Définition dans Jewish Encyclopedia

Cremation

CREMATION

Données bibliques : L’acte d’incinérer les morts. La crémation n’était pas la coutume dominante parmi les anciens Hébreux, comme elle l’était parmi d’autres nations contemporaines (voir J. Grimm, "Kleine Schriften," ii. 226). Elle leur était, toutefois, connue et fut occasionnellement pratiquée. Le Pentateuque prescrit la mise à mort par le feu comme châtiment dans certains cas d’impudicité (Lev. xx. 14, xxi. 9 ; Gen. xxxviii. 24). Dans Josh. vii. 15, 25, et peut‑être I Rois xiii. 3, et II Rois xxiii. 20, l’incinération du cadavre est ajoutée à la peine de mort. De là on peut conclure que l’incinération du corps humain était regardée avec horreur. Dans des circonstances exceptionnelles — par ex. en cas d’épidémie — la crémation peut avoir été employée. C’est du moins ce qui est inféré d’Amos vi. 10. À partir du mot inhabituel employé là f]“iDD, tenu pour être une variante dialectale de l’« oncle maternel », beaucoup ont conclu qu’à l’époque d’Amos la crémation était loin d’être répugnante aux sentiments du peuple, et que le soin que le corps fût proprement brûlé devenait un devoir sacré dévolu au parent le plus proche — dans le passage cité, à l’oncle maternel qui était donc désigné comme le P]"iDO (voir le Commentaire de Kimhi ad loc., et son D’CjnC'n « « ., eilDD).

Cependant, les preuves à l’appui de cette contention sont très faibles ; CjiDO signifie probablement l’oncle maternel sans référence à une obligation présumée de diriger le processus d’incinération des corps de ses proches. Amos vi. 10 n’implique pas nécessairement que les « os des morts » qu’on s’apprêtait à enlever de la maison furent brûlés. Dans un document karaïte de Jephet ben Ali (Felsenthal, dans le Kohut Memorial Volume, pp. 133 et s.), F|~idO apparaît comme « oncle maternel ». Ibn Ezra, ad loc., cite Ibn Kuraish comme autorité pour le sens « oncle maternel », disant que cela n’est pas soutenu ; Abu al‑Walid, dans "Kitab al-Usul," éd. Neubauer, p. 494, mentionne ce sens. Le passage de Jér. xxxiv. 5 n’a rien à voir avec la crémation. La Version Autorisée King James rend : « ils brûleront des parfums pour toi, » un rendu accepté par Graf ("Der Prophet Jeremias," Leipsic, 1863) et Giesebrecht ("Der Prophet Jeremiah," dans "Kurz. Hand-Comment. zum A. T.", Göttingen, 1894). Non plus I Sam. xxxi. 13 ne peut être interprété comme impliquant que les cadavres des rois furent incinérés et que cela constituait l’un des privilèges royaux. Il est beaucoup plus probable que, afin de protéger les cadavres d’insultes de la part des Philistins, les habitants de Jabesh‑Gilead les aient brûlés, et pour cela reçurent des louanges.

Pour l’auteur des Chroniques, la crémation des restes royaux lui parut si offensante qu’il la changea en une sépulture régulière (I Chron. x. 12). Il relate les occurrences comme suit : « Et [ils] le déposèrent [le roi Asa] dans le lit qui fut rempli de parfums et de diverses sortes d’épices préparées par l’art des apothicaires ; et ils firent pour lui un très grand brûlement » (II Chron. xvi. 14). « Et son peuple ne fit point pour lui de brûlement, comme le brûlement de ses pères » (II Chron. xxi. 19).

