Définition dans Jewish Encyclopedia
Convoitise
COVETOUSNESS
Le désir immodéré de
posséder ce à quoi l’on n’a pas droit, ou ce
qui appartient à autrui. Son interdiction constitue
l’essentiel du dixième commandement : « Tu ne convoiteras
pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras
pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni
sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui appartient à ton prochain » (Ex. xx. 17 ; comparer Deut.
V. 18). Les Écritures emploient les quatre termes suivants comme équivalents de « convoitise », différant par leur degré : (1) « Kin’ah » (de XJp), habituellement
traduit par « envie ». Il signifie le mécontentement à l’égard de ses propres biens en raison des possessions privilégiées d’autrui, comme dans Gen. xxxvii. 11 ; Isa. xi. 13 ;
Ps. xxxvii. 1, Ixxiii. 3 ; Prov. iii. 31, xxxiii. 17.
(3) « Awwah » (de rTiN). C’est l’équivalent
de « désir ardent », et il implique le souhait des biens d’autrui, comme dans le passage : « Tu ne désireras pas non plus la femme de ton prochain », etc. (Deut. v. 18 ; comparer Ps. xlv. 12, cvi. 14 ; Prov. xxi. 26 ; Eccl. vi. 2).
(3) « Hemdah » (de non). Ce terme est rendu par
« convoitise », et indique l’aspiration indue à
ce à quoi l’on n’a aucun droit, comme dans Ex. xx. 17 ; Deut.
V. 18, vii. 25 ; Jos. vii. 21 ; Michée ii. 2 ; Prov. xii. 12.
(4) « Beza‘ » (de J)V3). Le sens de « gain » se rapporte à l’appropriation du bien d’autrui. Comparer les passages : « Choisis . . .
des hommes de vérité, haïssant la convoitise » (Ex. xviii. 21) ;
« Car depuis le plus petit d’entre eux jusqu’au plus grand, chacun est livré à la convoitise » (Jer.
vi. 13, viii. 10 ; voir aussi Ps. x. 3, cxix. 36 ; Prov. i.
19, XV. 27).
La condamnation de la convoitise n’est nulle part exprimée avec plus de force que, par implication, dans
la lamentation de Michée : « Malheur à ceux qui
Dénonciation méditent l’iniquité et pratiquent le mal sur
prophétique leurs lits ! Lorsque paraît la lumière du matin,
ils l’exécutent, parce que cela est au
pouvoir de leur main. Et ils convoitent
des champs, et les prennent par violence ; et des maisons, et
les enlèvent ; ainsi ils oppriment un homme et sa
maison, un homme et son héritage » (Michée ii. 1-2 ;
comparer Hab. ii. 9 : « Malheur à celui qui convoite une
mauvaise convoitise »).
La convoitise ne réussit jamais à obtenir l’objet désiré. L’homme avide est méprisé par Elohîm. « Car le méchant se glorifie du désir de son cœur, et bénit le cupide, que le Seigneur abhorre » (Ps. x. 3). « Celui qui transgresse le commandement : Tu ne convoiteras pas, est considéré comme s’il avait transgressé les dix commandements » (Pesik. R. 21 ; éd. Friedmann, p. 107a).
Nahmanide (1195-1270), commentant Ex.
XX. 17, soutient que « si l’être humain dompte son désir, il ne nuira jamais à son prochain ». Isaac Aboab (v. 1300)
soutient que l’exécution des neuf commandements précédents dépend de l’accomplissement du
dixième. Aboab dit : « Celui qui ne convoite pas ne s’éloignera pas d’Elohîm, ne servira pas des dieux étrangers, ne violera pas le Chabbat et les jours de fête, ne manquera pas de respect à ses parents, ne commettra pas de meurtre, d’adultère, de vol, ni de faux serment. » « La convoitise est la racine de toutes les jalousies,
de la luxure, des transgressions et des violations des commandements » (« Menorat ha-Ma’or », Introduction à la
section i.).
Les conséquences qui accompagnent la convoitise ne
sont pas perdues de vue par le judaïsme. La convoitise est une preuve de déclin moral. « Un cœur sain
Signifi- est la vie de la chair ; mais l’envie est
cation de la pourriture des os » (Prov.
la convoitise xiv. 30). « Celui qui n’a point de maîtrise
sur son propre esprit est comme une ville
abattue et sans murailles »
(Prov. XXV. 28).
Dans certains cas, des maîtres ont retracé les effets directs de la convoitise. Les Pirke Abot (iv. 21)
considèrent la convoitise dans sa triple manifestation
comme la cause de l’exclusion de l’être humain du monde. « Si
tu désires, tu convoiteras ; et si tu convoites, tu
tyranniseras et voleras » (Mek. sur Ex. xx. 17). Bahya
ben Asher, développant le dixième commandement,
dit : « Si tu convoites, tu causes querelle, trouble et
divorce. »
Un grave préjudice résultant pour le cupide de son
désir immodéré de ce qui ne lui appartient pas légitimement est la perte du bien dont
Némésis de il est comblé. En d’autres termes,
la convoitise. la convoitise est responsable de sa propre
ruine. Que la convoitise soit la cause du
mécontentement et du malheur de l’individu est certainement vrai. Peut-être cette idée sous-tend-elle
la remarque suivante : « Celui qui regarde avec envie
ce qui ne lui appartient pas non seulement n’obtient pas ce qu’il cherche, mais perd aussi ce qu’il possède » (Sotah 9a). Une sentence proverbiale ayant le même sens est l’aphorisme talmudique : « Parce que le chameau voulut des cornes, ses oreilles furent coupées » (Sanh.
106a). Même lorsque la convoitise n’aboutit pas à la violence, le souhait de posséder le bien d’autrui
suffit à mériter condamnation. « Le souhait de pouvoir faire le mal est pire que l’acte lui-même »
(Yoma 29a).
La convoitise n’est nullement invincible. L’être humain
peut maîtriser celle-ci comme toutes les autres passions. « La
convoitise est une affaire du cœur » (Salomon ben
Melek, dans Miklal Yofl sur Deut. v. 21). L’être humain doit donc exercer une précaution particulière
pour ne pas permettre à la convoitise de le dominer. Cela
peut être évité en s’y exerçant dès l’école.
« Souviens-toi que l’objet de ta
Remède à la luxure est inaccessible, et ton esprit
convoitise sera en paix » (Abraham ibn Ezra sur
Ex. xx. 17). L’être humain doit être satisfait
de son lot. « Qui est riche ? Celui qui se réjouit de sa part » (Ab. iv. 1). L’être humain doit vaincre son désir. Une telle victoire est la marque de la puissance spirituelle. « Qui est fort ? Celui qui dompte
son mauvais penchant » (ib.). « Garde ton cœur avec
toute diligence ; car de lui procèdent les sources de la vie »
(Prov. iv. 23).
K. W. R.
