Définition dans Jewish Encyclopedia

Bohême

BOHEMIA

* Domaine couronné dans la partie la plus septentrionale de l’empire austro-hongrois. L’histoire de la première installation des Juifs en Bohême est enveloppée de légende. Les plus anciennes sources juives désignent la Bohême comme « Erez Kena'an », c’est-à-dire « Slavonie » (ainsi appelée parce que ces districts pratiquaient un commerce actif d’esclaves, dans lequel les Juifs eux-mêmes prenaient part), sous cette dénomination, toutefois, dans un sens plus large, les pays vers l’est jusque vers Kiev doivent être entendus (Zunz, “Ritus,” p. 73; Ar. pp. 54, 131, 989; Saif. p. 151; Vitas. Alberti, in Griitz, “Gesch. der Juden,” vi. 68). Dans Ar. p. 39, un archevêque demande un médecin juif ou slave, et dans ib. p. 50 Ibrahim ibn Ya'akub parle des “maux des Slaves” (voir “Reisebericht fiber die Slavischen Lander” publié par F. Westberg dans les publications de l’Académie de Saint-Pétersbourg, nov. 1899). Les Juifs y résidant sont appelés “Bene Het” (Enfants de Heth). Dans la mesure où les relations avec l’Orient ont toujours été très actives (Ar. p. 50; M. pp. 31, 363, [“Erez Yawan”]; Gfidemann, “Gesch. des Erziehungswesens,” i. 114), et en vue du fait qu’il existe des ressemblances byzantines dans l’ancien rituel de l’Altschul de Prague, on suppose que les premiers colons juifs en Bohême sont venus de l’Est. Au cortège des Allemands au temps de la Peste noire, des Juifs trouvèrent également leur chemin vers la Bohême depuis l’Allemagne (Pod. pp. 10 et suiv.), et on les rejoignit par des coreligionnaires de France (Rapoport, “Introduction to Gal ‘Ed”), de Pologne, d’Autriche (Kisch, M, p. 35) et de Hongrie. Leur langue vulgaire était le slave, comme le montrent les explications de mots fournies par des écrivains juifs et les noms propres en usage au Moyen Âge (M. pp. 26, 31, 318, 372; Sp. Ur. pp. 24 et suiv.; Pod. p. 21 : Griin, p. 14).

La première attestation crédible concernant la résidence de Juifs en Bohême provient de Leitmeritz, où eux, ainsi que d’autres qui apportaient autrefois du sel ou d’autres marchandises en ville, devaient payer un péage à l’église Saint-Étienne (1067) (Ar. p. 66). Mais le premier établissement effectif fut à Prague, qui est décrite dans des actes de divorce juifs comme « la ville appelée Mezigrade (XTil'tD), située sur la rivière Vltava et sur le ruisseau Bottich (“j’LDin) ». Cette spécification désigne la plus ancienne partie de la ville, appelée Vysehrad, comme le lieu du premier établissement juif. Là et dans la Vorstadt de Prague (probablement l’actuelle Altstadt), jouxtant étroitement l’ancien ghetto (aujourd’hui la Josephsstadt), vivaient aux côtés d’autres marchands et d’Allemands immigrés (1091) « de nombreux Juifs très riches en or et en argent » (ih. p. 77). Ils jouissaient du même statut juridique que les Allemands et les Français (ih. p. 78; comparer pp. 106, 198, 200, 254). La première Croisade et les persécutions qui l’accompagnèrent trouvèrent les Israélites de Prague prêts à une défense courageuse de leur vie, soutenus par le duc Vratislav II, ainsi que par l’évêque Cosmas; mais l’absence temporaire du duc en 1096 causa aussitôt des excès à Prague, Vysehrad et Bubenium (ih. p. 92; Saif. p. 151). Les Juifs qui avaient été baptisés de force en 1096 cherchèrent à émigrer en 1098 en Pologne ou en Hongrie avec leurs biens; mais le duc, qui avait été informé de leur intention, les dépouilla de leurs propriétés, ne leur laissant que le strict nécessaire pour vivre (Ar. p. 95). Malgré ces souffrances, les débuts de l’érudition se manifestent dans une question rituelle adressée par les Juifs de Prague à Moses B. Jekuthiel à Mayence (Griin, p. 9).

Ils semblent avoir progressivement retrouvé une partie de leur ancienne faveur. En 1124, le Juif Jacob, qui après son baptême était devenu un favori de Vratislav I. et avait été élevé au rang de vice-dominus à sa cour, retourna au judaïsme et retira l’autel chrétien et les reliques sacrées d’une synagogue. Il fut immédiatement arrêté par son maître royal et jeté en prison. On dit que les Juifs offrirent trois mille livres d’argent et cent livres d’or pour sa rançon (Ar. p. 101).

