Définition dans Watson
Jews
JEWS
Dénomination propre des descendants de Juda, qui bientôt comprit sous son nom les Bénjamites, qui se joignirent à la tribu de Juda lors de la révolte des dix autres tribus contre la maison de David. Après la captivité de Babylone, lorsque de nombreux individus de ces dix tribus revinrent avec les hommes de Juda et de Benjamin pour rebâtir Jérusalem, le terme JEWS les inclut aussi, ou plutôt fut alors étendu à tous les descendants d’Israël qui conservèrent la religion juive, qu’ils appartinssent aux deux ou aux dix tribus, qu’ils retournassent en Judée ou non. Dès lors, non seulement tous les Israélites des temps postérieurs ont été appelés Juifs, mais tous les descendants de Jacob, dès les temps les plus anciens, sont fréquemment ainsi désignés par nous aujourd’hui, et l’on parle même de leur économie primitive comme de l’économie juive. L’histoire de ce peuple singulier est consignée dans les livres sacrés de l’Ancien Testament ; et, au lieu d’épitomiser les récits des écrivains sacrés, il sera plus utile de remplir le hiatus entre la clôture des livres historiques qui y sont contenus et la venue de notre Seigneur Yéhoshoua (Jésus).
Lorsque le royaume de Juda eut été soixante-dix ans en captivité, et que la période de leur affliction fut accomplie, Cyrus, 536 av. J.-C., sous lequel furent réunis les royaumes de Perse, de Mède et de Babylone, publia un décret permettant à tous les Juifs de retourner dans leur pays et de rebâtir leur temple à Jérusalem. Ce décret avait été expressément annoncé par le prophète Isaïe, qui parla de Cyrus nommément, plus d’une centaine d’années avant sa naissance, comme du libérateur du peuple choisi d’Elohîm de sa captivité prédite. Bien que le décret de Cyrus fût général, seule une partie de la nation en profita. Le nombre de personnes qui revinrent alors s’éleva à quarante-deux mille trois cent soixante, et sept mille trois cent trente-sept serviteurs. Ils furent conduits par Zorobabel et Josué. Zorobabel, fréquemment appelé dans l’Écriture Schachbazzar, était le petit-fils de Jéconias, et par conséquent issu de David. Il fut appelé « le prince de Juda », et fut nommé leur gouverneur par Cyrus, et avec sa permission rapporta une partie des vases d’or et d’argent que Nabuchodonosor avait enlevés du temple de Jérusalem. Le reste des trésors du temple fut rapporté plus tard par Esdras. Josué était le fils de Josédéq, le grand prêtre, et petit-fils de Séraïa, qui était grand prêtre lorsque le temple fut détruit. Darius, le successeur de Cyrus, confirma ce décret et favorisa la réinstallation du peuple. Mais c’est sous le règne d’Artaxerxès Longimanus, appelé dans l’Écriture Ahasvéros, qu’Esdras obtint sa commission et fut fait gouverneur des Juifs dans leur propre pays, gouvernement qu’il tint pendant treize ans ; puis Néhémie fut appelé avec de nouveaux pouvoirs, probablement par l’intérêt de la reine Esther ; et Esdras se consacra exclusivement à corriger le canon des Écritures, à rétablir et pourvoir à la continuité du culte d’Elohîm dans sa pureté primitive. Le premier soin des Juifs, après leur arrivée en Judée, fut d’ériger un autel pour les holocaustes à Elohîm : ils recueillirent ensuite les matériaux pour rebâtir le temple ; et toutes les préparations nécessaires étant faites, au commencement de la deuxième année après leur retour sous Zorobabel, ils commencèrent à le bâtir sur les fondations anciennes. Les Samaritains, affirmant qu’ils adoraient le Dieu d’Israël, offrirent d’aider les Juifs ; mais leur secours étant refusé, ils firent tout leur possible pour entraver l’œuvre ; et de là prit naissance l’inimitié qui subsista désormais entre Juifs et Samaritains. Le temple, après une variété d’obstructions et de retards, fut achevé et consacré dans la septième année du règne du roi Darius, 515 av. J.-C., soit vingt ans après son commencement. Bien que ce second temple, ou, comme on l’appelle quelquefois, le temple de Zorobabel, qui était alors gouverneur des Juifs, eût la même forme et les mêmes dimensions que le premier, ou le temple de Salomon, il lui était bien inférieur en splendeur et magnificence ; et l’arche de l’alliance, la Shechinah, le feu sacré sur l’autel, les Ourim et Thoummim, ainsi que l’esprit de prophétie, faisaient défaut à ce temple du reste du peuple. À la fête de la dédicace on offrit des présents pour les douze tribus d’Israël, ce qui semble indiquer que de chaque tribu quelques-uns étaient revenus de la captivité ; mais de loin la plupart étaient de la tribu de Juda, et dès cette époque les Israélites furent généralement appelés Judæi ou Juifs, et leur pays Juda. Beaucoup, à leur souhait, restèrent dans ces provinces où ils avaient été placés par les rois d’Assyrie et de Babylone. Le rétablissement du peuple « selon son ancien état », selon la parole du Seigneur, ainsi que la disposition de toutes les affaires civiles et ecclésiastiques, et la construction des murailles de Jérusalem, furent complétés par Esdras et Néhémie. Mais l’on trouve bientôt Malachie, le dernier des prophètes sous l’Ancien Testament, reprenant fort sévèrement prêtres et peuple, non pour l’idolâtrie, mais pour leurs vies scandaleuses et leurs grossières corruptions.
