Définition dans Jewish Encyclopedia

Empire ottoman

TURKEY

Empire d'Europe du sud-est et d'Asie occidentale. Pour les besoins présents, la Turquie est entendue comme cette partie de l'Europe qui est directement sous la domination ottomane, l'Asie Mineure, les îles de l'Archipel et la Mésopotamie. La Syrie et la PALESTINE, bien qu'elles soient sous l'administration directe de la Porte, et l'Arabie sont considérées comme des pays distincts, et ont été traités comme tels dans la présente encyclopédie.

Des Juifs ont vécu en Turquie dès des temps fort anciens. La tradition dit qu'il y avait une colonie d'entre eux en Thessalie à l'époque d'Alexandre le Grand ; et plus tard ils se trouvent disséminés à travers l'empire romain d'Orient (voir Adrianople ; Empire byzantin). La première colonie juive dans la Turquie proprement dite se trouva à Brusa, la capitale ottomane originelle. Selon une tradition, lorsque le sultan Orkhan conquit la ville (1326) il en chassa les anciens habitants et la repeupla de Juifs venant de Damas et de l'empire byzantin. Ces Juifs reçurent un firman leur permettant de construire une synagogue ; et cet édifice existe encore, étant la plus ancienne de Turquie. Les Juifs vécurent dans un quartier séparé appelé “Yahudi Mahallesi.” En dehors de Brusa on leur permit de vivre dans n'importe quelle partie du pays ; et, moyennant le paiement du “kharaj”, l'impôt capitation exigé de tous les sujets non musulman, ils purent posséder des terres et des maisons en ville ou à la campagne.

Sous le sultan Murad I (1360-89) les Turcs passèrent en Europe, et les Juifs de Thrace et de Thessalie vinrent sous la domination ottomane. Le changement leur fut favorable, leurs nouveaux maîtres musulmans les traitant avec beaucoup plus de tolérance et de justice que ne l'avaient fait les Byzantins chrétiens. Les Juifs demandèrent même à leurs coreligionnaires de Brusa de venir et de leur apprendre le turc, afin de s'adapter plus rapidement aux nouvelles conditions. La communauté juive d'Adrianople commença à prospérer, et sa yeshivah attira des élèves non seulement de toutes les parties de la Turquie, mais aussi de Hongrie, Pologne et Russie. Le grand rabbin d'Adrianople administrait toutes les communautés de la Rumélie. Environ cinquante ans après la conquête d'Adrianople, un Juif converti au islam, Torlak Khanal de son nom, prit part à une insurrection de derviches et prêcha des doctrines communistes, pour lesquelles il fut pendu par le sultan Mohammed I (1413-21).

Le sultan Murad II (1421-51) fut favorable aux Juifs ; et avec son règne commença pour eux une période de prospérité qui dura deux siècles et qui est inégalée dans leur histoire dans aucun autre pays. Des Juifs occupèrent des postes influents à la cour ; ils se livrèrent librement au commerce ; ils s'habillaient et vivaient comme ils l'entendaient ; et ils voyageaient à leur guise dans toutes les parties du pays. Murad II avait un médecin personnel juif, Ishak Pasha, intitulé “hakim bashi” (médecin en chef), à qui le souverain accorda un firman exemptant sa famille et ses descendants de tous impôts. Ce fut le commencement d'une longue lignée de médecins juifs qui obtinrent pouvoir et influence à la cour. Le même sultan créa aussi un corps d'armée de non-musulmans appelé “gharibah” (= “étrangers”) ; et à ce corps des Juifs furent également admis quand ils étaient incapables de payer le kharaj.

Le successeur de Murad, Mohammed le Conquérant (1451-81), publia trois jours après la prise de Constantinople une proclamation invitant tous les anciens habitants à revenir en ville sans crainte. Les Juifs furent autorisés à vivre librement dans la nouvelle capitale ainsi que dans les autres villes de l'empire. Il leur fut permis d'édifier des synagogues et des écoles et de se livrer au commerce sans aucune restriction. Le sultan invita des Juifs de Majorque à s'installer à Constantinople ; et il employa des soldats juifs. Son ministre des finances ("defter-dar") était un médecin juif nommé Ya'kub, et son médecin personnel était aussi un Juif, Moses Hamon, d'origine portugaise. Celui-ci reçut également un firman du sultan exemptant sa famille et ses descendants des impôts.

C'est sous ce règne que la charge de hakim bashi de Constantinople prit tant d'importance. Moses Capsali fut le premier à occuper la fonction, nommé par le sultan. Il prit place dans le divan turc, ou conseil d'État, aux côtés du mufti, ou chef des Ouléma, et au-dessus du patriarche grec. Il était le représentant officiel des Juifs devant le gouvernement turc ; il répartissait et percevait leurs impôts, nommait les rabbins, agissait comme juge et administrait généralement les affaires des communautés juives. Après Capsali, les Juifs eux-mêmes élisaient leur grand rabbin, le gouvernement ratifiant leur choix comme une simple formalité.

