Définition dans Jewish Encyclopedia

Conférences rabbiniques

CONFERENCES, RABBINICAL

Assemblées de rabbins visant à déterminer des lignes d’action communes ou des principes communs de foi. Les conférences rabbiniques sont un phénomène tardif dans l’histoire du judaïsme, ne datant, comme elles le font, que de la quatrième décennie du dix-neuvième siècle. Il y avait eu, au cours des siècles antérieurs, des rassemblements occasionnels de Juifs pour examiner des questions importantes touchant à la vie et à la pratique religieuse du peuple ; mais les délibérations de ces réunions, ou synodes, comme on les appelle habituellement, n’étaient pas exclusivement le fait des rabbins (voir Consistoires ; Synodes, RABBINIQUES).

Les conditions modifiées de la vie des Juifs dans les premières années du dix-neuvième siècle, en raison de l’émancipation à l’égard de la législation médiévale et de la nécessité concomitante de concilier les croyances et pratiques religieuses avec les exigences de la nouvelle ère dans laquelle ils étaient entrés, furent les causes motrices de la convocation de la première conférence rabbinique. Il y eut cinq conférences notables ; à savoir : à Brunswick, du 12 au 19 juin 1844 ; à Francfort-sur-le-Main, du 15 au 28 juillet 1845 ; à Breslau, du 13 au 24 juillet 1846 ; à Philadelphie, Pennsylvanie, du 3 au 6 nov. 1869 ; et à Pittsburg, Pennsylvanie, du 16 au 18 nov. 1885. Outre celles-ci, on peut mentionner les suivantes : la Jewish Ministers’ Association, organisation de rabbins établis dans les villes orientales des États-Unis, qui se réunit annuellement de 1885 à 1890 ; la Conference of Southern Rabbis of the United States, qui exista du 14 avril 1885 au 20 nov. 1887, date à laquelle elle tint sa dernière réunion ; et la Rabbinical Literary Association, qui fut organisée à Detroit, Mich., le 13 juillet 1880, et n’exista que deux ans. Après la conférence rabbinique de Philadelphie, trois réunions eurent lieu en 1871, respectivement à Cleveland, New York et Cincinnati. La soi-disant conférence de Cleveland (17-20 oct. 1855) n’était pas à proprement parler une conférence rabbinique, puisqu’il y avait également quelques délégués laïcs présents. Il en fut de même aux synodes de Leipzig (29 juin-4 juillet 1869) et d’Augsbourg (11-17 juillet 1871). Ces trois réunions ne relèvent donc pas à proprement parler du champ du présent article. On peut en dire autant du soi-disant Sanhédrin français, qui se réunit en 1807 à l’appel de Napoléon, ainsi que de tous les synodes antérieurs. En Allemagne et en Hongrie, des conférences locales de rabbins se tiennent encore de temps à autre.

La Central Conference of American Rabbis, organisée en 1889, se réunit annuellement.

En fait, cependant, la première conférence purement rabbinique eut lieu à Wiesbaden en 1837, en réponse à un appel lancé par Abraham Geiger. Dans une lettre à un collègue, datée de mai de cette année-là, Geiger avait écrit ce qui suit au sujet du but de la réunion proposée : « Il ne s’agit pas de créer un nouveau judaïsme, ni d’assumer l’autorité d’un synode : il s’agit simplement d’offrir à des hommes honnêtes l’occasion de discuter des méthodes appropriées pour exercer leur fonction, et ce sera le commencement de la restauration de l’esprit presque disparu du judaïsme » (« Wiss. Zeit. Jud. Theol. » iii. 321). Cette conférence fut suivie par les rabbins Geiger de Wiesbaden, Aub de Bayreuth, Bloch de Buchau, Guttmann de Redwitz, Herxheimer de Bernburg, Kohn de Hohenems, Maier de Stuttgart, Stein de Burgkunstadt, Wagner de Mannheim, Wassermann de Mühringen et Wechsler d’Oldenburg. Friedlaender de Brilon, Grünebaum de Landau et Hess d’Eisenach arrivèrent trop tard. Ces hommes examinèrent diverses questions, mais n’énoncèrent aucune décision importante. Le simple fait, toutefois, qu’ils se fussent réunis pour une telle discussion était significatif. Un comité fut nommé afin de préparer un manuel de dévotion domestique conforme aux besoins de l’époque. Il fut décidé de discuter, dans les pages de la « Wissenschaftliche Zeitschrift für Jüdische Theologie » de Geiger, les questions pratiques qui agitaient alors les communautés juives.

Les conférences qui ont fait époque furent les cinq nommées ci-dessus ; elles réunirent respectivement la plupart des rabbins réformés éminents de l’époque en Allemagne et en Amérique ; et leurs délibérations et décisions constituent un chapitre important dans le développement de la foi.

Pendant les premières années de la cinquième décennie du dix-neuvième siècle, les communautés juives d’Allemagne furent agitées par une fermentation religieuse comme jamais auparavant ; le conflit entre traditionalistes et réformateurs était aigu ; l’opposition amère de Tiktin, rabbin de Breslau, à la nomination de Geiger, le réformateur le plus éminent d’Allemagne, avait amené les dirigeants de la congrégation à solliciter les avis des rabbins d’Europe sur le sujet ; et ces avis furent publiés en deux volumes intitulés « Ueber die Vertraglichkeit der Freien Forschung mit dem Rabbineramte ». La publication, en 1842, du nouveau livre de prières de la congrégation du Temple de Hambourg (réformée) avait suscité de la part d’Isaac Bernays, chef orthodoxe, une déclaration frappant d’anathème le livre et les réformateurs. Ceux-ci, pour leur défense, publièrent un certain nombre d’avis de rabbins qui approuvaient les réformes introduites dans le livre de prières ; ces rabbins étaient, outre les deux prédicateurs de la congrégation, Salomon et Frankfurter, les suivants : L. Auerbach, Friedlander, Geiger, Guttmann, Holdheim, Kohn, Maier, Mannheimer, Philippson et Stein. Le volume était intitulé « Theologische Gutachten über das Gebetbuch nach dem Gebrauche des Neuen Israelitischen Tempelvereins in Hamburg » (Hambourg, 1842). L’action d’une société de Juifs de Francfort-sur-le-Main en 1843, condamnant la circoncision et décidant d’abolir à l’avenir le rite en ce qui concernait leurs enfants, avait amené Solomon Trier, chef des orthodoxes de cette ville, à consulter ses collègues sur le caractère absolument obligatoire de la circoncision comme élément essentiel de la pratique juive. Ces avis furent également publiés dans un volume intitulé « Gutachten über die Beschneidung » (Francfort, 1844).