L’interdiction de posséder des esclaves chrétiens fut très probablement méconnue en Bohême comme en Moravie, et ce par les “esclaves” chrétiens eux-mêmes, qui bénéficiaient d’un traitement bienveillant de la part de leurs maîtres juifs (Fr.-Gr. p. 10). L’attitude de l’Église envers les Juifs fut en somme bienveillante (Ar. p. 101). La communauté, qui en 1142 subit la perte de sa synagogue et de nombreuses maisons par le feu, probablement pendant le siège de Prague par Conrad II de Znaim (ib. p. 106), manifesta un vif intérêt pour les études théologiques, ce qui la conduisit à des relations étroites avec la congrégation voisine de Ratisbonne, et même avec les savants du nord de la France. À Prague vécut le tosafiste Isaac b. Mordecai, connu comme R. Isaac de Prague; en Bohême vécurent aussi Moses b. Jacob et Eliezer b. Isaak, mentionnés dans les Tosafot. Isaac ben Jacob ha-Laban (de “Albis”, l’Elbe; Bohémien “Laba”) fut un maître rabbinique à Prague, et le frère de Pethahiah de Ratisbonne, qui partit en voyage depuis Prague (ih. p. 131; Griin, p. 10).

Au treizième siècle les circonstances des Juifs furent encore plus favorables. En quittant le pays pour un voyage, ils devaient payer un impôt plus léger encore que le clergé chrétien (Ar. p. 186). En 1235 ils étendirent leurs établissements dans les plaines de Bohême (Pod. p. 6). Bien qu’il soit vrai que cette année-là les Juifs envisagèrent de quitter la Bohême dans l’attente de la venue du Mashiah (Ar. p. 211), cela ne fut en aucune façon dû à l’oppression. Tous leurs anciens privilèges leur furent garantis; la bulle bienveillante d’Innocent IV (1254) fut confirmée par Ottocar II, et, en opposition exprimée aux résolutions hostiles du concile de Vienne, fut encore confirmée en 1267 (ih. pp. 255, 257; "Wertheimer, p. 172). Les règlements suivants s’appliquaient aux Juifs en Bohême ainsi qu’aux autres sujets juifs du roi : un chrétien ne pouvait témoigner contre un Juif que conjointement avec un autre chrétien et un Juif; un Juif devait être jugé seulement dans la synagogue (avec “coram suis scobs,” in Ar. p. 255). Dans les différends entre Juifs la décision ne devait pas revenir aux juges municipaux, mais au seigneur du manoir ou au grand chambellan; le juge juif n’avait juridiction dans de tels cas que si la plainte avait été initialement portée devant lui. La profanation du cimetière juif était punissable de mort, la propriété du coupable dévolant à la tête de l’État. Un Juif ne pouvait être contraint de remettre, lors d’une fête juive, un gage sur lequel il avait prêté de l’argent. Dans les opérations de prêt avec l’Église, le Juif était conseillé pour son propre bien — comme aussi par les lois municipales d’Iglau, 1249 (ih. p. 244) — d’exercer une prudence spéciale.

Des Juifs se trouvaient aussi à Tachau, parmi eux Moses ben Hisdai, « un des sages de Bohême ». Ses contemporains étaient Jacob, fils du susmentionné Isaac ha-Laban, et Abraham ben Azriel appelé Isaac Or-Zarua, dont l’histoire semble avoir été intimement liée à Prague, et dont les maîtres étaient comptés parmi les savants de cette ville. Un commentaire du Pentateuque fut écrit par un disciple de Judah le Pieux, qui vécut probablement en Bohême. Dans la seconde moitié du xiii e siècle, un grammairien, Jekuthiel b. Judah ha-Kohen ou Solomon ha-Nakdan, vécut à Prague. Ainsi Saadia, Hayyug, Ibn Ezra et Maïmonide, ainsi que les exégètes du nord de la France, peuvent être dits avoir trouvé un nouveau foyer en Bohême (M. pp. 31, 316, 360; Griin, ii. 13).

