Définition dans Jewish Encyclopedia
Festivals
FESTIVALS
Données bibliques : Les Hébreux désignaient une fête par le mot « hag » (l’arabe « hajj »), impliquant à l’origine une procession rythmée chorégique autour du sanctuaire d’une idole ou d’un autel (voir Wellhausen, “Skizzen und Vorarbeiten,” iii. 106) ; mais plus tard, sans référence spécifique à cet usage, il connote un jour ou une saison de joie (« hag » et « siml.iah » sont corrélatifs ; comp. Amos viii. 10 ; Deutéronome xvi. 14). Comme les fêtes fixes survenaient à des époques déterminées, elles en vinrent à être appelées « mo'adim » ou « mo‘ade Yiiwh » ; et ces termes devinrent les expressions techniques pour les jours prescrits, à une exception près (Lévitique xxiii. 2) toujours connotant des fêtes à l’exclusion du sabbat et de la Nouvelle Lune (Exode xiii. 10, xxiii. 15, xxxiv. 18 ; Nombres ix. 2, 3, 7 ; xxviii. 2 ; Deutéronome xvi. 6 ; Isaïe i. 14, xxxiii. 20), tandis que « hag » désigne plus spécifiquement les trois fêtes agraires (Exode xxiii. 14), ou la Fête des Azymes et les Tabernacles (Lévitique xxiii. 6, 34), ou ces derniers seuls (Juges xxi. 19 ; Ézéchiel xlv. 25 ; 2 Chroniques v. 3 ; voir Bertheau sur 2 Chroniques vii. 8, 9).
Des traces d’anciennes fêtes populaires, indiquant la manière de leur observance, montrent que les sacrifices constituaient un trait important, menant ordinairement à des festins (manger et boire ; voir Exode xxxii. 6). Des jeux nuptiaux (voir Danse), probablement mimétiques d’un ancien mariage par capture (Juges xxi. 21), ont persisté même jusqu’à l’époque du Second Temple ; et la débauche et les orgies n’étaient nullement rares (Amos ii. 7-8 ; comp. 1 Samuel i. 13-14).
Les fêtes religieuses suivantes sont ordonnées par la Loi ou mentionnées dans l’Ancien Testament :
Le Sabbat (Exode xx. 10 ; Deutéronome v. 14), marqué par la cessation de tout travail (Amos viii. 15), regardé comme un jour de joie (Osée ii. 13), et observé avec des offrandes à Yiiwn (Isaïe i. 13 ; Ézéchiel xlvi. 4). Voir Sabbat.
Bosh Hodesh, ou simplement Hodesh (jour de la Nouvelle Lune), mentionné dans les écrits prophétiques en relation avec le Sabbat (Osée ii. 13 ; Isaïe i. 3 ; 2 Rois iv. 23 ; Isaïe lxvi. 23 ; Aggée i. 1), et marqué dans la Loi par des sacrifices spéciaux (Nombres xxviii. 14, xxix. 6 ; comp. Esdras iii. 5). Voir Nouvelle Lune.
Pesah (Pâque ; Exode xii. 1-28), le « Hag ha-Mazzot » (Exode xxiii. 14 ; Lévitique xxiii. 4-8), en commémoration de la libération d’Israël hors d’Égypte. Elle durait sept jours, du quinzième au vingt-deuxième de Nisan, le premier et le dernier jour étant « convocations saintes », avec abstention du travail pénible et l’offrande de sacrifices (comp. Nombres xxviii. 16-25 ; Deutéronome xvi. 1-8). Le deuxième jour on offrait les prémices (barley) l’omer (Lévitique xxiii. 10). Ceux qui étaient en état d’impureté ou éloignés de chez eux étaient invités à célébrer la fête au mois suivant (Nombres ix. 1-14). Voir Pâque.
Shabu‘ot (Fête des Semaines ; Exode xxxiv. 22), « la fête des moissons, les prémices de ton travail » (Exode xxiii. 16), le jour où, à la conclusion de sept semaines comptées depuis le jour suivant Pesah (Sabbat), on devait offrir la nouvelle oblation de farine, « deux pains ondoyés... les prémices à Yiiwn », avec holocaustes, libations et offrandes pour le péché et offrandes de paix (Lévitique xxiii. 15-22, King James Version Révisée ; Deutéronome xvi. 10-12 ; Nombres xxviii. 26-30). La fête était marquée par l’abstention du travail pénible, et par une convocation sainte. Voir Pentecôte.