Le moment était venu d’organiser une association de rabbins aux réunions de laquelle toutes ces questions controversées pourraient être discutées et des décisions prises pour guider les communautés troublées. Ludwig Philippson, rédacteur de l’« Allg. Zeit. des Judenthums », reconnut ce besoin du moment, comme Geiger l’avait fait avant lui ; et il lança, dans les colonnes de son journal (15 janv. 1844, p. 27), un appel à une conférence rabbinique. Dans cet appel, il écrivait :

« Parlons clairement. La question n’est plus de savoir si telle ou telle institution synagogale, tel ou tel allégement pour la vie civile ou sociale, est permis ou non : la question qui se présente à nous concerne tout le contenu de notre religion, que nous devons présenter et fortifier dans sa pureté afin de la sauver, d’une part, de la rigidité mortifère et, d’autre part, de l’incroyance engourdissante. Le judaïsme perd de son influence jour après jour, et chaque laïc nous demande : “Que faites-vous ?” Les objets de la conférence seront : (1) de mettre les rabbins en relations et en connaissance plus étroites ; (2) de promouvoir l’unanimité dans l’exercice de la fonction rabbinique ; (3) de favoriser la fondation d’institutions communautaires ; et (4) de délibérer sur toutes les affaires juives. »

Un certain nombre de rabbins se déclarèrent favorables à cet appel, et il aboutit à la convocation de la conférence de Brunswick de 1844.

La conférence de Brunswick (12-19 juin 1844) : elle réunit les rabbins suivants :

A. Adler de Worms ; S. Adler d’Alzey ; Ben Israel de Coblence ; Bodenheimer de Hildesheim ; Adler de Minden ; Formstecher d’Offenbach ; Frankfurter de Hambourg ; Geiger de Breslau ; Goldman de Kurhessen ; Heidenheim de Sondershausen ; Herzfeld de Brunswick ; Herxheimer de Bernburg ; Hess de Weimar ; Hirsch de Luxembourg ; Hoffmann de Meiningen ; Holdheim de Mecklenburg-Schwerin ; Jolowicz de Marienwerder ; J. Kahn de Trèves ; Klein de Poméranie ; Maier de Stuttgart, qui fut président de la conférence ; Philippson de Magdebourg ; Salomon de Hambourg ; Schott de Randegg ; Sobernheim de Bingen.

Le but de la conférence fut déclaré être « d’examiner les voies et moyens de préserver le judaïsme et d’éveiller l’esprit religieux ».

Les résolutions adoptées par la conférence furent les suivantes :

« Le serment d’un Juif est obligatoire sans aucune cérémonie supplémentaire autre que l’invocation du nom d’Elohîm. La prière “Kol Nidre” n’est pas essentielle ; et les membres de la conférence devaient prendre des mesures pour l’abolir lors du Jour des Expiations suivant. »

La conférence approuva les responsa du Sanhédrin français, à l’exception du troisième, qu’elle modifia comme suit :

« Le mariage d’un Juif avec un chrétien — en fait, le mariage d’un Juif avec l’adhérent de toute religion monothéiste — n’est pas interdit si la loi civile permet aux parents d’élever dans la religion juive les enfants issus d’une telle union. »

Une commission fut nommée pour examiner un certain nombre de questions importantes et faire rapport à la conférence suivante.

La conférence de Francfort-sur-le-Main (15-28 juillet 1845) : les délibérations portèrent principalement sur les rapports de la commission nommée à la conférence de Brunswick. Étaient présents, outre les personnes susmentionnées :

J. Auerbach de Francfort-sur-le-Main ; Einhorn de Birkenfeld ; Frankel de Dresde ; Gosen de Marburg ; Guldenstein de Buchau ; Jost de Francfort ; Reiss d’Alt-Breisach ; Stein de Burgkunstadt ; Suesskind de Wiesbaden ; Treuenfels de Weilburg ; Wagner de Mannheim ; Wechsler d’Oldenburg ; Leopold Stein de Francfort-sur-le-Main, qui fut président de la conférence.

Le premier rapport discuté fut celui concernant le maintien de l’hébreu dans les offices publics. La conférence vota unanimement pour le maintien de la langue sacrée. Quant à la mesure dans laquelle elle devait être maintenue, il y eut une nette divergence d’opinion. La recommandation du comité, adoptée par 18 voix contre 12, était que le « Bareku » avec sa réponse, le « Shema‘ » (premier paragraphe), les trois premières et les trois dernières bénédictions de la « Tefillah », et la sélection tirée de la Torah fussent en hébreu, et que le reste de l’office fût dans la langue vernaculaire.

La conférence décida également par l’affirmative la question : « Les prières pour le retour au pays de nos ancêtres et pour la restauration de l’État juif doivent-elles être supprimées du rituel ? » Étroitement liée à celle-ci était la question de savoir si l’idée messianique devait recevoir une expression éminente et distincte dans le rituel. Celle-ci fut également tranchée par l’affirmative.