L’histoire scripturaire s’achève à cette période, 430 av. J.-C. ; et il faut recourir aux écrits non inspirés, principalement aux livres des Maccabées et à Josèphe, pour les détails restants de l’histoire juive, jusqu’à la destruction de Jérusalem par les Romains. La Judée demeura soumise aux rois de Perse pendant près de deux cents ans ; mais il ne paraît pas qu’elle ait eu un gouverneur séparé après Néhémie. Dès son temps elle fut incluse dans la juridiction du gouverneur de la Syrie, et sous celui-ci le grand prêtre conserva la principale autorité. Lorsque Alexandre le Grand se disposait à assiéger Tyr, il envoya à Jaddua, le grand prêtre à Jérusalem, pour se procurer la quantité de vivres qu’il avait coutume d’envoyer en Perse. Jaddua refusa, invoquant son serment de fidélité au roi de Perse. Ce refus irrita Alexandre ; et, après avoir pris Tyr, il marcha contre Jérusalem pour se venger des Juifs. Jaddua eut avis de son approche, et, par la direction d’Elohîm, sortit de la ville pour aller à sa rencontre, revêtu de ses habits pontificaux et accompagné des Lévites en vêtements blancs. Alexandre, visiblement frappé par cette solennité, mit immédiatement de côté ses intentions hostiles, se rapprocha du grand prêtre, l’embrassa, et rendit adoration au nom de Dieu inscrit sur la plaque de son diadème ; il entra ensuite dans la ville avec le grand prêtre et offrit des sacrifices dans le temple au Dieu des Juifs. Ce changement subit dans la disposition d’Alexandre provoqua une grande étonnement parmi ses compagnons ; et lorsque son favori Parménion lui demanda la cause, il répondit que c’était le souvenir d’un rêve remarquable qu’il avait eu en Macédoine, dans lequel une personne vêtue précisément comme le grand prêtre juif l’avait encouragé à entreprendre la conquête de la Perse et lui avait promis le succès : il adora donc le nom de ce Dieu par la direction duquel il croyait agir, et témoigna de la bienveillance envers son peuple. On dit aussi que, pendant qu’il était à Jérusalem, on lui montra les prophéties de Daniel qui annonçaient que « le roi de Grèce » devait vaincre la Perse, Dan. viii, 21. Avant de quitter Jérusalem il accorda aux Juifs la même liberté d’exercer leurs lois et leur religion, et l’exemption de tribut chaque année sabbatique, dont ils jouissaient sous les rois de Perse ; et lorsqu’il fonda Alexandrie, il y installa un grand nombre de Juifs et leur accorda beaucoup de faveurs et d’immunités. S’il est certain que des Juifs s’établirent en Europe aussi tôt que l’époque où la nation fut soumise à l’empire macédonien n’est pas connu ; mais l’on croit qu’ils commencèrent à s’helléniser à cette époque. La langue grecque devint plus commune parmi eux, et les mœurs et opinions grecques y furent bientôt introduites. Voir ALEXANDRE.