Un prélude approprié aux horreurs du xiv e siècle fut fourni par le massacre de la communauté de Prague, qui, semble-t-il, avait son propre quartier, le « Vicus Judaeorum », dès 1273 (Griin, p. 24). En 1290 ("Wertheimer, p. 175) et 1298 la bande de brigands de Rindfleisch (Griin, p. 16) tomba sur le ghetto là, pour venger une insulte prétendue à l’hostie. Dès 1305 les accusations de meurtre rituel qui surgirent dans tant de villes allemandes trouvèrent des victimes à Prague (Kohut, “Gesch. der Deutsch. Jud.” p. 162). En 1321 soixante-quinze Juifs furent brûlés sur le bûcher là (“Jahrb. Gesch. der Jud.” iv. 147). Jean de Luxembourg en 1336 pilla les synagogues parce que par le nouveau droit de douane introduit il ne pouvait rapidement atteindre son but (Griin, p. 17). La même année 53 Juifs furent brûlés à Prague (“Jahrb. Gesch. der Jud.” iv. 147). À l’instigation des Armleder et de leur bande les Juifs à Budweis (Wertheimer, p. 177), où il y avait en 134 trois familles, avaient considérablement augmenté en nombre; ceux de Czaslau, Prichowitz et Neuhaus furent pillés et assassinés (Saif. p. 240). L’archevêque de Prague, Arnest I., en 1347 porta de nouvelles accusations contre eux (Wertheimer, p. 173); mais ils furent protégés par la déclaration de l’empereur Charles IV cette année-là, qui déclara que les Juifs étaient ses “serfs” (“Kammerknechte”), et que ses droits sur eux devaient être respectés (M. 1894, p. 371). Son représentant en 1339 protégea également certains Juifs, qui avaient été baptisés et étaient revenus au judaïsme, de la vengeance de l’Église; pour son intervention humaine il fut promptement excommunié (Wertheimer, p. 175). D’un autre côté, cependant, Charles IV se crut justifié à considérer toute la propriété de ses “serfs” comme entièrement sienne, et à sa discrétion il libérait les débiteurs envers les Juifs de leurs obligations. Il partagea avec ses nobles les possessions des Juifs massacrés lors des effroyables soulèvements de 1348 et 1349 qui accompagnèrent la Peste noire à Prague et Eger (ib. p. 174; Saif., pp. 250, 268; Kohut, ib., concernant les Juifs à Eger, voir Wertheimer, p. 176; pour ceux de Kolin : M. 1894, p. 220). Toutes ces scènes sanglantes du siècle furent convenablement couronnées par les massacres répétés excités en 1388 par l’accusation de meurtre rituel (Wertheimer, p. 74); en 1389, par l’accusation d’insulte à l’hostie (Saif. p. 306; Zunz, “Ritus,” p. 127), au cours de cette dernière émeute même les pierres tombales du cimetière juif furent brisées, l’Altschul synagoge incendiée, et les murs de la Alt-Neuschul synagoge striés du sang des martyrs juifs (Pod. p. 84; voir l’élégie d’Abigdor Kara). Enfin, en 1391 l’accusation d’empoisonnement des puits fut formulée, à l’occasion de laquelle Lipmann de Mühlhausen figura parmi les victimes (Kohut, ib. p. 318).

Une période ininterrompue de souffrance de cette nature ne pouvait que produire les conditions les plus terribles, mais le pire trait, particulièrement à Prague, fut un système de honteuse espionnage et de dénonciation des autorités qui régna pendant plus de deux siècles, et qui impliquait parfois rabbins et administrateurs des congrégations. En tant que seigneurs de leurs “serfs,” Wenceslas et Sigismond exigèrent fréquemment une stricte conformité à leurs prétendus “droits” sur les Juifs (Wertheimer, p. 177; “Zeit. fur die Gesch. der Juden in Deutschland,” ii. 173; sur les relations entre Wenceslas et Abigdor Kara, et entre les Juifs et les hussites, voir Gudemann, “Gesch. des Erziehungswesens,” iii. 154, et Berliner, “Aus dem Leben,” etc., p. 55). Les Juifs n’étaient plus, avec les guildes commerciales, considérés comme des marchands privilégiés. Le xve siècle connut une succession constante de massacres et de pillages (Wertheimer, p. 175), 1422, 1448, 1476 (compar. “Gal ‘Ed,” Nos. 5, 50), etc., qui furent en partie sans doute attribuables au tumulte des guerres hussites, mais aussi à l’accusation de sang à Trente, 1476. La congrégation d’Eger seule montre un développement satisfaisant; avec elle, particulièrement avec son maître Nathan, Isserlein b. Pethahiah resta en contact (M. pp. 18, 134; comparer pp. 316, 322).