Bien que la conférence votât pour le maintien de la prière « Musaf », il fut néanmoins clairement entendu que la supplication traditionnelle pour le rétablissement des sacrifices devait être modifiée de façon à ne devenir qu’une simple mention des sacrifices comme souvenirs historiques.

Sur la question de la lecture de la Torah, la majorité vota pour le cycle triennal ; et la lecture de la « Haftarah » dans la langue vernaculaire fut favorisée.

La conférence fut unanime dans son vote affirmatif sur l’admissibilité de l’orgue dans la synagogue. Tous les membres, sauf trois, convinrent qu’un Juif était autorisé à jouer de l’orgue le Chabbat et qu’en le faisant il ne violait pas la loi de l’observance du Chabbat.

La conférence accueillit favorablement la suggestion soumise par la Berlin Reform Association de convoquer un synode « dans lequel les éléments laïques et théologiques seraient également représentés ».

La conférence décida par l’affirmative la question de savoir si les établissements de bains modernes pouvaient être utilisés à des fins rituelles. Un comité fut nommé pour attirer l’attention du peuple sur le besoin de séminaires théologiques.

C’est à cette conférence que les différences irréconciliables entre les traditionalistes et les réformateurs trouvèrent une expression décisive. Les discussions avaient montré que beaucoup de membres avaient des opinions radicales sur un certain nombre de points vitaux liés au rituel. Zacharias Frankel, qui se déclarait champion du judaïsme historique positif, souhaitait que la conférence publiât une déclaration de principes définis. Il fut particulièrement combattu en cela par Geiger et Holdheim, et, bien qu’une majorité de la réunion fût favorable aux vues de Frankel, la conférence soutint ses deux principaux adversaires dans leur affirmation qu’aucune déclaration définie de principes ne devait être formulée, car un tel document théorique n’aboutirait qu’à des antagonismes et n’aiderait pas à résoudre les questions brûlantes du jour. Frankel se retira de la conférence et devint le chef des adhérents du judaïsme dit « historique positif ». En mai 1846, Frankel lança un appel à une conférence de théologiens juifs, qui devait se tenir à l’automne de cette année-là et être l’organe de l’opposition aux conférences réformées ; mais la réunion n’eut pas lieu.

La conférence de Breslau (13-24 juillet 1846) : elle réunit :

A. Adler de Worms ; S. Adler d’Alzey ; J. Auerbach de Francfort-sur-le-Main ; Ben Israel de Coblence ; Einhorn de Birkenfeld ; Formstecher d’Offenbach ; Geiger de Breslau, qui fut président de la conférence ; Goldstein de Waren ; Gosen de Marburg ; Guldenstein de Buchau ; Herxheimer de Bernburg ; Herzfeld de Brunswick ; Hess d’Eisenach ; Holdheim de Mecklenburg-Schwerin ; J. Kahn de Trèves ; M. Levy de Breslau ; L. Lövy de Münsterberg ; Pick de Teplitz ; Philippson de Magdebourg ; Sobernheim de Bingen ; Stein de Francfort-sur-le-Main ; Wagner de Mannheim ; Wechsler d’Oldenburg.

Un certain nombre de déclarations importantes furent faites sur des sujets vitaux, tels que le Chabbat, les fêtes, la circoncision et les coutumes de deuil. La conférence s’exprima sur la question du Chabbat dans le sens que le rétablissement de l’observance solennelle du Chabbat comme jour de repos et de sanctification incombe non seulement à l’enseignant en Israël, mais à chaque Israélite. Il faut donc prendre un soin particulier, en ces temps, pour assurer la solennité des offices publics et garantir l’observance du Chabbat au foyer. Le travail ordinairement interdit le Chabbat est permis en rapport avec les offices divins s’il est nécessaire à la bonne conduite de ces offices. Si les moyens de subsistance d’un homme sont mis en péril par la fermeture de son commerce le Chabbat, il peut faire gérer son commerce par des non-Juifs. Si des circonstances imprévues surviennent qui menacent le bien-être matériel, toute sorte de travail peut être effectuée le Chabbat afin de les éviter ; par exemple, en cas d’incendie. Toute forme et toute espèce de travail sont permises le Chabbat dans les cas où une vie humaine — juive ou non juive — est en danger. Les interdictions rabbiniques connues sous le nom de « haies » — interprétations rigoureuses des lois du Chabbat — ne sont plus obligatoires. Des institutions telles que « ‘Erube Hazerot » et « ‘Erube Tehumim », qui ne sont que des échappatoires aux lois du Chabbat, bien que leur but apparent soit d’en relâcher la rigueur, sont à la fois superflues et inadmissibles. Le soldat juif doit s’acquitter de ses devoirs le Chabbat. Quant au Juif qui occupe une fonction publique, bien qu’il soit tenu de remplir les devoirs attachés à sa fonction, il doit néanmoins s’efforcer de rétablir la solennité du jour dans son foyer. Le travail intellectuel n’est pas compris dans les catégories de travaux interdits le Chabbat.

La conférence fit les déclarations suivantes concernant les fêtes : les congrégations sont justifiées d’abolir l’observance du second jour des fêtes, à l’exception du second jour de Rosh ha-Shanah. Toutefois, si certains membres d’une congrégation s’opposent à une telle abolition, ces jours doivent être maintenus comme occasions de culte public, mais l’interdiction de travailler ces jours-là ne demeure obligatoire en aucun cas. Il est permis de manger du pain levé le vingt-deuxième jour de Nisan, le soi-disant huitième ou dernier jour de Pessaḥ. Il est permis de sonner du shofar le premier jour du Nouvel An lorsqu’il tombe un Chabbat. Il en est de même de l’usage des quatre fruits le premier jour de Souccot lorsque celui-ci tombe un Chabbat.