À la mort d’Alexandre, 323 av. J.-C., lors du partage de son empire entre ses généraux, la Judée échut au partage de Laomédon. Mais Ptolémée Sôter, fils de Lagus, roi d’Égypte, s’en rendit bientôt maître par une ruse : il entra à Jérusalem un jour de sabbat, sous prétexte d’offrir un sacrifice, et prit possession de la ville sans résistance de la part des Juifs, qui n’osèrent alors transgresser leur loi en combattant un sabbat. Ptolémée emmena en captivité plusieurs milliers d’hommes, tant Juifs que Samaritains, et les installa en Égypte ; il les traita ensuite avec bonté, à cause de leur fidélité reconnue dans leurs engagements, notamment dans leur conduite envers Darius, roi de Perse ; et il leur accorda à Alexandrie les mêmes privilèges qu’aux Macédoniens eux-mêmes. Ptolémée Philadelphe est dit avoir rendu la liberté à cent vingt mille Juifs qui étaient captifs en Égypte. Il ordonna que les Écritures juives fussent traduites en langue grecque ; cette traduction est appelée la Septante (LXX). (Voir ALEXANDRIE.) Après avoir été tributaires des rois d’Égypte pendant environ cent ans, la nation juive passa sous la domination des rois de Syrie. Ils divisèrent la terre, qui commença alors à être appelée Palestine, en cinq provinces, dont trois étaient à l’ouest du Jourdain, savoir la Galilée, la Samarie et la Judée, et deux à l’est, savoir la Trachonite et la Pérée ; mais ils permirent qu’elles fussent gouvernées par leurs propres lois, sous l’autorité du grand prêtre et du conseil de la nation. Séleucos Nicanor leur donna le droit de cité dans les villes qu’il bâtit en Asie Mineure et en Cœlo-Syrie, et même à Antioche, sa capitale, avec des privilèges qu’ils continuèrent de jouir sous les Romains. Antiochus le Grand accorda des faveurs considérables et des immunités à la ville de Jérusalem ; et, pour assurer la Lydie et la Phrygie, il y établit des colonies de Juifs. Dans la série des guerres entre les rois de Syrie et d’Égypte, la Judée, située entre ces deux pays, fut plus ou moins affectée par toutes les révolutions qu’ils subirent, et fut souvent le théâtre de combats sanglants et destructeurs. Les maux auxquels les Juifs furent exposés de la part de ces puissances étrangères furent sensiblement aggravés par la corruption et la mauvaise conduite de leurs propres grands prêtres et d’autres personnages distingués parmi eux. À cette corruption et à cette mauvaise conduite, et à l’accroissement de la méchanceté du peuple, leurs souffrances doivent en effet être attribuées, selon les déclarations expresses d’Elohîm par la bouche de ses prophètes. Il est certain qu’à cette époque une partie considérable de la nation s’était fort attachée aux mœurs et coutumes grecques, sans pour cela tomber dans le péché d’idolâtrie. Près de Jérusalem des lieux furent consacrés aux exercices gymniques ; et le peuple fut, sous la conduite de Jason, qui avait obtenu la prêtrise d’Antiochus Épiphane par les moyens les plus déshonorants, poussé à négliger le culte du temple et l’observance de la loi dans une bien plus grande mesure qu’à aucune période depuis leur retour de captivité. Il plut à Elohîm de les punir pour cette défection par la main de celui même qu’ils cherchaient particulièrement à contenter. Antiochus Épiphane, irrité d’avoir été empêché d’entrer dans le saint des saints lorsqu’il visita le temple, prit bientôt prétexte d’une agitation populaire pour exercer sa tyrannie : il prit la ville, 170 av. J.-C., pilla le temple, et fit périr ou réduisit en esclavage un grand nombre des habitants, avec toutes les circonstances de profanation et de cruauté qu’on peut concevoir. Pendant trois ans et demi, temps prédit par Daniel, le sacrifice quotidien fut retranché, le temple profané et partiellement détruit, l’observance de la loi interdite sous les peines les plus sévères, chaque exemplaire brûlé que les agents du tyran purent se procurer, et l’on exigea du peuple des sacrifices aux idoles, sous peine des morts les plus torturantes. Nombreux furent les apostats (car la corruption préalable des mœurs n’avait guère préparé la nation à une telle épreuve), mais un reste resta fidèle ; et les maux accumulés que le peuple endura sous ce joug cruel excitèrent une impatience générale. Enfin le moment de la délivrance arriva. Mattathias, un sacrificateur, 167 av. J.