Définition dans Jewish Encyclopedia
Lèpre
LEPROSY
(נֶגֶף) : maladie chronique de la peau caractérisée par des éruptions ulcéreuses et des desquamations successives de peau morte. — Données bibliques : Selon le texte lévitique, les traits caractéristiques de la lèpre étaient : (1) taches ou plaques d’un blanc éclatant sur la peau dont les poils étaient eux aussi blancs ; (2) l’abaissement des plaques au‑dessous du niveau de la peau environnante ; (3) l’existence de « chair crue rapide » ; (4) la propagation de la croûte ou écaille.
Il existe deux formes de lèpre moderne — la tuberculeuse, ou nodulaire, et l’anesthésique, ou nerveuse ; généralement les deux formes sont présentes. La forme nodulaire commence en règle générale par des taches rondes ou de forme irrégulière, communément d’une couleur acajou ou sépia. Celles‑ci disparaissent souvent et sont suivies de l’apparition de nodules. À un stade avancé, le visage est couvert d’élévations nodulaires fermes et livides : le nez, les lèvres et les oreilles sont gonflés au‑delà de leur taille naturelle, les cils et sourcils sont perdus, et les yeux paraissent exorbités ; l’ensemble produisant une hideuse défiguration. Au fur et à mesure de la progression de la maladie, insensibilité de la peau et paralysie s’ensuivent, et les doigts et orteils peuvent se putréfier.
Dans la description biblique, on est frappé par l’absence de toute allusion à la hideuse déformation faciale, à la perte de sensation et à la putréfaction des membres. Si de telles manifestations voyantes avaient existé, elles n’auraient pas pu échapper à l’observation. Le code lévitique prescrit que plusieurs examens de la personne suspecte devaient être effectués à intervalles de sept jours, permettant ainsi au prêtre de noter la progression de la maladie. La lèpre est une maladie extrêmement lente, particulièrement au début, et une quinzaine de jours ne montreraient absolument aucun changement dans la très grande majorité des cas. De plus, la « lepra Hebraeorum » était une maladie guérissable. Quand le lépreux était guéri, le prêtre faisait une expiation devant le Seigneur, et des sacrifices expiatoires sous la forme d’un sacrifice pour le péché et d’un sacrifice pour l’expiation étaient également offerts. La lèpre moderne est, sauf cas isolés, incurable.
Il est probable que « zara'at » comprenait plusieurs affections cutanées qui, en raison de l’état peu développé de la science médicale à cette époque, n’étaient pas distinguées. Les taches blanches, sur lesquelles tant d’importance diagnostique était portée, étaient très vraisemblablement celles du vitiligo, une maladie fort commune dans les régions tropicales, caractérisée par des taches d’un blanc éclatant dont les poils deviennent également blancs. Le vitiligo commence par de petites plaques qui s’étendent lentement, impliquant souvent finalement de larges portions de la surface corporelle. La maladie est bénigne, mais très disgracieuse chez les personnes de teint foncé.
Dans la Septante, « zara'at » est rendu par « lepra ». Il est raisonnable de supposer que les Hébreux donnaient à « zara'at » le même sens que les Grecs attribuaient à « lepra », terme dérivé de « lepros » (= « rugueux » ou « squameux »). Selon les écrits médicaux d’Hyginétas, Héliogabalus, Aëtius, Oribase et autres, la lepra était uniformément considérée comme une éruption circulaire, superficielle, en plaques de la peau ; en d’autres termes, leur lepra était le psoriasis des temps modernes. Il n’y a absolument rien dans la description grecque de la lepra qui laisse entrevoir, même de loin, la lèpre moderne. Les Grecs, pour parler de la véritable lèpre, n’employaient pas le terme « lepra », mais « elephantiasis ». Il est donc évident qu’ils entendaient par « lepra » une affection distincte et différente de la maladie des lépreux connue aujourd’hui. La confusion et l’obscurité qui ont entouré ce sujet pendant des siècles résultent de l’emploi de termes différents à des époques successives pour désigner la même maladie, et du changement total de la signification et de l’application du mot « lepre ».