La question de la circoncision donna lieu à un certain nombre de déclarations, dont les plus importantes furent les suivantes : tout « mohel » devrait être tenu de subir un examen après avoir reçu une instruction d’un chirurgien, et devrait prouver par ses titres son autorité à accomplir l’opération. La soi-disant « peri‘ah » peut être pratiquée avec un instrument chirurgical si le chirurgien assistant préfère cela à l’ongle, qui est généralement employé à cette fin. La « mezizah » doit être supprimée. (Voir Circoncision.) Un médecin devrait traiter l’enfant après la circoncision. Un médecin devrait examiner l’enfant avant la circoncision et décider si l’opération peut être pratiquée sans danger ou s’il vaut mieux, en raison d’une maladie ou d’une faiblesse corporelle, la différer. Si des parents ont eu le malheur de perdre un enfant, ou si un enfant est devenu invalide chronique à cause de l’opération, et s’ils craignent de faire circoncire d’autres enfants, ils peuvent différer le rite jusqu’à ce que le médecin déclare qu’il n’y a absolument aucun danger à le pratiquer.

La conférence exprima des opinions tranchées sur les coutumes traditionnelles de deuil. Elle déclara que des pratiques telles que la déchirure des vêtements, le fait de laisser pousser la barbe durant trente jours après le décès, s’asseoir sur le sol, ôter les chaussures de cuir, les interdictions de se laver, de se baigner et de saluer, avaient perdu toute signification à cette époque ; plus encore, elles répugnaient au sentiment religieux et devaient être abolies. La personne en deuil devait demeurer chez elle pendant trois jours, à compter du jour de l’enterrement. Elle devait aussi, autant que possible, s’abstenir d’affaires le jour des funérailles et durant les deux jours qui suivent l’inhumation. De nombreuses résolutions importantes furent renvoyées à des comités, mais la conférence ne statua pas à leur sujet.

Chacune de ces conférences suscita une vive émotion ; les opposants publièrent des protestations contre les discussions et les résolutions des conférences, tandis que les participants publièrent des brochures de défense. La conférence de Brunswick provoqua une protestation de soixante-dix-sept rabbins allemands et hongrois ; ainsi que des publications telles que « nS'DX fllDN. Protestation Gegen die Rabbinerversammlung von D. Deutsch, Rabbiner in Sohrau, O. S. » Pour la défense furent publiés : « Die Erste Rabbinerversammlung und Hire Gegner », par Kirchenrath Dr. Maier, et la brochure de Holdheim, « Die Erste Rabbinerversammlung und Herr Dr. Frankel ». La presse de l’époque, notamment les trois publications juives « Die Allgemeine Zeitschrift des Judenthums », « Orient » et la « Zeitschrift für die Interessen des Judenthums » de Frankel, contenait des articles pour et contre. L’animosité était très vive, et elle fut intensifiée par la conférence de Francfort, qui avait abouti à une rupture ouverte avec Frankel et les conservateurs. L’amertume des sentiments engendrés ressort d’un incident tel que le refus de Michael Sachs, le célèbre prédicateur de la congrégation de Berlin, de recevoir l’un des rabbins ayant assisté à la conférence de Francfort.

Une conférence des rabbins de Bade, tenue durant l’été de 1845 après la conférence de Francfort, se déclara en faveur de la Réforme sur la base historico-traditionnelle. La conférence de Breslau suscita une déclaration amère de certains Juifs de Francfort-sur-le-Main, condamnant la conférence pour sa pusillanimité à ne pas avoir traité sans crainte la question du Chabbat. Cela provoqua les participants à la conférence, notamment Geiger, Philippson, Stein et Wechsler, qui écrivirent pour défendre leur action. C’étaient des jours de « Sturm und Drang » dans le judaïsme. Aucune autre conférence ne fut tenue. L’espoir des fondateurs de la conférence rabbinique, qu’elle pût devenir le tribunal faisant autorité pour résoudre les problèmes épineux qui agitaient les congrégations juives, ne se réalisa pas, en raison de la réaction politique qui suivit l’année 1848. En 1868, une tentative infructueuse fut faite pour convoquer une conférence rabbinique à Cassel.

Ces conférences ne réussirent pas à atteindre leur objet parce que les différences au sein du judaïsme étaient trop prononcées. Si elles avaient franchement et ouvertement adopté soit la position réformée, soit la position orthodoxe, elles auraient pu recevoir la reconnaissance comme autorité de la part des adhérents de la cause qu’elles embrassaient. Il était impossible de satisfaire toutes les parties ; les participants aux conférences représentaient de nombreuses nuances d’opinion, depuis le radicalisme extrême de Holdheim jusqu’au traditionalisme conservateur du sympathisant de Frankel, bien que leur tendance principale fût vers la Réforme. Les conférences fournirent tout au plus un forum où des questions vitales furent discutées et où des vues intéressantes furent exprimées, mais elles n’atteignirent pas une position d’autorité. Elles furent, au mieux, l’expression des conflits et des troubles qui agitaient la pensée juive dans la cinquième décennie du dix-neuvième siècle.

La conférence de Philadelphie (3-6 nov. 1869) : étaient présents :

S. Adler de New York ; J. Chronik de Chicago ; D. Einhorn de New York ; B. Felsenthal de Chicago ; J. K. Gutheim de New York ; S. Hirsch de Philadelphie ; K. Kohler de Detroit ; L. Mayer de Selma, Ala. ; M. Mielziner de New York ; S. H. Sonnenschein de Saint-Louis ; M. Schlesinger d’Albany, N. Y. ; I. M. Wise de Cincinnati.

La déclaration de principes suivante fut adoptée :

« 1. Le but messianique d’Israël n’est pas le rétablissement de l’ancien État juif sous un descendant de David, impliquant une seconde séparation d’avec les nations de la terre, mais l’union de tous les enfants d’Elohîm dans la confession de l’unité d’Elohîm, afin de réaliser l’unité de toutes les créatures rationnelles et leur vocation à la sanctification morale.

