leur religion fût différente de la sienne ; ils furent même inclus dans un traité qu’il conclut avec les habitants de Médine peu après son arrivée parmi eux. Le prophète et ses adhérents empruntèrent à ces Juifs de nombreuses coutumes rituelles, telles que la régularité et le formalisme des prières publiques, le jeûne — qui fut plus tard, suivant l’exemple chrétien, étendu à un mois entier — les plus importantes des lois alimentaires et la « kiblah » (direction vers laquelle on se tourne durant la prière) tournée vers Jérusalem, qui fut ultérieurement changée en kiblah vers La Mecque. Mais plus Mohammed étudiait les Juifs, plus il percevait clairement qu’il y avait des différences inconciliables entre leur religion et la sienne, surtout lorsque la croyance en sa mission prophétique devint le critère d’un vrai musulman.

Les Juifs, de leur côté, ne pouvaient laisser sans contestation la manière dont le Coran s’appropriait les récits et les personnages bibliques ; par exemple, en faisant d’Abraham un Arabe et le fondateur de la Ka‘bah à La Mecque. Le prophète, qui n’avait rien tiré de première main de cette source, considérait toute correction manifeste de son évangile comme une attaque contre sa propre réputation, ne souffrait aucune contradiction et jeta sans hésitation le gant aux Juifs. De nombreux passages du Coran montrent comment il passa graduellement de légères attaques à des invectives malveillantes et à des attaques brutales contre les coutumes et les croyances des Juifs. Lorsqu’ils se justifiaient en se référant à la Bible, Mohammed, qui n’y avait d’abord rien puisé directement, les accusa de cacher intentionnellement son vrai sens ou de la mécomprendre entièrement, et les railla en les qualifiant d’« ânes qui portent des livres » (sourate lxi. 5). L’amertume croissante de ces invectives, qui étaient dirigées de manière analogue contre les chrétiens moins nombreux de Médine, indiquait que Mohammed n’hésiterait pas, le moment venu, à passer aux hostilités effectives. L’éclatement de celles-ci fut différé par le fait que la haine du prophète se tourna plus fortement dans une autre direction, à savoir contre les habitants de La Mecque, dont le refus antérieur de l’islam et l’attitude envers la communauté lui apparurent à Médine comme une insulte personnelle constituant une cause suffisante de guerre. Le Coran, afin d’amener ses adhérents à croire qu’à côté des préceptes humains de la religion en existaient d’autres ordonnant la guerre religieuse (« jihad »), même jusqu’à la destruction de vies humaines, dut incorporer un certain nombre de passages enjoignant avec une insistance croissante aux fidèles de prendre l’épée pour leur foi. Les premiers de ces passages n’énonçaient que le droit à l’action défensive, mais les derniers soulignaient le devoir de prendre l’offensive contre les incroyants — c.-à-d., en premier lieu, les habitants de La Mecque — jusqu’à ce qu’ils acceptassent la nouvelle foi ou fussent anéantis. La politique du prophète, poursuivant constamment un seul objectif et ne reculant devant aucun moyen pour l’atteindre, réalisa bientôt cette nouvelle doctrine.