Il y a fort à penser que la ségrégation des lépreux fut considérée, du moins à certaines époques, davantage comme un rituel religieux que comme une restriction hygiénique. Za‑ra'at fut regardée comme une maladie infligée par Elohîm à ceux qui transgressaient Ses lois, une visite divine pour pensées et actions mauvaises. Tout lépreux cité dans l’Ancien Testament fut affligé pour quelque transgression. « Myriam prononça des paroles irrévérencieuses contre le serviteur choisi d’Elohîm, Moïse, et fut, par conséquent, frappée de lèpre. Joab, avec sa famille et ses descendants, fut maudit par David pour avoir lâchement assassiné son grand rival Abner. Guéhazi provoqua la colère d’Élisée par sa vile cupidité, susceptible de discréditer Israël aux yeux des païens. Le roi Ouzias fut frappé d’une lèpre incurable pour son usurpation présumée des fonctions sacerdotales en brûlant de l’encens sur l’autel d’or du Temple » (Kalisch). Il eut été tout à fait naturel que le peuple, par un raisonnement a posteriori, regardât les personnes atteintes de zara'at comme des transgresseurs : elles avaient violé les lois de Elohîm et leurs transgressions devaient être grandes, sinon elles n’auraient pas été ainsi frappées.
Les auteurs qui soutiennent que l’exclusion des lépreux avait principalement une signification religieuse en concluent que les lépreux devaient rester hors du camp parce qu’on les considérait susceptibles d’infecter moralement autrui. Tant que les signes de la maladie demeuraient sur eux, ils étaient obligés de vivre en dehors du camp. Il est raisonnable de croire que, bien que la lèpre biblique et la lèpre moderne ne soient probablement pas la même maladie, la coutume actuelle de séparer les lépreux tire son origine et son impulsion de l’exemple biblique consistant à isoler les personnes atteintes de zara'at. Si la Bible n’avait jamais été écrite, il est probable que les lépreux seraient aujourd’hui autorisés à circuler librement parmi leurs semblables, car la lèpre est une maladie beaucoup moins contagieuse que plusieurs autres affections bien connues pour lesquelles la ségrégation n’est pas pratiquée.
La description biblique de la lèpre des vêtements et des maisons est surprenante par son analogie de vocabulaire avec celle de la lèpre des personnes. Les passages de Lévitique (xiii. 47-59) sont à présent inexplicables à la lumière de la science moderne. Il est probable que la description se rapporte à des taches sur des vêtements produites par du pus et du sang provenant d’ulcères et de plaies de diverses sortes. Ainsi seules pourraient s’expliquer les taches verdâtres et rougeâtres. Qu’il soit impossible que la description de Lév. xiv. 33-48 ait pu s’appliquer à une lèpre des murs des maisons fait peu de doute : de telles conceptions peuvent être attribuées à l’imagination orientale et à l’amour de la métaphore. Des incrustations chimiques et des moisissures furent sans doute ainsi investies des symptômes d’une maladie vivante et contagieuse.
E. O. H. J. F. S.
Dans le Talmud : Le sujet de la lèpre est traité principalement dans le traité Nega’im. Le Talmud soutient que Lév. xiii. 1 et suivants se rapporte en général à toute maladie qui produit des plaies et des éruptions sur la peau (Sifra 60a). Ce qui suit résume le traitement talmudique de la lèpre :
1. La lèpre n’était pas considérée contagieuse. Alors que tous les peuples de l’antiquité, depuis les temps les plus reculés jusqu’à quelques siècles après la période talmudique, tenaient (comme aujourd’hui ; Katzenelenson, dans « Ha‑Yekeb », p. 75, Saint‑Pétersbourg, 1894) que la lèpre était contagieuse, les auteurs talmudiques la traitèrent comme non contagieuse. Les preuves en sont : (1) la Michna ne considère pas un païen lépreux ni un prosélyte non naturalisé (« ger toshab ») comme rituellement impur (Neg. iii. 1, xi. 1). (2) Si un fiancé, le jour de son mariage, observe des symptômes de lèpre sur sa peau, il n’est pas requis de se soumettre immédiatement à l’examen, mais il peut le remettre jusqu’à la fin des sept jours de ses noces. De même, celui qui en est atteint pendant les jours saints peut différer l’examen jusqu’à leur achèvement (Neg. iii. 2). Dans d’autres circonstances, une personne atteinte de la lèpre se voit interdite les rapports avec son épouse (Hull. 141a). (3) La Michna dit que les cas douteux (à deux exceptions près) ne doivent pas être considérés impurs (Hull. 9b et suiv.). (4) La Bible commande que : si le prêtre trouve des cheveux blancs sur les parties touchées, il déclarera le sujet impur, car le cheveu blanc est un symptôme certain de lèpre. Mais la Michna dit que si le cheveu est arraché avant l’examen, la personne est pure (Neg. viii. 4). Ce n’était donc pas la crainte de la contagion qui conduisait à considérer le lépreux comme impur.