Un autre rabbin célèbre qui vécut sous le règne de Mohammed le Grand fut Mordecai b. Eliezer Comtino. Karaites aussi bien que Rabbinites étudièrent sous sa direction. Les premiers, bien qu'ayant été l'élément le plus influent parmi les Juifs durant l'empire byzantin, étaient alors tombés dans un tel état d'ignorance qu'ils n'avaient produit aucun auteur de renom pendant un siècle entier et avaient dû se tourner vers les Rabbinites pour l'instruction. Ils furent réveillés et revigorés, toutefois, par l'augmentation de leur nombre par immigration de Pologne et de Crimée, et par le contact avec les Rabbinites ; et ils mirent leur nouvel élan à dissensions entre eux, notamment concernant une réforme relative à l'allumage du sabbat et sur l'ancienne question du calendrier (voir Karaites). Certains Rabbinites, par conséquent, notamment Gedaliah ibn Yahya, estimèrent que le moment était venu de réaliser une réconciliation entre les deux partis. Mordecai Comtino parla avec respect des Karaites ; et les Karaites et les Rabbinites qui étudièrent sous lui acquérirent tolérance aussi bien que connaissances. Les maîtres rabbinites Enoch Saporta, Eliezer Capsali, et Elijah ha-Levi firent promettre à leurs élèves karaites de ne point parler avec mépris des autorités talmudiques, et d'observer les fêtes rabbinites. D'autre part, le grand rabbin, Moses Capsali, s'opposa fermement à toute affiliation des deux partis, tenant que les Karaites ne devaient pas être instruits dans le Talmud, puisqu'ils le rejetaient. Son successeur, Elijah Mizrahi, fut plus tolérant, et usa de toute son influence pour préserver des relations amicales. La communauté karaïte, cependant, devint de plus en plus isolée. Nombre de ses membres allèrent en Crimée ; et ceux qui restèrent vécurent dans un quartier séparé fermé du reste des Juifs.

La condition des Juifs en Turquie vers le milieu du XVe siècle était si prospère et en si grand contraste avec les souffrances endurées par leurs coreligionnaires en Allemagne et en Europe qu'Isaac Zarfati, un Juif qui s'était installé en Turquie, fut poussé à envoyer une lettre circulaire aux communautés juives d'Allemagne et de Hongrie les invitant à émigrer en Turquie. La lettre est conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris (Ancien Fonds, No. 291). Elle donne une description éclatante du sort des Juifs en Turquie (pour sa date voir Grätz, “Gesch.” viii., note 6). Zarfati dit :

"La Turquie est un pays où rien ne manque. Si vous le voulez, tout peut bien se passer pour vous. Par la Turquie vous pouvez atteindre en toute sécurité la Terre Sainte. N'est-il pas mieux de vivre sous des musulmans que sous des chrétiens ? Ici vous pouvez porter les étoffes les plus fines. Ici chacun peut s'asseoir sous sa propre vigne et son figuier. En Chrétienté, cependant, vous ne pouvez risquer d'habiller vos enfants en rouge ou en bleu sans vous exposer au danger d'être battus bleus ou écorchés rouges."

Cette lettre causa un afflux en Turquie de Juifs ashkénazes, qui furent bientôt amalgamés aux habitants juifs antérieurs.

Le plus grand afflux de Juifs en Turquie, toutefois, se produisit sous le règne du successeur de Mohammed, Bayazid II (1481-1512), après l'expulsion des Juifs d'Espagne et du Portugal.

Ce souverain reconnut l'avantage apporté à son pays par cet accroissement de richesse et d'industrie, et fit des fugitifs espagnols des hôtes bienvenus, donnant des ordres à ses gouverneurs provinciaux de les recevoir aimablement. Le sultan aurait dit alors à propos de la stupidité du monarque espagnol : « Vous appelez Ferdinand un roi sage — lui qui appauvrit son pays et enrichit le nôtre ! » Les Juifs comblèrent un besoin dans l'empire turc. Les Turcs étaient de bons soldats, mais peu habiles dans les affaires ; aussi laissèrent-ils les occupations commerciales à d'autres nationalités. Ils se méfiaient de leurs sujets chrétiens, cependant, à cause de leurs sympathies pour des puissances étrangères ; d'où les Juifs, qui n'avaient pas de telles sympathies, devinrent bientôt les agents d'affaires du pays. Venant des persécutions d'Europe, la Turquie musulmane leur parut un asile. Le poète Samuel Usque la compara à la Mer Rouge, que YHWH divisa pour Son peuple, et dans les larges eaux de laquelle Il noya leurs malheurs. Les Juifs turcs natifs aidèrent leurs frères persécutés ; et Moses Capsali leva un impôt sur la communauté de Constantinople, dont le produit fut appliqué à la libération des prisonniers espagnols.

Les Juifs espagnols s'établirent principalement à Constantinople, Salonique, Adrianople, Nicopolis, Jérusalem, Safed, Damas et en Égypte, et à Brusa, Tokat et Amasia en Asie Mineure. Smyrne ne fut peuplée par eux que plus tard. La population juive à Jérusalem passa de 70 familles en 1488 à 1 500 au début du XVIe siècle. Celle de Safed passa de 300 à 2 000 familles et dépassa presque Jérusalem en importance. Damas comptait une congrégation sépharade de 500 familles. Constantinople avait une communauté juive de 30 000 individus avec quarante-quatre synagogues. Bayazid permit aux Juifs de vivre sur les rives de la Corne d'Or. L'Égypte, spécialement Le Caire, reçut un grand nombre d'exilés, qui bientôt surpassèrent en nombre les Juifs indigènes (voir Égypte). Le principal centre des Juifs sépharades fut cependant Salonique, qui devint presque une ville juive-espagnole du fait que les Juifs d'Espagne surpassèrent bientôt en nombre leurs coreligionnaires d'autres nationalités et même les habitants indigènes. L'espagnol devint la langue dominante ; et sa pureté fut maintenue pendant environ un siècle.

Les Juifs introduisirent diverses arts et industries dans le pays. Ils instruisirent les Turcs dans l'art de fabriquer la poudre, les canons et d'autres instruments de guerre, et devinrent ainsi des instruments de destruction dirigés contre leurs anciens persécuteurs. Ils se distinguèrent aussi comme médecins et furent employés comme interprètes et agents diplomatiques. Salim I (1512-20), le successeur de Bayazid II, employa un médecin juif, Joseph Hamon. Ce souverain fut aussi bon pour les Juifs ; et après la conquête de l'Égypte (1517) il nomma Abraham de Castro au poste de maître de la monnaie dans ce pays. Salim changea le système administratif des Juifs en Égypte, et abolit la charge de nagid. Il est intéressant de noter que les Juifs turcs étaient en faveur de la conquête de l'Égypte, tandis que les musulmans orthodoxes s'y opposaient.