La résolution prétentieuse du Diete impérial de 1501 (Wertheimer, p. 178), de ne plus jamais expulser de Juifs d’Allemagne, fut très vite démentie par les expulsions de 1503, 1504, 1506, 1507, 1512 et 1516. Un décret similaire de 1520 fut révoqué en contrepartie d’une très lourde contribution pécuniaire (ib. pp. 175, 177; Pod. p. 40; “Jahrpulsionsbuch,” ^.c. p. 147). Des persécutions systématiques eurent lieu sous le fanatique Ferdinand I ; en 1527 il confirma cette résolution grandiloquente qui avait été convenue par Ladislaus II, mais en 1541 il négocia avec les nobles bohémiens l’expulsion des Juifs. Pour la première fois une accusation de haute trahison leur fut adressée ; on leur reprocha d’intriguer avec les Turcs; et Ferdinand fut fort zélé pour la restauration des règlements presque oubliés concernant le vêtement distinctif juif (1541, 1544, 1551 [“Zeit. fûr die Gesch. der Juden in Deutschland,” i. 251], 1571). En 1540 (Kohut, ib. p. 554; autrefois chaque érudit devait payer deux pfennigs pour ses matériaux d’écriture; Wertheimer, p. 181) il imposa un impôt spécial sur la propriété des Juifs, contraignant chacun à jurer sur le Décalogue la valeur de ses possessions. En 1541 (ib. p. 179) les Juifs, à l’exception de quinze familles, furent expulsés de Prague, ce qui fit grand plaisir à Luther (Griitz, “Gesch. der Juden,” ix. 313), le plus acharné ennemi de Ferdinand. En 1554 ils furent réaccueillis, en échange de lourdes considérations financières; en 1559 ils furent de nouveau expulsés, pour être réadmis deux ans plus tard (“Gal ‘Ed,” p. 22 ; Pod. p. 42). Encore, en 1562-64 l’édit d’expulsion fut lancé contre eux (Wolf, Th. p. 61, note), mais la chaleur avec laquelle l’impératrice (Pod. p. 42) et les archiducs plaidèrent la cause des Juifs fut du moins un incident gratifiant du décret. En 1568 ils furent expulsés de Kolin et Kuttenberg, et en 1571 de Mattersdorf (“Hebr. Bibl.” iv. 149).

Le développement interne de la communauté avait entre-temps progressé de façon satisfaisante. En 1512 le premier livre hébreu fut imprimé à Prague; l’industrie de l’imprimerie juive fondée là par les Gersonides demeura la caractéristique distinctrice de la communauté jusqu’au xviii e siècle. En 1547 la censure se fit sentir (“Gal ‘Ed,” p. 20), et en 1559 des soupçons proférés à l’égard du livre de prières juif conduisirent à un examen à Vienne de tous les livres hébreux susceptibles d’être saisis à Prague. Même les affaires de gestion interne n’échappèrent pas à l’ingérence des autorités; p. ex., la confirmation du rabbin Abraham b. Abigdor, appelé “Abraham de Prague” (Kohut, pp. 361, 582; comparer “Gal ‘Ed,” p. 121). Des querelles malheureuses dans la congrégation aboutirent en 1567 au transfert de la supervision des affaires juives aux chambres bohémiennes (“Zeit. fur die Gesch. der Juden in Deutschland.” i. 310).

THE JEWISH EXCYCLOPEDIA

Mais dans le dernier tiers du xvie siècle les circonstances de la congrégation changèrent pour le meilleur et furent plus brillantes que jamais. Le commerce avec l’intérieur de l’Autriche, et avec la Bavière et la Saxe, que les Juifs contrôlaient, et les transactions financières de la maison impériale enrichirent Mordecai Meisel, le bienfaiteur connu de la congrégation. Il fit construire la synagogue nommée Mordecai d’après lui, un demi-siècle après Aaron Meisel. Jeshidlam b. Isaiah Horwitz avait fondé la synagogue Pinkus (“Gal ‘Ed,” p. 24). Aux côtés de Meisel on trouve comme ami et conseiller Low b. Bezaleel, “le grand rabbin Low” (fondé, en 1654, conjointement avec Eliezer Ashkenazi, la société de sépulture; sur son audience célèbre avec Rudolph II voir Pod. pp. 1, 2, 3). L’historien, géographe et astronome David Cans, et Lipmann Heller de Wallerstein, auteur des “Tosafot Yom-Tob,” furent leurs contemporains et compatriotes.

