Définition dans Jewish Encyclopedia

Barbe

BEARD

Données bibliques : L'Oriental moderne cultive sa barbe comme signe et ornement de la virilité : il jure sur sa barbe, en la touchant. Le sentiment semble avoir été le même aux temps bibliques. D'après les monuments égyptiens et assyriens, tous les Sémites occidentaux portaient une barbe pleine et ronde, témoignant d'un grand soin. Les longues barbes, telles qu'on les rencontre sur les sculptures babyloniennes et assyriennes postérieures, représentant la plus haute aristocratie, ne paraissent cependant pas avoir été en usage parmi les Juifs. [L'aîné ('zaken') reçut probablement son nom en raison de sa longue barbe, comme 'bene barbatus'.]

L'affirmation fréquente selon laquelle la lèvre supérieure était rasée est incorrecte. D'après II Samuel xix. 24 (Hébr. 25), la moustache ('safam'; A. Y. 'beard') reçut un 'taillage' régulier (ainsi la Version Autorisée King James, d'après la Vulgate ; l'hébreu 'doing' est aussi général qu'en anglais). L'onction de la barbe semble être évoquée en Ps. cxxxiii. 2 (contrastez la négligence de la barbe en I Samuel xxi. 14 comme signe de folie). En II Samuel xx. 9, prendre un homme par sa barbe est, possiblement, un signe d'amitié particulière.

Mutiler la barbe d'autrui en la coupant ou en la rasant est, par conséquent, considéré comme une grande honte, II Samuel x. 4 ('arrachage', Isaïe i. 6). Les endeuillés apportent un sacrifice en se défigurant de cette manière : voir les références à l'amputation, en Isaïe xv. 2 ; à l'écornage, en Jérémie xlviii. 37 ; et à l'arrachement, en Esdras ix. 3 (contrastez Jérémie xli. 5, où le rasage se trouve même en présence du Seigneur, avec l'interdiction, Lévitique xix. 27, xxi. 5). Cette dernière semble signifier spécialement les coins ; c.-à-d., les côtés, dont l'écornage ou le rasage produit une barbe pointue. Par distinction des Sémites sédentaires, les tribus nomades du désert portaient une telle barbe pointue (comparez Jérémie ix. 25, xxv. 23, xlix. 32). Pour les représentations égyptiennes, voir W. M. Müller, 'Asien und Europa', p. 140. Le rasage prescrit pour les lépreux semble destiné à attirer l'attention publique sur cette redoutable maladie (Lév. xiv. 9).

L'affaire du barbier (Ézéchiel v. 1) peut, en dehors du rasage cérémoniel, avoir consisté en taillage et mise à la tondeuse.

Dans Genèse xli. 14, le rasage de Joseph n'appartient pas à la coutume palestinienne, mais à la coutume égyptienne. Les Égyptiens des classes supérieures rasaient soigneusement la barbe ; la mode n'autorisant parfois qu'un petit toupet sous le menton. Le long et pointu petit toupet mentonnier des Égyptiens primitifs (conservé parmi leurs parents hamites, les Libyens et les habitants de Pount) était maintenu comme une barbe artificielle, attachée au menton lors d'occasions d'État et de cérémonies religieuses. Parmi les autres nations venues en contact avec Israël, les Hittites et les nations élamites rasaient complètement la barbe, comme l'avaient fait les premiers Babyloniens (en partie?).

Bibliographie : Benzinger, 'Hebräische Archäologie', p. 110 ; Nowack, Lehrbuch der Hebräischen Archäologie, p. 134 ; W. M. Müller, Asien und Europa, pp. 298 et sqq.

Dans la littérature rabbinique : Que 'l'ornement du visage d'un homme est sa barbe' (Shab. 152a) était une maxime favorite parmi les Juifs de Palestine au IIe siècle de l'ère commune ; deux siècles plus tard, l'expression 'ornement du visage' était en usage parmi les Juifs de Babylone comme désignation de la barbe (B. M. 81a). Les rapports avec les Grecs et les Romains durant toute cette période n'avaient manifestement pas modifié l'estime sémitique pour la barbe : cela eut plutôt l'effet inverse ; car cela conduisit à la considérer comme quelque chose de spécifiquement juif (Baruch vi. 31). La Halakah, en conséquence, s'occupa tôt du sujet, se référant aux préceptes de Lévitique xix. 27, xxi. 5. Ces passages furent supposés contenir deux prohibitions, l'enlèvement des tresses latérales ('pe'ot') et le rasage de la barbe. En ce qui concerne les premières, quelques autorités interdisent non seulement l'enlèvement total de ces tresses, mais même leur écornage (voir Pe'ot). Concernant la barbe, toutefois, la Halakah n'interdit que son enlèvement au rasoir, et pas même par ce moyen sauf lorsque le poil est enlevé lisse et près des racines (Michna Mak. iii. 5 ; Sifra, Kedoshim, vi. ; éd. Weiss, 90c).