« 2. Nous considérons la destruction du second État juif non comme une punition pour la péché d’Israël, mais comme un résultat du dessein divin révélé à Abraham qui, comme cela est devenu toujours plus clair au cours de l’histoire du monde, consiste dans la dispersion des Juifs dans toutes les parties de la terre, pour l’accomplissement de leur mission de grands prêtres, consistant à conduire les nations à la véritable connaissance et au véritable culte d’Elohîm.

« 3. Le sacerdoce aaronique et le culte sacrificiel mosaïque furent des étapes préparatoires au véritable sacerdoce de tout le peuple, qui commença avec la dispersion des Juifs, et aux sacrifices de dévotion sincère et de sanctification morale, lesquels seuls plaisent et sont acceptables au Très Saint. Ces institutions, préparatoires à une religiosité plus élevée, furent définitivement reléguées dans le passé avec la destruction du Second Temple, et ce n’est qu’en ce sens — comme influences éducatives du passé — qu’elles doivent être mentionnées dans nos prières.

« 4. Toute distinction entre Aaronides et non-Aaronides, en ce qui concerne les rites et devoirs religieux, est par conséquent inadmissible, tant dans le culte religieux que dans la vie sociale.

« 5. L’élection d’Israël comme peuple de la religion, comme porteur de la plus haute idée de l’humanité, doit encore, comme toujours, être fortement soulignée, et précisément pour cette raison, chaque fois qu’elle est mentionnée, cela doit être fait en insistant pleinement sur la mission universelle d’Israël et sur l’amour d’Elohîm pour tous Ses enfants.

« 6. La croyance à la résurrection corporelle n’a aucun fondement religieux, et la doctrine de l’immortalité ne vise que la survie de l’âme.

« 7. Si ardemment que nous devions toujours souhaiter, dans l’accomplissement d’un devoir sacré, la culture de la langue hébraïque, dans laquelle furent donnés les trésors de la révélation divine et sont conservés les restes immortels d’une littérature qui influence toutes les nations civilisées, elle est néanmoins devenue incompréhensible à la grande majorité de nos coreligionnaires ; c’est pourquoi, comme il convient dans les circonstances existantes, elle doit céder la place dans la prière à une langue intelligible, car la prière, si elle n’est pas comprise, est une forme sans âme. »

La conférence adopta un certain nombre de résolutions sur le mariage et le divorce, et déclara que « l’enfant mâle d’une mère juive est, non moins que son enfant femelle, conformément à un principe jamais contesté du judaïsme, considéré comme Juif par descendance, même s’il n’est pas circoncis ».

La conférence de Pittsburg (16-18 nov. 1885) : étaient présents à cette conférence :

I. Aaron de Ft. Wayne, Ind. ; J. Bloch de Youngstown, Ohio ; S. Falk de Buffalo, N. Y. ; A. Guttmann de Syracuse, N. Y. ; E. G. Hirsch de Chicago ; A. Hahn de Cleveland, Ohio ; K. Kohler de New York ; J. Krauskopf de Kansas City, Mo. ; M. Lessler de Wheeling, W. Va. ; A. Moses de Louisville, Ky. ; M. Machol de Cleveland, Ohio ; L. Mayer de Pittsburg ; L. Naumberg de Pittsburg ; D. Philipson de Baltimore ; S. Sale de Chicago ; S. H. Sonnenschein de Saint-Louis ; M. Schlesinger d’Albany, N. Y. ; S. Weil de Bradford, Pennsylvanie ; I. M. Wise de Cincinnati.

La déclaration de principes suivante fut formulée :

« 1. Nous reconnaissons dans toute religion une tentative de saisir l’Infini, et dans tout mode, source ou livre de révélation tenu pour sacré dans tout système religieux la conscience de la présence d’Elohîm dans l’être humain. Nous soutenons que le judaïsme présente la conception la plus élevée de l’idée d’Elohîm, telle qu’elle est enseignée dans nos Saintes Écritures et développée et spiritualisée par les maîtres juifs, conformément au progrès moral et philosophique de leurs époques respectives. Nous affirmons que le judaïsme a préservé et défendu, au milieu de luttes et d’épreuves continuelles et sous un isolement imposé, cette idée d’Elohîm comme vérité religieuse centrale pour la race humaine.

« 2. Nous reconnaissons dans la Bible le récit de la consécration du peuple juif à sa mission de Prêtre de l’Elohîm unique, et nous l’apprécions comme l’instrument le plus puissant de l’instruction religieuse et morale. Nous soutenons que les découvertes modernes de la recherche scientifique dans le domaine de la nature et de l’histoire ne sont pas antagonistes aux doctrines du judaïsme, la Bible reflétant les idées primitives de son époque propre et revêtant parfois sa conception de la Providence et de la Justice divines dans leurs rapports avec l’être humain de récits miraculeux.

« 3. Nous reconnaissons dans la législation mosaïque un système destiné à former le peuple juif pour sa mission durant sa vie nationale en Palestine, et aujourd’hui nous n’acceptons comme obligatoires que ses lois morales, et ne maintenons que les cérémonies qui élèvent et sanctifient nos vies, mais rejetons toutes celles qui ne sont pas adaptées aux vues et aux habitudes de la civilisation moderne.

« 4. Nous soutenons que toutes les lois mosaïques et rabbiniques qui réglementent l’alimentation, la pureté sacerdotale et le vêtement, sont nées à des époques et sous l’influence d’idées entièrement étrangères à notre état mental et spirituel actuel. Elles ne parviennent pas à imprégner le Juif moderne d’un esprit de sainteté sacerdotale ; leur observance de nos jours tend plutôt à entraver qu’à favoriser l’élévation spirituelle moderne.