La coutume de faire « un très grand brûlement » aux funérailles des grands hommes continua pendant plusieurs siècles. Le Talmud (‘Ab. Zarah 11a) relate qu’aux funérailles de Rabban Gamaliel l’Ancien (vers 117 apr. J.-C.) Aquilas, le prosélyte, fit « un très grand brûlement. »

Dans la littérature talmudique : Il n’est fait
aucune mention de crémation dans la littérature talmudique. Tant Oh. ii. 2, où la question est discutée de savoir si les cendres de ceux qui furent brûlés sont à considérer comme purs ou impurs, et Niddah 27b, où une question semblable est soulevée au sujet d’un cadavre brûlé dont le squelette a été préservé, se réfèrent à des cas de combustion accidentelle. Les Tosafot Ta'an. 15b, s.v. et 16a, s.v. isti, sont d’avis que les cendres répandues sur la bimah et sur les têtes de tous ceux qui assistaient au service des jours de jeûne étaient celles d’os humains brûlés. Mais isti ne signifie pas les cendres de corps brûlés, mais les cendres de l’âtre. De même, le Talmud ne contient aucune suggestion que la crémation fut autrefois pratiquée par les anciens Hébreux.

E. G. ir. 51. Sc.

À l’époque moderne : La question de savoir si, du point de vue de la loi juive, la crémation peut être autorisée a été largement discutée en temps modernes. On convient généralement qu’il n’existe pas de loi expresse dans la Bible exigeant l’inhumation du corps humain ; et bien que le Shulchan ‘Aruk (Yoreh De'ah, 362) contienne l’assertion « L’ensevelissement dans la terre est un commandement positif, » position adoptée aussi par Maïmonide ("Sefer ha-Mitzvot," p. 261), ce commandement n’est que déduit de D^3pn lUp (« Tu l’enterreras sûrement ») dans le Deutéronome (xxi. 23 ; comparer Sanh. 46b). Il paraît incertain si l’on a jamais eu pour habitude dans des temps anciens de brûler les corps de rois et de nobles. Se référant à un tel brûlement, la Michna (‘Ab. Zarah i. 3) dit, « Toute mort accompagnée d’un brûlement est considérée comme idolâtrie » ; et le fait que le corps de Saul fut brûlé (I Sam. xxxi. 12) est dit avoir été la cause des trois années de famine au temps de David (Yeb. 78b ; Rashi à II Sam. xxi. 1). Les bûchers funéraires de vêtements coûteux et d’autres objets, auxquels il est fait référence (Tosef., éd. Zuckermandel, 119, 3, et parallèles) dans le cas de Rabban Gamaliel l’Ancien, étaient également connus en temps hasmonéen (Josèphe, "Ant." xv. 3, § 4). Selon le Shulchan ‘Aruk (348, 1) cela est expressément interdit dans le cas des gens ordinaires. Yom‑Tob Lipmann Heller tente même de prouver que les cas de brûlement mentionnés dans la Bible doivent s’expliquer comme de « l’embaumement, » par le moyen duquel tout, excepté les os, était détruit (Tosafot à Pessahim, iv. 9).

D’autre part, quelques autorités ont affirmé que l’ensevelissement n’est qu’une coutume ("minhag"), et qu’aucune objection sérieuse ne peut être opposée à la crémation. Pour le prouver, on a cité le passage suivant du Midr. Wayasha‘ (Jellinek, "Bet ha‑Midrash," i. 37) : « Isaac supplia son père sur le mont Moriah : ‘Brûle‑moi complètement, et apporte mes cendres à ma mère afin qu’elle les place dans une urne dans sa propre chambre, et que chaque fois qu’elle entrera dans la chambre elle se rappelle de moi en pleurant.’ » La même idée se retrouve dans un certain nombre de pièces liturgiques. On avance encore que mi3P nD'D^
ne peut être interprété comme s’opposant à quelque autre forme d’élimination du mort, puisqu’il signifie simplement qu’un Juif doit prendre soin de disposer du défunt de façon à mettre le corps le plus vite possible en contact avec la mère terre. Beaucoup d’autorités sont allées jusqu’à permettre que du chaux vive soit répandue sur le corps dans la tombe, afin d’accélérer le processus de décomposition (Solomon b. Adret, Responsum No. 369 ; Closés Isserles au Yoreh De’ah, 363, 2). Cette coutume devint générale parmi les Juifs portugais. Sur des motifs dogmatiques, on affirme encore qu’aucune opposition ne saurait être entretenue contre la crémation (Maïmonide, "Yad," Teshubah, viii. 2, 3) ; et Joseph Albo ("Ikkarim," iv. 30) critique Abraham ibn Daud et Nahmanide pour leur opposition à la pratique. Quelques cabalistes italiens étaient opposés à la crémation au motif que selon leur système l’âme était supposée aller de la maison du défunt à la tombe et revenir durant les sept jours qui suivent la mort ("Il Vessillo Israelitico," xxx. 105).