Maximilien II et Rudolph II, à l’époque desquels la congrégation de Prague atteignit son développement le plus élevé (en 161)9 le premier rabbin est enregistré à Jung-Buntzlau; voir Gruuwald, “Jungbunzlauer Rabbiner”), furent suivis par Ferdinand II, qui distribua toutes sortes de faveurs aux Juifs dans l’espoir d’obtenir leur conversion. Son intendant de cour, Jacob Bassev (Bathsheba) Schmieles, fut élevé par lui à la noblesse sous le nom de “Von Treuenberg.” La première étape en fut l’institution des sermons jésuites, auxquels les Juifs furent contraints d’assister (1623 et 1630). Mais l’expédition de Passau de 1611 (Zunz, “Ritus,” p. 129; “Gal ‘Ed,” p. 13); la guerre de Trente Ans (Kisch, Pr., pp. 7, 10), dans laquelle les Juifs de Bohême restèrent fidèles à l’empereur, recevant en retour la protection de ses généraux (pour une lettre de Torstenson protégeant Jung-Buntzlau voir “Zeit. für die Gesch. der Juden in Deutschland,” i. 288), et étant spécialement récompensés par l’empereur pour leur défense de Prague contre les Suédois; les conflagrations (“Jahrbuch,” l.c. p. 147) de 1654, 1679 et 1689; l’invasion par les Français en 1680 (Kohut, ib. p. 654) — tout cela apporta de sévères souffrances aux Juifs de Prague. Leurs effectifs furent augmentés par l’émigration depuis Vienne et en 1650 depuis la Pologne (à la tête de ces derniers Ephraim Cohen de Wilna; voir K. Of. pp. 14, 18), en compensation, pour ainsi dire, de ceux qui, lors de l’expulsion de 1542, quittèrent la Bohême avec Jacob Pollack et Solomon Shechna b. Joseph pour s’établir en Pologne. En 1636 la congrégation comptait 7 815 âmes, en 1679 seulement 7 113 (“Zeit. für die Gesch. der Juden in Deutschland,” i. 317). La communauté de Prague s’occupait de l’évaluation et de la perception des impôts des congrégations provinciales, et le rabbin était nommé à la commission fiscale municipale, une circonstance qui en 1625 soumit Lipmann Heller aux machinations des informateurs juifs (Wolf, Feid. p. 17). Le “Purim de Prague”, le 14 Heshwan (Kisch, Pr. p. 12), et le “Purim Vorhang”, le 22 Tebet, sont aujourd’hui des commémorations d’événements survenus au xvii e siècle. En 1627 le quartier juif de Prague devint indépendant des autorités municipales, se gouvernant lui-même. Parmi les maîtres célèbres à cette époque figuraient Salomon Ephraim Lenezyz et Isaiah Horwitz, tandis que Joseidi Salomon del Medigo termina sa carrière mouvementée ici.

HI.— 19

* Pour les titres complets des ouvrages cités sous forme d’abréviations, voir la Bibliographie à la fin de l’article.

Le dix-huitième siècle, qui dans son dernier quart devait voir les portes du ghetto grandes ouvertes, fut marqué par une tache sur le règne de Marie-Thérèse que tous les édits formels de tolérance ne purent jamais effacer.

La confiscation de leurs livres en 1715 avait rappelé aux Juifs leur situation absolument sans défense (M. j)j). 41, 359). Ils ont peut-être espéré retrouver la faveur par leur loyauté manifeste, d’abord montrée en 1741 à l’occasion de la naissance de Joseph II et de la première visite de l’impératrice à l’église (Kohut, ib. p. 655), et de nouveau particulièrement aux murs de Prague en 1742 et 1743, où, avec la permission de leur rabbin Jonathan Eybeschl'itz, ils combattirent avec fermeté contre les Français même le jour de l’expiation (“Jahrbuch,” l.c. p. 151). Leur loyauté fut récompensée par un édit en 1745 qui, sans aucune raison, à un seul coup, les bannit — soixante mille âmes — de Bohême, après qu’ils eurent payé une amende de 160 000 gulden. Les représentations faites à Venise, en Hollande, en Angleterre, à Hambourg et auprès d’autres puissances libérales ne furent d’aucun effet. Jonathan Eybeschiitz écrivit aux congrégations françaises, et même au pape (Kohut, ib. ]). 