2. La tradition talmudique, fondant ses définitions sur l’étymologie des termes bibliques employés, connaît quatre degrés différents de blanc dans les cas de lèpre, mais non le « netek » (Lév. xiii. 30). « Baheret » est de la blancheur de la neige ; le second degré reconnu est de la blancheur de la chaux ; « se’et » est de la couleur du blanc d’œuf ; et le degré suivant de blancheur est celui de la laine blanche. La Michna ajoute aussi quelques teintes intermédiaires ; mais elle appelle « bahak » toutes celles qui dépassent les quatre nuances en question (Neg. i. 1-3).
3. Alors que la Bible divise la maladie en « lèpre blanche » et « lèpre ulcéreuse » (« mihyah »), la Michna la divise en lèpre « limitée » (« ketannah ») et « étendue » (« gedolah ») (Neg. viii. 9). En conséquence, elle interprète Lév. xiii. 9-11 comme se rapportant à la lèpre « limitée », et Lév. xiii. 12 et suiv. comme s’appliquant à la lèpre « limitée » qui s’est étendue, et comme telle est devenue impure.
La lèpre si elle est « étendue » au départ doit être traitée comme une lèpre limitée (Neg. viii. 7) ; l’extension ne rend pas la lèpre pure, sauf si elle suit une maladie ayant montré des symptômes sûrs de vraie lèpre (Neg. viii. 3). La lèpre doit en outre être considérée comme étendue seulement lorsqu’elle envahit le visage (Neg. x. 9) et, si l’individu est chauve et sans barbe, le cuir chevelu et le menton (Neg. vi. 8, viii. 5). Si, après que les squames de la lèpre se sont répandues sur presque tout le corps, un ulcère saignant et sans écaille (mihyah) est observé, le sujet est impur. De même, si les squames, ayant couvert presque tout le corps, tombent en un endroit et découvrent un ancien ulcère saignant, le sujet est impur (Neg. viii. 2).
L’ulcère saignant doit avoir la taille d’une lentille pour rendre une personne impure, tant dans les cas de lèpre « limitée » que de lèpre « étendue ». Dans le cas où l’ulcère se développe aux extrémités du corps comme sur les doigts ou orteils, ou sur les oreilles, le nez, le sein, etc., la personne n’est pas considérée impure (Neg. vi. 7). Mais si cet ulcère avait autrefois été recouvert de squames et était ensuite redevenu ouvert, la personne est impure, à moins que les squames restantes ne soient plus petites qu’un « gruau » (« geris » ; Neg. viii. 1). Enfin, la mihyah ne rend pas une personne impure si elle envahit un endroit auparavant atteint par un « shehin » ou une brûlure, ou si elle se développe sur les parties poilues du corps ou dans des replis et cavités (Neg. vi. 8). Lorsqu’elle s’installe sur des parties dont les poils sont tombés, ou sur des parties précédemment atteintes par shehin ou une brûlure, mais qui sont complètement guéries avant l’apparition de la lèpre, deux cas doivent être distingués, selon que la mihyah avait ou non été précédemment recouverte de squames ; dans ce dernier cas elle ne rend pas le sujet impur.
4. En ce qui concerne la lèpre consécutive à shehin ou à une brûlure (Lév. xiii. 18-28), la Michna soutient : (1) Si le shehin ou la brûlure n’a pas été guéri avant l’apparition des squames de la lèpre, la personne est pure (Neg. ix. 2). (2) Lorsque ces affections ont été complètement guéries avant l’apparition de la lèpre, seule doit être considérée comme lèpre celle qui envahit des parties du corps jamais auparavant malades (ib.). (3) Enfin, la lèpre consécutive à shehin ou à une brûlure n’est pas rendue impure par le développement d’une mihyah, et une personne ainsi atteinte ne peut être isolée pendant sept jours qu’une seule fois, et non deux fois, comme dans le cas d’un lépreux ordinaire (Neg. iii. 4).
