Définition dans Jewish Encyclopedia

Lune

MOON

Données bibliques : Le mot hébreu le plus courant pour la lune est « yareah » dont la racine est probablement apparentée à « arah », de sorte que le sens du terme serait « la vagabonde ». Poétiquement elle est appelée, à cause de sa blancheur, « levanah », un terme qui n’apparaît dans la Bible que trois fois (Cantique des Cantiques vi. 10 ; Isaïe xxiv. 23, xxx. 26). Le mot « hodesh », qui se rencontre également trois fois (1 Samuel xx. 5 et 18 ; 2 Rois iv. 23), désigne, comme l’indique son sens, la nouvelle lune. Dans le récit de la Création la lune est indiquée, sans nom spécial, comme l’un des deux grands luminaires. Par rapport au soleil elle est « la moindre lumière pour gouverner la nuit » ; et elle doit servir avec le soleil pour les signes, les saisons, les jours et les années (Genèse i. 14, 16). Au psaume civ. 19 il est dit expressément que la lune fut créée afin d’indiquer les saisons. Sa course, comme celle du soleil, fut arrêtée par la volonté divine (Josué x. 13).
Comme les autres astres, la lune était supposée exercer une influence sur l’univers. Son influence néfaste sur l’homme est évoquée en Psaume cxxi. 6, passage qui renvoie probablement à la cécité qui, selon la croyance orientale, résulte du sommeil au clair de lune avec le visage découvert (Lane, “Letters from the East,” p. 77). On croyait aussi que la lune provoquait l’épilepsie (comp. le grec σεληνιαζόμενος et le latin « lunaticus » ; Matthieu iv. 24). D’autre part, « des choses précieuses sont produites par la lune » (Deutéronome xxxiii. 14) ; c.-à-d., la croissance de certaines plantes est influencée par elle. Steuernagel estime toutefois que l’allusion porte à la rosée.
La lune était regardée par toutes les nations orientales comme une divinité, dont le culte fut interdit aux Israélites (Deutéronome xvii. 3). Néanmoins ces derniers pratiquèrent longtemps le culte de la « reine du ciel », offrant des sacrifices en son honneur (Jérémie vii. 18, xliv. 17). Le baiser de la main à la vue de la lune, acte d’adoration, est mentionné en Job xxxi. 26-27. Les ornements en croissant qui ornaient le cou des chameaux madianites au temps de Gédéon (Juges viii. 21, 26) et les « cercles ronds comme la lune » des femmes israélites (Isaïe iii. 18) furent probablement les résultats de la même tendance idolâtre. La lune est fréquemment employée dans le langage figuré ; elle est l’emblème de la beauté (Cantique vi. 10) et de l’éternité (Psaume LXXII. 5, 7 ; LXXXIX. 37). Son éclipsе (Isaïe xiii. 10, xxiv. 23 ; Joël ii. 10) et son changement en sang (ib. ii. 31) sont des signes que le jour de la colère de YHWH approche. La lumière de la lune sera comme celle du soleil lorsque YHWH aura restauré son peuple à son ancienne splendeur (Isaïe xxx. 26). Voir Calendrier ; Mois.
Dans la littérature rabbinique : Se référant à Genèse i. 16, où la lune et le soleil sont appelés pour la première fois « les deux grands luminaires » et la lune ensuite qualifiée de « moindre lumière », R. Siméon ben Pazzi déclara qu’au moment de la Création la lune était de la même taille que le soleil. La lune protesta alors que ce ne serait pas convenable que deux rois portent une même couronne, auquel cas Dieu la diminua. En réponse à la question de la lune « Dois‑je être punie d’avoir dit des paroles raisonnables ? » Dieu la consola en lui promettant qu’elle aussi régnerait le jour ; et, sur son objection que la lumière d’une bougie en plein jour serait inutile, Dieu lui promit que les Juifs compteraient les années d’après la lune. La lune, objectant encore que le soleil servait à la même fin, Dieu la consola en lui promettant que certains hommes justes porteraient la même épithète (« la plus petite »), à savoir Jacob (Osée vii. 5), David (1 Samuel xvii. 14) et Samuel ha‑Katon. La lune demeura cependant inconsolable, et Dieu exigea qu’un bélier soit sacrifié le premier jour de chaque mois comme offrande pour l’avoir réduite (Hullin 60b). D’après R. Yohanan Dieu demanda cette offrande pour l’avoir fait empiéter sur le domaine du soleil. Dieu apaisa aussi les plaintes de la lune en l’entourant d’une foule d’étoiles, comme d’une vraie reine (Pesikta Rabbati 15 ; Gen. R. vi. 3-4). R. Hanina pense qu’au début le soleil seul fut créé pour donner la lumière, et que Dieu créa ensuite la lune parce qu’Il prévit que le soleil et la lune seraient adorés comme des dieux, et Il dit : « Si quand ils sont deux, se rivalisant, ils sont considérés comme des divinités, que serait-ce si le soleil était seul ? » (ib. vi. 1). L’orbite de la lune est, comme celle du soleil, dans le second ciel (ib. vi. 9 ; comp. Heller, “Tosafot Yom-Tob” à R. H. ii. 6).
Il existe un désaccord entre R. Juda et les autres rabbins quant au coucher de la lune et du soleil. Selon le premier, après s’être couchés ils continuent leur route au‑dessus de la voûte céleste ; et c’est pourquoi en été les sources sont plus froides que la surface de la terre. Les rabbins soutiennent que, après s’être couchés, soleil et lune voyagent au‑dessous de la voûte et donc sous la terre ; et c’est pourquoi en hiver les sources ne sont pas aussi froides que la surface de la terre (Gen. R. vi. 8). La raison pour laquelle les Juifs comptent les jours de l’année par la lune est que, comme la lune, qui règne tant le jour que la nuit, les Juifs ont à la fois ce monde et l’autre (Gen. R. vi. 2). Pour cette raison l’éclipse de la lune est considérée par les Rabbins comme un mauvais présage pour les Juifs. L’éclipse de la lune et des étoiles est causée par quatre sortes de péché : (1) la falsification, (2) le faux témoignage, (3) l’élevage de petit bétail en Palestine (car il ruine la terre), et (4) la coupe des arbres fruitiers (Souccot 29a). Le fait que les femmes filent leur laine ou leur lin à la lumière de la lune est mentionné plusieurs fois dans le Talmud (Sotah vi. 1 [= p. 31a] ; Gitin 89a ; et partout).
La lune, en raison de sa réapparition mensuelle, est considérée comme l’emblème d’Israël ; celui-ci, comme la lune, passe par diverses phases sous la persécution sans être détruit. Aussi la réapparition de la lune est-elle sanctifiée, comme l’entrée du sabbat ou des fêtes, par la récitation des bénédictions connues dans la liturgie sous les noms de « Kiddush ha-Levanah » ou « Birkat ha-Lebauvah ». Voir Nouvelle Lune ; Bénédiction de.
S. M. Sel.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.