658). Aigris jusqu’à l’extrême par la perfidie des nobles, les autorités voulurent faire un exemple des Juifs, d’autant plus que l’empereur opposant, Charles VII, s’était montré bien disposé à leur égard, et que Frédéric le Grand était considéré par le peuple comme un « père des Juifs » (K. Bur. p. 3). Que les autorités elles-mêmes ne croyaient pas à l’accusation de trahison portée contre eux est montré par le fait qu’elle n’est nulle part alléguée comme motif de l’expulsion, et que plus tard, en 1771, les Bohémiens défendirent eux-mêmes les Juifs contre une accusation similaire (Wolf, Th. p. 69) ; sur l’excommunication des traîtres juifs, publiée en 1756 par Ezekiel Landau, voir IL, 1894, p. 416, Wolf, Th. p. 64. Les tristes conséquences de cette outrance affectant tout le pays, la stagnation de tous les commerces et les plaintes franches du peuple amenèrent enfin les autorités à readmettre les Juifs. D’après l’édit de rappel, il apparaît qu’avant l’expulsion les Juifs avaient été autorisés à vivre à Kaurzim, Tabor, Neuhaus, Pisek, Schuettenhofen, Wodnian, Pilsen, Miess, Klattau, Rokizan et Laun. Ils devaient toutefois rester exclus des villes suivantes où ils avaient autrefois vécu : Czaslau, Budweis, Eger et Leitmeritz (“Jahrbuch,” l.c. p. 188 ; en mémoire du règne sanglant des Croates en 1745, au cours duquel R. Jonah, parmi d’autres, fut victime, un jeûne est encore observé à Böhmisch Leipa, le 4 Tévet ; voir Kohut, ib. p. 658). Après cette expulsion Marie-Thérèse traita, dans l’ensemble, les Juifs plus favorablement qu’auparavant (Wolf, Th. p. 60). Mais des lois telles que la loi des Familianten (Familiengesetz) (Fr. Gr. p. 171), limitant le nombre de personnes mariées dans une communauté, les restrictions imposées au commerce juif (Wolf, Th. p. 77), l’insistance rigoureuse sur le port du signe distinctif juif (collet jaune sur le manteau ; abrogé en 1781 ; “Zeit. für die Gesch. der Juden in Deutschland,” i. 27) et les limitations imposées aux médecins juifs (Wolf, Th. pp. 75-77 ; le premier docteur fut diplômé en 1778) témoignaient encore de la même intolérance. Tous ceux-ci, toutefois, furent balayés d’un seul coup par l’édit de tolérance promulgué par Joseph II en 1782. Le quartier juif de Prague fut incorporé (1784) ; les médecins juifs furent autorisés à soigner des patients chrétiens en 1785 (Lieben, “Gal ‘Ed,” p. 18), et les Juifs furent enrôlés pour le service militaire (Kohut, ib. p. 757). Les conditions domestiques des Juifs de Prague s’améliorèrent également. Sur le grand incendie de 1754 voir K. Heine, p. 43 ; Pod. p. 92. David Oppenheimer, le collectionneur de livres, posa les fondations de la bibliographie juive. Jonathan Eybeschiitz, vivant exemple de l’influence destructive exercée par l’imposition shabbétiste de Zebi (Kohut, ib. p. 680), et Ezekiel Landau, son adversaire, furent les principaux savants de cette période. De l’autre côté, Peter Beer et Herz Homberg cherchèrent à introduire des réformes dans le rituel juif, mais rencontrèrent une résistance déterminée, d’autant plus que Joseph II lui‑même ne voulut rien avoir à faire avec Mendelssohn et son « éclaircissement ».