Suleiman le Magnifique (1520-66), comme son prédécesseur Salim I, eut un médecin juif personnel, Moses Hamon II, qui accompagna son maître royal dans ses campagnes. La Turquie était alors au faîte de sa puissance et de son influence et était crainte et respectée par les grandes puissances d'Europe. Ses Juifs étaient en conséquence prospères. Ils occupaient des postes de confiance et d'honneur, prenaient part aux négociations diplomatiques, et avaient tant d'influence à la cour que les ambassadeurs chrétiens étrangers furent souvent contraints d'obtenir des faveurs par leur entremise. Sous Suleiman, le commerce passa largement entre leurs mains ; et ils rivalisèrent avec Venise dans le commerce maritime. À Constantinople ils possédaient de belles maisons et jardins sur les rives du Bosphore. Nicolo Nicolai, chambellan du roi de France, qui accompagna l'ambassadeur français à Constantinople, décrivit ainsi les Juifs de Turquie :

« Il y a tant de Juifs dans toute la Turquie, et en Grèce surtout, que c'est une grande merveille et tout à fait incroyable. Ils augmentent chaque jour par le commerce, la change et le colportage qu'ils pratiquent presque partout sur terre et sur l'eau ; si bien qu'on peut dire véritablement que la plus grande part du commerce de tout l'Orient est entre leurs mains. À Constantinople ils ont les plus grands bazars et magasins, avec les meilleurs et les plus coûteux objets de toute sorte. De plus, on rencontre parmi eux beaucoup d'artistes habiles et de mécaniciens, spécialement parmi les Maranos, qui il y a quelques années furent chassés d'Espagne et du Portugal. Ceux-ci, avec grand mal et dommage pour la Chrétienté, ont appris aux Turcs à fabriquer des instruments de guerre. . . . Lesdits Juifs ont aussi établi une imprimerie, ce qui est chose merveilleuse pour les Turcs. Ils impriment des livres en latin, grec, italien, syriaque et hébreu ; mais en turc et en arabe ils n'ont pas la permission d'imprimer. De plus, ils connaissent la plupart des langues ; si bien qu'ils sont employés comme interprètes » (“Viaggi nella Turchia,” pp. 142-143, Venise, 1580).

Nicolai mentionne aussi Hamon comme « une personne d'un grand honneur, d'une grande activité, d'une grande renommée et d'une grande richesse. »

Si l'on rappelle l'activité belliqueuse des Turcs à cette époque, lorsqu'ils faisaient le siège de Vienne et menaçaient d'envahir l'Europe, la pleine portée de l'allusion de Nicolai à la fabrication d'instruments de guerre apparaît clairement. Les Juifs eurent aussi une influence plus directe sur la conduite des guerres et des paix par les négociations diplomatiques auxquelles ils prirent part. Moses Hamon influença le sultan en faveur de Donna Gracia Mendes ; et le souverain envoya un messager impérial à Venise exigeant que les autorités la remissent en liberté et la laissassent aller en Turquie. Elle et son neveu Don Joseph Nasi prirent immédiatement une part éminente aux affaires juives en Turquie. Joseph, par ses vastes connexions commerciales parmi ses coreligionnaires maranos dans les capitales d'Europe, put fournir au sultan des renseignements confidentiels sur ce qui se passait aux cours étrangères ; et il devint bientôt un conseiller favori. Le sultan fut amené à s'intéresser au sort des prisonniers juifs turcs à Ancone ; et il écrivit une lettre hautaine à Paul IV exigeant leur libération. En représailles pour le sort des autres Juifs à Ancone, les Juifs turcs, menés par Donna Gracia et Joseph, cherchèrent à établir un boycott effectif du port de cette ville, et à transférer son commerce à Ferrare ; mais le projet échoua par manque d'unité parmi ses promoteurs. L'influence de Joseph à la cour fut encore consolidée par le fait qu'il soutint ouvertement les prétentions du fils de Suleiman, Salim, au trône à un moment où la succession était douteuse. Il gagna ainsi la faveur durable de ce prince, dont toutes les intrigues ultérieures des envoyés français et vénitiens furent incapables de le priver.

Suleiman institua pour le bénéfice des Juifs la charge de “kahia” ou Kahiya (N'np). C'était la tâche de cet officier de les représenter à la cour et de les défendre contre l'injustice et l'oppression. Le premier titulaire de la charge, nommé par le sultan lui-même, fut Shealtiel. Il y avait d'autant plus besoin d'un tel défenseur que les Juifs de l'empire turc étaient continuellement harcelés par leurs voisins chrétiens. À Amasia, en Asie Mineure, la vieille accusation de meurtre rituel fut ravivée ; plusieurs Juifs furent tués. Plus tard, quand leur innocence fut établie, le cadi tua par colère quelques-uns des Grecs qui avaient porté l'accusation. Un autre cas de ce genre amena Suleiman à promulguer une loi par laquelle toutes les futures accusations de sang devaient être jugées devant le sultan lui-même.

Suleiman conféra la ville de Tibériade et ses environs à son favori Joseph Nasi ; et celui-ci avait un temps projeté la fondation d'une colonie juive en Palestine. Les remparts de Tibériade furent rebâtis, et Joseph invita des Juifs d'Europe, fournissant même des navires pour leur transport. On ne sait pas combien répondirent à l'appel ; mais le projet d'une colonie juive à Tibériade ne fut pas réalisé, et Joseph semble avoir déplacé son intérêt ailleurs.