Cette modification de l'interdiction biblique proprement dite était probablement due aux rapports des Juifs avec les Grecs, car la réglementation prévoit expressément qu'une personne ayant des relations constantes avec les agents du gouvernement puisse adopter la tonsure païenne, tandis qu'aux autres elle restait strictement interdite (B. K. 83a). Éléazar ben Arach? (Eliezer b. Hyrcanus), le représentant de la vieille Halakah, s'opposa à cette innovation (ib. ; la lecture 'Elazar' n'est pas soutenue ; comparer Rabbinowicz, 'Dikduke Soferim', sur le passage), et défendit tout enlèvement de la barbe, que ce soit avec une pince ou avec un instrument tranchant. Certains anciens expliquent un passage de la Tosefta (Ber. i. 4) comme si son enlèvement était la coutume d'une secte hérétique au IIe siècle (Tosef. de Judah Hasid et Salomon ben Adret, sur Ber. 11a).

Bien que ce passage admette une autre explication, Épiphane ('Adversus Hæreses', Ixx.7 ; éd. Migne, ii. 765) mentionne qu'une certaine secte hérétique regardait le visage rasé comme un essentiel religieux. Les 'Constitutions apostoliques', I.3, insistent sur l'interdiction biblique contre l'enlèvement de la barbe, comme le fait Clément d'Alexandrie ('Paidagogus', chap. iii. ; éd. Migne, i. 580-592 ; comparer Jérôme sur Ezéchiel xliv.20), et les sages juifs s'accordent à fonder l'opposition à un tel enlèvement sur l'argument que Elohîm a donné à l'homme une barbe pour le distinguer de la femme, et qu'il est donc mal de s'opposer à la nature (chez les commentateurs juifs, comparer Bahya et Abravanel sur Lévitique xix.27). En Palestine, où résidait une large population hellénique, l'écornage de la barbe (sauf en période de deuil) semble avoir été répandu dès le IIIe siècle dans les milieux lettrés juifs, qui respectaient probablement la Halakah tannait susmentionnée, tandis que le peuple ignorant distinguait à peine entre l'écornage et le rasage (Yer. R. II. i. 576).

Aux époques médiévale et talmudique, la coutume du pays semble avoir été suivie en ce qui concerne la barbe. Dans les pays orientaux, parmi les nations musulmanes, les Juifs portaient de longues barbes ; en Allemagne, France et Italie, elle était entièrement enlevée aux ciseaux (Levi, 'Tisporet Lulyanit', pp. 70, 71 ; Kimchi to II Sam. x. a ; Asheri, Makkot iii., début ; glosse marginale sur la Tosef. au Shab. 21b, citée par Isserlein, 'Terumat ha-Deshen', p. 295 ; faisant autorité pour la période du XIIe au XVe siècle). Des rabbins allemands scrupuleux cherchèrent toutefois, dès le XVe siècle, à interdire la coupe de la barbe, sans doute parce que la majorité prêtait peu d'attention à la lettre stricte de la Halakah, et, au lieu de couper aux ciseaux, se rasaient à blanc au rasoir (Isserlein, loc. cit. p. 9). Mais ce rigorisme fut excessif même pour Isserles (Shulchan 'Aruch, Yoreh De'ah, 181, 9).

Les kabbalistes réussirent où échouèrent les talmudistes ; ils déclarèrent même le raccourcissement de la barbe aux ciseaux comme un grand péché, et ils racontèrent de leur maître, Isaac Luria, qu'il évitait de toucher sa barbe de peur que le contact n'entraîne la chute de quelques poils (Judah Ashkenazi, 'Ba'er Heteb', sur Yoreh De'ah, loc. cit.). Avec la diffusion de la kabbale d'Luria en Pologne et dans les pays slaves, tout taillage de la barbe aux ciseaux fut progressivement interdit. Les Italiens, même les kabbalistes italiens, continuaient à se raser, selon la coutume du pays ; l'un d'eux alla jusqu'à démontrer cabalistiquement que l'interdiction de raser la barbe ne valait que pour la Terre Sainte, et qu'ailleurs la pratique opposée était plutôt recommandée (Shabbethai Be'er, 'Responsa Be'er Eshek', 670).

