Définition dans Jewish Encyclopedia

Angleterre

ENGLAND

La partie méridionale de l’île de Grande-Bretagne. En raison de la prépondérance de la capitale en Angleterre, la plupart des épisodes de l’histoire juive liés à ce pays se produisirent à Londres et sont racontés sous cette rubrique. Dans le présent article seront traités les événements plus spécifiquement historiques, ceux qui affectèrent les relations des Juifs avec l’État, bien que les événements qui affectèrent l’opinion publique aient aussi été inclus, en tant qu’ils influencèrent ces relations. Le sujet peut être traité en trois périodes : (a) avant l’expulsion, (b) intermédiaire, (c) réinstallation.

Période antérieure à l’expulsion : Il n’existe aucune preuve que des Juifs aient résidé en Angleterre avant la conquête normande. Les rares références contenues dans les lois ecclésiastiques anglo-saxonnes se rapportent soit aux pratiques juives concernant Pâques, soit à des visiteurs de passage.
Les Juifs, les marchands d’esclaves gallo-juifs, qui importaient des esclaves anglais sur le marché romain et provoquèrent ainsi la christianisation de l’Angleterre, vinrent avec les Normands. Guillaume de Malmesbury (« Gesta Rerum Anglorum », éd. Duffy, p. 500) déclare expressément que Guillaume le Conquérant amena les Juifs de Rouen en Angleterre, et il n’y a aucune raison de mettre son affirmation en doute. Le dessein du Conquérant se devine aisément. Il ressort du Domesday que sa politique était de faire acquitter les redevances féodales au trésor royal en monnaie plutôt qu’en nature, et qu’à cette fin il était nécessaire d’avoir un groupe d’hommes répartis dans tout le pays qui fournirait des quantités de monnaie.

Au début, le statut du Juif ne fut pas strictement défini. On tenta d’introduire le principe continental selon lequel lui-même et tout ce qui lui appartenait étaient la propriété du roi, et une clause à cet effet fut insérée sous Henri Ier dans certains manuscrits des prétendues « Lois d’Édouard le Confesseur » ; mais Henri accorda une charte au rabbin Joseph, le principal Juif de Londres, et à tous ses suivants, aux termes de laquelle il leur était permis de circuler dans le pays sans payer péages ni droits de douane, d’acheter tout ce qui leur était apporté, de vendre leurs gages après les avoir détenus un an et un jour, d’être jugés par leurs pairs et de prêter serment sur le Pentateuque. Une force particulière était attribuée au serment du Juif, qui était valable contre celui de douze chrétiens. La sixième clause de la charte était particulièrement importante : elle accordait aux Juifs le droit de se déplacer où ils voulaient, avec leurs biens meubles, comme si ceux-ci étaient la propriété même du roi (« sicut res propriae nostrae »).

Quel que fût l’avantage que le roi ou les Juifs tiraient de leurs relations étroites, il fut troublé par la désorganisation complète de l’État sous Étienne, qui brûla la maison d’un Juif à Oxford (certains récits disent avec un Juif à l’intérieur) parce qu’il refusait de payer une contribution aux dépenses du roi. Les Juifs furent tout autant rançonnés par l’impératrice Mathilde et par le roi Étienne. Ce fut sous le règne de ce dernier que fut portée, dans l’affaire de Guillaume de Norwich (1144), la première accusation de meurtre rituel contre les Juifs jamais enregistrée dans quelque pays que ce fût. Plus tard dans le siècle, des accusations semblables furent formulées en relation avec les garçons Harold (à Gloucester, 1168) et Robert (à Bury St. Edmunds, 1181). Dans aucun de ces cas il n’y eut de procès.

Alors que les croisés en Allemagne essayaient leurs épées sur les Juifs, les soulèvements contre ces derniers en Angleterre furent, selon les chroniqueurs juifs, empêchés par le roi Étienne (« Hebraische Berichte », p. 64).

Avec le rétablissement de l’ordre sous Henri II et le retrait des Flamands sans loi, les Juifs reprirent leur activité. Dans les cinq ans suivant son avènement, on trouve des Juifs à Londres, Oxford, Cambridge, Norwich, Thetford, Bungay, Canterbury, Winchester, Newport, Stafford, Windsor et Reading. Pourtant, ils ne furent autorisés à enterrer leurs morts nulle part ailleurs qu’à Londres, restriction qui ne fut levée qu’en 1177. Leur dispersion dans le pays permettait au roi de recourir à eux lorsque l’occasion l’exigeait ; il les remboursait par des mandats de paiement adressés aux shérifs des comtés, qui rendaient compte des paiements ainsi effectués dans les comptes semestriels des pipe-rolls (voir Aaron de Lincoln). Mais le roi devait bientôt constater que d’autres pouvaient utiliser les Juifs à des fins politiques. La conquête de l’Irlande par Strongbow (1170) fut financée par Josce, un Juif de Gloucester ; le roi infligea donc une amende à Josce pour avoir prêté de l’argent à ceux qui avaient encouru sa disgrâce. Toutefois, en règle générale, Henri II ne paraît pas avoir limité en aucune manière l’activité financière des Juifs ; et les chroniqueurs de l’époque remarquèrent avec une certaine inquiétude la faveur accordée à ces étrangers par la foi et le pays, qui accumulaient assez de richesses pour se bâtir des maisons de pierre, matériau jusque-là employé uniquement pour les palais, bien que les Juifs l’eussent sans doute adopté pour des raisons de sécurité. La position favorable des Juifs anglais fut montrée, entre autres choses, par la visite d’Abraham ibn Ezra en 1158, par celle d’Isaac de Tchernigov en 1181, et par le recours à l’Angleterre des Juifs expulsés de France par Philippe Auguste en 1182, parmi lesquels se trouvait probablement Juda Sir Leon de Paris.

Pourtant, Henri II n’attendait que son heure en accordant tant de liberté à ses sujets juifs. Dès 1168, alors qu’il concluait une alliance avec Frédéric Barberousse, il avait saisi les principaux représentants des Juifs et les avait envoyés en Normandie, tout en imposant aux autres une taille de 5 000 marcs (Gervase de Canterbury, éd. Stubbs, i. 205). Toutefois, lorsqu’en 1186 il demanda au reste du pays de payer une dîme pour la croisade contre Saladin, il exigea le quart des biens meubles juifs. La dîme fut évaluée à 70 000 £, le quart à 60 000 £. En d’autres termes, la valeur des biens personnels des Juifs fut considérée comme le quart de celle du pays tout entier. Il est toutefois improbable que la totalité de cette somme ait été payée d’un coup, car pendant de nombreuses années après l’imposition de la taille, des arriérés furent exigés des Juifs récalcitrants.

Le roi avait probablement été amené à imposer cette forte demande à la communauté juive anglaise par l’aubaine surprenante qui échut à son trésor à la mort d’Aaron de Lincoln. Tous les biens obtenus par usure, que ce fût par un Juif ou par un chrétien, tombaient aux mains du roi à la mort de l’usurier ; et la succession d’Aaron de Lincoln comprenait pas moins de 15 000 £ de dettes qui lui étaient dues par des membres de la baronnie dans tout le pays. En outre, un grand trésor parvint entre les mains du roi, mais il fut perdu lorsqu’on l’envoya en Normandie. Une branche spéciale du trésor, constituée pour traiter cette importante comptabilité, fut connue sous le nom d’« Échiquier d’Aaron » (voir Aaron de Lincoln).

À part ces exactions et une interdiction de porter des armes dans l’Assize of Arms de 1181, les Juifs anglais eurent peu à se plaindre du traitement que leur infligea Henri II, qui fut effectivement accusé par les chroniqueurs contemporains de favoriser indûment ces « ennemis du Mashiah (Christ) ». Ils vivaient en excellents termes avec leurs voisins, y compris le clergé ; ils entraient librement dans les églises et se réfugiaient dans les abbayes en temps de troubles. On trouve même le récit de la conversion au judaïsme de deux moines cisterciens ; et il est établi que les Juifs critiquaient librement les aspects les plus vulnérables du catholicisme, l’accomplissement de miracles et le culte des images. Pendant ce temps, ils vivaient eux-mêmes dans une opulence ostentatoire, dans des maisons semblables à des palais, et aidèrent à bâtir un grand nombre des abbayes et monastères du pays. À la fin du règne d’Henri, ils avaient encouru la malveillance des classes supérieures, avec lesquelles ils entraient le plus souvent en contact. L’essor de l’esprit de croisade dans la dernière partie du règne d’Henri répandit le mécontentement dans toute la nation, comme cela se manifesta avec des résultats désastreux à l’avènement de son fils Richard.

Richard Ier avait pris la croix avant son couronnement (3 sept. 1189). Plusieurs des principaux Juifs d’Angleterre se présentèrent pour rendre hommage à Westminster ; mais il semble qu’il y ait eu une superstition contre l’admission d’Hébreux à une cérémonie aussi sainte, et ils furent repoussés durant le banquet qui suivit le couronnement. La rumeur se répandit de Westminster à Londres que le roi avait ordonné un massacre des

Juifs ; et une foule dans Old Jewry, après avoir vainement attaqué toute la journée les solides maisons de pierre des Juifs, y mit le feu la nuit, tuant ceux qui, à l’intérieur, tentaient de s’échapper. Le roi fut irrité de cette atteinte à sa dignité royale, mais ne prit aucune mesure pour punir les coupables, en raison de leur grand nombre. Après son départ pour la croisade, des émeutes accompagnées de pertes humaines se produisirent à Lynn, où les Juifs tentèrent d’attaquer un coreligionnaire baptisé qui s’était réfugié dans une église. La population maritime se souleva contre eux, incendia leurs maisons et les passa au fil de l’épée. De même, à la foire de Stamford, le 7 mars 1190, beaucoup furent tués, et le 18 mars cinquante-sept furent massacrés à Bury St. Edmunds.