À l'avènement de Salim II (1566) Joseph fut créé duc de Naxos et des Cyclades ; mais il continua de résider à Constantinople, nommant comme vice-roy pour les îles un noble espagnol nommé Coronello. Ainsi, en moins de cent ans après que les Juifs eurent été chassés d'Espagne, un noble de ce royaume se trouva employé par des Juifs. L'année suivante à l'avènement de Salim, une ambassade française autrichienne reçut commission d'appeler Joseph Nasi et de lui offrir un salaire fixe pour assurer sa bonne grâce. L'année suivante il reçut un firman du sultan l'autorisant à saisir les cargaisons des navires français en eaux turques, à hauteur de la dette que le gouvernement français devait depuis longtemps à la famille Mendes et que Suleiman et Salim avaient vainement essayé de recouvrer pour lui. En 1569 il réussit enfin à se rembourser sur des cargaisons saisies dans le port d'Alexandrie, la France se plaignant et protestant en vain. Pas plus heureuses furent les tentatives de l'ambassadeur de France pour saper la position de Joseph à la cour turque (voir Nasi, Joseph). Quelque années plus tard Joseph parvint à influencer le sultan à faire la guerre à Venise à cause de Chypre. L'influence de Joseph auprès du sultan était telle que même des souverains chrétiens s'adressaient directement à lui. L'empereur Ferdinand d'Autriche lui écrivit, ainsi que Guillaume d'Orange, ce dernier essayant de le pousser à déclarer la guerre à l'Espagne. Ce projet, bien que favorisé par Don Joseph, fut combattu par le grand vizir Mohammed Sokolli, qui avait depuis longtemps été son ennemi. L'influence de Joseph prit fin à la mort de Salim, quand commença la domination des grands vizirs, à partir de Sokolli.

La place de Joseph Nasi fut prise par un autre Juif, Solomon Ashkenazi, qui, bien qu’il restât davantage dans l’ombre et travaillât par l’intermédiaire des grand-vizirs au lieu d’entrer directement en contact avec le sultan, fut encore plus influent que Joseph. Le nom d’Ashkenazi est fréquemment mentionné dans la correspondance diplomatique de l’époque entre la Porte et les autres cours européennes. La guerre avec Venise, qui avait été commencée par un Juif, fut terminée par un autre. Ashkenazi, qui avait œuvré en faveur de la paix tandis que les hostilités faisaient encore rage, fut délégué par la Porte pour régler les conditions de paix et fut envoyé à Venise à cet effet. Les Vénitiens, quoiqu’à contrecœur, durent recevoir le Juif avec tous les honneurs dus à l’ambassadeur d’une nation aussi puissante que la Turquie. Ashkenazi eut aussi de l’influence pour faire porter le choix d’un roi de Pologne sur Henri d’Anjou. Il fut de même chargé des négociations pour une paix entre l’Espagne et la Turquie.

Toute la faveur montrée à certains Juifs n’affecta cependant pas le sort de la communauté dans son ensemble, dont le destin dépendait du caprice d’un souverain despotique. Le sultan Murad III, par exemple, ordonna à une occasion l’exécution de toutes les Juifs somptuaires de l’empire simplement parce qu’il était contrarié par le luxe qu’ils montraient dans leurs vêtements. Ce ne fut qu’après l’intervention de Solomon Ashkenazi et d’autres Juifs influents auprès du grand-vizir, secondée par le paiement d’une forte somme d’argent, que l’ordre fut changé en une loi restreignant la façon de se vêtir. Dès lors on exigea que les Juifs portassent une sorte de bonnet au lieu du turban, et qu’ils s’abstinssent d’employer la soie pour confectionner leurs vêtements.

Certaines Juives devinrent alors éminentes comme médecins et intrigantes. Esther Kier fut particulièrement célèbre comme favorite de la sultane vénitienne Baffa, épouse de Murad III et mère de Mohammed III. Les femmes turques du harem exercent toujours plus d’influence qu’on ne leur en attribue ordinairement; et les Juives qui y étaient accueillies à diverses fonctions servaient fréquemment d’intermédiaires et influaient indirectement sur les actions des hommes en vue. Esther Kiera, par sa position d’intime de la sultane Baffa, prit une importance considérable dans les intrigues diplomatiques de l’époque; et elle trafiqua en postes militaires. Elle amassa une grande fortune, dont une large part fut dépensée à secourir ses coreligionnaires pauvres et à favoriser leurs efforts littéraires. La cupidité, cependant, semble avoir emporté sa discrétion; et elle eut une fin tragique. La famille Mendesia donna deux femmes, Gracia Mendesia et sa fille Reyna Nasi, épouse de Joseph Nasi, qui firent beaucoup pour les Juifs de Turquie. Une autre Juive importante fut la veuve de Solomon Ashkenazi. Elle réussit à guérir le jeune sultan Ahmad I. de la petite vérole, après l’échec de tous les autres médecins. Une contemporaine d’Esther Kiera, en 1599, écrivit une lettre qui accompagna un présent de la mère du sultan à la reine d’Angleterre. On en trouve une traduction chez Kayserling, “Die Jüdischen Frauen,” pp. 91-92.

La prospérité dont jouissaient les Juifs de Turquie au seizième siècle les porta à entretenir des espérances messianiques, et les doctrines cabalistiques se répandirent rapidement. Parmi ceux qui les promurent furent particulièrement en vue Judah Hayyat, Baruch de Benevento, Abraham b. Eliezerha-Levi d’Adrianople, Meïr ibn Gabbai et David ibn Abi Zimra (Franco, “Histoire des Israelites de l’Empire Ottoman,” p. 52). Au début du siècle, l’apparition de cet aventurier excentrique David Reubeni, qui prétendait être l’ambassadeur d’un roi juif indépendant d’Arabie envoyé pour chercher aide contre les Turcs, excitâ les espérances dans tout le monde juif qu’il fût le précurseur du Mashiah. Sous son influence, Solomon Molko du Portugal commença à avoir des visions, et fut poussé par l’une d’elles à se rendre en Turquie. À Salonique, l’un des principaux centres de la Cabale dans l’empire, il rencontra le cabaliste âgé Joseph Taitazak; et à Adrianople il inspira de visions cabalistiques le jeune Joseph Caro.

