Définition dans Jewish Encyclopedia

Cendres

ASHES

Données bibliques : Le terme généralement rendu par « ashes » pour l'hébreu "efer" qui apparaît souvent dans des expressions de deuil et dans d'autres connexions.

C'est un symbole d'insignifiance ou de néant pour des personnes ou des paroles (Genèse xviii. 27 ; Isaïe xliv. 20 ; Malachie iii. 21 [iv. 3] ; Job xiii. 12, xxx. 19).

Usage. Dans le rituel de la Vache rousse, pour la purification de l'impureté par contact avec un cadavre (Nombres xix.), les cendres de l'offrande doivent être mises dans l'eau, dont une partie est ensuite aspergée sur la personne impure ; leur vertu découle, bien entendu, de la matière sacrée de l'offrande.

Un deuilleur se jeta des cendres (ou de la poussière) sur la tête (II Samuel xiii. 9), ou s'assit (Job ii. 8 ; Jonas iii. 6) ou s'étendit (Esther iv. 3) ou se roula (Jérémie vi. 26 ; Ézéchiel xxvii. 30) dans des cendres (ou de la poussière). Toutefois le rendu « ashes » pour le mot hébreu en question est, dans certains cas, douteux. Dans un nombre de passages où il apparaît (en fait, dans tous sauf ceux relatifs à la Vache rousse), il pourrait tout aussi bien ou mieux être traduit par « poussière » ; ainsi quand on dit qu'une personne mange, se nourrit de, siège dans, est couchée dans, ou se vautre dans l'« efer » ; ou qu'elle en met sur sa tête ; ou quand il est utilisé pour représenter une matière finement atténuée (Ps. xlvii. 16). Son emploi semble être essentiellement identique à celui du mot ‘‘afar’’, couramment rendu « dust » (poussière). Le sens de l'humiliation s'exprime par le fait de s'asseoir ou de se rouler dans l' ‘‘afar’ ’ ou la poussière (Isaïe xlvii. 1 ; Michée i. 7, vii. 17 ; Ps. lxxii. 9) ; le chagrin et la souffrance par le fait de mettre de la poussière sur la tête (Josué vii. 6 ; Job ii. 12). Le mot symbolise l'atténuation et l'anéantissement ou l'extinction (Job xxx. 19 ; Ps. xviii. 43 [42]) ; il est même employé pour désigner les restes brûlés de la Vache rousse (Nombres xix. 17). Les deux mots sont synonymes, et dans l'expression « dust and ashes » ils sont combinés pour renforcer l'emphase (avec paronomase : « ‘afar we-efer »). Il existe cependant une différence d'usage : dans les expressions de deuil c'est seulement ce dernier (« efer ») qui se rencontre en combinaison avec le « sackcloth » (Jérémie vi. 26 ; Isaïe lviii. 5 ; Daniel ix. 3 ; Esther iv. 1, 3), tandis que le premier est employé pour le matériau physique du sol (Genèse ii. 7 ; Job xx. 11, et ailleurs). Le mot (« deslieu ») dans le rituel sacrificiel rendu dans la Version Autorisée King James par « ashes », signifie « graisse » ; ainsi en I Rois xiii. 3, 5 ; Lévitique i. 6, iv. 12, vi. 3, 4 [10, 11] ; et aussi en Jérémie xxxi. 40, d'où il apparaît que des cendres sacrificielles furent portées dans la vallée au sud de Jérusalem. Encore un autre mot rendu par « ashes » dans la Version Autorisée (Exode ix. 8, 10) est « piali », qui semble signifier « suie » (d'un four).

Il n'est pas clair quelle idée ou quel sentiment précis on voulait exprimer en employant la poussière (ou les cendres) dans les actes de deuil. La coutume symbolique dans l'Ancien Testament peut être ancienne, et le résultat de la convergence de plusieurs sortes de procédures. Il est d'usage parmi certaines tribus « sauvages », dans le deuil pour les morts, d'enduir le corps d'argile, le but étant peut-être simplement d'avoir un signe visible de douleur comme marque de respect pour le défunt. Peut-être, à une époque ultérieure, la poussière du deuil fut-elle prise de la tombe en signe que le vivant se sentait uni au mort (comparer W. R. Smith, « Religion of the Semites, » 2d ed., pp. 322-336, et Schwally, « Leben nach dem Tode, » p. 15). Quand les idées religieuses devinrent plus nettement définies, les vieilles coutumes furent naturellement interprétées à la lumière des nouvelles conceptions. La poussière, occupant la place la plus basse et foulée aux pieds, pouvait bien symboliser l'état abattu de l'affligé ; et, comme le malheur était regardé comme le résultat du mécontentement d'Elohîm (Ruth i. 20 ; Job vi. 4, ix. 17), le souffrant s'humiliait par la prosternation ; ainsi aussi la repentance était exprimée (Job xiii. 6). À cela, sans doute, s'ajouta l'idée que l'homme fut fait de poussière (Genèse ii. 7), et devait retourner à la poussière de la tombe et de Sheol (Genèse iii. 19 ; Job vii. 21 ; Ps. xxii. 16 [15]). Comparer la représentation babylonienne de la poussière comme nourriture des habitants du monde souterrain (« Descent of Ishtar »).