Yom Teru'ab (Trompette ; Nombres xxix. 1 ; comp. Nb. x. 10), ou « Zikron Teru‘ab » (mémoire du son des trompettes ; Lévitique xxiii. 24), le premier jour du septième mois, une convocation sainte avec cessation du travail pénible et offrandes de feu prescrites. Voir Nouvel An.
Yom ba-Kippurim (Jour des Expiations), le dixième jour du septième mois, « un Sabbat de repos » (« Shabbat Shabbaton »), avec holocaustes, convocation sainte, cessation absolue de tout travail, sous peine de kheiret (« karet »), et par le jeûne (Lévitique xxiii. 26 ; Nombres xxix. 7-11). Voir Jour des Expiations.
Sukkot (Fête des Cabanes [« tabernacles » ; Lévitique xxiii. 34 ; Deutéronome xvi. 13]), durant sept jours, du quinzième au vingt-deuxième du septième mois (Tishri), le premier jour étant une convocation sainte. Pendant sept jours des offrandes devaient être apportées (Nombres xxix. 13), le huitième jour étant aussi une convocation sainte (« 'Azeret » ; Nombres xxix. 35). Le travail cessait le premier et le huitième jour. Cette fête était aussi connue comme « Hag ha-Asif » (« fête des vendanges » ; Exode xxiii. 16). La célébration était marquée par l’érection de cabanes, dans lesquelles on habitait pendant sept jours, et par l’ondoiement de palmes avec le fruit de l'« ezhadar » (« bel arbre » ; Lévitique xxiii. 40). Voir Fête des Tabernacles.
Données post-bibliques : Dans les temps post-bibliques (en lesquels « Yom Tob » comme terme technique pour « fête » entre en usage) le caractère et les appellations de nombreuses fêtes bibliques furent modifiés, et leur nombre fut augmenté par l’adjonction de semi-fêtes et par la sacralisation des jours immédiatement suivants les jours saints prescrits dans la Loi, sauf pour le Jour des Expiations et le Sabbat. Ces « seconds jours », connus comme « les seconds jours des fêtes de la Diaspora » (Yer. Ta'an. i. 62d ; Bezah 4b), doivent leur institution au désir que tout Israël observe les fêtes le même jour (Sifra ix. 1). Mais avant la fixation du calendrier par calcul, le commencement des mois douteux (ceux ayant 29 ou 30 jours) et l’intercalation de l’année dépendaient de la décision des autorités de Jérusalem, laquelle était basée sur l’apparition de la nouvelle lune et sur l’état des récoltes. Dans le cas des mois où survenaient des fêtes (R. H. i. 3), les autorités annonçaient leur décision aux districts périphériques au moyen de signaux de feu et de messagers. Afin de s’assurer de ne pas manquer le jour propre, les communautés de la Diaspora ajoutèrent donc un second jour de fête au jour présumément correct selon leur calcul.
Plus tard, quand un tel doute fut exclu par la méthode de détermination du calendrier par calcul, la coutume fut néanmoins sanctionnée au motif que le « minhag des pères » devait être scrupuleusement observé (Bezah 4b). Même le premier de Tishri fut étendu à deux jours (considérés cependant comme un seul long jour), parce que pendant l’existence du Temple le second jour de Tishri était observé comme saint, les témoins de l’apparition de la Nouvelle Lune n’étant arrivés que dans l’après-midi du premier de Tishri. Ces « seconds jours » ne sont pas observés dans les congrégations réformées. Voir Second Jour des Fêtes. Les « semi-fêtes » d’origine plus récente que la Torah sont :
Pourim, généralement le quatorzième d’Adar ; mais pour les villes ayant des murailles datant de l’époque de Josué (Meg. i. 1-3 ; Shek. i. 1), le quinzième. C’est un jour de réjouissance et de gaîté, en commémoration des événements relatés dans le Livre d’Esther. Voir Esther ; Pourim.
Hanoukkah (Fête de la Dédicace), du vingt-cinquième de Kislev au troisième de Tévet, en commémoration des événements consignés dans 1 Maccabées iv. 59. Selon 2 Maccabées i. 9, 18 ; ii. 16 ; x. 8, c’est une Tabernacles tardive ; appelée « Fête des Lumières » par Josèphe (“Ant.” xii. 7, § 7 ; comp. Shab. 21b ; B. K. vi. 6 ; Yer. Suk. 53d). Voir HANOUKKAH.
Josèphe mentionne (“B. J.” ii. 17, § 6) une fête en rapport avec le transport de l’Avodah (comp. Nell. X. 35, xiii. 31), le quinzième d’Av (voir Schürer, “Geschichte,” 3e éd., ii. 260 ; Ta'an. iv. 5, 8 ; Meg. Ta'an. xi. ; Derenbourg, “Essai,” pp. 443, 445).