La tour, et la fureur de la foule fut entretenue par les exhortations d’un moine prémontré, qui célébrait chaque matin la messe dans son vêtement blanc devant les murs de la tour jusqu’à ce que, par accident ou à dessein, il fût atteint d’une pierre alors qu’il s’était approché trop près et fût écrasé. La mort du moine porta la fureur de la foule à son comble, et les Juifs emprisonnés ne voyaient aucun espoir d’échapper à la mort par la faim, si ce n’est par le baptême. Leur chef religieux, le rabbin Yom-Tob de Joigny, les exhorta à se tuer plutôt que d’adopter l’une ou l’autre alternative, et le président, Josce, commença l’immolation volontaire en tuant sa femme Anna et ses deux enfants. Finalement, Josce fut lui-même tué par Yom-Tob. Les quelques-uns qui avaient refusé de

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Starr d’Aaron de Lincoln, 1181, reconnaissant réception d’un paiement partiel de Richard Malebys, ultérieurement

LE Chef du massacre de York, 1190.

(Au British Museum.)

Les Juifs de Lincoln ne se sauvèrent qu’en se réfugiant dans un château.

Des attaques isolées contre des Juifs se produisirent aussi à Colchester, Thetford et Ospringe, mais l’incident le plus frappant eut lieu à York dans la nuit du 16 au 17 mars 1190. Alarmés par les massacres précédents et par l’incendie de plusieurs de leurs maisons par la foule des croisés qui se préparaient à suivre le roi, les Juifs de York, avec leur chef Josce, demandèrent au gardien du château royal de York de les recevoir avec leurs femmes et leurs enfants. Toutefois, lorsque le gardien tenta de rentrer dans Clifford Tower, qu’il avait remise aux Juifs, ceux-ci refusèrent de le recevoir ; il appela alors à l’aide le shérif du comté, John Marshall, pour reprendre la tour. La milice du comté et plusieurs nobles de York, conduits par Richard Malebys, qui était fortement endetté envers les Juifs, assiégèrent la tour. Ceux qui avaient refusé de suivre leur exemple implorèrent en vain la pitié des chrétiens, qui entrèrent à l’aube et les tuèrent. Ayant découvert que les actes prouvant l’endettement des émeutiers envers les Juifs ne se trouvaient pas dans la tour, la foule se précipita à la cathédrale, s’en empara là et les brûla. Le chancelier Longchamp tenta de punir les coupables, principalement certains petits barons endettés envers les Juifs, mais ceux-ci avaient fui en Écosse. Richard Malebys fut privé d’un grand nombre de ses fiefs, mais ils lui furent bientôt rendus. La plupart des nobles mentionnés dans les archives étaient liés à diverses abbayes, et étaient influencés par le préjugé religieux autant que par le désir de se libérer de leurs dettes envers les Juifs (voir York).

Pendant l’absence de Richard en Terre sainte et durant sa captivité, le sort des Juifs fut aggravé par les exactions de William de Longchamp ; et ils furent appelés à contribuer à la rançon du roi à hauteur de 5 000 marcs, soit plus de trois fois la contribution de la ville de Londres. À son retour, Richard décida d’organiser la communauté juive afin de s’assurer qu’il ne serait plus privé, par des soulèvements tels que ceux qui avaient eu lieu après son couronnement, de ses justes droits en tant que légataire universel de la communauté juive. Il décida donc, en 1194, que les agents royaux conserveraient des registres de toutes les transactions des Juifs, lesquelles ne seraient pas légales sans un tel enregistrement. Chaque dette devait être inscrite sur un chirographe, dont une partie devait être conservée par le créancier juif et l’autre préservée dans un coffre auquel seuls des agents spéciaux auraient accès. Par ce moyen, le roi pouvait à tout moment connaître les biens de n’importe quel Juif dans le royaume ; et aucune destruction de l’obligation détenue par le Juif ne pouvait libérer le débiteur de sa dette. Cette « Ordonnance de la communauté juive » fut pratiquement le commencement de l’Échiquier des Juifs, qui rendit toutes les transactions de la communauté juive anglaise imposables par le roi d’Angleterre, lequel devint ainsi un associé dormant dans toutes les opérations de l’usure juive. Le roi exigea en outre deux besants par livre, soit 10 pour cent de toutes les sommes recouvrées par les Juifs avec l’aide de ses tribunaux.

Il convient peut-être ici de déterminer aussi exactement que possible le statut précis que les Juifs avaient acquis en Angleterre à la fin du douzième siècle. Ils ne pouvaient être considérés comme des étrangers, pas plus que les nobles normands avec lesquels ils étaient originellement venus ; d’ailleurs, le statut d’étranger ne pouvait devenir héréditaire (Maitland et Pollock, « History of English Law »). Ils n’étaient pas des hérétiques, puisque leur droit à l’existence était reconnu par l’Église. Ils étaient pour la plupart usuriers, et leurs biens, comme ceux de tous les usuriers, revenaient au roi à leur décès. Mais, d’autre part, leurs créances usuraires pouvaient être recouvrées en justice, tandis que l’usurier chrétien ne pouvait recouvrer plus que son prêt initial. Ils étaient en relation directe avec le roi et ses tribunaux ; mais cela n’impliquait aucun pouvoir arbitraire du roi de les taxer ou de prendre leur argent sans remboursement, comme les pipe-rolls le montrent fréquemment. Les aides, reliefs, amendes et amercements qui leur étaient demandés n’étaient autres que ceux exigés des autres sujets du roi, bien que la somme apportée par les Juifs ait pu être plus élevée. Ils étaient les « hommes » du roi, il est vrai, mais pas plus que les barons de l’époque ; et ils avaient le privilège spécial du rang baronnial et pouvaient se déplacer de lieu en lieu et s’établir n’importe où sans restriction. On verra comment ce privilège leur fut ensuite retiré. Dans l’ensemble, le statut des Juifs anglais, qui participaient de la nature du baron, de l’étranger, de l’hérétique et de l’usurier, était particulier ; mais, dans l’ensemble, leur sort n’était pas défavorable.

Ces conditions, cependant, n’étaient pas destinées à durer longtemps. Dès 1198, le pape Innocent III avait écrit à tous les princes chrétiens, y compris Richard d’Angleterre, les appelant à contraindre à la remise de tous les intérêts exigés par les Juifs des chrétiens. Cela rendrait naturellement leur existence même impossible. Le 15 juillet 1205, le pape posa le principe que les Juifs étaient voués à la servitude perpétuelle parce qu’ils avaient crucifié Jésus. En Angleterre, le pouvoir séculier suivit bientôt l’initiative de l’Église. Jean, qui avait ses propres raisons de ne pas aimer les Juifs, étant devenu leur débiteur alors qu’il était jeune homme en Irlande, les traita d’abord avec une apparence de tolérance. Moyennant la somme relativement modique de 4 000 marcs, il confirma la charte du rabbin Josce et de ses fils, et l’étendit à tous les Juifs d’Angleterre ; il adressa aussi une vive remontrance au maire de Londres contre les attaques continuellement dirigées contre les Juifs de cette ville, seule parmi toutes les villes d’Angleterre. Il rétablit un certain Jacob comme archiprêtre de tous les Juifs anglais (12 juillet 1199).

Mais avec la perte de la Normandie en 1205, un esprit nouveau semble avoir animé l’attitude de Jean envers ses Juifs. Au comble de son triomphe sur le pape, il exigea une somme d’au moins 100 000 £ des maisons religieuses d’Angleterre, et de 66 000 marcs des Juifs (1210). L’un de ces derniers, Abraham de Bristol, qui refusait de payer sa quote-part de 10 000 marcs, se fit, sur ordre du roi, arracher sept dents, une par jour, jusqu’à ce qu’il consente à payer (Roger de Wendover, ii. 232 ; mais voir Ramsay, « Angevin Empire », p. 426, Londres, 1903). Il n’est guère étonnant qu’en 1211 beaucoup de rabbins anglais se soient volontiers joints au pèlerinage sioniste de Joseph ben Baruch, qui, dit-on, fut accompagné de plus de 300 rabbins anglais et français dans son voyage vers la Terre sainte. Pourtant, bien que Jean tirât des Juifs tout ce qu’il pouvait, ils constituaient un élément important de son parti dans la lutte triangulaire entre le roi, les barons et les municipalités qui forme l’histoire constitutionnelle de l’Angleterre durant son règne et celui de son fils. Même dans la Grande Charte furent insérées des clauses empêchant le roi ou ses sujets juifs d’obtenir des intérêts pendant la minorité d’un héritier.

Avec l'avènement de Henri III (1216), la position des Juifs devint quelque peu plus facile, mais seulement pour peu de temps. Innocent III avait, l'année précédente, fait adopter par le concile de Latran la loi imposant la Rouelle aux Juifs ; et, en 1218, Étienne Langton, archevêque de Cantorbéry, la mit en vigueur en Angleterre, la marque prenant la forme d'une pièce blanche oblongue de deux largeurs de doigt sur quatre. Au début, les Juifs songèrent à éluder cette restriction en quittant entièrement le pays, et des instructions furent données aux gardiens des Cinq-Ports afin d'empêcher tout Juif de sortir du pays sans la permission du roi. Le changement de position des Juifs fut frappamment indiqué en 1222, lorsqu'un diacre à Oxford fut brûlé pour être devenu prosélyte du judaïsme et pour avoir épousé une Juive ; alors qu'au douzième siècle plusieurs cas d'un tel prosélytisme s'étaient produits en Angleterre, et qu'aucun châtiment n'avait suivi le « crime » (Maitland, “Canon Law in England,” pp. 158-179). L'action de l'Église fut suivie d'une opposition analogue de la part des bourgs anglais. À son avènement, Henri avait jugé nécessaire de nommer des comités de vingt-quatre bourgeois qui seraient responsables de la sécurité des Juifs de Gloucester et de Hereford, tandis qu'il revendiquait la juridiction de ses propres shérifs ou connétables dans toutes les causes entre Juifs et chrétiens. Cela était une grande source de gêne pour les villes, qui commençaient à s'affranchir des redevances féodales et des exactions du roi en composant pour une somme forfaitaire connue sous le nom de « terme du bourg » (“firma burgi”). Cela les exemptait de la juridiction du roi ; mais une exception était faite pour les affaires relatives à la juiverie, sous ce prétexte les officiers du roi envahissaient à maintes reprises les bourgs. Des pétitions furent donc adressées au roi dans bien des cas afin qu'il retirât ses Juifs des bourgs, et ils furent expulsés de Bury St. Edmunds en 1190, de Newcastle en 1234, de Wycombe en 1235, de Southampton en 1236, de Berkhamsted en 1242, de Newbury en 1244 ; et il fut enfin décrété en 1253 que les Juifs ne pourraient librement résider que dans les villes qui possédaient une Archa pour la conservation des actes et starrs des Juifs, permettant au roi d'établir leur capacité à supporter de nouvelles taxes. Dès lors ils furent limités à quelque vingt-cinq villes d'Angleterre, et ils devinrent en vérité les biens meubles du roi. Toute tentative d'éluder les dispositions de ce décret fut rigoureusement sanctionnée par l'expulsion, comme à Winchelsea en 1273, à Bridgnorth en 1274, et à Windsor en 1283. Par ces restrictions, il devint impossible à tout Juif d'échapper, en changeant de résidence, au paiement de la taille, qui devint sous Henri III le principal moyen d'extorsion après que le gouvernement bienfaisant de Hubert de Burgh eut été remplacé par celui des favoris du roi (voir Tallage).

