Définition dans Jewish Encyclopedia
Jéthro
JETHRO
(nn' ; Jether [in'] in Exode iv. 18), —
Données bibliques : Prêtre de Madian et beau-père
de Moïse (Exode iii. 1 et sq.). Dans le récit du
mariage de sa fille Tsippora avec Moïse (Exode ii.
16-21), il est appelé « Réouël » = « Elohîm est son
ami » ; voir aussi Hobab. Arrivé un jour au puits où
les filles de Yethro puisaient de l'eau pour leurs
troupeaux, Moïse eut occasion de les défendre con-
tre des bergers qui cherchaient à les chasser. Yethro,
par reconnaissance, lui donna sa fille Tsippora. Après
que Moïse et les Israélites eurent passé la Mer Rouge,
Yethro alla rejoindre Moïse avec la femme de ce der-
nier et ses deux fils (Exode xviii. 1-5). Lorsque
Moïse raconta à Yethro tous les miracles accomplis
pour les Israélites par YHWH, Yethro, ravi, s'écria :
« Maintenant je sais que le Seigneur est plus grand
que tous les dieux », et offrit des holocaustes et des
sacrifices. Yethro conseilla à Moïse de nommer des
délégués pour l'aider à juger les Israélites et alléger
ses fardeaux. Après cela Yethro retourna dans son
pays (Exode xviii. 8-27).
E. G. H. M. Sel.
Dans la littérature rabbinique : Les différents
noms de Yethro ont intrigué les talmudistes ; certains
crurent que son vrai nom était « Hobab », et que
Réouël était son père (voir Hobab) ; d'autres pensè-
rent qu'il s'appelait « Réouël », l'interprétant « l'ami
d'Elohîm » (voir Données bibliques sur Yethro), et
comparer la vue de quelques savants modernes qui
estiment que son nom était « Réouël » et que « Yethro »
était un titre, « Son Excellence ». Selon Shim'on b. Yohaï,
il avait deux noms, « Hobab » et « Yethro » (Sifre,
Nombres 78). Il est toutefois généralement admis
qu'il avait sept noms ; « Réouël », « Jéther », « Yethro »,
« Hobab », « Heber », « Kéni » (comp. Juges i. 16,
iv. 11), et « Putiel » ; le beau-père d'Éléazar (Exode
vi. 25) étant identifié avec Yethro en interprétant
son nom soit comme « celui qui a abandonné l'idolâ- rie », soit comme « celui qui engraissait des veaux en
vue de sacrifices à l'idole » (Exode Rabba xxvii. 7 ;
Mek., Yitro, ‘Amalek, 1 ; Tan., Shemot, 11 ; comp. Targ.
pseudo-Jonathan à Exode vi. 25 et Sotah 44a).
Avec Balaam et Job, Yethro fut consulté par Pharaon
sur les moyens d'exterminer les enfants d'Israël ; et
comme il dissuada Pharaon de son dessein, il fut ré-
compensé en ce que ses descendants, les Réchabites,
siégèrent au Sanhédrin dans le Temple (Sanh. 106a ;
Exode Rabba i. 12 ; comp. I Chroniques ii. 55). Dans
Exode Rabba xxvii. 5 il est dit que Yethro et Amalek
furent consultés par Pharaon, et que tous deux lui
conseillèrent de jeter les enfants mâles dans le fleuve ;
mais, constatant qu'Amalek était exclu de la vie pré-
sente et de l'avenir (comp. Exode xvii. 14), Yethro se
repentit.
R. Joshua et R. Eleazar ha-Moda‘i diffèrent quant à
la position de Yethro en Madian ; selon l'un, les mots
« kohen Midyan » signifient qu'il était le prêtre de
Madian ; selon l'autre, « prince de Madian » (Mek.
loc. cit. \ Exode Rabba xxvii. 2). L'opinion selon la
quelle Yethro était prêtre se rencontre dans Exode
Rabba i. 35 et dans Tan., Yitro, 5. Il est en outre dit
(Exode Rabba loc. cit.) que Yethro, ayant remarqué
que l'adoration d'une idole était une folie, l'abandonna.
Les Madianites l'excommunièrent donc, et personne
ne voulut garder ses troupeaux ; si bien que ses filles
furent contraintes de les garder et furent maltraitées
par les bergers. Cela, toutefois, est en conflit avec
une autre assertion, à l'effet que Yethro donna sa fille
Tsippora à Moïse à la condition que leur premier fils
fût élevé dans le culte des idoles, et que Moïse jura
de respecter cette condition (Mek. loc. cit. ; Yalkuṭ,
Exode 169).
Que Yethro alla au désert avant ou après la don-
ne de la Torah, et par conséquent ce qui l'incita à
aller au désert, sont des points disputés parmi les
Rabbins (Zebaḥim 116a ; Yer. Meg. i. 11 ; Mek. loc. cit.).
Selon quelques-uns, ce fut la délivrance de la Torah ;
selon d'autres, ce fut le passage de la Mer Rouge à
pieds secs, ou la chute de la manne.
La manière dont Yethro annonça son arrivée à
Moïse est également indiquée de diverses façons.
Selon R. Éliézer, Yethro envoya un messager ; selon
R. Joshua, il écrivit une lettre et la lia à une flèche
qu'il tira dans le camp. Moïse ne sortit pas seul
pour rencontrer son beau-père ; mais il fut honoré
par la présence d'Aaron, Nadab, Abihu et des soixante-
-dix anciens d'Israël, afin d'honorer Yethro. Quelques-
uns disent que même la Shekinah sortit pour l'ac-
cueillir (Mek. loc. cit. \ Tan., Yitro, 6). Les mots
« wa-yihad Yitro » (Exode xviii. 9), généralement
traduits « et Yethro se réjouit », sont interprétés par
les talmudistes comme « il se circoncit » ; ou « il
ressentit une piqûre dans sa chair » ; c'est-à-dire qu'il
regretta la perte des Égyptiens, ses anciens coreli-
gionnaires. Par interchange du n avec le n, la
locution pourrait lire « wa-yihad », signifiant « il
est devenu Juif » (Tan., Yitro, 5).
Yethro fut le premier à prononcer une bénédiction
(ba-rukh) à Elohîm pour les merveilles qu'Il avait
opérées en faveur des Israélites (comp. Exode xviii.
10). Une telle chose n'avait pas été faite ni par Moïse
ni par aucun des Israélites (Sanh. loc. cit. ; Mek. loc.
cit. 2). Yethro sut que YHWH était plus grand que
tous les dieux (comp. Exode xviii. 11), parce qu'il
avait auparavant adoré toutes les idoles du monde
(Mek. loc. cit. ; Tan. loc. cit.) ; mais en même temps
il n'attribua pas à ces idoles toute puissance divine
(Yalk., Exode 269). Selon R. Joshua, Moïse renvoya
volontairement Yethro afin qu'il ne fût pas présent
à la révélation de la Loi (comp. Exode xviii. 27, Hebr.).
s. s. M. Sel.