G. H. G.

Les premières attaques de Mohammed contre les Mecquois furent de nature prédatrice et dirigées contre les caravanes qui, parce que toutes les classes y avaient un intérêt financier, constituaient la vie même de la ville. Les premières expéditions furent d’importance relativement faible ; et la bataille de Badr, dans la deuxième année de l’Hégire, fut la première rencontre réellement considérable. Dans cette bataille, les musulmans remportèrent le succès et tuèrent près de cinquante Kuraish, tout en faisant des prisonniers. Cette bataille eut une importance suprême dans l’histoire de l’islam. Le prophète avait prêché la doctrine selon laquelle la guerre contre les incroyants était un devoir religieux ; et il pouvait maintenant prétendre qu’Elohîm était de son côté. Son pouvoir fut consolidé ; la foi des hésitants fut renforcée ; et ses adversaires furent terrifiés. Le sort était jeté ; l’islam devait être une religion de conquête par l’épée. Après la bataille de Badr, Mohammed osa manifester ouvertement son hostilité envers les Juifs. Une Juive nommée Asma, qui avait écrit des vers satiriques sur la bataille de Badr, fut assassinée, sur ordre de Mohammed, alors qu’elle était couchée avec son enfant au sein. Le meurtrier fut publiquement loué le lendemain par le prophète. Quelques semaines plus tard, Abu ‘Afak, un poète juif dont les vers avaient semblablement offensé, fut également assassiné. On dit que Mohammed avait exprimé le désir d’être délivré de lui. Il s’agissait de cas isolés. Le prophète trouva bientôt un prétexte pour attaquer collectivement les Banu Kainuka', l’une des trois influentes tribus juives de Médine. Ils furent assiégés dans leur forteresse pendant quinze jours et finirent par se rendre. Mohammed ne fut empêché de les mettre tous à mort que par les instances pressantes en leur faveur de Abdallah b. Ubai, l’influent chef de l’opposition, que Mohammed n’osait offenser. Toute la tribu fut au contraire bannie, et ses biens furent confisqués. Le prophète fut ainsi en mesure d’accorder des avantages matériels à ses partisans.

Médine jouit alors de quelques mois de calme relatif, troublé seulement par quelques expéditions de maraude sans importance. La troisième année de l’Hégire fut marquée par l’assassinat d’un troisième poète juif, Ka‘b b. al-Ashraf, qui, par ses vers, avait excité les Kuraish de La Mecque contre Mohammed. Le prophète pria pour être délivré de lui ; et les hommes désireux d’exécuter ses volontés ne manquèrent pas. Les circonstances du meurtre furent particulièrement révoltantes. À peu près à la même époque, un marchand juif nommé Abu Sanina fut assassiné, et les Juifs se plaignirent à Mohammed de pareilles manœuvres perfides. Un nouveau traité fut conclu avec eux, qui toutefois ne calma pas beaucoup leurs craintes. Quelques mois après ces événements (janv. 625) eut lieu la bataille d’Uhud, au cours de laquelle les Mecquois prirent leur revanche pour leur défaite à Badr. Soixante-quatorze musulmans furent tués dans le combat ; Mohammed lui-même fut grièvement blessé ; et le prestige du prophète fut gravement atteint. Les Juifs se réjouirent particulièrement, déclarant que, s’il avait prétendu que Badr était une marque de faveur divine, Uhud devait, selon le même raisonnement, être une preuve de défaveur. Diverses réponses à ces doutes et arguments se trouvent dans le Coran, sourate iii.

Mohammed avait maintenant besoin d’une occasion de recouvrer son prestige et de compenser la déception d’Uhud. Il la trouva l’année suivante dans une attaque contre les Banu al-Nadir, autre tribu juive influente du voisinage de Médine. Un prétexte fut aisément inventé. Mohammed avait visité l’établissement de la tribu afin de discuter le montant du prix du sang à payer pour le meurtre de deux hommes par un allié des Juifs, lorsqu’il quitta soudain l’assemblée et rentra chez lui. Certains disent qu’il déclara que l’ange Gabriel lui avait révélé un complot des Banu al-Nadir pour le tuer alors qu’il était assis parmi eux. Ceux-ci furent immédiatement informés qu’ils devaient quitter les environs. Ils refusèrent d’obéir ; et Mohammed attaqua leur forteresse. Après un siège de plus de quinze jours, et après que leurs palmiers-dattiers eurent été coupés — contrairement aux codes arabes de la guerre — la tribu juive se rendit et fut autorisée à émigrer avec tous ses biens, à condition de laisser ses armes derrière elle (Sprenger, « Das Leben des Mohammad », iii. 162 ; « Allg. Zeit. des Jud. » pp. 68, 92). Les riches terres ainsi laissées vacantes furent distribuées entre les réfugiés qui avaient fui La Mecque avec Mohammed et qui avaient jusqu’alors été plus ou moins une charge pour l’hospitalité des habitants de Médine. Le prophète put ainsi à la fois satisfaire sa haine contre les Juifs et renforcer matériellement sa position.