Mais il y avait probablement une autre raison de limiter les affaires juives avec les villes, car il est vraisemblable que le roi tirait très peu de profit des prêts consentis par les Juifs aux bourgeois des villes, puisque c'était avec les petits barons, y compris le haut clergé, que les Juifs traitaient la plus grande partie de leurs affaires. Les petits barons, en effet, se trouvaient entre la meule supérieure et la meule inférieure dans leurs emprunts aux Juifs, leur endettement envers ces derniers tombant en dernier ressort entre les mains du roi, soit par déshérence à la mort du créancier, soit par recouvrement effectué par les officiers du roi lorsque les Juifs étaient soumis à la taille. Mais, en outre, la haute baronnie imitait la couronne en se servant des Juifs comme instruments pour faire passer entre ses mains les terres de ses frères moins puissants ; avançant de l'argent au Juif, partageant avec lui l'usure, et revendiquant les terres si la dette n'était pas acquittée. On se plaignit de cela dès le synode de Worcester de 1240 (Wilkins, “Concilia,” i. 675-676), et près de vingt ans plus tard (1259) les petits barons pétitionnèrent le roi afin qu'il trouvât quelque remède à ce danger de tomber dans les griffes de la haute noblesse (Stubbs, “Select Charters,” p. 365).

Avec le déclenchement de la guerre des barons, des mesures violentes furent adoptées pour supprimer toute trace d'endettement, soit envers le roi, soit envers les hauts barons. Les juiveries de Londres, Cantorbéry, Northampton, Winchester, Cambridge, Worcester et Lincoln furent pillées (1263-65), et les archae furent soit détruites, soit déposées au quartier général des barons à Ely. Simon de Montfort, qui à un stade précoce avait expulsé les Juifs de sa ville de Leicester, annula, lorsqu'il fut au faîte de sa puissance après la bataille de Lewes, toutes les dettes envers les Juifs. Il fut accusé d'avoir partagé le butin, mais il publia des édits pour leur protection après la bataille (Kingsford, “Song of Lewes,” pp. 59, 80, Oxford, 1890). Tant la juiverie que le roi, qui la représentait, durent souffrir incalculablement de cet effacement général des dettes.

La valeur de la juiverie pour le trésor royal avait en fait considérablement diminué au cours du treizième siècle, par suite de deux circonstances : les revenus du roi provenant d'autres sources avaient continuellement augmenté durant le siècle, d'environ 35 000 £ sous Henri II à 65 000 £ sous Édouard Ier ; et les contributions des Juifs avaient diminué tant en valeur absolue que relative, la moyenne des tailles, etc., étant d'environ 3 000 £ par an au douzième siècle, et seulement de 2 000 £ au treizième. En outre, le roi avait trouvé d'autres sources auxquelles obtenir des prêts. Des marchands italiens, les « usuriers du pape », comme on les appelait, lui fournissaient de l'argent, parfois sur la garantie de la juiverie. Par la contraction de la zone dans laquelle les Juifs étaient autorisés à exercer leur activité de prêteurs, leurs moyens de profit étaient réduits, tandis que le roi, par ses exactions continuelles, empêchait l'accroissement automatique des intérêts. À deux occasions, en 1254 et 1255, les Juifs lui adressèrent, à lui ou à son représentant, de vives instances pour être autorisés à quitter le royaume avant qu'on ne leur eût arraché jusqu'au dernier denier. Le refus de Henri ne servit qu'à souligner leur entière dépendance à l'égard de la volonté royale. Au milieu du treizième siècle, les Juifs d'Angleterre, comme ceux du continent, étaient devenus des biens meubles du roi. Il ne semblait y avoir aucune limite aux exactions qu'il pouvait leur imposer, bien qu'il fût manifestement contraire à son propre intérêt de les priver entièrement de capital, sans lequel ils ne pouvaient lui procurer des intérêts usuraires.

Un préjugé supplémentaire avait été suscité contre les Juifs précisément à cette époque par la résurgence de l'accusation de meurtre rituel. Le roi avait vendu la juiverie à son frère Richard de Cornouailles en fév. 1255, pour 5 000 marcs, et avait perdu tous droits sur elle pendant un an. Mais, en août suivant, plusieurs des principaux Juifs qui s'étaient assemblés à Lincoln pour célébrer le mariage d'une fille de Berechiah de Nicole furent saisis sous l'accusation d'avoir assassiné un garçon nommé Hugh. Quatre-vingt-onze furent envoyés à Londres, à la Tour ; dix-huit furent exécutés pour avoir refusé de plaider, et les autres furent gardés en prison jusqu'à l'expiration du contrôle de Richard sur leurs biens (voir Hugh of Lincoln).

Dès que l'ordre fut rétabli après la mort de Simon de Montfort, Édouard, entre les mains de qui se trouvait le pouvoir dirigeant, bien qu'il ne fût alors que prince de Galles, prit des mesures pour remédier aux principales plaintes qui avaient conduit les nobles à leur soulèvement contre les Juifs. En 1269, Walter de Merton, conseiller du roi, qui était lui-même endetté envers les Juifs, rédigea une mesure déniant à ces derniers tout droit de propriété foncière qui pourrait tomber entre leurs mains à la suite de leurs prêts. Ils ne devaient pas prêter sur la garantie de biens fonciers ; toutes les obligations existantes sur des immeubles furent déclarées nulles et non avenues ; et toute tentative de vendre de telles obligations à des chrétiens fut érigée en crime capital. Mais, si les barons ne pouvaient plus aliéner leurs biens comme garantie d'emprunts, ils pouvaient encore les vendre aux Juifs ; et avec cette vente pouvaient tomber entre les mains juives le droit féodal de tutelle et le droit ecclésiastique de patronage, tous deux indissolublement liés à la saisine d'une terre en fief. En 1271, les Juifs, dans une mesure désespérée, tentèrent d'arracher au conseil du roi l'autorisation explicite de détenir des terres avec tous leurs privilèges ; mais un frère franciscain protesta contre l'« impie insolence » des Juifs qui revendiquaient de tels droits et, soutenu par les évêques présents ainsi que par le prince Édouard, qui présidait, les demandes des Juifs furent rejetées, et il leur fut en outre interdit de jouir de la propriété franche sous quelque tenure que ce fût. Il leur fut même interdit d'accroître leurs possessions à Londres, car cela pourrait diminuer les dîmes de l'Église (“De Antiquis Legibus Liber,” pp. 234 et suiv.). Ainsi privés de toute garantie pour les gros prêts, les Juifs furent presque automatiquement empêchés d'obtenir de nouvelles affaires ; et de fait, dès que le décret de 1271 eut été adopté, Henri III, ou Édouard agissant en son nom, vendit tout le revenu de la juiverie à Richard de Cornouailles pour la modique somme de 2 000 marcs (Rymer, “Foedera,” i. 430).

Peu après son couronnement, Édouard Ier, en 1275, résolut de régler par une expérience hardie la question juive telle qu'elle existait alors en Angleterre. Les lois de l'Église contre l'usure avaient récemment été réitérées avec plus de véhémence qu'à l'ordinaire au concile de Lyon (1274), et Édouard, dans le « Statutum de Judaismo », interdit absolument aux Juifs de prêter à usure, mais leur accorda la permission de se livrer au commerce et aux métiers, et même de prendre des fermes pour une période n'excédant pas dix ans, bien qu'il les exclût expressément de tous les avantages féodaux de la possession de terres. Cette permission, toutefois, considérée comme un moyen permettant aux Juifs en général de gagner leur vie, était illusoire. L'agriculture ne peut être entreprise sur-le-champ, ni les métiers acquis immédiatement. De plus, en Angleterre au treizième siècle, les gildes s'assuraient déjà le monopole de tout travail qualifié, et dans la majorité des marchés seuls ceux qui étaient membres de la Gilde marchande pouvaient acheter et vendre. En privant les Juifs du recours à l'usure, Édouard les empêchait pratiquement de gagner leur vie dans les conditions d'existence alors en vigueur dans l'Angleterre féodale ; et, en principe, le « Statut du judaïsme » les expulsa quinze ans avant l'expulsion définitive. Quelques Juifs tentèrent d'éluder la loi en recourant aux artifices des Caursins, qui prêtaient des sommes et extorquaient des obligations comprenant à la fois le capital et les intérêts. Quelques-uns eurent recours au brigandage de grand chemin ; d'autres rejoignirent la Domus Conversorum (voir ci-dessous) ; tandis qu'un nombre considérable semble avoir recouru au rognage des monnaies comme moyen de s'assurer une existence précaire. En conséquence, en 1278, toute la juiverie anglaise fut emprisonnée ; et pas moins de 293 Juifs furent exécutés à Londres.

