Définition dans Jewish Encyclopedia

Jephté

JEPHTHAH

(נְפָתְחָא) — Données bibliques : Juge d'Israël pendant six ans (Juges xii. 7) ; vainqueur des Ammonites. Selon Juges xi. 1, il était Gileadite, fils de Gilead et d'une prostituée. Rejeté de la maison de son père par les fils légitimes de celui-ci, il s'établit dans le pays de Tob comme chef d'une bande de brigands (Juges xi. 3). À l'occasion de la guerre contre les Ammonites, l'aide de Jephthah fut sollicitée par les anciens de Galaad et obtenue à la condition qu'ils l'acceptent pour chef ; il fut dès lors solennellement investi de l'autorité à Mispa (Juges xi. 4–11). Avant d'aller au combat, Jephthah recourut à la diplomatie, envoyant une ambassade au roi d'Ammon. Celle-ci échouant, Jephthah attaqua et le battit complètement, lui enlevant vingt villes (Juges xi. 12-33).

L'acte le plus remarquable de la vie de Jephthah fut son vœu de sacrifier à YHWH tout ce qui sortirait le premier de sa maison pour le rencontrer s'il revenait victorieux. Son vœu frappa sa fille unique, qui sortit pour le rencontrer en dansant au son des timbales. Jephthah, après lui avoir accordé un délai de deux mois, accomplit son vœu. Dès lors il devint coutume pour les filles d'Israël de se lamenter quatre jours chaque année la mort de la fille de Jephthah (Juges xi. 34-40). Après la guerre une querelle éclata entre Jephthah et les Éphraïmites, qui lui reprochèrent de ne pas les avoir appelés à participer. Ayant saisi les gués du Jourdain, Jephthah exigea que tout fugitif qui tenterait de traverser prononçât le mot « shibboleth ». Ceux qui trahirent leur origine éphraïmite en disant « sibboleth » furent mis à mort ; ainsi tombèrent 42 000 Éphraïmites (Juges xii. 1-6).

E. G. H. M. Sel.

Dans la littérature rabbinique : Les Rabbins représentent Jephthah comme un personnage insignifiant. Que des vaniteux se fussent rassemblés autour de lui (Juges xi. 3) illustrait le proverbe selon lequel un palmier-stérile fréquente des arbres improductifs (B. K. 92b). Son nom étant cité en lien avec Samuel (I Sam. xii. 11) montre que même l'homme le plus insignifiant, lorsqu'il est nommé à une charge importante, doit être traité par ses contemporains comme si son caractère était à la hauteur de sa fonction (R. H. 25b). Il est classé parmi les insensés qui ne distinguent pas entre les vœux (Eccl. R. iv. 7) ; il fut l'un des trois hommes (Ta'an. 4a), ou selon d'autres autorités l'un des quatre hommes (Gen. R. lx. 3), qui firent des vœux imprudents, mais il fut le seul à en avoir à regretter les conséquences. Selon quelques commentateurs, parmi lesquels Kimhi et Lévi ben Gershom, Jephthah se contenta de tenir sa fille en séclusion. Mais dans le Targum de Jérusalem à Juges xi. 39 et dans le Midrash on tient pour acquis que Jephthah immola sa fille sur l'autel, acte considéré comme criminel ; car il eût pu s'adresser à Phinées pour être absous de son vœu. Mais Jephthah était orgueilleux : « moi, juge d'Israël, je ne m'humilierai pas devant mes inférieurs. » Phinées, le grand prêtre, ne voulut pas non plus se rendre chez Jephthah. Les deux furent punis : Jephthah mourut d'une dégénérescence anormale de son corps ; des fragments de chair se détachaient de ses os à intervalles et furent enterrés là où ils tombaient, si bien que son corps fut distribué en plusieurs lieux (comp. Juges xii. 7, héb.) ; Phinées fut abandonné par le Saint-Esprit (Gen. R. l.c.).

Les Rabbins conclurent aussi que Jephthah était un homme ignorant, sinon il aurait su qu'un vœu de ce genre n'est pas valable ; selon R. Johanan, Jephthah n'avait qu'à payer une certaine somme au trésor sacré du Temple pour être libéré de son vœu ; selon R. Siméon ben Laḍish, il était libre même sans un tel paiement (Gen. R. l.c. ; comp. Lev. R. xxxvii. 3). Selon Tan., Behukkotai, 7, et Midrash Haggadah à Lev. xxvii. 2, même quand Jephthah fit son vœu Elohîm était irrité contre lui : « Que fera Jephthah si un animal impur sort pour le rencontrer ? » Plus tard, quand il fut sur le point d'immoler sa fille, elle demanda : « Est-il écrit dans la Torah qu'on doit offrir des êtres humains comme holocaustes ? » Il répondit : « Ma fille, mon vœu fut : ‘tout ce qui sortira par les portes de ma maison’. » Elle répliqua : « Mais Jacob aussi jura qu'il donnerait à YHWH le dixième de tout ce que YHWH lui donnerait (Gen. xxviii. 22) ; sacrifica-t-il l'un de ses fils ? » Mais Jephthah resta inflexible. Sa fille déclara alors qu'elle irait elle-même devant la Sanhédrin pour les consulter au sujet du vœu, et demanda pour cela à son père un délai de deux mois (comp. Juges xi. 37). La Sanhédrin, cependant, ne put absoudre son père du vœu, car Elohîm leur fit oublier la Loi afin que Jephthah fût puni pour avoir mis à mort 42 000 Éphraïmites (Juges xii. 6).

s. s. M. Sel.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.