« 5. Nous reconnaissons dans l’ère moderne de culture universelle du cœur et de l’intellect l’approche de l’accomplissement de la grande espérance messianique d’Israël pour l’établissement du royaume de la vérité, de la justice et de la paix parmi tous les humains. Nous ne nous considérons plus comme une nation, mais comme une communauté religieuse, et nous n’attendons donc ni un retour en Palestine, ni un culte sacrificiel sous les fils d’Aaron, ni le rétablissement de l’une quelconque des lois concernant l’État juif.

« 6. Nous reconnaissons dans le judaïsme une religion progressive, s’efforçant toujours de s’accorder aux postulats de la raison. Nous sommes convaincus de l’extrême nécessité de préserver l’identité historique avec notre grand passé. Le christianisme et l’islam étant des religions filles du judaïsme, nous apprécions leur mission providentielle d’aider à répandre la vérité monothéiste et morale. Nous reconnaissons que l’esprit de large humanité de notre époque est notre allié dans l’accomplissement de notre mission, et nous tendons donc la main de fraternité à tous ceux qui œuvrent avec nous à l’établissement du règne de la vérité et de la justice parmi les humains.

« 7. Nous réaffirmons la doctrine du judaïsme selon laquelle l’âme est immortelle, fondant cette croyance sur la nature divine de l’esprit humain, qui trouve à jamais le bonheur dans la justice et la misère dans la méchanceté. Nous rejetons, comme idées non enracinées dans le judaïsme, les croyances tant en la résurrection corporelle qu’en la Géhenne et l’Éden (l’Enfer et le Paradis) comme demeures de châtiment et de récompense éternels.

« 8. En pleine conformité avec l’esprit de la législation mosaïque, qui cherche à régler les relations entre riches et pauvres, nous estimons qu’il est de notre devoir de participer à la grande tâche des temps modernes, celle de résoudre, sur la base de la justice et de la droiture, les problèmes présentés par les contrastes et les maux de l’organisation actuelle de la société. »

La conférence adopta la résolution suivante sur la question des prosélytes :

« Considérant que le soi-disant rite abrahamique n’est plus considéré par de nombreux rabbins, et les plus compétents, comme une conditio sine qua non pour recevoir les Gentils masculins dans le giron du judaïsme, et considérant qu’une nouvelle législation sur ce sujet et les sujets apparentés est l’une des exigences les plus impérieuses et les plus pratiques de notre mouvement de Réforme, qu’il soit

« Résolu qu’un comité de cinq personnes, dont l’une sera le président de cette conférence, soit chargé de rédiger un rapport complet qui sera soumis pour décision définitive à la prochaine conférence. »

Cette conférence a été la seule à faire une déclaration définie sur la question des offices du dimanche. Sa déclaration à ce sujet était la suivante :

« Considérant que nous reconnaissons l’importance de maintenir le Chabbat historique comme lien avec notre grand passé et symbole de l’unité du judaïsme dans le monde entier ; et considérant, d’autre part, qu’il ne peut être nié qu’il existe un très grand nombre de travailleurs et d’autres personnes qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas en mesure d’assister aux offices le jour sacré de repos ; qu’il soit résolu que rien dans l’esprit du judaïsme ou dans ses lois n’empêche l’introduction d’offices du dimanche dans les localités où le besoin de tels offices apparaît ou est ressenti. »

La conférence recommanda également que chaque rabbin ne lût que les sections du Pentateuque qu’il juge appropriées, tout en tenant compte, toutefois, des règles du calendrier hébraïque.

Central Conference of American Rabbis : la première réunion eut lieu à Detroit, Mich., le 9 juillet 1889, à l’initiative d’Isaac M. Wise. La réunion d’organisation fut présidée par David Philipson, avec Henry Berkowitz comme secrétaire. Lors d’une séance le lendemain, une série de résolutions fut adoptée comme base de travail de la conférence. L’une d’elles fixa la position de la conférence dans la succession historique des corps délibérants rabbiniques, en déclarant que « les travaux de toutes les conférences rabbiniques modernes, depuis celle tenue à Brunswick en 1844, et comprenant toutes les assemblées semblables tenues depuis lors, serviront de base aux travaux de cette conférence dans un effort pour maintenir dans une succession ininterrompue l’expression formulée de la vie et de la pensée juives à chaque époque ».

Animée par l’esprit de cette résolution, la conférence élut président honoraire Samuel Adler, le seul membre survivant des diverses conférences allemandes tenues après 1840 ; et Isaac M. Wise fut élu président. La conférence s’est depuis lors réunie annuellement dans les villes suivantes : Cleveland, 1890 ; Baltimore, 1891 ; New York, 1892 ; Chicago, 1893 ; Atlantic City, 1894 ; Rochester, N. Y., 1895 ; Milwaukee, Wis., 1896 ; Montréal, Canada, 1897 ; Atlantic City, 1898 ; Cincinnati, 1899 ; Buffalo, 1900 ; Philadelphie, 1901 ; La Nouvelle-Orléans, 1902. Toutes ces réunions eurent lieu au mois de juillet, à l’exception de celles de Chicago, Cincinnati et La Nouvelle-Orléans. La conférence de Chicago se tint du 23 au 26 août, en préambule au Jewish Denominational Congress, tenu en liaison avec le Parlement mondial des religions ; et, avec l’Union of American Hebrew Congregations, elle représenta officiellement le judaïsme au Parlement. Les communications lues par les membres de la conférence, tant au Jewish Denominational Congress qu’au Parlement général, furent publiées par l’Union dans un volume intitulé « Judaism at the World’s Parliament of Religious » (Cincinnati, 1894). La réunion de Cincinnati en 1899 se tint en mars au lieu de juillet, afin de célébrer le quatre-vingtième anniversaire d’Isaac M. Wise, fondateur et président de la conférence depuis son organisation. Une session extraordinaire se tint à Washington, D. C., en déc. 1892. La réunion de La Nouvelle-Orléans eut lieu du 6 au 10 mai 1902. Les actes des diverses réunions de la conférence sont exposés en détail dans une série d’annuaires, contenant non seulement le relevé des affaires traitées et les discussions des membres sur la doctrine et la pratique religieuses, mais aussi les communications lues lors des séances.