Molko se rendit également en Palestine et demeura quelque temps à Safed, alors un véritable nid de cabalisme. Il proclama que la période messianique commencerait en 1540 (5300 a.m.). Après la mort de Molko (1532), les Juifs de Safed restèrent attachés à leur espérance du Mashiah; et, afin de préparer sa venue, ils tentèrent d’introduire l’unité dans le judaïsme en organisant un tribunal juif reconnu ou Sanhédrin. Le projet, cependant, n’aboutit pas, en raison de la rivalité personnelle des deux chefs des communautés de Safed et de Jérusalem respectivement, Jacob Berau et Levi b. Jacob Habib.

Après la mort de Berab, Joseph Caro devint le rabbin principal à Safed, étant venu en Palestine animé de l’idée qu’il était destiné à jouer un rôle éminent dans la préparation du chemin pour le Mashiah. Lui, comme Molko, eut des visions et fit des rêves prophétiques. Mais les visions et les extases religieuses de Molko et de Caro n’étaient rien en comparaison des extravagances des chefs cabalistiques qui leur succédèrent. Dans les trois dernières décades du seizième siècle, Safed et toute la Galilée devinrent le théâtre d’excès de déments religieux, de prestidigitateurs et de faiseurs de miracles; et les notions cabalistiques s’y répandirent ensuite à travers la Turquie et en Europe. Ce mouvement reçut son impulsion principalement de deux hommes, Isaac Luria et son disciple Hayyim Vital. Le premier conversait avec des esprits des morts, parlait avec des animaux et des anges, et élabora une théorie particulière concernant l’origine et la qualité des âmes et leurs migrations. Le Zohar fut placé au même niveau que le Talmud et la Bible.

La situation prospère des Juifs en Turquie pendant cette période n’était pas profondément enracinée. Elle ne reposait pas sur des lois ou des conditions fixes, mais dépendait entièrement du caprice des souverains individuels. De plus, le niveau de civilisation dans toute la Turquie était très bas, et les masses étaient illettrées. En outre, il n’y avait pas d’unité parmi les Juifs eux-mêmes. Ils étaient venus en Turquie de nombreux pays, apportant avec eux leurs propres coutumes et opinions, auxquelles ils s’attachaient tenacement, et avaient fondé des congrégations séparées. Et avec le déclin de la puissance turque même leur prospérité superficielle disparut. Ahmad I., qui monta sur le trône dans les premières années du dix-septième siècle, était, il est vrai, disposé favorablement envers les Juifs, ayant été guéri de la petite vérole par une Juive (voir ci-dessus); et il emprisonna certains Jésuites qui essayaient de les convertir.

Certaines Juives devinrent alors éminentes comme médecins et intriguantes. Esther Kier fut particulièrement célèbre comme favorite de la sultane vénitienne Baffa, épouse de Murad III et mère de Mohammed III. Les femmes turques du harem exercent toujours plus d’influence qu’on ne leur en attribue ordinairement; et les Juives qui y étaient accueillies à diverses fonctions servaient fréquemment d’intermédiaires et influaient indirectement sur les actions des hommes en vue. Esther Kiera, par sa position d’intime de la sultane Baffa, prit une importance considérable dans les intrigues diplomatiques de l’époque; et elle trafiqua en postes militaires. Elle amassa une grande fortune, dont une large part fut dépensée à secourir ses coreligionnaires pauvres et à favoriser leurs efforts littéraires. La cupidité, cependant, semble avoir emporté sa discrétion; et elle eut une fin tragique. La famille Mendesia donna deux femmes, Gracia Mendesia et sa fille Reyna Nasi, épouse de Joseph Nasi, qui firent beaucoup pour les Juifs de Turquie. Une autre Juive importante fut la veuve de Solomon Ashkenazi. Elle réussit à guérir le jeune sultan Ahmad I. de la petite vérole, après l’échec de tous les autres médecins. Une contemporaine d’Esther Kiera, en 1599, écrivit une lettre qui accompagna un présent de la mère du sultan à la reine d’Angleterre. On en trouve une traduction chez Kayserling, “Die Jüdischen Frauen,” pp. 91-92.

La prospérité dont jouissaient les Juifs de Turquie au seizième siècle les porta à entretenir des espérances messianiques, et les doctrines cabalistiques se répandirent rapidement. Parmi ceux qui les promurent furent particulièrement en vue Judah Hayyat, Baruch de Benevento, Abraham b. Eliezerha-Levi d’Adrianople, Meïr ibn Gabbai et David ibn Abi Zimra (Franco, “Histoire des Israelites de l’Empire Ottoman,” p. 52). Au début du siècle, l’apparition de cet aventurier excentrique David Reubeni, qui prétendait être l’ambassadeur d’un roi juif indépendant d’Arabie envoyé pour chercher aide contre les Turcs, excitâ les espérances dans tout le monde juif qu’il fût le précurseur du Mashiah. Sous son influence, Solomon Molko du Portugal commença à avoir des visions, et fut poussé par l’une d’elles à se rendre en Turquie. À Salonique, l’un des principaux centres de la Cabale dans l’empire, il rencontra le cabaliste âgé Joseph Taitazak; et à Adrianople il inspira de visions cabalistiques le jeune Joseph Caro.