Édouard, ayant constaté qu'il lui était impossible d'empêcher entièrement l'usure de la part des Juifs, fut contraint de la permettre sous une forme restreinte dans un nouveau statut, probablement daté d'environ 1280, autorisant les Juifs à recevoir des intérêts sur leurs prêts pendant trois ans, ou tout au plus quatre. Des dispositions furent prises pour que tous les prêts ainsi négociés fussent dûment enregistrés, afin que le roi pût avoir sa juste part de l'usure de la juiverie (“Papers of the Anglo-Jew. Hist. Exh.” pp. 219, 229). Les prêts arrangés à ces conditions ne pouvaient être ni très sûrs ni très lucratifs, et les recettes du roi en particulier seraient réduites à leur minimum par la forme restreinte sous laquelle l'usure était désormais permise. Édouard fut peu après empêché de lever ces restrictions par un acte de l'Église.

Depuis le quatrième concile de Latran, la papauté était devenue de plus en plus hostile aux Juifs, en raison de l'attrait accru des rites juifs. Comme résultat immédiat du concile, Étienne Langton avait excommunié tous les chrétiens ayant quelque rapport avec les Juifs, et le roi manifesta assez de sympathie pour la politique de l'Église contre les Juifs pour fonder en 1232 la Domus Conversorum destinée à l'entretien des Juifs convertis au christianisme, bien que ce ne fût qu'en 1280 que le roi cessât de revendiquer l'ensemble des biens d'un Juif devenu converti. John of Peckham, archevêque de Cantorbéry, ferma toutes les synagogues de son diocèse en 1282, et Édouard Ier émit un bref enjoignant à ses fonctionnaires d'aider les Dominicains en contraignant les Juifs à écouter leurs sermons de conversion. Les Juifs avaient constamment manqué de prudence en montrant leur mépris de certains aspects du christianisme. L'un d'eux avait saisi la croix portée devant une procession à l'université d'Oxford en 1268, et en 1274 un Juif fut brûlé pour blasphème à Norwich. Édouard avait donc publié une proclamation déclarant que tout Juif reconnu coupable de blasphème serait passible de la peine de mort. À la fin de 1286, le pape Honorius IV adressa un rescrit spécial aux archevêques d'York et de Cantorbéry, signalant les effets funestes sur la vie religieuse de l'Angleterre des relations libres avec les Juifs perfides, qui étudiaient le Talmud et ses abominations, entraînaient les fidèles à l'apostasie, faisaient travailler leurs serviteurs chrétiens les dimanches et jours fériés, et jetaient généralement le discrédit sur la foi chrétienne. C'est pourquoi il appelait l'État et l'Église d'Angleterre à faire tout leur possible pour prévenir de tels rapports pernicieux. L'Église tenta immédiatement d'exécuter les exigences du pape par une série de décrets adoptés par le synode d'Exeter en 1287, répétant les lois ecclésiastiques ordinaires contre la commensalité entre Juifs et chrétiens, contre les Juifs exerçant des fonctions publiques, ayant des serviteurs chrétiens ou paraissant en public à Pâques ; interdisant aux médecins juifs de pratiquer ; et réédictant l'ordonnance du synode d'Oxford tenu en 1222, qui interdisait de construire de nouvelles synagogues et refusait aux Juifs l'entrée des églises.

Après l'expérience acquise par Édouard Ier dans la législation juive depuis 1269, il n'y avait qu'une seule réponse qu'il pût donner, en véritable fils de l'Église, à ces demandes : si les Juifs ne devaient pas avoir de relations avec leurs concitoyens comme artisans, marchands ou fermiers, et s'ils ne devaient pas être autorisés à pratiquer l'usure, la seule alternative était qu'ils quittent le pays. Il expulsa immédiatement les Juifs de Gascogne, province encore détenue par l'Angleterre et où il voyageait alors ; et à son retour en Angleterre (18 juillet 1290), il envoya des brefs aux shérifs de tous les comtés anglais, leur ordonnant de faire appliquer un décret selon lequel tous les Juifs devaient quitter l'Angleterre avant la Toussaint de cette année-là. Ils furent autorisés à emporter leurs biens mobiliers ; mais leurs maisons échurent au roi, sauf dans le cas de quelques personnes favorisées qui furent autorisées à vendre les leurs avant leur départ. Certains furent volés par les capitaines qui s'étaient chargés de les transporter à Witsand ; d'autres se noyèrent en route vers la France. Sur les 16 000 qui partirent, environ un dixième se rendit en Flandre, le roi payant leur passage ; et un certain nombre se retrouvent peu après dans la juiverie parisienne. Le butin du roi ne fut pas d'un grand montant, car le revenu total des maisons tombées entre ses mains ne dépassait pas 130 £, et les dettes dues aux Juifs, dont il ne pouvait recouvrer que le principal, ne dépassaient pas 9 000 £.

Carte de l'Angleterre montrant les villes où résidaient des Juifs avant l'expulsion de 1290.

(Les capitales indiquent les villes où des archae étaient déposées ; les italiques, les villes dont les Juifs furent expulsés avant 1290.)

On disait que le Parlement avait voté un dixième des dîmes et un quinzième des biens personnels en gratitude pour l'expulsion, mais cela ne représente que le préjugé contemporain. L'acte d'Édouard n'était pas un acte de grâce envers la nation ; comme on l'a vu, aucune autre solution ne lui était laissée. L'Église ne permettait pas aux Juifs de devenir une partie intégrante de la nation anglaise, et ils devaient donc quitter le pays.

Durant les deux cent vingt années de leur séjour, la position des Juifs s'était constamment aggravée. D'abord traités avec une faveur spéciale et autorisés à accumuler une richesse considérable, ils avaient formé une partie nécessaire de l'organisation royale. Deux ou trois d'entre eux sont mentionnés comme médecins, et plusieurs moines auraient été convertis au judaïsme. Ils recueillaient des livres et se construisaient de somptueuses résidences ; mais après les massacres sous Richard Ier et les exactions de Jean, ils devinrent graduellement les serfs du roi — de simples biens meubles qu'il vendait de temps à autre au plus offrant. Leurs relations avec leurs voisins, d'abord amicales, devinrent de plus en plus hostiles, bien qu'on les trouve parfois chassant avec des chrétiens (voir Colchester).

La dégradation croissante de leur statut politique se reflète dans la rareté de leur production littéraire au treizième siècle comparée à celle du douzième. Au siècle précédent, ils avaient reçu la visite d'autorités aussi éminentes que Abraham ibn Ezra, Judah Sir Leon, Yom-Tob of Joigny et Jacob of Orleans. Toute une école de grammairiens semble avoir existé parmi eux, comprenant Moses b. Yom-Tob, Moses b. Isaac et Samuel ha-Nakdan de Bristol. Berechiah b. Natronai ha-Nakdan produisit en Angleterre ses “Fox Fables”, l'une des productions littéraires les plus remarquables du Moyen Âge. Au treizième siècle, toutefois, on ne connaît que quelques autorités, telles que Moses of London, Berechiah de Nicole, Aaron of Canterbury et Elyas of London, ainsi que Jacob b. Judah of London, auteur d'un ouvrage sur le rituel, “'Ez Hayyim”, et Meir of Norwich, poète liturgique. Ils furent constamment une branche de la juiverie française, parlant français et écrivant des gloses françaises, et presque jusqu'à la veille de l'expulsion ils écrivaient le français dans leur correspondance ordinaire (“R. E. J.” xviii. 256).

Comme il a été mentionné plus haut, les Juifs étaient autorisés à avoir leur propre juridiction, et l'on a la preuve qu'ils possédaient un bet din avec trois « episcopi », ou dayyanim ; de plus, il est fait référence au parnas, ou président, et au gabbai, ou trésorier, de la congrégation, ainsi qu'à des scribes et des chirographes. Un système complet d'éducation semble avoir été en vigueur, avec des écoles locales dans les provinces et la grande école de Londres, dans Ironmonger Lane. Dans cette dernière, les « séparés » (“perushim”) étaient formés de seize à vingt-trois ans pour agir comme maîtres de la loi juive (Jacobs, “Jews of Angevin England,” pp. 243-257, 342-344).

À la tête de toute la juiverie était placé un grand rabbin, connu comme « le presbyter de tous les Juifs d'Angleterre » ; il semble avoir été choisi par les Juifs eux-mêmes, auxquels le roi avait accordé un congé d'élire. Ce dernier revendiquait cependant le droit de confirmation, comme dans le cas des évêques. Le presbyter juif était en effet dans une certaine mesure un fonctionnaire royal, occupant le poste de conseiller, en ce qui concernait la loi juive, auprès de l'Échiquier des Juifs. Car le système juridique anglais admettait la validité de la Halakah dans sa sphère propre autant que celle du droit canonique. Six presbyters sont connus au cours du treizième siècle : Jacob of London, renommé en 1200 ; Josce, 1207 ; Aaron of York, 1237 ; Elyas of London, 1243 ; Hagin fil Cresse, 1257 ; et Cresse fil Mosse.

Période intermédiaire : Entre l'expulsion des Juifs en 1290 et leur retour officiel en 1655, il n'existe aucune trace officielle de Juifs en tant que tels sur le sol anglais, sauf en relation avec la Domus Conversorum, qui en conserva un nombre considérable dans son enceinte jusqu'en 1551 et même plus tard. On tenta d'obtenir une révocation de l'édit d'expulsion dès 1310, mais en vain. Néanmoins, un certain nombre d'entre eux semblent être revenus ; car des plaintes furent adressées au roi en 1376 selon lesquelles certains de ceux qui commerçaient comme Lombards étaient des Juifs (“Rot. Pari.” ii. 332a). Des autorisations furent occasionnellement accordées à des individus pour visiter l'Angleterre, comme dans le cas du Dr Elyas Sabot en 1410 ; mais ce ne fut qu'avec l'expulsion des Juifs d'Espagne qu'un nombre considérable d'Hébreux trouva refuge en Angleterre. L'un d'eux, dès 1493, tenta de recouvrer une somme qui ne s'élevait pas à moins de 428 000 maravedis, que les réfugiés d'Espagne avaient confiée à Diego de Soria. En 1542, beaucoup furent arrêtés sous le soupçon d'être Juifs et, durant tout le seizième siècle, plusieurs personnes nommées Lopez, peut-être toutes de la même famille, trouvèrent refuge en Angleterre ; le plus connu d'entre eux étant Rodrigo Lopez, médecin de la reine Élisabeth, qui serait l'original de Shylock. Outre certains convertis distingués tels que Tremellius et Philip Ferdinand, le visiteur le plus remarquable fut Joachim Gaunse, qui introduisit de nouvelles méthodes d'exploitation minière en Angleterre. Des visiteurs occasionnels, tels que Alonzo de Herrera et Simon Palache en 1614, sont consignés.