Bien que la conférence soit ouverte aux rabbins de toute opinion, elle est en réalité une association de ministres de l’école réformée ; et, bien qu’elle n’ait formulé aucune déclaration de principes, sa position, dans toutes ses délibérations et procédures, a été fermement prise sur la base du mouvement de Réforme. Cela apparut particulièrement dans la discussion de l’autorité du Talmud et des codes rabbiniques. À la réunion tenue à Rochester en 1895, le président proposa dans son discours annuel, pour discussion et décision, la question : « Quelle est notre relation, dans toutes les affaires religieuses, avec notre propre littérature postbiblique et patristique, y compris le Talmud, les casuistes, les responsa et les commentaires ? » Le comité auquel la question fut renvoyée fit le rapport suivant :

« Du point de vue du judaïsme réformé, toute la littérature postbiblique et patristique, y compris le Talmud, les casuistes, les responsa et les commentaires, n’est, et ne peut être considérée comme, rien de plus ni de moins que de la “littérature religieuse”. En tant que telle, elle a une valeur inestimable. Elle est le trésor dans lequel les âges successifs ont déposé leurs conceptions des grands principes fondamentaux du judaïsme et leurs contributions à l’effort incessant de les élucider. Consciemment ou inconsciemment, chaque âge a ajouté une aile à ce grand trésor, et l’architecture et la construction de chaque aile portent les marques indélébiles des caractéristiques particulières de l’époque où elle fut édifiée. Notre époque est engagée dans la même tâche. Nous devons nous aussi contribuer à l’agrandissement de ce trésor ; mais nous devons le faire à notre manière, comme l’indique l’esprit de notre temps, sans aucune imitation servile du passé.

« Avoir éveillé la conscience de ce fait historique est le grand mérite du judaïsme réformé ; et plus cette conscience se développe dans notre esprit, plus les conditions et les environnements de notre vie moderne nous l’imposent, plus nous devons affirmer avec persistance que nos relations, dans toutes les affaires religieuses, ne sont en aucune manière déterminées de façon autoritaire et définitive par aucune partie de notre littérature postbiblique et patristique. »

Les réalisations notables de la conférence sont : sa préparation et sa publication du Union Prayer-Book pour le culte juif ; sa représentation réussie du judaïsme au Parlement mondial des religions, comme décrit ci-dessus ; sa déclaration sur les exigences pour l’admission des prosélytes ; et, plus que tout, son union en un seul corps des rabbins réformés du pays. Le Union Prayer-Book est actuellement (1902) employé par 158 congrégations, dans toutes les parties du pays, ayant remplacé la plupart des livres de prières antérieurement en usage. Il tente de combiner les meilleurs éléments de l’office traditionnel avec des prières exprimant les aspirations des temps modernes. Dans son rapport à l’assemblée générale, le comité rituel chargé de préparer l’ouvrage exposa ainsi les principes qui l’avaient guidé :

« Pénétrés du sérieux de la tâche qui nous était imposée, nous nous sommes efforcés de conformer le rituel de ces deux grandes fêtes à l’esprit et au principe de la première partie de notre Union Prayer-Book, d’unir les souvenirs émouvants du passé aux exigences pressantes du présent, et d’accroître la solennité du service en combinant les deux éléments essentiels, les formules anciennes consacrées par le temps avec des prières et des méditations modernes dans la langue vernaculaire. »

La déclaration de la conférence sur l’admission des prosélytes, adoptée lors de la réunion de New York en 1892, est la suivante :

« Il est résolu que la Central Conference of American Rabbis, réunie ce jour dans cette ville de New York, considère comme licite et approprié pour tout rabbin officiant, assisté d’au moins deux collègues, et au nom et avec le consentement de sa congrégation, d’admettre dans l’alliance sacrée d’Israël, et de déclarer pleinement affiliée à la congrégation nifnibatf S3S, toute personne honorable et intelligente qui désire cette affiliation, sans aucun rite, cérémonie ou observance d’initiation quelconque ; à condition que cette personne connaisse suffisamment la foi, la doctrine et les usages religieux d’Israël ; que rien de dérogatoire au caractère moral et intellectuel de cette personne ne soit soupçonné ; que ce soit par sa libre volonté et son choix qu’elle embrasse la cause du judaïsme ; et qu’elle déclare verbalement, et dans un document signé et scellé devant ledit rabbin officiant et ses collègues, son intention et sa ferme résolution —

« 1. D’adorer le Dieu Unique, Seul et Éternel, et nul autre que Lui.

« 2. De se laisser consciencieusement guider dans ses actes et omissions au cours de la vie par les lois d’Elohîm, ordonnées pour l’enfant et l’image du Père et Créateur de tous, le fils ou la fille sanctifié(e) de l’alliance divine.

« 3. D’adhérer, dans la vie et dans la mort, activement et fidèlement à la cause et à la mission sacrées d’Israël, telles qu’elles sont tracées dans l’Écriture Sainte. »

La conférence a publié, outre les onze annuaires et les deux volumes du Union Prayer-Book, un Union Hymnal, et un volume intitulé « Sermons by American Rabbis ». La moitié du revenu provenant de la vente du Union Prayer-Book est portée au crédit du fonds destiné aux ministres âgés ; et plusieurs rabbins méritants, rendus incapables de service actif par l’âge ou une infirmité physique, ont été aidés par des dons provenant de ce fonds.

À présent (1902), la conférence compte 149 membres actifs et quatre membres honoraires. Sa constitution déclare que « tous les rabbins actifs et retraités de congrégations, et les professeurs de séminaires rabbiniques, sont éligibles comme membres ». En mars 1900, elle subit la perte de son fondateur et président, Isaac M. Wise, en l’honneur duquel la réunion de Buffalo, en juillet de cette année-là, prit largement le caractère

de réunion commémorative. Lors de cette réunion, Joseph Silverman de New York, qui avait été premier vice-président, fut élu président de l’organisme.