Molko se rendit également en Palestine et demeura quelque temps à Safed, alors un véritable nid de cabalisme. Il proclama que la période messianique commencerait en 1540 (5300 a.m.). Après la mort de Molko (1532), les Juifs de Safed restèrent attachés à leur espérance du Mashiah; et, afin de préparer sa venue, ils tentèrent d’introduire l’unité dans le judaïsme en organisant un tribunal juif reconnu ou Sanhédrin. Le projet, cependant, n’aboutit pas, en raison de la rivalité personnelle des deux chefs des communautés de Safed et de Jérusalem respectivement, Jacob Berau et Levi b. Jacob Habib.

Après la mort de Berab, Joseph Caro devint le rabbin principal à Safed, étant venu en Palestine animé de l’idée qu’il était destiné à jouer un rôle éminent dans la préparation du chemin pour le Mashiah. Lui, comme Molko, eut des visions et fit des rêves prophétiques. Mais les visions et les extases religieuses de Molko et de Caro n’étaient rien en comparaison des extravagances des chefs cabalistiques qui leur succédèrent. Dans les trois dernières décades du seizième siècle, Safed et toute la Galilée devinrent le théâtre d’excès de déments religieux, de prestidigitateurs et de faiseurs de miracles; et les notions cabalistiques s’y répandirent ensuite à travers la Turquie et en Europe. Ce mouvement reçut son impulsion principalement de deux hommes, Isaac Luria et son disciple Hayyim Vital. Le premier conversait avec des esprits des morts, parlait avec des animaux et des anges, et élabora une théorie particulière concernant l’origine et la qualité des âmes et leurs migrations. Le Zohar fut placé au même niveau que le Talmud et la Bible.

La situation prospère des Juifs en Turquie pendant cette période n’était pas profondément enracinée. Elle ne reposait pas sur des lois ou des conditions fixes, mais dépendait entièrement du caprice des souverains individuels. De plus, le niveau de civilisation dans toute la Turquie était très bas, et les masses étaient illettrées. En outre, il n’y avait pas d’unité parmi les Juifs eux-mêmes. Ils étaient venus en Turquie de nombreux pays, apportant avec eux leurs propres coutumes et opinions, auxquelles ils s’attachaient tenacement, et avaient fondé des congrégations séparées. Et avec le déclin de la puissance turque même leur prospérité superficielle disparut. Ahmad I., qui monta sur le trône dans les premières années du dix-septième siècle, était, il est vrai, disposé favorablement envers les Juifs, ayant été guéri de la petite vérole par une Juive (voir ci-dessus); et il emprisonna certains Jésuites qui essayaient de les convertir.

Le gouvernement turc discrimine les Juifs étrangers visitant la Palestine; ils ne sont pas autorisés à séjourner en Terre Sainte plus de trois mois. La question de l’immigration juive en Turquie se posa en 1882, quand on fit appel aux bons offices des États-Unis pour obtenir la permission que des Juifs russes s’établissent en Turquie. En 1885 les frères Lubrowsky, deux citoyens américains, furent expulsés de Safed parce qu’ils étaient Juifs. Le gouvernement des États-Unis protesta aussitôt; mais aucune solution permanente de la question ne fut trouvée. En 1888 la Porte déclara que les Juifs étrangers ne pouvaient rester en Palestine plus de trois mois, oùupon les gouvernements des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France envoyèrent des notes protestant contre une telle discrimination en raison de la foi et de la race. Le gouvernement turc annonça alors que la restriction ne s’appliquait qu’aux Juifs arrivant en Palestine en nombre, les effets politiques de la colonisation y étant redoutés. Diverses protestations ont été faites depuis lors en des temps différents et par des gouvernements différents, mais la règle demeure en vigueur, et les Juifs étrangers ne sont pas autorisés à rester en Terre Sainte plus de trois mois.

En 1895 se posa en outre la question de savoir si les Juifs étrangers pouvaient posséder des biens immobiliers à Jérusalem, et la Porte y répondit par la négative.

Sur la question du sionisme, le Dr Theodor Herzl eut plusieurs longs entretiens avec le sultan en mai 1901 (voir aussi Zionism).

Les accusations de meurtre rituel furent fréquentes pendant le dix-neuvième siècle, presque sans qu’il se passe un intervalle de plus de deux ou trois ans sans qu’un trouble sur ce sujet ne se fasse sentir quelque part dans le pays. Aussi tard que 1903 il y eut un grave soulèvement à Smyrne. Le gouvernement ottoman a toujours été prompt à punir les coupables. La loi établie au seizième siècle par Soliman le Magnifique à cet égard a déjà été mentionnée. En 1633 un complot visant à nuire à certains Juifs par la même accusation fut découvert par le grand-vizir, et les coupables furent sommairement punis par le sultan. En 1840 un soulèvement à Damas (voir Damascus Affair) provoqua un massacre si sérieux des habitants juifs que l’attention du monde extérieur fut attirée sur les souffrances des Juifs. Un comité composé de Moses Montefiore, Isaac Adolphe Crémieux et Salomon Munk se rendit en Orient et insista pour obtenir réparation pour les victimes. Cet événement, en révélant au monde occidental la misérable condition des Juifs en Turquie, mena à la fondation de l’Alliance Israélite Universelle. Cette société, par ses écoles — spécialement ses écoles d’enseignement manuel et agricoles, qui préparent leurs élèves à des occupations autres que celles liées à la manipulation de l’argent — a fait beaucoup et fait encore davantage pour élever le niveau des Juifs turcs. Les noms des familles Hirsch et Rothschild ainsi que celui de Sir Moses Montefiore resteront à jamais associés au travail d’amélioration de la condition des Juifs en Turquie. Par leur influence et leur argent et par des fondations philanthropiques ils ont utilement secondé l’œuvre de l’Alliance. À diverses époques le choléra, le feu et la famine ont réduit les Juifs turcs à l’extrême misère, que leurs coreligionnaires d’Occident ont fait de leur mieux pour soulager. Les Juifs d’Asie Mineure furent aussi affectés par les troubles arméniens dans la dernière partie du dix-neuvième siècle; et un rabbin fut tué à Keui Saniak sur le Petit Zab.