Le dix-neuvième siècle doit être dit comme témoignant d’un recul dans la condition des Juifs en Bohême, puisque, malgré l’exemple de Joseph II, les Juifs furent traités tout au long dans l’esprit de ses prédécesseurs. La loi des Familianten et ses maux, ainsi que divers impôts levés, ne furent pas abolis avant l’adoption de la constitution du 4 mars 1849. Le fait que quelques Juifs isolés aient quelquefois été élevés à la noblesse n’a exercé aucune influence sur les circonstances générales des Juifs. Néanmoins, Prague a prospéré sous l’inspiration des temps modernes, et est devenue un foyer d’études juives. Zacharias Frankel y naquit ; Rapoport, Zunz et Michael Sachs y travaillèrent. La slavisation de la Bohême se manifeste ici et là parmi les Juifs par l’adoption de la langue tchèque lors de réunions générales et, parfois, à la chaire.

Bibliographie : La littérature périodique est donnée dans le second volume de la Zeitschrift für die Gesch. der Juden in Deutschland. Copia Eines Schreibens, Welches ein Jude aus Praag an Einen Seiner Guten Freunde in Franckfurt Abgelassen, die Ursache einer Emigration Betreffend, translated from the Hebrew original into the High German tongue, 1745, signé Mausche Israel. En annexe s’y trouve un poème anti‑juif, Zufällige Gedanken über die Emigration der Judenschaft in Prag, deux feuillets, dans la Hamburg Stadt‑Bibliothek, Realcatalog, Q. ii, 2. Schalier, Kurzgefasste Beschreibung der Königlichen Haupt‑ und Residenzstadt Prag, Prague, 1798 ; Wolf, Ferdinand II. und die Juden, Vienna, 1859 [cité dans l’article ci‑dessus comme Wolf, Ferd.] ; idem, Aus der Zeit der Kaiserin Maria Theresa, Vienna, 1888 [Wolf, Th.] ; [Wertheimer], Die Juden in Oesterreich, Leipsic, 1842 ; Spitzer, Urheimisch in Slavischen Ländern, Esseg, 1880 [Sp. Ur.] ; Kaufmann, Barthold Dnwe Burmania und die Vertreibung der Juden aus Böhmen und Mähren, in Grätz‑Jubelschrift [K. Bur.] ; idem, Die Erstürmung Ofens, Treves, 1895 [K. Of.] ; idem, Aus Heinrich Heine's Ahnensaal, Breslau, 1896 [K. Heine] ; Grün, Sage und Gesch. aus der Vergangenheit der Israel. Gemeinde in Prag, Prague, 1888 [Grun] ; Kisch, Die Prager Judenstadt Während der Schlacht am Weissen Berge, in Allg. Zeit. des Judenthums, 1884 [Kisch, Pr.] ; idem, Das Testament Mardochai Megsels, Frankfort‑on‑the‑Main, 1893 ; idem, Vorhang Purim, in Grätz‑Jubelschrift ; Frankl‑Grün, Gesch. der Juden in Kremsier, Breslau, 1896 [Fr.‑Gr.] ; Berliner, Aus dem Leben der Deutschen Juden im Mittelalter, 2e éd., Berlin, 1900 ; Podiebrad and Foges, Alterthümer der Prager Josefstadt, 3e éd. [Pod.] ; Lieben, Gal 'Ed, Prague, 1856 ; idem, Statistik sämtlicher auf dem Alten, Ersten Wolfschauer Friedhofe Stadtgehalten Beerdigungen, printed in Lieben’s Die Eröffnung des Neuen Zweiten Wolfschauer Friedhofes, in 56.50 (1890) ; Epstein and Halberstamm, Dibre Bifcicoret, Cracow, 1896 (Hebrew) ; Weber, Die Leidensgesch. der Juden in Böhmen, in Brandeis’ Jüdische Universal‑Bibliothek, No. 22 ; Aronius, Beejestenzur Gesch. der Juden in Deutschland, Berlin, 1887‑92 [Ar.] ; Salfeld, Das Martyrologium des Nürnberger Memorbuchs, Berlin, 1898 [Salf.] Monatsschrift f. Geschichte und Wissenschaft des Judenthums : Kohut, Gesch. der Deutschen Juden, 1898 ; Shapira, S'XDi mion, a Story of the Vicissitudes of the Jews in Bohemia in the Sixteenth Century, 1873 ; Wolf, Die Vertreibung der Juden aus Böhmen i. J. nUU, etc., in Jahrbuch für die Gesch. der Juden, iv. ; Grünwald, Gesch. der Juden in Böhmen, 1885 ; Homger‑Stem, Das Judenssehreinsbuch.

G. M. Gb.

Communautés en Bohême.

A. = Hospice.

Les chiffres entre parenthèses indiquent le nombre de villages adjacents inclus. C. = Cimetière, H. = Hebrah. R. = École religieuse, S. = Synagogue.

W. = Société de bienfaisance féminine.

Communauté.

Population de la communauté entière.

Institutions.

Adler‑Kosteletz (14)

Aurinowes (Bohmisch Brod) (17)

C., S.

H.

Auscha (7)

C., R., S., W.

Aussig (16)

H., S., W.

Bechin (7)

C., R., S., W.

Beneschau (27)

C., H., S.

Beraun (31)

H., W.

Bergreichenstein (7)

Berhaditz (9)

H.

Bilin (8)

H., C.

Bischof‑Teinitz (6)

S.

Blatna (9)

H., R., S.

Blowitz (5)

Bodenbach (Tetschen) (9)

C., H., W.

Bohmisch Leipa (13)

Bohmisch Neustadtl (Manutin) (10)

A., Hospice., C., H., R., S., W.

S., R.

Brandeis‑on‑the‑E. (19)

Brennporitschen (Blowitz) (8)

H., W.

C., R., S., W.

Briix (13)

C., H., S., W.

Brzesnitz (7)

C., H., R., S.

Budweis (19)

1,263

C., H., S., W.

Budyn (Libochowitz) (11)

C., H., R., S.

Czaslau (36)

R., S.

Chotebor (37)

C., H.

Choustnik (Sobieslaw) (3)

R., S., C.

Ckyn (Wallern) (10)

C., S.

Dawle (8)

S.

Dereisen (Iechnitz) (6)

C., H., S.

Deutschbrod (22)

Diwischau (16)

C., R., S.

Dobra (Unhost) (11)

Dobris (25)

C., H., R., S., W.

Dobruschka (10)

C., H., S.

Diirrmaul (7)

C., H., R., S.

Eger (3)

C., S., H., W.

Elbekosteletz (20)

Falkenau (20)

C., H., S., W.

Flohau (9)

R., S., W.

Franzensbad (13)

C., Hôpital juif, S.

Frauenberg (7)

C., R., S.

Gablonz‑on‑the‑Neisse (14)

H., S., W.

Goltsch‑Jenikau (20)

C., H., R., S., W.

Habern (11)

C., R., S., H.

Hartmanitz (8)

Hermanmiestetz (Chrudim) (47)

H.

1,185

C., H., R., S., W.