5. En ce qui concerne la lèpre du cuir chevelu et du menton (Lév. xiii. 29 et suiv.), la Michna contient ce qui suit : (1) Les symptômes de la lèpre ici (c’est‑à‑dire les squames lépreuses) peuvent présenter n’importe quelle couleur ; mais ailleurs sur le corps, une ou plusieurs des quatre nuances de blanc seulement peuvent se manifester (Sifra 60a). (2) Comme AsthcAlishiah distingue une lèpre « limitée » et « étendue », elle distingue un « netek » « limité » et « étendu » (Neg. x. 9). (3) Le netek ne devient pas impur en raison de la présence d’une mihyah, mais par la présence de cheveux blancs ou jaunâtres, et par l’extension de la maladie (« pisyon » ; Neg. x. 1). (4) Enfin, si les cheveux de la tête ou du menton sont tombés, ces parties doivent être traitées comme les autres parties du corps (Neg. x. 10).
Dans le Talmud, la classification ou la définition de la lèpre et de ses symptômes semble être déterminée non par des idées médicales, mais par une adhésion littérale et sans discernement à la lettre de la loi lévitique ; les sages talmudiques se contentaient de communiquer les décisions bibliques. Les rabbins semblent parfois même confondre la véritable lèpre avec l’eczéma.
Bibliographie : Rabbinowicz, La Médecine du Talmud, pp. 107 et sq., Paris, 1880.
J. A. S. W.
Époques modernes : La lèpre chez les Juifs est rarement mentionnée dans la littérature médicale moderne. Zombacco (« Bull. de la Société d’Anthropologie de Paris », oct. 1891) affirme que la maladie est très fréquente parmi les Juifs de Constantinople. Buschan, citant cette affirmation (« Globus », lxvii. 61), soutient que la prédisposition des Juifs à la lèpre est un caractère racial transmis héréditairement des anciens Hébreux aux Israélites modernes. En appui, il mentionne que les Karaïtes de Constantinople n’ont pas été observés par Zombacco, durant ses vingt ans de pratique médicale parmi eux, comme souffrant de lèpre. Ces Juifs, selon Buschan, ne seraient Juifs que par la religion, non par filiation sémitique. Ethniquement il les considère comme dérivés des Khazars et d’autres peuples de sang « finnoïde ». D’autre part, les Juifs rabbiniques de Constantinople, qui sont d’ascendance « syro‑arabo‑sémitique », ont été souvent observés par Zombacco comme atteints de la maladie. Il affirme en outre que les musulmans, chrétiens, Grecs, Arméniens et autres non‑Juifs de Constantinople en sont exempts, malgré leurs contacts avec les Juifs. Tout cela tend à montrer que la prétendue prédisposition des Juifs à la lèpre est un trait ethnique.
Cette allégation, fondée sur des preuves très réduites, n’est confirmée par aucun autre observateur. En Russie, où dans certaines provinces la lèpre est endémique, les Juifs ne sont pas observés comme fréquemment atteints, tandis que dans quelques pays orientaux les éléments disponibles tendent à montrer que, au contraire, les Juifs sont particulièrement exempts de lèpre. Ainsi, Nicholas Senn, parlant de la lèpre à Jérusalem, dit : « La plupart des lépreux sont des Arabes ; et les Juifs sont singulièrement exempts de cette maladie. … Parmi les 47 pensionnaires [de l’hôpital Yéhoshoua (Jésus) Hilfe] il n’y a qu’un seul Juif. Le Dr Einsler, pendant sa longue et étendue pratique à Jérusalem, n’a vu que cinq Juifs atteints de lèpre ; et de ceux‑ci, un venait de Salonique et, des restants, deux du Maroc. Il semble que les Juifs de Jérusalem aient, au fil du temps, acquis une immunité contre cette maladie, malgré l’accroissement de la pauvreté et des conditions insalubres » (N. Senn, « The Hospitals in Jerusalem », in “American Medicine”, iv. 509-512).
J. M. F.