La période florissante de la littérature juive en Turquie se situe aux quinzième et seizième siècles, après l’arrivée des exilés espagnols. La littérature existait cependant aussi avant cette époque; la judaïté turque n’avait pas été sans hommes littéraires et scientifiques. Des imprimeries et des écoles talmudiques furent établies; et une correspondance active avec l’Europe fut maintenue. Moses Capsali et son successeur, Elijah Mizrahi, furent tous deux des talmudistes de haut rang. Ce dernier fut également réputé comme mathématicien pour son commentaire sur les “Elements” d’Euclide, ainsi que pour son œuvre indépendante “Sefer Ha-Mispar.” Mordecai Comtino écrivit un commentaire biblique intitulé “Keter Torah,” et des commentaires sur les œuvres mathématiques et grammaticales d’Ibn Ezra et d’autres, et sur les œuvres logiques d’Aristote et de Maïmonide. Elijah Capsali, à Candie, neveu du hakam bashi, écrivit en hébreu une histoire des dynasties turques (1523), et sa correspondance, intitulée “Sefer No'am,” a une valeur historique concernant les disputes entre rabbins italiens, grecs et turcs. Un autre contributeur à la littérature historique fut Samuel Shullam d’Espagne, qui édita le “Yuhasin” d’Abraham Zacuto (1566) et écrivit une continuation de l’“Historia Dynastiarum” d’Abu al-Faraj. Solomon Algazi rédigea un compendium de chronologie; et Perahia et Daniel Cohen (père et fils) à Salonique, et Issachar ibn Susan à Safed, publièrent des ouvrages mathématiques et astronomiques. La littérature karaïte fut représentée par Elijah Basliyazi et Caleb b. Elijah Afendopolo.

Comme autorités talmudiques particulièrement éminentes on cite Levi b. Habib (fils de Jacob b. Habib de Salonique, auteur de “'En Ya'akob”) et Jacob Berab, dont la dispute mentionnée plus haut fit prendre parti les principaux écrivains rabbiniques pour l’un ou l’autre. Moses Alashkar, le poète synagogal, défendit Habib, tandis que Moses b. Joseph Trani, l’écrivain éthique et homilétique, prit la défense de Berab. Trani écrivit une collection de traités éthiques intitulée “Bet Elolim,” et un commentaire sur la “Mishneh Torah” de Maïmonide. Hisson, Joseph Trani, fut aussi éminent dans ce domaine. Parmi d’autres savants talmudiques figurent : David ibn Abi Zimra, qui écrivit des œuvres exégétiques, cabalistiques et méthodologiques; Samuel Sedillo d’Égypte; et son homonyme à Safed, qui rédigea un commentaire sur le Talmud palestinien. Des collections de responsa furent faites par David ha-Kohen, David b. Solomon Vital, Samuel de Medina, Joseph b. David ibn Leb, Joseph Taitazak, Eliezer Shim'oni, Elijah ibn Hayyim, Isaac Adarbi, Solomon b. Abraham ha-Kohen, Solomon Levi, Jacob b. Abraham Castro, Joseph ibn Ezra, Joseph Pardo, Abraham di Boton, Mordecai Kala'i, Hayyim Shahbethai, Elijah Alfandari, Elijah ha-Kohen, Benjamin b. Metalia et Bezaleel Ashkenazi d’Égypte.

Des commentaires sur différents livres de l’Ancien Testament furent écrits par Jacob Berab, David ibn Abi Zimra, Joseph Taitazak, Isaac b. Solomon ha-Kohen, Joseph Zarfati, Moses Najara, Meïr Arama, Samuel Laniado, Moses Alshech et Samuel Valerio. Moses b. Elijah Pobiau publia une traduction de la Bible en grec moderne (1576); et une traduction persane fut faite par Jacob Tawus, qui semble avoir été amené de Perse à Constantinople par Moses Hamon. Moses Almosnino, un prédicateur célèbre à Salonique, écrivit des articles sur la philosophie et l’astronomie, un commentaire de la Bible, une collection de sermons et une description de Constantinople intitulée “Extremos y Grandezas de Constantinople.” La poésie prospéra aussi. Le plus important poète hébreu de Turquie et du siècle fut Israel b. Moses Najara de Damas, dont l’œuvre est représentée dans le rituel des congrégations juives partout.

Parmi les écrivains cabalistiques distingués figurent : Moses Cordovero, Solomon Alkabiz, Moses Galante et ses fils, Elijah di Vidas, Moses Alshech, Moses Basula, et, le plus célèbre de tous, Isaac Luria et Hayyim Vital. Le représentant le plus éminent de la Halakha fut Joseph Caro, dont le Shulhan 'Aruk, la seule œuvre vraiment grande publiée sur le sol turc, marqua une époque dans l’histoire du judaïsme.

La littérature juive en Turquie déclina quelque peu après le seizième siècle. Les écrivains les plus connus du dix-septième siècle furent Joseph Delmedigo, Joseph Cattawi et Solomon Ayllon; du dix-huitième, Jacob Culi, Abraham de Tolède et Jacob Vitas, qui écrivirent en judéo-espagnol. Un grand nombre d’ouvrages talmudiques parurent au dix-huitième siècle (voir Franco, loc. cit., pp. 124 et s.). De nombreux ouvrages rabbiniques en hébreu furent publiés aussi au dix-neuvième siècle; mais la littérature judéo-espagnole subit une transformation, devenant plus populaire dans le style et comprenant des traductions de romans, des biographies d’hommes éminents, des histoires, des œuvres scientifiques, etc. (voir la liste dans Franco, loc. cit., pp. 270 et s.). Une certaine quantité de littérature hébraïque a été publiée en Turquie par des sociétés missionnaires protestantes (Franco, loc. cit., p. 276).