Période de réinstallation : Vers le milieu du dix-septième siècle, un nombre considérable de marchands marranes s'établirent à Londres et y formèrent une congrégation secrète, à la tête de laquelle se trouvait Antonio Fernandez Carvajal. Ils dirigeaient d'importantes affaires avec le Levant, les Indes orientales et occidentales, les îles Canaries et le Brésil, et surtout avec les Pays-Bas, l'Espagne et le Portugal. Ils constituaient un lien important dans le réseau commercial répandu particulièrement à travers le monde espagnol et portugais par les Marranes ou Juifs secrets (voir Commerce). Leur position leur permit de fournir à Cromwell et à son secrétaire, Thurloe, d'importants renseignements sur les plans tant de Charles Stuart en Hollande que des Espagnols dans le Nouveau Monde (voir L. Wolf, “Cromwell’s Secret Intelligencers”). Extérieurement, ils passaient pour Espagnols et catholiques ; mais ils tenaient des réunions de prière à Cree Church Lane, et le gouvernement les reconnut comme Juifs par leur foi.

Entre-temps, l'opinion publique en Angleterre avait été préparée par le mouvement puritain à accueillir avec sympathie toute proposition des sectes judaïsantes parmi les extrémistes du parti parlementaire visant à la réadmission des Juifs en Angleterre. Des pétitions favorables à la réadmission avaient été présentées à l'armée dès 1649 par deux baptistes d'Amsterdam, Johanna Cartwright et son fils Ebenezer (“The Petition of the Jews for the Repealing of the Act of Parliament for Their Banishment out of England”) ; et des suggestions dans ce sens furent faites par des hommes du type de Roger Williams, Hugh Peters, et par les Indépendants en général. Beaucoup furent poussés dans la même direction par des motifs mystiques messianiques ; et leurs vues attirèrent l'enthousiasme de Manasseh ben Israel, qui publia en 1650 son “Hope of Israel”, dans lequel il préconisait le retour comme préliminaire à l'apparition du Mashiah. Le Mashiah ne pouvait apparaître avant que des Juifs n'existassent dans tous les pays de la terre. Selon Antonio de Montesinos, les Dix Tribus avaient été découvertes parmi les Indiens nord-américains, et l'Angleterre était le seul pays dont les Juifs étaient exclus. Si l'Angleterre les admettait, l'âge messianique pouvait être attendu.

Entre-temps, la politique commerciale qui conduisit au Navigation Act en oct. 1651 donna à Cromwell le désir d'attirer à Londres les riches Juifs d'Amsterdam afin qu'ils transférassent de Hollande en Angleterre leurs importants intérêts commerciaux avec le continent espagnol. La mission de St. John à Amsterdam, qui avait précédemment proposé, comme alternative au Navigation Act, une coalition entre les intérêts commerciaux anglais et hollandais, avait négocié avec Manasseh ben Israel et la communauté d'Amsterdam. Un sauf-conduit fut accordé à Manasseh, mais il ne put l'utiliser à cause de la guerre entre l'Angleterre et la Hollande, qui dura de 1652 à 1654. Dès que la guerre eut cessé, Manasseh ben Israel envoya son beau-frère, David Abravanel Dormido, à Londres pour présenter au conseil une pétition en faveur de la réadmission des Juifs. Le conseil refusa toutefois d'agir. Cromwell engagea donc Manasseh lui-même à venir à Londres, ce qu'il fit à la fin de sept. 1655, et il y imprima sa « humble adresse » à Cromwell. En conséquence, une conférence nationale fut convoquée à Whitehall au début de décembre, comprenant certains des juristes, théologiens et marchands les plus éminents du royaume. Les juristes déclarèrent que rien ne s'opposait à ce que les Juifs résident en Angleterre, mais les théologiens comme les marchands s'opposaient à la réadmission, et Cromwell interrompit la discussion afin d'empêcher une décision défavorable (voir Cromwell, Oliver).

Au début de l'année suivante (1656), la question prit une tournure pratique par la déclaration de guerre contre l'Espagne, qui entraîna l'arrestation d'Antonio Rodrigues Robles et contraignit les Marranes de Londres à avouer leur judaïsme afin d'éviter d'être arrêtés comme Espagnols et de voir leurs biens confisqués. En résultat final, Cromwell semble avoir donné aux Juifs la permission informelle de résider et de commercer en Angleterre, à condition qu'ils ne rendissent pas leur culte ostensiblement public et qu'ils s'abstinssent de faire des prosélytes. Sous le couvert de cette permission, Carvajal et Simon de Caceres achetèrent en 1657 un terrain pour un cimetière juif, et Solomon Dormido, neveu de Manasseh ben Israel, fut admis à la Royal Exchange comme courtier dûment agréé de la cité de Londres, sans prêter les serments usuels impliquant la foi au christianisme. Carvajal avait auparavant été autorisé à obtenir des lettres de dénisation pour lui-même et son fils.

Cette méthode quelque peu furtive de résoudre la question juive en Angleterre avait l'avantage de ne pas susciter trop fortement le sentiment antisémite ; et elle permit également à Charles II, lors de son retour, d'éviter de prendre quelque mesure à l'égard de la pétition des marchands de Londres lui demandant de révoquer la concession de Cromwell. Plusieurs Juifs aux sympathies royalistes, tels que Mendes da Costa et Augustine Coronel-Chacon, l'avaient assisté durant son exil. En 1664, une nouvelle tentative fut faite par le comte de Berkshire et M. Ricaut pour provoquer l'expulsion des Juifs, mais le roi, en conseil, assura ces derniers du maintien de la faveur antérieure. Des appels semblables au préjugé furent lancés en 1673, lorsque des Juifs, pour s'être réunis à Duke's Place en vue d'un office religieux, furent inculpés de rassemblement séditieux, et en 1685, lorsque trente-sept furent arrêtés à la Royal Exchange ; mais dans les deux cas les procédures furent arrêtées sur instruction du Conseil privé. Le statut des Juifs restait très indéterminé. En 1684, dans une affaire liée à l'East India Company, on soutint qu'ils étaient des infidèles étrangers et des ennemis perpétuels de la couronne britannique ; et même l'attorney-general déclara qu'ils ne résidaient en Angleterre qu'en vertu d'une licence implicite. En fait, la majorité d'entre eux étaient encore des étrangers et soumis à toutes les incapacités que cette condition entraînait.

Guillaume III, bien qu'on rapporte qu'il fut aidé dans son débarquement en Angleterre par un prêt de 2 000 000 de florins d'Antonio Lopez Suasso, plus tard baron Avernesde Gras, n'intervint pas lorsque, en 1689, certains des principaux marchands juifs de Londres furent contraints de payer le droit prélevé sur les marchandises des étrangers ; bien qu'il refusât une pétition de la Jamaïque demandant l'expulsion des Juifs. Son accession au trône entraîna toutefois une relation plus étroite entre les communautés de Londres et d'Amsterdam, et contribua ainsi au transfert du centre de la finance européenne de la capitale hollandaise à la capitale anglaise. Au début du dix-huitième siècle, la communauté juive de Londres comprenait des représentants des principaux financiers juifs de l'Europe du Nord, notamment les Mendez da Costas, Abudientes, Salvadors, Lopezes, Fonsecas et Seixas. Un petit contingent allemand était arrivé et avait établi une synagogue en 1692 ; mais il était de peu d'importance et ne figurait pas dans les relations entre les Juifs et le gouvernement. L'utilité des plus importants marchands juifs fut reconnue. Marlborough, en particulier, fit grand usage des services de Sir Solomon de Medina, et fut même publiquement accusé de recevoir de lui une subvention annuelle. On estime que ces marchands avaient apporté dans le pays un capital de 1 500 000 £, qui s'était accru jusqu'à 5 000 000 £ au milieu du siècle. Dès 1723, une loi spéciale du Parlement fut adoptée, leur permettant de détenir des terres à condition qu'ils prêtassent serment en enregistrant leur titre ; ils furent autorisés à omettre les mots « sur la foi d'un chrétien ». Quelques années plus tard (1740), une loi fut adoptée permettant aux Juifs qui avaient résidé dans les colonies britanniques pendant plus de sept ans d'être naturalisés (13 Geo. II., cap. 7). Peu après, un projet de loi semblable fut introduit au Parlement irlandais, où il passa aux Communes en 1745 et 1746, mais ne fut pas adopté par les pairs irlandais en 1747 ; il fut finalement abandonné. Entre-temps, durant l'insurrection jacobite de 1745, les Juifs avaient montré une loyauté particulière envers le gouvernement. Leur principal financier, Samson Gideon, avait renforcé le marché des valeurs, et plusieurs des membres les plus jeunes s'étaient engagés volontaires dans les corps levés pour défendre Londres.