Holitz (11)

C., H., R., S.

Horazdiowitz (10)

Horelitz (7)

C., H., S.

Horitz (9)

C., H., R.

Horowitz (44)

C., H., S.

Hostaun (11)

C., H., S.

Hriskov (15)

C., H., R., S.

Humpoletz (23)

C., R., S., W.

Jechnitz (13)

Jeschin (9)

Jicin (35)

C., H., R., S.

Jistebnitz (7)

C.

Jung‑Bunzlau (24)

C., H., S., W.

Jung‑Woschicz (21)

C., H., S.

Kaaden (16)

C., S.

Kaladei (9)

C., H., S.

Kamenitz a.‑d. Linde (19)

C., S., H.

Kardasch‑Rzetschitz (9)

C., S.

Karlsbad (12)

1,192

C., Hôpital juif, S., W.

Karolinenthal

1,241

H., S.

Kassegowitz (12)

C., H., R., S., W.

Kaurzim (35)

S.

Kladno (5)

C., R., S., W.

Klattau (14)

Klucenitz (14)

Kohljanowitz (31)

Kolln (26)

Kolinetz (Planitz) (12)

Kommotau (14)

Königgratz (24)

Königinhof (14)

Königsaal (11)

Konigsberg (6)

Königstadtl (18)

Konigswart (9)

Königliche Weinberge

Koschir (9)

Kozolup (6)

Kralup (9)

Krumau (13)

Kriwsoudov (17)

Kunratitz (21)

Kuttenberg (32)

Kuttenplan (10)

Laun (18)

Ledec (15)

Leitmeritz (12)

Leitomischl (21)

Liban (19)

Libochowitz (5)

Lichtenstadt (9)

Lieben (24)

Lobositz (11)

Luditz (31)

Luze (22)

Marienbad (5)

Mascbau (2)

Melnili (40)

Michle (6)

Mies (25)

Mirowitz (20)

Miskovvitz (2)

Mnisek (6)

Muhlhausen (9)

Munchengratz (17)

Muttersdorf (2)

Naehod (22)

Nepomuk (11)

Netschetin (5)

Neu‑Benatek (21)

Neu‑Bistritz (4)

Neu‑Bidschow (35)

Neuern (10)

Neugedein (20)

Neuhaus (4)

Neustadtl (6)

Neustraschitz (8)

Neu‑Zedlisch (11)

Neveklau (21)

Nimburg (18)

Niirschau (8)

Ouwai (12)

Pardubitz (27)

Patzau (29)

Plauten (6)

Petschau (2)

Pilgram (28)

Pilsen (6)

Pisek (7)

Podiebrad (25)

Podersam (12)

Policzka (20)

Poina (12)

Postpelberg (7)

Postrizin (16)

Prague (ville propre). Voir PRAGUE.

Prcitz (17)

Prelautsch (17)

Pribram (24)

Pristoupim (22)

Radenin (8)

Radnitz (14)

Radoun (20)

Rakonitz (39)

Raudnitz (17)

Reichenau (4)

Reichenberg (22)

Rokitzan (13)

Ronspberg (5)

Rosenberg (16)

Rozdialowitz (12)

S.

Roztok (10)

S.

Rumburg (10)

Saatz (27)

1,741

C., H., S., W.

Schlan (25)

H., W.

Schiittenhoten (13)

C. (2), S. (2), H.

Schwarz‑Kosteletz (16)

H., S.

Selcan (22)

R., S.

Senftenberg (19)

H.

Smichow (5)

Sobieslau (6)

Soborten (17)

C., H., S., W.

Staab (7)

Stalec (6)

C., H., S.

Stankau (6)

H.

Stenowitz (8)

Strakonitz (7)

H., R., W.

Stranschitz (17)

R., S.

Swetla (10)

H., W.

Tabor (21)

C., S., W.

Tachau (7)

H.

Tauss (5)

Teplitz (6)

2,099

A., C., H., R., S., W.

Theusing (2)

C., H.

Trautenau (24)

C., S.

Triblitz (10)

C., S.

Tucap (6)

C., H., S.

Turnau (14)

H., Hôpital, W.

Unter‑Kralowitz (18)

C., H., R., S., W.

Unter‑Lukawitz (21)

Wallisgrün (10)

H., S.

Wallisch‑Birken (3)

Weiten‑Trebetitsch (6)

H.

Welwam (9)

Weseritz (14)

C., H., R., S.

Wlttingau (11)

Wlaschim (28)

H., W.

Wodnian (13)

H., W.

Wolin (7)

C., H., R., S., W.

Wotitz (12)

560

C., R., S., W.

Wscberau (10)

C., H.

Zizkov (2)

G. A. Ku.

Voir la fiche concept
Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.