Les Juifs alexandrins observaient comme jours mémoriels joyeux : (1) un jour pour commémorer leur fuite devant les éléphants de Ptolémée VII Physcon (3 Maccabées iv. 36) ; (2) un jour en l’honneur de la traduction de la Bible en grec (Philon, “Vita Mosis,” ii. § 7).
Les modifications suivantes de la signification et de la désignation des fêtes bibliques en post-biblique peuvent être notées :
(a) Le premier de Tishri devient le « Rosh ha-Shanah », en araméen « Resh Shatta » (R. II. i. 11). C’est le jour du jugement (R. II. loc. cit.), et il prend ainsi un caractère plus solennel, bien que le jeûne y soit interdit (Ta'an. ii. 10 ; Yer. Ta'an. 66a). Le son du shofar est investi d’une signification théologique et mystique (« Malkiyyot, Zikronot, Ave-Shoferot » ; R. H. iv. 5, 6, 9 ; Yer. R. II. 58d). Voir Shofar.
(b) À Pâque le Seder, ou repas qui introduit la semaine festive, remplace l’agneau pascal (Pes. X. ; Yer. Pes. 37d). La saison elle-même est désignée dans les prières comme « zeman » (« le temps de notre délivrance »).
(c) Shabu'ot (aussi 'Azeret). Le décompte propre des sept semaines fut, entre Sadducéens et Pharisiens, un point de controverse reposant sur la phrase biblique « mi-mohoratha-Shabbat » (Lévitique xxiii. 15), qui, contre la construction littérale des premiers, fut expliquée par les seconds de manière autoritaire et démonstrative pour signifier le jour qui suit le premier jour de Pâque (Sifra, éd. Weiss, p. 100d ; Men. x. 3). La désignation « 'Azeret » la marque comme la fête finale de Pâque. Dans la liturgie postérieure elle est célébrée comme le « zeman mattan toratenu » (comp. Shab. 86b), la période mémorielle de la révélation sur le Sinaï.
(d) Le second ou « petit » Pâque (« Pesaḥ Ze'era » ; voir Nombres ix. 1 et sq.) tomba en désuétude après la disparition du service du Temple avec ses exigences de pureté et de sacrifices.
(e) Sukkot devient la « hag » par excellence. Dans la liturgie elle est appelée « zeman simhatenu » (le temps de notre joie). La veille du second jour, au Second Temple, était proverbiale pour la réjouissance accompagnant la cérémonie du puisage d’eau (« sindiat betha-sho’ebah » ; Suk. v. 1), à l’occasion de laquelle prêtres et Lévites, en procession solennelle éclairée par des torches, avec chant, sonnerie de trompettes et autres instruments, faisaient le tour de la cour du Temple jusqu’à la porte orientale, récitant et répétant là la déclaration selon laquelle pendant que les Pères inclinaient leurs têtes vers l’orient levant du soleil, ils appartenaient à YHWH et levaient leurs yeux vers Lui (Suk. v. 1-4). Durant cette nuit Jérusalem était brillamment illuminée.
Le septième jour de la fête est distingué comme le « grand Hosha'na » (les récits évangéliques de l’entrée de Yéhoshoua (Jésus) sur le dimanche des Rameaux semblent avoir confondu ceci avec Pâque), ou « le jour des Tabernacles, des branches de palmes et de saules » (Suk. 42-45). Tenant en mains des branches d’au moins onze pieds de long, les célébrants font sept circuits autour de la tribune en chantant « Hosha'na » (Ps. cxviii. 25), puis frappent le sol avec les branches. Cette coutume, dite d’origine mosaïque, est sans doute une adaptation d’un rite babylonien (Yer. 'Ab. Zarah iv.).
Le huitième jour, Shemini 'Azeret, est traité comme une fête indépendante en regard de certaines prescriptions rabbiniques (le deuil, par exemple). C’est un « yom-tob bi-f'ne ‘azmo ». Voir Shemini 'Azeret.
Le neuvième jour est appelé « Simhat Torah » (joie de la Torah), parce qu’il marque la conclusion du cycle annuel des leçons pentatéuchales et le commencement d’un nouveau cycle. Voir Lecture de la Torah ; Simhat Torah.
