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Abstinence

ABSTINENCE

S'abstenir d'agrments qui sont licites en eux-mêmes. L'abstinence ne peut tre considre comme une vertu que lorsqu'elle sert le but de consacrer une vie une finalit plus haute. Les saints, ou les adhrents de systmes religieux et philosophiques qui prchrent la mortification de la chair, pratiquent l'asctisme seulement dans le but de parfaire l'me pour l'tat suprieur de bien- tre auquel ils croient qu'elle est destinée (voir Asctisme). La religion juive, ayant pour principe thique fondamental la loi de la saintet : « Vous serez saints, car moi, le Seigneur, votre Elohîm, suis saint » (Lev. xix. 2), accentue la perfectibilit de l'homme tout entier, tout en exigeant la sanctification de tout ce qui se rapporte l'existence humaine. « Le Seigneur n'a pas cr la terre pour la dsolation ; il la forma pour l'habitation de l'homme » (Isa. xlv. 18) est le principe mis en avant par les rabbins (Pes. 88b). l'tat idal des choses rien ne devrait tre profane. « En ce jour il s'inscrira sur les clochettes des chevaux : Saintet l'usage du Seigneur ! Et les marmites dans la maison du Seigneur seront comme les bassins devant l'autel » (Zach. xiv. 20, 21). Cette vue s'exprime sans ambages chez Rab dans Yer. Kid. iv., la fin ; « L'homme dans la vie future devra rendre compte de chaque jouissance qui lui fut offerte et qu'il refusa sans motif suffisant. » En consquence l'asctisme, ou l'abstinence comme principe, est condamn dans le Talmud. « Pourquoi le Nazirite doit-il apporter un sacrifice pour le pch la fin de son temps ? (Num. vi. 13, 14). Parce qu'il a pch contre sa personne par son vu d'abstinence du vin, » dit Elizer ha-Kappar (Sifra, ad loc., et Ned. 10a), tirant sa conclusion de ce passage biblique ; « Quiconque s'impose des jenes et autres pnalits sans motif particulier commet une faute. » « Le nombre de choses interdites par la Loi n'est-il pas suffisant pour que tu t'aventures ajouter de ton propre chef par ton vu inconsidr ? » dit R. Isaac (Yer. Ned. ix. 415). Voir Maimonide, "Yad ha-Hazakah, De'ot", iii. 1, o le principe monastique de l'abstinence, que ce soit en ce qui concerne le mariage ou la consommation de viande et de vin, ou tout autre confort personnel, est vivement condamn comme antagoniste l'esprit du judasme.

Pourtant l'abstinence est frquemment considre comme mritoire, si non ncessaire, comme moyen de discipline de soi. Simon le Juste disait : « Je priai dguster un repas nazirite seulement une fois, quand je rencontrai un beau jeune homme du Midi qui avait pris le vu. Quand je lui demandai la raison, il dit : ‘J'ai vu l'Esprit du Mal me poursuivre tandis que j'admirais mon visage reflt dans l'eau, et j'ai jur que ces longues boucles soient coupes et offertes comme sacrifice au Seigneur.’ Sur quoi je l'embrassai sur le front et le bnissais, en disant : ‘Qu'il y ait beaucoup de Nazirites comme toi en Israël !’ » (Nazir, 45). Dans ce sens l'abstinence est suppose avoir une valeur positive, comme exercice du contrle de soi. Par consquent la loi : « Soyez saints ! » fut interprte : Exercez l'abstinence afin d'atteindre l'tat de puret et de saintet ('Ab. Zarah, 205 ; Sifra, Kedoshim, dbut). L'indulgence excessive au vin ou toute forme de plaisir tant nuisible (Prov. xxiii. 20), l'homme doit apprendre la rstriction de soi en temps opportun. « Hte-toi ! » on dit au Nazirite. « Parcours promptement le vignoble, n'approche pas trop du cep » (B. M. 92a) devint l'avertissement proverbial. « Faites une haie autour de la Loi » (Ab. i. 1 ; Ab. R. N. ii.). « Abstenez-vous de tout mal et de ce qui s'y ressemble », une rgle que l'on trouve la fois dans la "Didach", iii. 1, et dans le Talmud (Hul. 44i) — un dicton fond sur Job, xxxi. 1. « Abstenez-vous des convoitises de la chair et du monde » ("Didach", i. 4). Toutes les lois mosaques relatives l'alimentation sont dclares par Rab avoir pour but la purification d'Isral (Lev. R. 13) — d'instruire le Juif l'autodiscipline.