Peut-être en récompense, Pelham présenta en 1753 un projet de loi autorisant les Juifs à être naturalisés sur demande au Parlement. Il passa les Lords sans grande opposition, mais lorsqu'il fut présenté aux Communes, le parti tory poussa de grands cris contre cet « abandon du christianisme », comme il l'appelait. D'autre part, on soutenait que les Juifs remplissaient une fonction très précieuse dans l'économie commerciale de la nation, fournissant un douzième des profits de la nation et un vingtième de son commerce extérieur. Les whigs persistèrent cependant à mettre en œuvre au moins une partie de leur politique générale de tolérance religieuse, et le projet fut adopté et reçut la sanction royale (26 Geo. II., cap. 26). Néanmoins, une grande clameur fut soulevée contre lui, et le lord-maire ainsi que les corporations de Londres pétitionnèrent le Parlement pour son abrogation. Des effigies de Juifs furent promenées par dérision, et des placards portant l'inscription « No Jews, no wooden shoes » furent apposés dans les lieux publics les plus en vue. La dernière partie du cri populaire se rapportait aux protestants étrangers, principalement huguenots, que le ministère Pelham avait également tenté de naturaliser aussi récemment qu'en 1751, lorsque le projet de loi en leur faveur avait fait l'objet de pétitions hostiles et avait été abandonné. Une loi de naturalisation pour les protestants étrangers avait été adoptée dès 1709, mais fut abrogée trois ans plus tard ; et le précédent fut alors suivi dans le cas des Juifs (Lecky, “History of England in the Eighteenth Century,” i. 283). En 1754, le Jew Bill fut abrogé, et l'on tenta même d'obtenir l'abrogation de la loi de 1740 permettant aux Juifs des colonies d'être naturalisés. Il est difficile de comprendre l'intensité de la réaction populaire à cette époque, puisque les fils mêmes des personnes que la population refusait d'autoriser à être naturalisées devenaient, par le simple lieu de naissance, sujets de la couronne britannique.

L'influence de l'abrogation du projet de loi sur les Juifs sépharades d'Angleterre, qui en étaient les principaux touchés, fut déplorable. Samson Gideon, chef de la communauté, résolut d'élever ses enfants comme chrétiens, et son exemple fut suivi par beaucoup des principales familles durant le reste du siècle. Un sentiment général d'insécurité envahit la communauté. Avec l'avènement de George III, un Comité des Deputados fut formé comme suite du Comité de diligence qui avait été nommé pour surveiller le passage des projets de loi juifs au Parlement irlandais. À cette époque, les Juifs allemands étaient devenus assez importants pour qu'un certain nombre d'entre eux fussent associés aux députés dans l'adresse de félicitations pour l'avènement de George III, mais ils ne formaient pas une partie régulière du Board of Deputies, le seul corps représentatif des Juifs anglais. L'activité du conseil était toutefois principalement consacrée à aider les coreligionnaires à l'étranger, la richesse de la communauté londonienne attirant des demandeurs nécessiteux tant de l'Ancien Monde que du Nouveau. Les députés ne semblent même pas avoir protesté contre l'Oath of Abjuration Act (6 George III, cap. 52). Celui-ci fixait le statut des Juifs en déclarant qu'un serment d'abjuration, contenant les mots « sur la foi d'un chrétien », était nécessaire pour tous les fonctionnaires, civils ou militaires, relevant de la couronne ou des universités, ainsi que pour tous les avocats, électeurs et membres du Parlement.

À cette époque, plusieurs des membres les plus éminents de la communauté sépharade, tels que les Bernals, Lopezes, Ricardos, Disraelis, Aguilars, Bassevis et Samudas, rompirent graduellement leurs liens avec la synagogue et laissèrent leurs enfants grandir soit sans aucune religion, soit dans l'Église établie, ce qui leur ouvrait une carrière dans toutes les professions. Entre-temps, les rangs de la juiverie anglaise se recrutaient parmi les communautés allemandes et polonaises opprimées du continent. Tandis que les Sépharades se regroupaient principalement à Londres, centre du commerce international, les Juifs allemands s'établissaient pour la plupart dans les ports maritimes du sud et de l'ouest, tels que Falmouth, Plymouth, Liverpool, Bristol, etc., comme prêteurs sur gages et petits commerçants. De ces centres, ils avaient coutume d'envoyer chaque lundi des colporteurs avec des ballots dans les villages voisins ; et c'est ainsi que des relations s'établirent avec certaines villes de l'intérieur, où ils commencèrent à s'installer, telles que Cantorbéry, Chatham et Cambridge, sans parler de Manchester et Birmingham. Les commerçants de ce type, sans avoir l'importance des grands marchands de la capitale, étaient en contact plus étroit avec la vie anglaise ; et ils contribuèrent sans doute à atténuer certains des préjugés qui s'étaient manifestés avec tant de force en 1753.

Une autre cause curieuse contribua au même résultat. Des Juifs, principalement de la branche sépharade, devinrent éminents dans le sport national de la boxe. Leur constitution légère les obligea à substituer une défense scientifique aux brutales démonstrations de force qui avaient jusque-là constitué un élément essentiel des combats de boxe. Daniel Mendoza, par une science supérieure, vainquit Humphreys en 1789, et devint champion d'Angleterre. Un peu plus tard, Samuel Elias, connu sous le nom de « Dutch Sam », inventa l'« upper cut » et rendit la boxe à la mode parmi les classes supérieures. Lorsque les Anglais des classes populaires se trouvèrent battus dans leur propre sport particulier par le Juif jusque-là méprisé, une certaine sympathie fut éveillée ; et il ne peut y avoir de doute que le changement d'attitude de la population envers les Juifs entre 1753 et 1829 fut dû dans une certaine mesure à la succession de champions juifs de boxe. Néanmoins, des signes distincts de détérioration se manifestent parmi la population juive vers la fin du dix-huitième siècle, le tableau donné par Colquhoun en 1800 de la communauté londonienne étant des plus peu satisfaisants.

Une cause supplémentaire d'un sentiment plus bienveillant, de la part au moins des classes moyennes anglaises, envers les Juifs, fut fournie par le renouveau des espérances conversionnistes au début du dix-neuvième siècle.

Sans doute induits en erreur par la tendance à l’abandon manifestée par un nombre non négligeable de Sépharades, de nombreux évangéliques anticipèrent la conversion en masse de la population juive et, à l’initiative de Lewis Wat, la London Society for the Promotion of Christianity Among the Jews fut fondée en 1807. Cette société et d’autres sociétés apparentées gaspillèrent d’importantes sommes d’argent pour des résultats médiocres. Mais, politiquement, elles contribuèrent à accroître la sympathie pour les Juifs parmi les non-conformistes, qui formaient la masse de leurs donateurs et devenaient en même temps un facteur important dans la formation de la politique libérale. De même, à une époque beaucoup plus tardive, l’engouement pour l’anglo-israélisme rendit nombre des chrétiens bibliques les plus étroits plus sympathiques envers les Juifs. D’autre part, la grande influence du Dr Thomas Arnold dans les rangs libéraux fut finalement dirigée contre les espérances juives. Plus il était érastien, plus il désirait voir la législature exclusivement chrétienne.

Entre-temps, la direction parmi les Juifs anglais passait de la section espagnole à la section allemande de la communauté. Les banquiers Goldsmid acquirent à la fois influence et culture, et leurs efforts pour élever la communauté devaient bientôt être complétés par ceux de Nathan Rothschild, le plus capable des fils de Mayer Rothschild, qui s’était établi d’abord à Manchester, puis à Londres. Les temps étaient, dans une certaine mesure, favorables à un nouvel effort pour supprimer les incapacités civiles des Juifs. L’exemple de la France n’avait pas été sans effet. La marée montante en faveur de la liberté religieuse, appliquée aux dissidents en général et aux catholiques romains en particulier, aurait pu être censée entraîner des conditions plus favorables aux Juifs ; mais une longue lutte devait intervenir avant que les « Anglais de confession juive » eussent des droits égaux à ceux des autres Anglais.

Lorsque, en 1829, les catholiques romains d’Angleterre furent libérés de toutes leurs incapacités civiles, les espérances des Juifs s’élevèrent haut ; et le premier pas vers un soulagement semblable dans leur cas fut fait en 1830, lorsque M. Huskisson présenta une pétition signée par 2 000 marchands et autres habitants de Liverpool. Elle fut immédiatement suivie d’un projet de loi présenté par R. Grant le 15 avril de cette année, qui devait occuper la législature anglaise, sous une forme ou une autre, durant les trente années suivantes. Au début, le projet de loi échoua même à franchir la Chambre des communes, bien qu’il soit vrai que, contre l’opposition de Sir Robert Inglis, la première lecture fut adoptée par 115 voix contre 97. Mais la seconde lecture, le 17 mai, malgré une pétition gigantesque en sa faveur émanant de 14 000 citoyens de Londres, fut rejetée par 265 voix contre 228. L’année suivante (1833), toutefois, il passa sa troisième lecture aux Communes, le 22 juillet, par la forte majorité de 189 voix contre 52, et fut même lu pour la première fois aux Lords. Mais, à la seconde lecture (1er août), il fut rejeté par 104 voix contre 54, quoique le duc de Sussex, ami constant des Juifs, eût présenté en sa faveur une pétition signée par 1 000 citoyens distingués de Westminster. En 1834, le projet subit le même sort, étant perdu à la Chambre des lords à une majorité de 92 voix. Toute la force du parti tory était contre le projet, qui rencontrait en outre l’antagonisme personnel du roi marinier au tempérament brusque, Guillaume IV. L’année suivante, il fut jugé inopportun d’adresser l’appel annuel au Parlement, la bataille pour la liberté religieuse se poursuivant sur une autre partie du terrain ; mais, par l’adoption du Sheriffs’ Declaration Bill, le 21 août 1835, les Juifs furent autorisés à exercer l’ancienne et importante charge de shérif. L’année suivante, le Jewish Bill fut introduit tard dans la session et réussit du moins à passer la première lecture aux Lords le 19 août. Il fut ensuite abandonné en raison de l’avancement de la session.

Pendant quelque temps, les partisans de l’émancipation semblent avoir perdu courage. Les principaux soutiens du projet, R. Grant aux Communes et Lord Holland aux Lords, moururent à quelques mois d’intervalle en 1840, et, durant les quatre années suivantes, l’activité politique des Juifs anglais se concentra sur la tentative d’obtenir l’accès aux fonctions municipales. Un projet de loi à cet effet parvint jusqu’à une première lecture aux Lords, à une voix de majorité, en 1841, mais fut perdu à la seconde lecture. Ce ne fut que le 31 juillet 1845 que le projet fut adopté. L’année suivante (18 août 1846), le Religious Opinions Relief Bill supprima un certain nombre d’incapacités mineures qui affectaient les Juifs d’Angleterre ainsi que les autres dissidents de l’Église établie, et la seule porte qui demeurait encore fermée aux Juifs était celle du Parlement.

