Définition dans Jewish Encyclopedia
Doeg
DOEG
Données bibliques : Un Édomite ; chef des bergers de Saül. Lorsque David, averti par Jonathan, s’enfuit de Saül chez le prêtre Abimelech à Nob, il trouva Doeg là-bas. Sous prétexte d’être au service du roi, David fut hospitalièrement accueilli, reçut d’Abimelech l’épée de Goliath, et s’échappa (I Sam. xxi. 2-11). Saül, en apprenant l’évasion de David, accusa ses serviteurs d’avoir aidé David, où Doeg révéla ce qui s’était passé à Nob (ib. xxii. 6-10). Saül reprocha alors à Abimelech ce qu’il avait fait (tb. 11-13), et ordonna à ses coursiers de tuer les prêtres de Nob (ib. 17) ; les coursiers refusèrent d’obéir, et alors Doeg, sur l’ordre de Saül, s’empara des prêtres, et détruisit aussi Nob (ib. 18, 19). Le psaume lii., selon son verset introductif, est dirigé contre Doeg.
J. JR. C. J. M.
Dans la littérature rabbinique : Doeg est le sujet de nombreuses légendes rabbiniques, dont l’origine se trouve en partie dans le psaume lii. Bien qu’il mourût à l’âge précoce de trente-quatre ans (Sanh. 69b), il est considéré par les rabbins comme le plus grand érudit de son temps, l’épithète 'DITN étant supposée lui avoir été appliquée parce qu’il faisait « rougir » quiconque disputait avec lui (Midr. Teh. lii. 4 ; éd. Buber, p. 284). Il pouvait soulever 300 questions différentes à propos d’un seul cas rituel (Hag. 15b). Mais il manquait de piété intérieure, si bien qu’Elohîm était « anxieux » (JXn) concernant sa fin, et « pleura » (m) pour lui (Sanh. 106b). Ses qualités les plus malheureuses furent cependant sa malveillance, sa jalousie et sa langue calomnieuse. Il chanta les louanges de David devant Saül (I Sam. xvi. 18) seulement afin de provoquer sa jalousie, en attribuant à David des qualités que Saül n’avait pas (Sanh. 93b; comparer Midr. Shemuel xix., fin). Il nourrissait une rancune contre David, dont l’opinion prévalut sur la sienne dans la détermination du site du Temple à Jérusalem (Zeb. 54b), et il avait presque réussi à prouver par ses arguments que David, en tant que descendant de Ruth la Moabite, ne pouvait, selon la Loi, appartenir à l’assemblée d’Israël, lorsque le prophète Samuel intervint en faveur de David (Yeb. 76b, 77a; Midr. Shemuel xxii.). Il déclara aussi le mariage de David avec Michal invalide, et poussa Saül à la marier à un autre.
Doeg non seulement méprisa la sainteté du mariage (ni’iy '1^53 TTin), mais il tua aussi de ses propres mains les prêtres de Nob, après qu’Abner et Amasa, les lieutenants de Saül, eurent refusé de le faire (Gen. R. xxxii. ; Midr. Teh. lii. 4). Comme il arrive souvent à ceux qui convoitent ce à quoi ils n’ont pas droit, il perdit ce qu’il possédait (Gen. R. XX.). Elohîm envoya les trois « anges de la destruction » (n^in ’’ON^D) vers Doeg ; le premier lui fit oublier son savoir, le second brûla son âme, et le troisième dispersa les cendres (Sanh. 106b ; différemment, Yer. Sanh. x. 29a). Selon quelques-uns il fut tué par ses propres élèves lorsqu’ils trouvèrent qu’il avait oublié son savoir (Yalk., Sam. 131) ; d’autres soutiennent qu’il fut tué par David lorsqu’il (Doeg) l’informa de la mort de Saül et de Jonathan (II Sam. i. 2; Pesik., éd. Buber, iii. 28b; Ginzberg, “Die Haggada bei den Kirchenvatern,” i. 38).
Selon un autre Midrash, Doeg essaya de préserver la vie d’Agag, roi des Amalécites-Édomites, en interprétant Lev. xxii. 28 comme une prohibition contre la destruction à la fois des vieux et des jeunes en guerre (Midr. Teh. lii. 4). Doeg est parmi ceux qui ont perdu leur part dans le monde futur par leur méchanceté (Sanh. x. 1 ; comparer tb. 109b). Doeg est un exemple des conséquences néfastes de la calomnie, car en calomniant les prêtres de Nob il perdit sa propre vie, et causa la mort de Saül, d’Abimelech et d’Abner (Yer. Peah i. 16a; Midr. Teh. cxx. 9 [éd. Buber, p. 504]).
E. c. L. G.
Vue critique : Le texte hébreu de I Sam. xx1. 7 est difficile, et par conséquent l’authenticité de ce verset a été inutilement suspectée ; il est présupposé par xxii. 9 (voir H. P. Smith, “Commentary on Samuel,” p. 198). La désignation, cependant, de Doeg comme « le plus puissant des bergers » (D''y"in) de Saül est inhabituelle et peu vraisemblable. Budde (“S. B. O. T.”) propose « le plus puissant des coursiers » (D'in) (d’après Gratz, “Gesch. der Juden,” i. 183, note 4), tandis que Lagarde (“Mittheilungen,” iii. 350) lit « conducteur des mules » (D'l'J?), une lecture confirmée par xxii. 9 dans la Septante, et par Judges x. 4; I Sam. ix. 3; II Sam. xvi. 2; et I Chron. xxvii. 30. Doeg fut probablement retenu au sanctuaire par un tabou lorsqu’il vit David (comparer W. R. Smith, “Religion of the Semites,” 2d ed., p. 456). La mention de Doeg dans le titre du Ps. lii. est une interpolation tardive sans valeur critique.
J. JR. G. A. B.