Le seul écrivain juif important en turc fut Haji Ishak Effendi, qui se convertit à l’islam et entra au service du gouvernement ottoman comme professeur de mathématiques et interprète.

Le nombre total de Juifs en Turquie, y compris la Syrie, la Palestine et Tripoli, est estimé à 463,688 (“Bulletin de l’Alliance Israélite Universelle,” 1904, p. 168). Parmi ceux-ci, 188,896 (y compris les Juifs de Constantinople) se trouvent en Europe. Le tableau n° 1 ci-joint (compilé d’après Cuinet, “La Turquie d’Asie,” Paris, 1892) montre la répartition des Juifs dans la Turquie asiatique, la Syrie et la Palestine, selon vilayets, sanjaks et mutessarifats ou mutessarilliks. Le tableau n° II montre la population juive selon les villes, et les écoles de l’Alliance Israélite Universelle. Lorsque les deux tableaux ne concordent pas, les chiffres du n° II doivent être préférés, car les Juifs, pour diverses raisons (par ex., la crainte d’une augmentation d’impôts), sont peu enclins à donner des chiffres exacts à un représentant du gouvernement (“Bulletin de l’Alliance,” 1904, p. 164). Dans les tableaux, les noms sont orthographiés comme dans les autorités citées.

Tableau n° I.

Vilayet.

Sanjak.

Population juive.

[Suit la reproduction des tableaux tels qu’ils figurent dans la source.]

Tableau n° II.

(Les astérisques désignent les villes qui ont des écoles de l’Alliance.)

Turquie en Europe.

Ville.

Population juive.

Nombre d’élèves dans les écoles de l’Alliance.

Primaire.

Apprentissage.

Garçons.

Filles.

Garçons.

Filles.

[Suit la reproduction des listes et tableaux tels qu’ils figurent dans la source.]

Outre ces écoles, l’Alliance a la charge des Talmud Torahs d’Adrianople et de Damas, comprenant respectivement 1,083 et 771 élèves; du Talmud Torah de Smyrne; des écoles Revka-Nurial et Aaron Saleh, totalisant 500 élèves, à Bagdad; et de l’école commune de Smyrne, qui compte 255 élèves. L’Alliance possède aussi des écoles agricoles qui, conjointement avec les écoles industrielles, offrent le point de vue le plus prometteur pour l’avenir des Juifs de Turquie.

Les Sépharades se sont tenus en général plus à l’écart des habitants juifs originels du pays, et ont conservé nombre des coutumes qu’ils apportèrent d’Espagne. Le principal siège des Juifs sépharades est Salonique; mais ils prédominent aussi dans les autres villes de l’ouest de la Turquie. Outre ces Juifs de descendance étrangère, il y a les habitants juifs originaires du pays, appelés en Palestine “Musta'ribin,” et aussi les “Maghrahin,” ou Juifs d’Afrique du Nord. Dans la partie orientale de l’empire turc, dans les vilayets de Van et de Mossoul, vivent des Juifs qui seraient descendants des captifs assyriens et de ceux ramenés de Palestine par le roi arménien Tigrane III. Ils sont à peine distinguables des autres habitants du pays, sauf par les longues boucles qu’ils portent pendant sur les tempes (Cuinet, loc. cit. ii. 654). Sur les 5,000 Juifs du vilayet de Van, seulement 360 adhèrent à leur foi ancienne, les autres ayant adopté la religion des Arméniens.

La langue parlée par les Juifs en Turquie est principalement un mélange d’espagnol et d’hébreu, dans lequel le premier élément prédomine. Les Juifs ashkénazes parlent un jargon judéo-allemand. Pendant environ un siècle après leur arrivée en Turquie, les exilés espagnols conservèrent leur langue maternelle dans sa pureté originelle. Gonsalvo de Illescas, un écrivain espagnol du seizième siècle, affirme avoir rencontré à Salonique des Juifs qui parlaient le castillan avec un accent aussi pur que le sien. Dans les années suivantes, cependant, par l’intermédiaire de l’adjonction de mots hébreux et d’autres langues, la langue dégénéra en un jargon (voir Judeo-Spanish). Pour une raison inconnue, contrairement à leur pratique dans la plupart des pays, les Juifs furent lents à apprendre la langue officielle du pays, qui est le turc. Même dans les écoles fondées par l’Alliance on tenait d’abord la connaissance du français pour plus importante. Ces dernières années cependant, les Juifs se sont rendu compte que, par leur ignorance de la langue officielle, ils avaient été écartés des emplois gouvernementaux par les Grecs et les Arméniens; et un effort sérieux est entrepris pour répandre la connaissance du turc. Les Juifs ne semblent pas avoir la même antipathie pour l’arabe; et à Alep, en Syrie, et en Mésopotamie, c’est-à-dire au sud de la ligne linguistique séparant le turc et l’arabe, les Juifs parlent ordinairement ce dernier, bien que l’hébreu soit aussi employé. Dans le vilayet de Van, les Juifs utilisent un dialecte araméen. Les Juifs sont appelés “Yahudi” par les Turcs, ou, avec plus de respect, “Musavi” = “descendants de Moïse.” Un terme de mépris qui leur est très couramment appliqué est “tchifut” = “méprisable,” “avaricieux.”

Les Juifs ont, dans l’ensemble, été bien traités par… [le texte se poursuit dans la source].

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.