Dans les contrées orientales, les Juifs, comme leurs voisins musulmans, ne coupaient pas leurs barbes ; et en 1720 cela donna lieu à une violente controverse entre des Juifs italiens établis pour affaires à Salonique, Turquie, et le rabbinat local, celui-ci insistant pour que les nouveaux venus portent leur barbe. Les rabbins italiens, appelés au débat par leurs coreligionnaires, ne purent trancher ; car la question complémentaire était celle de l'obligation des séjournants de se conformer aux règles du lieu de leur séjour temporaire (Joseph Ergas, 'Dibre Yosef', n°. 36, tranche contre les Italiens ; en leur faveur se rangèrent S. Morpurgo et Mordecai Zahalon, dans la première collection de responsa, 'Shemesh Zedakah', n°. 61). Ce 'culte de la barbe' eut aussi ses opposants, et parmi eux se distingua Joseph Solomon del Medigo, de qui, ou de l'un de ses disciples, Moïse ben Meir (Metz ?), provient l'épigramme suivante :

"Si les hommes étaient jugés sages d'après leurs barbes et leur tour de taille,
Alors les chèvres seraient les plus sages créatures sur terre."

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle naquit chez les Juifs d'Allemagne et d'Italie la pratique d'enlever la barbe au moyen de pierre ponce ou d'agents chimiques, laissant le visage lisse comme rasé. Cela fut vigoureusement, quoique sans doute vainement, combattu par deux talmudistes distingués de l'époque, le rabbin polonais Hillel ben Naphtali ('Beit Hillel', sur Yoreh De'ah, 187) et l'italien Joseph ben Solomon Fiametta (cité dans les Responsa de son gendre, 'Shemesh Zedakah', n°. 61, p. 102d). L'une des questions revenant constamment dans la littérature des responsa des XVIIe et XVIIIe siècles concerne l'écornage de la barbe pendant les 'jours intermédiaires' des fêtes ('Yom ha-Mo'ed'), parce que la loi talmudique interdit la coupe des cheveux ces jours-là (voir les responsa des rabbins d'Amsterdam et de Venise dans Moses Hages, 'Leket ha-Kemah', sur Yoreh De'ah, 188).

Aussi triviale que paraisse toute cette question, elle eut de l'importance dans l'histoire du mouvement de réforme juif en Italie. Isaac Samuel Reggio publia (Vienne, 1839) un pamphlet intitulé 'Ma'amar ha-Tiglaliat', où il tenta de prouver casuistiquement que les règlements du Talmud concernant la coupe de la barbe pendant les 'jours intermédiaires' n'avaient plus d'application, à cause des circonstances changeantes. Cela suscita les réponses 'Tiglaliat ha-Ma'amar' (Léghorn, 1839) par Abraham Hay Reggio, et 'Tisporet Lulyanit' par Jacob Ezekiel Levi (Berlin, 1839). En Italie l'influence de la population non juive était si forte que même un représentant aussi zélé du judaïsme rabbinique que Samuel David Luzzatto remarqua dans une lettre privée qu'il ne se préoccupait plus de l'interdiction du rasage, parce qu'il pensait que la Bible l'avait voulue appliquer seulement aux prêtres. En Pologne et dans les pays slaves, on tenta, vers la fin du XVIIIe siècle, d'éluder l'interdiction biblique du rasage, au grand désarroi des principaux talmudistes (Ezekiel Landau, 'Nodah bi-Yehuda', ii. ; Yoreh De'ah, 80). Le hassidisme, qui venait alors de surgir dans ces pays, rendit à la barbe sa dignité passée ; de sorte qu'aujourd'hui, dans toute l'Europe orientale, l'enlèvement complet de la barbe est considéré comme la preuve d'une rupture formelle avec le judaïsme rabbinique (comparez Smolenski, 'Simhat Hanef', éd. 1890, p. 46, et la satire yiddish 'Di Bold' dans Michael Gordon, 'Yudishe Lieder', p. 15). Une attention particulière est portée à la convenance pour le hazan de porter une barbe (Joel Sirkes, 'Bayit Hadash', sur Tur Orach Hayyim, 53 ; Shabbethai Be'er, 'Be'er Sheva'', p. 107), en référence à une ancienne prescription talmudique datant d'une période où l'absence de barbe était un signe de jeunesse (Hul. 24b). Le quatrième concile de Carthage (398) décida de même 'clericus nec comam nutriat, nec barbam radat' (le clerc ne doit ni laisser pousser ses cheveux, ni retirer sa barbe) ; et encore des siècles plus tard, quand l'Église trouva vain de s'opposer à l'enlèvement de la barbe par les laïcs, elle insista néanmoins pour que les clercs portent la barbe (Bingham, 'Antiquities of the Christian Church', I. ii. 15, 16).

L'imagination populaire s'est aussi occupée de la barbe. Le dicton suivant, attribué à Ben Sira, était courant à l'époque talmudique : 'Un homme à barbe clairsemée est rusé, un homme à barbe fournie est sot ; mais personne ne peut nuire à un homme à barbe fendue' (Sanl. 160h). Le Talmud dit du Pharaon de l'Exode que sa barbe mesurait une coudée de long (M. K. 18a).

Un serment sur la barbe et les pe'ot est coutumier parmi les Juifs polonais aujourd'hui, bien que généralement employé sur un ton ironique (comparez Bernstein, dans 'Ha-Shahar', vi. 405). L. G.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.