Ainsi, il y eut ceux qui enseignrent et pratiqurent l'abstinence dans un but de consécration de soi. Tels furent les disciples des Réchabites (Jr. xxxv. 2) parmi les Essnes, « les buveurs d'eau » (Mek., Yithro, Amalek 2). Une tentative de revival de leurs principes eut lieu en Perse par Abu Isa AL-IsPAiiANi au VIIIe siècle, qui ajouta l'interdiction du vin aussi celle de la viande. cela peut tre compar le végétarisme du secte moderne des Hasidim. La tendance la mystique incita des philosophes moraux du Moyen ge comme Bahja ibn Pakuda favoriser l'abstinence comme mode d'lvation morale (voir "Hobot ha-Lebabot", ix. 5, xi. 6).

Le rcit biblique, toutefois, selon lequel l'homme, dans l'ge d'or de l'innocence (Gen. i. 29), s'abstint de manger la chair des animaux, tandis qu'aprs le dluge, dans un ge de dclin, la consommation de viande, l'exception du sang, fut permise (Gen. ix. 2 et suiv.), est en frappante concordance avec la tradition grecque ou arienne (Platon, "De Legibus", vi. 782 ; Plutarque, "Symposion", viii. 83 ; Porphyre, "De Abstinentia", iii. 25, 26 ; Diogne Lartus, viii. 20 ; Spiegel, "Eranische Alterthmer", i. 455).

En rgle, toutefois, l'opinion juive s'est prononce9e contre l'abstinence totale, et est mieux reprsente par Mamonide, qui prconise la "voie moyenne d'or" de la modration ("Yad ha-Hazakah, Hilkot De'ot", i.-iii.). K.

ABTALION, POLLION, ou PTOLLION : Un chef des Pharisiens au milieu du premier sicle av. J.-C. et par tradition vice-prsident du grand Sanhdrin de Jrusalem. Il tait d'origine paenne (Bab. Yoma, 71b ; 'Eduy. v. 6 ; Git. 57b ; Yer. M. K. iii. 81b ; voir Weiss, "Dor Dor we-Dorshaw", i. 1, et Landau, p. 319). Malgré cela, Abtalion, ainsi que son collgue, Schmaiah, le prsident du Sanhdrin, fut l'un des hommes les plus influents et aims de son temps. Une fois, quand le grand prtre tait escort de la Temple par le peuple, la clture d'un Jour d'Expiation, le Talmud (Yoma, 71b) relate que la foule l'abandonna l'approche d'Abtalion et de son collgue et les suivit. Abtalion usa de son influence auprès du peuple en persuadant les hommes de Jrusalem, en l'an 37 av. J.-C., d'ouvrir les portes de leur cit Hrod. Le roi ne fut pas ingrat et rcompensa Abtalion, ou, comme Josphe l'appelle, "Pollion", d'honneurs (Josephus, "Ant." xv. 1, 1). Bien qu'il n'y ait aucun doute que, dans ce passage de Josphe, Abtalion est dsign par ce nom Pollion (la forme originale du nom est vraisemblablement "Ptollion", ce qui explique la fois le A prfix dans le Talmud et l'omission du t chez Josphe), un autre endroit ("Ant." xv. 10, 4), o ce nom rapparait, il est douteux que Abtalion soit vis. Josephus relate l comment Hrod exigea le serment d'allgeance sous peine de mort, et continue : « Il voulut aussi contraindre Pollion, le Pharisien, et Sameas, ainsi que les hommes qui les suivaient, prter ce serment ; ils refusrent cependant, mais ne furent pas punis comme d'autres qui avaient refus de le prter, et cela, en effet, par considration pour Pollion. » Comme cet pisode eut lieu la dix-huitime anne de rgne d'Hrod (20 ou 19 av. J.-C.), ce Pollion ne peut tre Abtalion, qui mourut longtemps avant, comme nous l'apprenons par des sources talmudiques autoritatives, selon lesquelles Hillel, le disciple et successeur d'Abtalion, tait le chef des Pharisiens vers 30 av. J.-C. Il est probable, par consquent, que Josephus se soit laiss induire en erreur par la similitude des noms Schmaiah et Schammai, et qu'il ait donc crit « Pollion et Sameas » au lieu de « Hillel et Schammai ».