Dans la cinquième année de l’Hégire, les Banu Kuraiza,
la dernière tribu juive demeurant dans le voisinage
de Médine, furent éliminés. Là encore, la cause directe
de l’attaque était une question de politique. Les Kuraish de
La Mecque, dont les caravanes étaient constamment harcelées par les musulmans et par d’autres tribus mécontentes,
y compris les Juifs, avaient formé le projet d’unir leurs forces contre Mohammed. Le chef de
cette entreprise était l’habile et énergique Abu Sufyan de La Mecque. Les alliés campèrent devant Médine
et s’engagèrent dans ce qui est connu sous le nom de « bataille des
tranchées », ainsi appelée d’après la manière dont Médine était protégée contre l’attaque. Les musulmans réussirent à maintenir les Banu Kuraiza hors du combat
en les rendant, eux et les alliés, mutuellement méfiants,
et les alliés finirent par se retirer sans avoir accompli leur dessein. Les musulmans furent également
déçus de n’avoir obtenu aucun butin, de sorte que Mohammed se sentit appelé à fournir une diversion. Les
alliés étaient à peine partis, les musulmans n’avaient pas
encore déposé les armes, lorsque le prophète prétendit
avoir reçu une communication de Gabriel lui ordonnant de marcher aussitôt contre les Banu Kuraiza.
Ces derniers, qui n’avaient pas le temps de se préparer à un long
siège, se retirèrent dans leurs châteaux et se rendirent après
deux semaines, espérant s’échapper comme leurs parents des
Banu Kainuka' et des Banu al-Nadir l’avaient fait.
Leur sort fut laissé à la décision de Sa'ad b. Mu-
‘adh qui, bien que de la tribu d’Aus, alliée des

Mohammed

Mohilewer

des Kuraiza, éprouvait de l’amertume envers eux à cause
de leur prétendue trahison envers les musulmans. Il
décida que tous les hommes devaient être
Détruit mis à mort, les femmes et les enfants vendus
les Banu comme esclaves, et les biens partagés
Kuraiza. entre l’armée. Le carnage commença
le lendemain matin, et entre 600
et 700 victimes furent décapitées près des tranchées dans
lesquelles elles devaient être ensevelies. Mohammed fait référence au siège de Médine et au massacre des Juifs dans la
sourate xxxiii.

Il n’y avait désormais plus de Juifs dans les environs de
Médine, mais ceux de Khaibar continuaient à importuner
le prophète. Abual-Hukaik des Banu al-Nadir,
qui s’était établi à Khaibar, était soupçonné d’inciter les Bédouins à piller les musulmans. En conséquence, cinq hommes des Banu Khazraj furent envoyés
en secret et l’assassinèrent. U.sair, qui lui succéda comme chef de Khaibar, fut également assassiné sur
ordre de Mohammed. Dans la sixième année de
l’Hégire, Mohammed conclut un traité avec les Kuraish,
à Hudaibiyah, où il s’était rendu avec certains
de ses disciples dans l’intention d’accomplir le pèlerinage à La Mecque. Les Kuraish s’opposèrent à son
entrée dans la ville, et ce traité fut conclu à la place.
Il prévoyait une cessation des hostilités pendant dix
ans. La même année, Mohammed envoya des ambassades
aux souverains des six États environnants,
Attaque les invitant à embrasser l’islam,
des Juifs mais le roi d’Abyssinie fut le seul
à qui de Khaibar. à envoyer une réponse favorable. L’année
suivante, le prophète attaqua les
Juifs de Khaibar afin de récompenser par le riche
butin de ce lieu les disciples qui l’avaient accompagné à Hudaibiyah. Les Juifs furent
vaincus après une courageuse résistance, et leur chef,
Kinanah, fut tué. Mohammed épousa la jeune
femme du chef sur le champ de bataille ; et un très riche
butin tomba entre les mains des musulmans. Quelques
Juifs restèrent encore à Khaibar, mais seulement comme cultivateurs du sol, et à condition de céder la moitié de la
production. Ils y demeurèrent jusqu’à ce qu’Omar bannît tous les
Juifs du pays. Les Juifs de Wadi al-
Kura, de Fadak et de Taima subsistaient encore ; mais
ils se rendirent avant la fin de l’année. Une
tentative contre la vie de Mohammed fut commise à
Khaibar par une femme juive nommée Zainab qui,
pour venger la mort de ses parents masculins au
combat, mit du poison dans un plat qu’elle avait préparé pour le
prophète. L’un des disciples de Mohammed qui prit part à ce repas mourut presque immédiatement après ;
mais le prophète, qui avait mangé plus modérément, en réchappa. Il se plaignit cependant des effets
du poison jusqu’à la fin de sa vie.