Le terme sémitique ordinaire pour « poussière » est « ‘afar », forme qui se retrouve en assyrien, araméen, hébreu et arabe (il n'apparaît pas dans ce sens dans les textes éthiopiques courants) ; sa signification première est peut-être « chose minuscule, particule ». Probablement la signification primitive de « efer » est la même ; en dehors de l'hébreu on ne le trouve que dans des dialectes sémitiques africains (éthiopiques ou amhariques), où (sous la forme « afrat ») il signifie « poussière » (Dillmann, « Lexicon Aethiopicum »). Chacun des termes pourrait ainsi être employé pour toute matière finement divisée, comme « poussière », ou « cendre », ou « rebut ». La Septante emploie un certain nombre de mots pour rendre « efer » et « ‘afar », variant le mot selon le contexte. Dans ‘‘afar’’ il y a un vestige du sens « graisse » : éthiopique « ‘efrat », « onguent » (Dillmann) ; arabe « ta'affara », « devenir gras » (Lane) ; comparer aussi l'assyrien « ipru », « nourriture » (Friedrich Delitzsch, « Assyrisches Wörterbuch »). S'il y a connexion entre ce sens et l'usage hébreu de « deshen » pour « ashes », ce n'est pas clair.

Bibliographie : Schwally, Leben nach dem Tode, 1892 ; W. R. Smith, Religion of the Semites, 1894 ; Benzinger, Hebräische Archäologie, 1894 ; Nowack, Lehrbuch der Hebräischen Archäologie, 1894 ; Frey, Tod, Seelenglaube und Seelenkult im Altert Israel, 1898 ; Grüneisen, Ahnenkult und die Urreligion Israels, 1900 ; Talmud, Ta'anit. Pour l'usage grec : [Pseudo-] Lucien, De Luctu, 12. Jastrow, Earth, Dust, and Ashes as Symbols of Mourning Among the Ancient Hebrews, in Journal of the American Oriental Society, xx. 133-150.

— Dans la littérature rabbinique : Le Midrash remarque (Gen. R. xlix. 11 ; Hub 88h), en référence au seul emploi des cendres dans le rituel biblique — à savoir, les cendres de la Vache rousse (Nombres xix. 9 et s.) — qu'Elohîm dit à Abraham : « Tu as dit de ton vivant : ‘Je ne suis que poussière et cendres’ [Genèse xviii. 27] ; mais ces mêmes choses serviront de moyens d'expiation pour tes enfants ; car il est écrit : ‘Et un homme qui est pur recueillera les cendres’ [Nombres loc. cit.]. » Les cendres servaient aussi à couvrir le sang des volailles égorgées, car les Rabbins soutenaient que dans le passage biblique relatif à l'ordonnance (Lévitique xvii. 13) le mot 13J? signifiait terre et cendres (Hul. loc. cit., interprétation attribuée à l'école de Hillel ; comparer aussi Bezali i. 2).

Les documents authentiques attestent l'usage de cendres comme signe de douleur à l'époque talmudique. Dans la Mishnah (Ta'anit ii. 1) il est enregistré que lors des jeûnes proclamés à cause de la sécheresse l'Arche de l'Alliance, ainsi que le peuple participant à la procession, furent aspergés de cendres — coutume encore en vigueur au IVe siècle en Palestine, où la terre pouvait servir de substitut aux cendres (Ta'an. 16a ; Yer. Ta'an. ii., début ; Gen. R. l.c.). À de telles occasions comme les jeûnes publics, des cendres étaient répandues sur l'Arche placée en pleine place et sur les têtes du nasi et du beth din, tandis que les autres se les répandaient sur la tête eux-mêmes. On choisissait la partie du front où les phylactères étaient posés (Ta'an. 16a). La raison donnée pour se couvrir de cendres est soit que cela doit exprimer l'humiliation de soi, comme pour dire : « Nous sommes devant toi comme des cendres » (Genèse xviii. 27 ; Job xlii. 6), soit pour rappeler à Elohîm la mémoire d'Abraham, qui dit : « Je ne suis que poussière et cendres » (Genèse xviii. 27), ou la mémoire du sacrifice d'Isaac, dont les cendres, selon l'opinion rabbinique, demeuraient amoncelées devant Elohîm sur l'autel comme s'il avait été effectivement immolé en holocauste (Ta'an. 16a ; Yer. Ta'an. ii., début ; Gen. R. l.c.). Il est difficile de dire si la remarque de Tos. Ta'an. 156, 16a, que les cendres à employer dans de tels cas devaient être celles d'êtres humains incinérés, repose sur la tradition ou l'imagination.

Les cendres, comme symbole de deuil, étaient aussi saupoudrées sur l'époux pendant la cérémonie nuptiale, afin de lui rappeler, au comble de sa félicité, la destruction de Jérusalem (B. B. 60b). Cette coutume s'observe même aujourd'hui chez certains orthodoxes. En souvenir du même désastre national, les Juifs mangeaient aussi du pain parsemé de cendres lors du dernier repas avant le jeûne du neuvième d'Av (Yer. Ta'an. iv. 69 r ; Lam. R. à iii. 16 ; Shulhan ‘Aruk, Grab Hayyim, 552.6 gloss).

Raba dit que si l'on répand des cendres tamisées autour du lit, on peut y observer le matin les empreintes de démons nocturnes (Ber. 6a). Des disciples indignes sont appelés « cruches blanches pleines de cendres » (ib. 28a).

j. sr. L. G. — Iv.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.