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Lots

LOTS

Moyens primitifs de déterminer le sort. Les peuples primitifs, et parfois même ceux d’un niveau culturel plus élevé, ont recours au sort à des fins d’augure. Ils font tourner une noix de coco ou enlacent des lanières de cuir pour obtenir un présage. Les voleurs sont surtout démasqués par le tirage au sort, etc. (Tylor, “Primitive Culture,” éd. allemande, t. i, p. 78-82). Les païens sur un navire où se trouvait Jonas, pressés par la tempête, tirèrent au sort pour découvrir qui d’entre eux avait encouru la colère divine (Jonas i. 7). Haman recourut au sort quand il eut l’intention d’anéantir les Juifs (Esther iii. 7). Les héros grecs jetèrent leurs lots dans le casque d’Agamemnon afin de savoir qui devrait combattre Hector (“Iliade,” vii. 171). Dans l’Italie ancienne on se servait d’oracles à lots sculptés. Les Israélites anciens recoururent de même aux lots pour les usages les plus variés. La rhabdomancie est connue encore à l’époque d’Osée (Osée iv. 13) ; et Ézéchiel (Ézéchiel xxi. 26 sq.) mentionne l’oracle par flèche du roi de Babylone, qui était encore employé mille ans plus tard parmi les païens de l’Israël ancien (Wellhausen, “Reste Arabischen Heidenthums,” 2e éd., p. 126 sqq. ; comp. Sprenger, “Leben und Lehre des Mohammed,” t. i, p. 259 sqq. ; Huber, “Ueber das Messer-Spiel der Heidnischen Araber,” Leipzig, 1883). Comme les oracles sacerdotaux par le sort sont discutés sous les entrées Epîlod, Uki.im et Timmi.im, et Terai’Him, le présent article ne traite que du sort dans la vie profane. Josué découvre le voleur, et Saül le coupable, au moyen du sort (Josué vii. 16 et sq. ; 1 Samuel xiv. 42 ; comp. 1 Samuel x. 30 et sq.). Les peuples primitifs partagent terres et autres biens communs par le sort. En hébreu le mot pour « lot » (« goral ») a conservé le sens de « part » ; il a aussi pris le sens plus général de « destinée » (Isaïe xvii. 14, lvii. 6 ; Jérémie xiii. 25 ; Psaume xvi. 5 ; Daniel xii.). La terre à l’ouest du Jourdain est partagée entre les différentes tribus par le sort (Nombres xxvi. 55 et sq., xxxiii. 54, xxxiv. 13, xxxvi. 2 ; Josué xiii. 6, xiv. 2, xv. 1, xvii. 1, xviii. 6-10, xix. 51, xxiii. 4 ; Psaume lxxviii. 55, cv. 11 ; comp. Ézéchiel xiv. 1, xlvii. 22). La tradition juive, trouvant offense en cette sorte d’allocation, déclara que la terre fut véritablement partagée sous l’inspiration du Saint-Esprit, le sort n’étant que le moyen visible de confirmer la division pour le peuple (Sifre, Nombres 132 ; B. B. 129a). Proverbes xvi. 33 et xviii. 18 indiquent que des lots étaient jetés dans les controverses juridiques. Les méchants « partagent mes vêtements parmi eux, et tirent au sort ma robe » (Psaume xxii. 19 ; comp. Matthieu xxvii. 35 ; Jean xix. 24). Le butin de guerre est partagé au sort (Joël iv. 3 ; Nahum iii. 10 ; Abdias 11 ; voir aussi Juges xx. 9 ; Néhémie x. 35, xi. 1 ; 1 Chroniques xxiv. 5, xxv. 8, xxvi. 13 ; comp. Herzog-Hauck, “Real-Encyc.,” 3e éd., t. xi, p. 643 sqq.).
Selon l’étymologie du mot « goral », les lots étaient probablement de petites pierres, ou des bâtonnets, comme l’indique Osée iv. 12. Ils étaient jetés, ou peut-être secoués (Proverbes xvi. 33, « dans le giron »), de sorte qu’un seul en tombait, par quoi l’affaire était décidée. On ne peut établir si une tablette portant une écriture est visée en Lévitique xvi. 8, comme le suppose la Michna (Yoma iii. 9, iv. 1). À l’époque du Second Temple le sort était en vue dans le culte du Temple, et des coutumes se développèrent.