Pendant les vingt-cinq années de son union avec
Hadijah, Mohammed n’eut pas d’autre épouse ; mais à peine
deux mois s’étaient écoulés après sa mort (619) lorsqu’il
épousa Sauda, la veuve de Sakran,
Sa qui, avec son mari, était devenue
vie une des premières converties à l’islam et qui
familiale. fut l’une des émigrantes en Abyssinie.

À peu près au même moment, Mohammed
contracta des fiançailles avec ‘A’ishah, la fille de six ans d’Abu Bakr, et l’épousa
peu après son arrivée à Médine. ‘A’ishah était
la seule de ses femmes qui n’avait pas été précédemment

mariée ; et elle demeura sa favorite jusqu’à la
fin. Après sa mort, elle exerça une grande influence
sur les musulmans. Dans sa vie conjugale, comme dans
sa vie religieuse, un changement semble s’être produit chez
Mohammed après son transfert à Médine. Dans l’espace de dix ans, il prit douze ou treize femmes
et eut plusieurs concubines : même les fidèles
furent scandalisés, et le prophète dut recourir
à de prétendues révélations spéciales d’Elohîm pour justifier
sa conduite. Ce fut le cas lorsqu’il souhaita
épouser Zainab, la femme de son fils adoptif Zaid.
Deux de ses femmes étaient juives : l’une était la belle
Bihanah des Banu Kuraiza, qu’il épousa immédiatement après le massacre de son mari
et d’autres parents ; l’autre était Safya, la femme
de Kinanah, que, comme il a été dit plus haut, Mohammed
épousa sur le champ de bataille de Khaibar. Aucune de ces
femmes ne lui donna d’enfants. Mohammed fit construire de petites
huttes pour ses femmes attenantes à la mosquée de Médine,
chaque femme ayant son propre appartement. À sa mort,
il y avait neuf de ces appartements, correspondant
au nombre de ses femmes alors vivantes. La fille de Mohammed, Fatimah, née de Hadijah, épousa
Ali et devint la mère de Hasan et Husain.

Les trois dernières années de la vie de Mohammed furent
marquées par un accroissement constant de sa puissance. Dans la
huitième année de l’Hégire (630), il entra dans la ville
de La Mecque en conquérant, faisant preuve d’une grande indulgence
envers ses anciens ennemis. Cet événement décida de sa
suprématie finale sur l’ensemble de l’Arabie.
D’autres conquêtes étendirent son autorité jusqu’à la frontière syrienne
et aussi loin au sud que Ta'if ; et, dans les années suivantes, des ambassades affluèrent des diverses
parties de la péninsule, apportant la soumission des différentes tribus. La mort de Mohammed survint dans
la onzième année de l’Hégire, après qu’il eut été
malade d’une fièvre pendant plus d’une semaine. Il fut enterré
là où il mourut, dans l’appartement de ‘A’ishah ; et
l’endroit est aujourd’hui un lieu de pèlerinage.

BiBLiOGRAPHIE : Grimme, Mohamtned ; M. Hartmann, dans Allg.

Zeit. lies Juil. Iviii. OtHiS. 79-80, 89-93, 102-104; Ibn Hlsliam,

Das Leheii Mohammeds, éd. Wii.stpnfeld, (lottingen, 18.58;

W. Muir, The Life of Mahomet, Londres, 1877; A. Sprenger,

Das LcJ)eii utid die Lehre des Mohammad, Berlin, 1869.

Voir aussi Islam ; Koran.

G. M. W. M.

Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.