Le succès avec lequel les Juifs d’Angleterre avaient amené le Parlement à les admettre à la charge de shérif et aux fonctions municipales était dû au fait que des Juifs avaient été effectivement candidats et élus à ces fonctions avant qu’aucun allégement parlementaire fût demandé. Il fut alors décidé d’adopter la même politique à l’égard d’un siège au Parlement lui-même. Le baron Lionel de Rothschild fut élu député de la City de Londres par une large majorité en 1847, et le projet de loi introduit le 16 décembre de cette année avait pour objet d’exécuter les vœux d’une circonscription anglaise déterminée. Il passa sa troisième lecture aux Communes le 4 mai 1848, à une majorité de 62 voix, mais fut rejeté aux Lords par 163 non-contents contre 128 contents. La même chose se produisit en 1850, lorsque le baron Lionel de Rothschild fut de nouveau élu ; mais l’année suivante la lutte prit une forme différente et plus dramatique. David Salomons, qui avait combattu avec succès la bataille pour la charge de shérif et le fauteuil d’échevin, avait été élu député de Greenwich et insista pour prendre son siège, refusant de se retirer lorsqu’il en reçut l’ordre du speaker, et ajoutant à son apparente infraction parlementaire en votant dans la division sur la motion d’ajournement présentée pour apaiser le tumulte causé par son audacieuse conduite. Le premier ministre proposa que Salomons reçût l’ordre de se retirer, et, sur cette motion, Salomons parla avec dignité et force, gagnant la sympathie de la Chambre, qui adopta néanmoins la motion du premier ministre. L’affaire fut alors renvoyée devant les tribunaux, qui décidèrent que Salomons n’avait pas le droit de voter sans avoir prêté le serment d’abjuration dans la forme prescrite par le Parlement, et le condamnèrent à une amende de 500 £ pour chaque vote qu’il avait émis aux Communes.

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Le gouvernement introduisit alors un autre projet de loi en 1853, qui fut également rejeté par les Lords. En 1855, le héros des luttes parlementaires, David Salomons, fut élu lord-maire de Londres. Durant les deux années suivantes, le gouvernement introduisit des projets de loi visant à modifier le serment parlementaire, mais ils ne réussirent pas à obtenir l’assentiment des Lords. En 1858, lorsque l’Oath Bill parvint aux Lords, ceux-ci éliminèrent la clause relative aux Juifs ; mais lorsque le projet fut de nouveau renvoyé aux Communes, la chambre basse refusa de l’accepter ainsi amendé et nomma un comité chargé d’exposer ses raisons. À ce comité, comme pour montrer l’absurdité de la situation, fut nommé le député de la City de Londres, le baron Lionel de Rothschild — qui pouvait légalement y siéger, bien qu’il n’eût pas pris son siège. Une conférence fut instituée entre les deux chambres, et l’on parvint finalement à un compromis selon lequel l’une ou l’autre chambre pouvait admettre les Juifs par résolution, en leur permettant d’omettre les mots « sur la vraie foi d’un chrétien ». En conséquence, le lundi 26 juillet 1858, le baron Lionel de Rothschild prêta serment la tête couverte, substituant « ainsi m’aide YHWH » à la formule ordinaire du serment, et prit alors son siège comme premier député juif au Parlement. Deux ans plus tard, une forme plus générale de serment pour tous les membres du Parlement fut introduite, ce qui libéra les Juifs de toute cause d’exclusion. En 1870, l’University Test Act supprima les difficultés qui empêchaient un Juif de devenir scholar ou fellow dans une université anglaise. En 1885, Sir Nathaniel de Rothschild fut élevé à la chambre haute sous le titre de Lord Rothschild ; il fut suivi, en quelques années, par le baron Henry de Worms sous celui de Lord Pirbright et par M. Sydney Stern sous celui de Lord Wandsworth ; tandis qu’en 1890 toutes les restrictions relatives à toute fonction dans l’empire britannique, sauf celle de monarque, furent supprimées, les charges de lord grand chancelier et de lord-lieutenant d’Irlande étant ouvertes à tout sujet britannique sans distinction de croyance.

Pendant quelque temps après leur admission au Parlement, les députés juifs appartinrent au parti qui leur avait accordé ce privilège, et Sir George Jessel fut solicitor-general dans le premier ministère de Gladstone. Mais, depuis la réaction conservatrice de 1874, les électeurs et candidats juifs montrèrent une tendance croissante vers le parti tory ; et, ces dernières années, la majorité des membres juifs de la chambre basse ont été de cette couleur politique. L’influence de Lord Beaconsfield a pu avoir quelque effet sur ce changement, mais celui-ci fut principalement dû à la politique modifiée des classes moyennes et commerçantes, auxquelles les Juifs appartenaient surtout. Le baron Henry de Worms fut sous-secrétaire d’État dans l’un des ministères de Lord Salisbury, tandis que Sir Julian Goldsmid, devenu libéral-unioniste après l’adoption de la politique de Home Rule de Gladstone, fit une impression marquante comme deputy speaker de la Chambre des communes.

Au total, la lutte avait duré soixante ans, bien que pratiquement tout ce qui était revendiqué eût été obtenu dans la moitié de cette période. Il faut pourtant se rappeler que l’égalité complète ne fut accordée aux catholiques romains et aux Juifs qu’en 1890. La longueur même de la lutte montre combien l’opposition avait été complètement vaincue. Les nombreuses amitiés politiques nouées durant le processus avaient facilité les relations sociales, qui ne sont nulle part aussi libres qu’en Angleterre. (Voir Acts of Parliament.)

La pause qui se produisit entre 1840 et 1847 dans la lutte pour l’émancipation fut due dans une large mesure à un schisme malheureux qui avait divisé la communauté en deux et empêché ses membres d’agir de concert pour la défense de leurs droits. Le mouvement réformé avait atteint l’Angleterre sous une forme modérée, sous l’influence de la famille Goldsmid, qui avait été touchée par le mouvement mendelssohnien. En 1841, une congrégation réformée fut établie à Londres et fut pratiquement excommuniée tant par le hakham espagnol que par le grand rabbin allemand (voir Reform). L’effet de ces différences fut de retarder l’action commune en matière d’émancipation et d’autres affaires ; et ce ne fut qu’en 1859 que l’organisation de bienfaisance fut établie sur une base solide par la création du Jewish Board of Guardians. Dix ans plus tard, les congrégations furent placées sous une même direction par la formation de la United Synagogue (1870), dont la charte tenta de conférer au grand rabbin des pouvoirs autocratiques sur les doctrines à enseigner dans les communautés juives de tout l’empire britannique. Mais le Parlement, qui avait récemment désétabli l’Église irlandaise, ne se sentait pas disposé à établir la Synagogue juive, et la clause fut supprimée. Le traitement du grand rabbin est payé en partie par les contributions des synagogues provinciales, ce qui lui donne une certaine autorité sur tous les Juifs de l’empire, à l’exception des 3 000 Sépharades ou davantage, qui ont un hakham distinct, et de la troupe décroissante des réformés, qui comptent environ 2 000 personnes dispersées à Londres, Manchester et Bradford. En 1871, l’Anglo-Jewish Association fut fondée pour remplacer, en ce qui concerne l’empire britannique, l’Alliance Israélite, qui avait été affaiblie par la guerre franco-allemande. Les Juifs d’Angleterre estimèrent qu’ils devaient être organisés afin de prendre la part qui leur revenait dans les affaires juives en général. Pendant de nombreuses années, avec les Juifs français, ils furent les seuls membres de la race qui ne fussent pas entravés par des incapacités ; et cela leur permit d’agir plus librement dans les cas concernant l’ensemble d’Israël.

Dès 1840, lorsque l’accusation de sang fut renouvelée à propos de l’affaire de Damas et que les affaires juives furent pour la première fois traitées sur une base internationale, les Juifs d’Angleterre prirent de loin la position la plus importante dans la protestation générale des communautés juives européennes contre cette accusation. Non seulement le Board of Deputies de Londres était le seul organisme juif d’Europe à tenir des réunions publiques, mais, grâce à son influence, une réunion de protestation fut tenue par d’éminents chrétiens au Mansion House de Londres (3 juillet 1840), ce qui établit un précédent pour des assemblées distinguées ultérieures. Sir Moses Montefiore, après avoir aidé les Juifs de Damas en obtenant, lors d’une audience avec le sultan à Constantinople, un firman répudiant l’accusation de sang, visita la Russie en 1846 afin d’intercéder pour ses coreligionnaires de ce pays. En 1860, il se rendit à Rome à l’occasion de l’affaire Mortara ; et, en 1863, il dirigea une mission au Maroc en faveur des Juifs de ce pays. Les principaux Juifs anglais intervinrent également en faveur des malheureux Hébreux des principautés danubiennes. Sir F. Goldsmid fit une interpellation à la Chambre des communes au sujet des Juifs de Serbie (29 mars 1867), et suscita un débat dans cette assemblée (19 avril 1872) sur les persécutions des Juifs en Roumanie. Il en résulta la formation d’un comité roumain, qui surveilla les actes du gouvernement illibéral de ce pays.