Dans le Talmud, suivant l’exemple biblique et le Midrash par lequel plusieurs offices et charges étaient répartis par le sort. Les prêtres tiraient au sort dans tous les cas où des différences pouvaient surgir (Yoma 37a, 39a-41a, 62a-63b, 65b ; Zeb. 113b ; Men. 59b ; Ker. 28a). Dans Tamid i. 2 le surveillant du Temple appelle le sort ; et Yoma 24b rapporte une discussion pour savoir si les prêtres doivent tirer au sort en vêtements sacrés ou séculiers. On tirait les lots quatre fois de suite (Yoma iv. 1). Les Prophètes augmentèrent les quatre classes de prêtres qui étaient revenus de la Diaspora à vingt-quatre ; ils mélangèrent les noms des nouveaux venus et les placèrent dans une urne (אפּטּון ?) puis laissèrent chacune des quatre classes primitives de prêtres tirer cinq noms (Tosef., Ta’an. ii. 1, et passages parallèles). L’urne était à l’origine faite en bois de cyprès ; mais le grand prêtre Ben Gamala en possédait une en or (Yoma iii. 9) ; d’où le tirage de lots hors de celle-ci créa une sensation (Yer. Yoma 41b, ci‑dessous). Dans le sanctuaire les lots étaient retirés à la main (Yoma 39b, 40a). Le lot était soit un caillou noir soit blanc (Yer. Yoma iv., commencement), ou était fait de bois d’olivier, de noyer, ou de cyprès (Yoma 37a). Un troisième genre, consistant en morceaux de papier portant une écriture (נאראקיov), est fréquemment mentionné.
Plusieurs faits semblent indiquer que le choix au sort était courant en post-biblique. Moïse choisit les soixante-dix anciens (Nombres xi. 26) en prenant six hommes de chacune des douze tribus, puis en plaçant soixante-douze morceaux de papier (נָרָקִיו), dont deux étaient blancs, dans une urne, un étant tiré par chaque homme. Il procéda de même pour désigner les premiers-nés qui devaient payer chacun une rançon de cinq sicles, au total 23 273 billets tirés (Yer. Siph. 19c, ci‑dessous, et passages parallèles). Eldad et Médad furent, selon le Targum Yerushalmi à Nombres xi. 26, parmi les anciens qui tirèrent au sort. Les fils de Jacob tirèrent aussi au sort pour décider qui porterait à leur père le manteau de Joseph (Gen. R. lxxxiv.). Achan tenta de discréditer le tirage au sort quand il dit à Josué : « Si je te commande à toi et au grand prêtre Éléazar de tirer au sort, l’un de vous sera certainement déclaré coupable » (Sanh. 43b). Le tirage au sort de Nabuchodonosor (Ézéchiel xxi. 25 et sq.) est mentionné ; mais, selon la langue courante de l’époque, on emploie le mot grec σκρίφος, qui se rencontre aussi dans Actes i. 26 (Lain. IL, Préface, n° 5 ; Midr. Teh. x. 6 ; comp. ib. x. 5 sur le tirage au sort parmi les Romains, et Krauss, “Lehnwörter,” t. ii, p. 545h).
En Palestine les frères partageaient leur patrimoine par le sort jusque dans, et probablement bien au‑delà du, IIe siècle (B. B. 100b). Apparemment le sort était aussi occasionnellement utilisé pour l’ordination des maîtres (Yer. Bik. Cod., l. 24). Sous l’influence grecque le tirage au sort dégénéra en jeu de dés. « Nul n’est accepté comme témoin qui joue avec de petits cailloux, c.-à-d. qui joue professionnellement » (Yer. Sanh. iii. 6 et passages parallèles). La même règle s’applique au joueur de dés (קַיָּדָא), qui est fréquemment mentionné (voir passages dans Krauss, loc. cit., t. ii, p. 501).
Le tirage au sort et sa pratique compagne, le lancer de dés, furent communes au Moyen Âge ; et elles sont encore en vogue à l’heure présente. Moïse de Coucy (vers 1250) mentionne la xylomancie. On jetait des éclats de bois dont l’écorce avait été enlevée d’un côté, et suivant qu’ils tombaient sur la face pelée ou sur la face non pelée on pronostiquait favorablement ou non (Gildemeann, “Gesch.” t. i, p. 82). Un maître italien dénonçait le tirage au sort (ib. t. ii, p. 221). Les jeux de dés étaient particulièrement en vogue chez les Juifs d’Italie au Moyen Âge, et étaient, ainsi que d’autres jeux de hasard, fréquemment interdits (ib. t. ii, p. 210). En Allemagne existait un jeu de hasard appelé « Rück oder Schneid », où l’on utilisait un couteau (Berliner, p. 22). Beaucoup d’ouvrages sur les jeux de hasard apparurent à la fin du Moyen Âge (voir bibliographie : s. glossary, etc., Jena, 1878 ; Herzog-Hauck, Real-Encyc., 3e éd., t. xi, p. 643 et sqq. ; B. Stade, Gesch. IsraeU, t. i, p. 471 et sqq. ; E. B. Tylor, Primitive Culture, index ; éd. allemande, t. i, p. 78 et sqq., Leipzig, 1874 ; I. Wellhausen, Reste Arabischen Heidenthums, 2e éd., p. 144 et sqq. ; Winer, B. R. ii. 41. Sur les lot-books médiévaux et modernes : Beibaeob, Ozar ha-Sefarim, p. 90 et sqq. ; A. Berliner, Aus dem Leben der Deutschen Juden im Mittelalter, Berlin, 1901 ; M. Grunwald, Mitteilungen der Gesellschaft für Jüdische Volkskunde, v. 14 ; M. Gudemann, Gesch. t. i-ii ; Steinschneider, Ludoslischer, in Hebr. Bibl. vi. 140 ; idem, Jüdische Literatur, ch. xxii., fin).
A. L. B.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.