(f) La Nouvelle Lune, en temps biblique une fête (1 Samuel xx. 18, 24-27 ; 2 Rois iv. 23), en vint à être regardée comme un jour de pénitence, à cause de ce que parmi les sacrifices prescrits se trouve aussi une offrande pour le péché (Nombres xxviii. 11-16). On disait que cette offrande pour le péché avait été instituée à cause de la jalousie de la lune envers le soleil (Sheb. 9 ; Gen. R. ah. ; Hul. 60b ; Zohar, Wayikra) ; ou, selon d’autres, qu’elle constitue une expiation pour les péchés commis durant le mois précédent (Sheb. i.) ; ainsi le jour est appelé dans la liturgie « zeman kapparah » (le temps de l’expiation). Pourtant, malgré cela, il resta un jour de joie, pendant lequel le jeûne n’était pas permis ; les femmes s’abstenaient des petits travaux manuels (Soferim xix.). Mais, chez les kabbalistes des derniers siècles, il fut transformé en « Petit Yom Kippour » (« Yom Kippur Katon »).
Les jours intermédiaires entre les « jours [de convocation] saints » (le premier ou second et le septième ou huitième respectivement) de Pâque et de Sukkot sont connus comme « hoi ha-mo‘ed » (« les jours de la semaine de la fête »), entraînant certaines restrictions quant au travail, au deuil, à la célébration des mariages, et autres. Voir Hol ha-Mo‘ed.
Les fêtes bibliques se répartissent aisément en deux groupes :
(1) Celles dépendant des saisons ou de la moisson (Pâque et Shabu'ot au printemps et en été, et Sukkot en automne). Comme la Loi prescrit qu’à ces fêtes « tout mâle paraîtra devant [correctement, « verra »] YHWH » (Deutéronome xvi. 16), demandant ainsi des pèlerinages au Temple, elles forment les « fêtes de pèlerinage », les trois « regalim » (Exode xxiii. 14) lors desquelles avait lieu la « re’iyyah », c.-à-d. la visite au Temple. Le terme mishnaïque pour cette visite est « re’iyyat panim » (Yer. Peah i. 15a), ou « re’ayon » (Peah i. 1), ou, comme nul ne devait venir les mains vides, mais devait apporter un présent, « re’iyyat korban ». Cette obligation pesait sur tous les Israélites mâles, à l’exception de ceux qui étaient mineurs ou atteints de surdité ou d’un défaut mental. Le présent devait valoir au moins deux deniers d’argent selon l’école de Shammaï ; tandis que les disciples de Hillel soutenaient qu’un ma'ah d’argent suffisait (Hag. i. 1, 2a ; comp. ib. 6a). Le nombre de visites n’était pas fixé (Peah i. 1 ; mais voir Bezah 7a, et R. Johanan dans Tosafot ad loc. ; Levy, “Chald. Wörterb.” iii. 406a). Le caractère de ces trois fêtes est agricole ; d’où la note fondamentale de joie et de gratitude (Deutéronome xvi. 11, 14, 15).
(2) Celles liées à la lune ; (a) le Sabbat ; (b) la Nouvelle Lune ; (c) la Nouvelle Lune du septième mois ; et (d), en rapport avec le septième mois, le dixième jour de celui-ci. Le Sabbat et la Nouvelle Lune étaient assurément des jours de joie ; mais le premier et le dixième de Tishri se développèrent en jours de réflexion solennelle, et, avec le temps, dans la synagogue furent désignés comme « yamim nora’im » (jours redoutables), bien que l’effort pour leur attribuer aussi la nature de jours de joie ne manquât pas (voir Mahzor Vitry, éd. Hurwitz, p. 360). Les dix jours intermédiaires sont appelés « ‘aseret yeme teshubah » (dix jours de repentance), distingués par des additions dans certaines parties de la liturgie.
On a remarqué que les fêtes bibliques, qui surviennent toutes dans les sept premiers mois de l’année, sont au nombre de sept, et qu’il était autrement prévu qu’elles fassent ressortir la portée symbolique de ce nombre sacré. Le Sabbat est le septième jour ; l’année sabbatique (Shemittah) est la septième année ; le jubilé est la première année après 7×7 années ; 7×7 (=49) jours s’écoulent entre Pâque et Shabu'ot ; Pâque et Sukkot comptent chacune sept jours ; le septième mois a quatre fêtes ; le premier seul de tous les festivals de la Nouvelle Lune est important. Des sept fêtes, six exigent l’abstention du seul travail pénible ; au septième (le Jour des Expiations), comme au Sabbat, tout travail est interdit. Ainsi le Sabbat et le Jour des Expiations sont « Shabbat Shabbaton » (Lévitique xxiii. 24, 32, 39 ; xvi. 31).