Peu de choses sont connues de la vie d'Abtalion. Il fut disciple de Judah ben Tabbai et de Simon ben Shetah, et vcut probablement quelque temps Alexandrie, en gypte, o lui et galement son matre Judah trouvrent refuge lorsque Alexandre Yannes perscuta cruellement les Pharisiens. Cela donne pertinence sa maxime bien connue (Ab. i. 12), « Vous, gens sages, prenez garde vos paroles, de peur que vous n'attiriez sur vous la peine de l'exil et que vous ne soyez bannis un lieu d'eau mauvaise (doctrine dangereuse), et que vos disciples, qui viendront aprs vous, en boivent et meurent, et que le nom du Saint soit ainsi profan. » Il met en garde les rabbins ici contre la participation la politique (comparer la maxime de son collgue) ainsi que contre l'migration en gypte, o les ides grecques menaent le judasme. Abtalion et son collgue Shemaiah sont les premiers porter le titre darshati (Pes. 70a), et il est probablement non fortuit que leur disciple Hillel fut le premier tablir des rgles hermneutiques pour l'interprtation du Midrash ; il a pu devoir ses matres la tendance une interprtation haggadique. Ces deux savants sont les premiers dont les paroles sont consignes dans la Haggadah (Mek., Beshallah, iii. 36, éd. Weiss). La nouvelle mthode de derash (interprtation biblique) introduite par Abtalion et Shemaiah semble avoir voqu l'opposition parmi les Pharisiens (Pes. 70a. Comparer aussi Josephus, I.C., noXXtuv 6 apicaloc, o un titre est vraisemblablement indiqu). Abtalion et Shemaiah sont galement les premiers dont des Halakhot (dcisions lgales) nous sont parvenues. Parmi elles se trouve l'important principe que l'agneau pascal doit tre offert mme si la Pque tombe un shabbat (Pes. 66a). L'acadmie d'Abtalion n'tait pas ouverte tous ; ceux qui cherchaient y entrer payaient quotidiennement une petite taxe d'admission d'un tropaika et demi ; c.-d., environ douze cents (Yoma, 35b). Ce fut sans doute pour empcher la surpopulation par le peuple, ou pour des raisons nones par les Schammaites (Ab. R. N. iii. [iv.] 1).

Bibliographie : Monatsschrift, i. 118-120 ; Gratz, Gesch. d. Juden, "Mec", iii. 187 et suiv., 617-818 ; Landau, in Monatsschrift, vii. 317-34 ; Herzfeld, ibid. iii. 227 ; idem, Gesch. d. Judenthums, ii. 253 ; Derenbourg, Essai, pp. 116, 117, 149, 463 ; Weiss, Dor, i. 148 et suiv., 152, 153 ; Brll, Meho, pp. 25-27 ; Hamburger, ?. B. T. ii., s.v. Semaya ; Lehman, in Rev. hist. Juives, xxiv. 68-81. q

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.