Bibliographie : Protokolle der Ersten Rabbinerversammlung (Brunswick, 1844) ; Protokolle und Aktenstücke der Zweiten Rabbinerversammlung, Frankfort-sur-le-Main, 1845 ; Protokolle der Dritten Versammlung Deutscher Rabbiner, Breslau, 1847 ; Protokolle der Rabbiner-Konferenz Abgehalten zu Philadelphia, New York, 1870 ; Authentic Report of the Proceedings of the Rabbinical Conference held at Pittsburg, Pa., dans Jewish Reformer, New York, 15 janv. 1886 ; Jost, Culturgeschichte der Israeliten in 1810-1840, pp. 234, 241, 259, Berlin, 1847, et Geschichte des Judenthums und Seiner Sekten, iii. 379-386, Leipsic, 1859 ; idem, Geschichte des Judenthums von Mendelsohn bis auf die Neuere Zeit, pp. 275 et suiv., Berlin, 1870 ; Israel Deutsch, Zur Würdigung der Braunschweiger Rabbinerversammlung, Leipsic, 1844 ; et les publications mentionnées dans le corps de l’article, ainsi que les articles des journaux juifs également indiqués ci-dessus ; de même que le journal établi spécialement à cette fin, à savoir : Die Reform des Judenthums, Organ für die Rabbinerversammlung Deutschlands, Mannheim, 1846.

D. P.

Conventions de l’Union des congrégations orthodoxes des États-Unis et du Canada : Le grand afflux, au cours des vingt-cinq dernières années, en Amérique, de Juifs orthodoxes — c.-à-d. de ceux qui suivent les ordonnances rabbiniques du judaïsme en plus des prescriptions de la Bible — a rendu une union impérative.

La première tentative véritable d’effectuer une union de congrégations orthodoxes eut lieu le 8 juin 1898, lorsqu’une convention se réunit à New York, où cinquante congrégations étaient représentées. H. Pereira Mendes fut élu président, et Ph. Klein, Meldola de Sola et H. W. Schneeberger vice-présidents. Les principes suivants furent adoptés :

« Cette conférence de délégués des congrégations juives des États-Unis et du Dominion du Canada est convoquée pour promouvoir les intérêts du judaïsme biblique, rabbinique et historique positif.

« Nous sommes réunis non comme un synode, et n’avons donc aucune autorité législative pour modifier les questions religieuses, mais comme un corps représentatif qui, par l’organisation et la coopération, s’efforcera de promouvoir les intérêts du judaïsme en Amérique.

« Nous sommes favorables à la convocation d’un synode juif spécifiquement autorisé à se réunir par les congrégations, composé d’hommes qui devront être des rabbins certifiés, et (a) des anciens occupant une fonction officielle (cf. Nomb. xi. 16) ; (b) des hommes sages et intelligents, et connus parmi nous (cf. Deut. i. 13) ; (c) des hommes capables, craignant Elohîm, des hommes de vérité, ennemis du gain (cf. Ex. xviii. 21).

« Nous croyons à la révélation divine de la Bible, et déclarons que les Prophètes n’ont en aucune manière désapprouvé le devoir cérémoniel, mais ont seulement condamné la vie personnelle de ceux qui observaient la loi cérémonielle tout en négligeant la morale. La loi cérémonielle n’est pas facultative ; elle est obligatoire.

« Nous affirmons notre adhésion aux codes reconnus de nos rabbins et aux treize principes de Maïmonide.

« Nous croyons que, dans notre dispersion, nous devons être unis à nos frères de foi différente dans tout ce qui incombe aux hommes en tant que citoyens ; mais que, religieusement, dans les rites, cérémonies, idéaux et doctrines, nous sommes séparés et devons demeurer séparés conformément à la déclaration divine : “Je vous ai séparés des nations pour que vous soyez à Moi” (Lév. xx. 26).

« Et de plus, afin d’empêcher tout malentendu concernant le judaïsme, nous réaffirmons notre croyance en la venue d’un Mashiah personnel, et nous protestons contre l’admission de prosélytes dans le giron du judaïsme sans “milah” et “tebilah”.

« Nous protestons contre le mariage mixte entre Juif et Gentil ; nous protestons contre l’idée que nous ne sommes qu’une secte religieuse, et soutenons que nous sommes une nation, bien que temporairement dépourvue de patrie nationale ; et

« En outre, que le retour à Sion est l’aspiration légitime d’Israël dispersé, ne contredisant en aucune manière notre loyauté envers le pays où nous habitons ou pourrions habiter à quelque époque que ce soit.

Il fut décidé que l’objet de l’organisation, qui devait être connue sous le nom de « Jewish Congregational Union of America », serait la promotion des intérêts religieux des Juifs orthodoxes. Les questions d’orthodoxie liées à l’admission des membres devaient être tranchées par un sous-comité de cinq personnes. H. Pereira Mendes fut élu président permanent. Les objectifs des unions locales furent énoncés comme suit :

« 1. Renforcer la vie des congrégations, mais sans intervenir dans l’autonomie des congrégations.

« 2. Promouvoir les intérêts du judaïsme local par la désignation de comités chargés de l’effectif des congrégations ; de la législation civile ; des représentations juives ; de l’œuvre religieuse urbaine (mission, prédication itinérante) ; élaborer des méthodes uniformes dans les écoles hébraïques et religieuses ; une union chargée d’envoyer des rabbins pour la propagande sous la direction du comité exécutif.

La convention tenue à New York le 30 déc. 1900, sous la présidence de H. P. Mendes, représentait 104 congrégations.

K. H. P. M.

Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.