Lorsque, en 1881, l’explosion de violence en Russie mit en évidence devant le monde la situation des Juifs russes, ce furent leurs coreligionnaires d’Angleterre qui prirent l’initiative d’organiser les mesures de secours. Des articles dans le « Times » des 11 et 13 janvier 1882 attirèrent l’attention du monde entier sur l’étendue des persécutions, et une réunion des citoyens les plus éminents de Londres se tint au Mansion House le 1er février 1882 (voir Mansion House Meeting). Il en résulta la collecte d’un fonds de plus de 108 000 £, et le comité du Mansion House Fund organisa un plan complet de répartition aux États-Unis des réfugiés russes venus de Brody. De même, lorsqu’un renouveau des persécutions se produisit en 1891, une autre réunion eut lieu au Guildhall, et une nouvelle somme de plus de 100 000 £ fut recueillie et consacrée à faciliter le mouvement vers l’ouest de l’exode russe. Cette fois, une tentative fut faite pour obtenir un accès direct au tsar par la remise d’une pétition du lord-maire et des citoyens de Londres ; mais elle fut rejetée avec mépris, et le comité russo-juif qui exécuta le travail du Mansion House Fund dut limiter son activité à des mesures prises hors de Russie. Lorsque le baron de Hirsch établit son plan élaboré pour l’amélioration de la condition des Juifs persécutés, il installa son siège à Londres, bien que l’administration fût pratiquement dirigée depuis Paris. Les immigrants étant exclus de la plupart des villes du continent, le fardeau de recevoir la majorité des réfugiés russes se dirigeant vers l’ouest retomba sur l’Angleterre.

L’arrivée d’un si grand nombre de Juifs, dépourvus de capitaux et souvent sans profession déterminée, apporta avec elle des difficultés qui sollicitèrent toutes les ressources des communautés anglaises. Il était tout naturel que les nouveaux arrivants suscitassent une certaine dose de préjugé par leurs habitudes étrangères, par la pression économique qu’ils exerçaient sur certains métiers, particulièrement celui de l’habillement, et par leur surpeuplement dans certaines localités. Tandis que le continent avait vu naître un fort sentiment antisémite, l’Angleterre avait été relativement libre de toute manifestation de ce genre. Durant le ministère de Lord Beaconsfield, quelques murmures s’étaient fait entendre parmi les libéraux les plus avancés contre les tendances « sémitiques » du premier ministre et de ses frères de race, mais, en règle générale, l’émancipation sociale avait suivi l’émancipation politique presque automatiquement. L’afflux russe menaçait de troubler ce processus naturel, et, peu après 1891, des protestations commencèrent à s’élever contre les « immigrants étrangers ». Des projets de loi furent même introduits au Parlement pour empêcher leur entrée en Angleterre. Rien ne résulta toutefois de ces protestations jusqu’en 1902, lorsque la question avait atteint un point tel qu’il fut jugé souhaitable de nommer une commission royale chargée d’examiner l’ensemble du sujet. Cette commission a entendu les témoignages tant des partisans que des adversaires de l’immigration restreinte. Rien ne prouve que l’établissement de cette commission impliquât un sentiment antisémite de la part du gouvernement : ce fut simplement le résultat naturel d’un état exceptionnel de surpeuplement dans l’East End de Londres.

La condition favorable des Juifs anglais n’a jusqu’ici produit aucune manifestation vraiment remarquable de talent juif. Les Juifs anglais n’ont apporté aucune contribution importante à l’érudition rabbinique, ni même aux études halakhiques ou exégétiques, bien que les commentaires de M. Kalisch sur le Pentateuque soient une mine de savoir et anticipent, dans leurs derniers volumes, certains des résultats les plus profonds de la « haute critique ». La chaire d’hébreu de l’University College et les lectorats rabbiniques des universités d’Oxford et de Cambridge ont naturellement été occupés par des titulaires juifs. Les bibliothèques d’Angleterre sont devenues les dépositaires de la plus grande collection de manuscrits hébreux et de premiers livres hébreux (voir Bibliography). Au XVIIIe siècle, deux Juifs, le Dr Sarmiento et E. Mendes da Costa, devinrent membres de la Royal Society. Moses Mendes fut un poétastre d’une certaine réputation. David Levi traduisit les prières et défendit le judaïsme contre les attaques du Dr Priestley. Isaac D’Israeli écrivit ses inexactes mais divertissantes « Curiosities of Literature ». Le rév. Solomon Lyon fut professeur d’hébreu à l’Université de Cambridge, et sa fille, Emma Lyon, fut la première auteure anglo-juive. Michael Josephs montra quelque talent dans l’écriture hébraïque, et Arthur Lumley Davids publia une grammaire turque. Grace Aguilar écrivit des romans qui obtinrent une certaine popularité, tandis que E. H. Lindo rédigea une louable histoire des Juifs d’Espagne et du Portugal qui conserve encore une certaine valeur. Plus récemment, Israel Zangwill a acquis une célébrité dépassant le cadre local grâce à ses romans et à ses esquisses de la vie juive. D’autres romanciers juifs furent B. L. Farjeon, la défunte Amy Levy et S. L. Gordon. S. L. Lee a édité les derniers volumes du « The Dictionary of National Biography », tandis que I. Gollancz, outre l’édition de la « Temple Library », a contribué à fonder la British Academy et en est devenu le secrétaire.

Dans d’autres domaines d’activité, les Juifs ont pleinement participé à la vie nationale. Sir George Jessel fut un très éminent master of the rolls ; le professeur Waley, une autorité en matière de conveyancing ; et Sir George Lewis est peut-être le solicitor anglais vivant le plus connu. Le Dr Ernest Hart fut un chef de file des méthodes modernes d’assainissement. On rapporte que les Juifs anglais ont pris une part supérieure à leur proportion dans le mouvement des Volunteers lorsqu’il apparut pour la première fois en 1860. Durant la récente guerre d’Afrique du Sud, pas moins de 1 000 soldats juifs prirent part à la campagne. Parmi eux, les plus distingués furent le colonel Goldsmid et le major Sir Matthew Nathan ; ce dernier a également exercé d’importants commandements et a été gouverneur de la côte occidentale d’Afrique.

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Gravure

Depuis l’abolition des tests universitaires en 1870, qui fut largement influencée par le succès de Numa Hartog comme senior wrangler à Cambridge en 1869, les Juifs ont pris une certaine part à la vie universitaire anglaise, tant comme étudiants que comme enseignants. Joseph James Sylvester fut professeur savilien de géométrie à Oxford, poste dû à sa distinction incontestable dans le monde des mathématiques ; S. Alexander est professeur de philosophie de l’esprit et E. Schuster professeur de physique à la Victoria University de Manchester, et C. Waldstein fut pendant un temps professeur Slade des beaux-arts à l’Université de Cambridge. R. Meldola est professeur de chimie au Finsbury Technical College, tandis que Sir Philip Magnus a été secrétaire et directeur du London Technical Institute, et est l’une des plus grandes autorités anglaises en matière d’enseignement technique en général.

Dans les arts, la liste des noms juifs est quelque peu restreinte. Solomon Hart devint membre de la Royal Academy ; Simeon Solomon fut l’un des chefs les plus prometteurs du mouvement préraphaélite ; et S. J. Solomon est A.R.A. Sir Julius Benedict et F. H. Cowen sont les principaux noms en musique.

Les Juifs ont pris une part supérieure à leur proportion dans l’expansion coloniale de l’Angleterre. Jacob Montefiore, cousin de Sir Moses Montefiore, fut l’un des principaux pionniers de l’Australie-Méridionale en 1835. L’hon. Nathaniel Levi fit beaucoup pour développer les industries du charbon et du sucre de betterave dans le Victoria. Sir Julius Vogel fut premier ministre de la Nouvelle-Zélande durant de nombreuses années et fit beaucoup pour promouvoir son remarquable essor ; tandis que la Nouvelle-Galles du Sud eut Sir Saul Samuel et Sir Julien Salomons pour agents-généraux de cette colonie. De même, en Afrique du Sud, la firme Mosenthal Brothers et Jonas Bergtheil contribuèrent beaucoup au développement de la colonie du Cap et du Natal ; tandis que les industries de l’or et du diamant du Rand furent principalement aux mains de Juifs, notamment celles de Barnato Brothers, Wernher, Beit & Company, etc.

Au début du XIXe siècle, on supposait que le nombre des Juifs en Angleterre ne dépassait pas 8 000, dont au moins 6 000 à Londres. L’augmentation fut relativement lente jusqu’à l’immigration russe de 1880, époque à laquelle il y avait probablement environ 60 000 Juifs dans les îles Britanniques. À l’heure actuelle, on calcule que l’Angleterre possède une population juive de 148 811 personnes, contre 7 428 en Écosse et 3 771 en Irlande, soit approximativement 160 000 pour les îles Britanniques. En 1901, l’empire britannique comptait au total environ un quart de million de Juifs, répartis comme suit :

Îles Britanniques. .

160 000

Hongkong

Aden

Inde

. 18 228

Australasie. . .

16 678

Jamaïque

. 2 000

Barbade

Malte

Canada et

Afrique du Sud britannique

. 20 000

Colombie. . .

16 432

Établissements des détroits...

Chypre

Trinité

Gibraltar

2 000

Total

. 239 027

Bibliographie : Période ancienne : Jacobs et Wolf, Bibl. Anglo-Jud. Nos. 1-199 ; Prynne, A Short Demurrer Against the Jews, 1655 ; Madox, History of the Exchequer, Londres, 1753 ; Tovey, Anglia Judaica, Oxford, 1738 ; J. C. Webb, The Question Whether a Jew Is Capable of Holding Land, Londres, 1769 ; Jacobs, Jews of Angevin England, Londres, 1892, passim ; B. L. Abrahams, The Expulsion of the Jews from England, Oxford, 1895 ; Select Pleas of the Jewish Exchequer, éd. Rigg, 1902.

Période intermédiaire : Bibl. Anglo-Jud. Nos. 201-296 ; L. Wolf, The Middle Age of Anglo-Jewish History, dans Papers of the Anglo-Jew. Hist. Exh. ; S. L. Lee, dans Transactions of the New Shakespeare Society, 1895 ; L. Wolf, Cromwell’s Intelligencers, Londres, 1892 ; idem, divers articles dans Transactions of the Jew. Hist. Soc. Eng.

Période moderne : Bibl. Anglo-Jud. pp. 56-231, Nos. 280-2164 ; Blunt, History of the Jews in England, Londres, 18^ ; J. Picciotto, Sketches of Anglo-Jewish History, ib. 1878 ; L. Wolf, The Queen’s Jewry 1837-97, dans Young Israel, pp. 99-114, 140-154, ib. 1898.

J.

Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.