Les autorités juives orthodoxes ont généralement opposé la crémation au motif qu’elle n’est pas en accord avec l’esprit et les traditions du judaïsme. L’évêché italien a fait une déclaration en ce sens ("Va" xxiii. 12). Zadok Kahn, grand rabbin de France, a décidé que, dans le cas d’une crémation, la cérémonie religieuse devrait précéder l’incinération ; que le rabbin devrait alors se retirer et ne pas être présent pendant l’acte de crémation ; et que la "Hashkabah" devrait être récitée au domicile. Herman Adler, grand rabbin de Grande‑Bretagne, considère la crémation comme une violation de la loi et de la coutume juives ; mais il permet la "Levayah" lors de l’inhumation des restes (ib. xliii. 394). Le défunt haham de la communauté portugaise à Londres, B. Artom, prononça le 7 nov. 1874 un sermon sur la crémation, dans lequel il affirmait qu’elle était opposée à l’esprit et à l’histoire du judaïsme ("Jewish World," 15 juin 1874 ; comparer "Il Vessillo," xxiv. 294, 327). Cette position fut aussi soutenue par J. Hildesheimer à Berlin, Kohen à Inowrazlaw, et d’autres. Mais Moses Israel Tedeschi, rabbin de Trieste, publia un responsum en 1890 où il essaya non seulement de prouver que la crémation n’était pas contraire à l’esprit du judaïsme, mais demanda qu’à sa mort son propre corps fût disposé de cette manière ("Monatsschrift," 1890, pp. 149, 153). En 1895 les rabbins du Wurtemberg déclarèrent la crémation contraire à la loi juive parce que celle‑ci, sauf rares exceptions, interdit de mutiler un cadavre (voir "Rev. Et. Juives," xxxii. 276).

L’un des défenseurs les plus en vue de la crémation fut le rabbin A. Wiener d’Oppeln, qui contribua non seulement par des articles à la "Flamme," mais devint aussi membre de la Gesellschaft für Feuerbestattung. En 1892 la Central Conference of American Rabbis résolut « que dans le cas où nous serions invités à officier en tant que ministres de culte à la crémation d’un coreligionnaire défunt, nous ne devrions pas refuser sous le prétexte que la crémation est anti‑juive ou irréligieuse » ("Year Book," p. 43).

Bibliographie : Kuchenmeister, Die Todtenhaushaltungen der Bibel und die Feuerbestattung, Stuttgart, 1898 ; Perles, Die Leichenverhältnisse in der Alten Bibelzeit, in Monatsschrift, xviii. 765 ; Hamburger, Reste und Gebräuche des Judenthums, iii., Suppl., pp. 88 et s. ; S. A. Weissmann, O’ncn PeTi" h", in Ha-Boker Or, FaEdito‑cofiir, x.xii. 1892, 295 ; Ilveygilln Igracbtei, iii. 30, xliii. 493 ; Dallimer, in Jüdische Literaturblatt, 1876, p. 33 ; 1887, pp. 127 et s. ; Die Moderne Reform und die Totenverehrung, in Igralit, 1887, p. 861 ; Stiessel, in Allgem. Zeit. des Judenthums, 1894, Nos. 32, 33 ; Wiener, ibid., No. 38, and in Die Flamme, 1885, No. 19 ; Israel. Wochenschrift, 1888, 1887 ; Elijah Benamozegh, Ya’aiieh he‑Egh, Leghorn, 1866 ; M. Klotz, in Bloch’s Wochenschrift, 1901, No. 25, p. 423.

A. G.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.