-C., éminent par sa piété et sa résolution, et père de cinq fils également zélés pour leur religion, encouragea le peuple par son exemple et ses exhortations « à se lever pour la loi » ; et ayant bientôt rassemblé une armée de six mille hommes, il entreprit avec ardeur de libérer la Judée de l’oppression et de la persécution des Syriens, et de rétablir le culte du Dieu d’Israël ; mais il était fort âgé lorsqu’il se lança dans cette entreprise importante et laborieuse, et ne vécut pas pour en voir l’achèvement. À sa mort son fils Judas Maccabée succéda au commandement de l’armée ; et, après avoir vaincu les Syriens en plusieurs engagements, il les chassa de la Judée et établit son autorité dans le pays. Son premier soin fut de réparer et purifier le temple pour la restauration du culte divin ; et, pour conserver la mémoire de cet événement, les Juifs instituèrent une fête de huit jours, appelée la fête de la dédicace, à observer annuellement. Judas Maccabée fut tué à la guerre, et son frère Jonathan lui succéda dans le gouvernement. Il fut aussi élevé à la prêtrise, et dès lors les princes maccabées continuèrent d’être grands prêtres. Judas Maccabée et ses frères eurent tant de succès, par leur valeur et leur conduite, dans l’affirmation de la liberté de leur pays, qu’en quelques années ils recouvrèrent non seulement son indépendance, mais reconquirent presque toutes les possessions des douze tribus, détruisant en même temps le temple du mont Garizim, en Samarie. Mais eux et leurs successeurs furent presque toujours engagés dans des guerres où, quoique généralement victorieux, ils furent quelquefois battus et leur pays brièvement opprimé. Aristobule fut le premier des Maccabées qui prit le nom de roi. Environ quarante-deux ans après, un différend survint entre les deux frères Hyrcan et Aristobule, fils d’Alexandre Jaddaï, relativement à la succession de la couronne ; les deux partis firent appel aux Romains pour obtenir leur appui. Scaurus, le général romain, se laissa corrompre par Aristobule et le plaça sur le trône. Quelque temps après, Pompée revint d’Orient en Syrie, et les deux frères s’adressèrent à lui pour sa protection, plaidant leur cause devant lui, 63 av. J.-C. Pompée vit là une occasion favorable pour réduire la Palestine sous la puissance romaine, à laquelle les nations voisines s’étaient déjà soumises ; et donc, sans trancher les points en litige entre les deux frères, il marcha sur la Judée, et, après quelques négociations simulées avec Aristobule et sa faction, assiégea et prit possession de Jérusalem. Il nomma Hyrcan grand prêtre, mais lui refusa le titre de roi : il lui accorda cependant le nom trompeur de prince, avec une autorité très limitée. Pompée n’enleva pas les ustensiles sacrés ni les trésors du temple, mais il soumit la Judée et la rendit tributaire des Romains ; et Crassus, environ neuf ans plus tard, pilla le temple de tout ce qui avait de la valeur. Jules César confirma Hyrcan dans la pontificalité et accorda de nouveaux privilèges aux Juifs ; mais environ quatre ans après la mort de Jules César, Antigone, le fils d’Aristobule, aidé des Parthes, tandis que l’empire romain était dans un état d’agitation, déposa son oncle Hyrcan, 41 av. J.-C., s’empara du gouvernement et prit le titre de roi.
Hérode, d’origine Iduméenne mais de religion juive, dont le père Antipater, ainsi que lui-même, avaient joui de postes considérables d’honneur et de confiance sous Hyrcan, se rendit aussitôt à Rome et obtint du sénat, par l’entremise d’Antoine et d’Auguste, qu’on le nommât roi de Judée. Muni de cette autorité, il revint et commença les hostilités contre Antigone. Trois ans environ après, il prit Jérusalem et mit fin au gouvernement des Maccabées ou Asmonéens, après qu’il avait duré près de cent trente ans. Antigone fut envoyé prisonnier à Rome, où il fut mis à mort par Antoine. Hérode épousa Mariamne, qui vécut pour être la seule représentante de la famille asmonéenne, et la fit ensuite exécuter publiquement par jalousie injustifiée. Hérode agrandit considérablement le royaume de Judée, mais il resta tributaire des Romains ; il diminua fortement le pouvoir civil de la prêtrise, et changea son caractère héréditaire et viager en une charge accordée et tenue à la discrétion du monarque ; et cette fonction sacrée fut alors souvent donnée à ceux qui en payaient le prix le plus élevé, sans souci du mérite : il fut pour son peuple et même pour ses enfants un tyran inexorable et cruel, dont trois fils furent mis à mort ; esclave de ses passions et indifférent quant aux moyens d’assouvir son ambition ; mais pour maintenir les Juifs en subjection, et élever un monument durable à son nom, il répara le temple de Jérusalem à grands frais et lui ajouta une immense magnificence.
À cette époque on attendait avec confiance le Mashiah parmi les Juifs ; et, en vérité, une idée générale régnait aussi parmi les païens que quelque conquérant ou libérateur extraordinaire paraîtrait bientôt en Judée. Dans la trente-sixième année du règne d’Hérode, tandis qu’Auguste était empereur de Rome, le Sauveur des hommes naquit de la vierge Marie, issu de la lignée de David, dans la ville de Bethléem de Judée, conformément à la parole de la prophétie. Hérode, égaré par l’opinion alors commune chez les Juifs que le Mashiah devait paraître comme prince temporel, et jugeant d’après les recherches des sages de l’Orient que l’enfant était réellement né, envoya à Bethléem et ordonna que tous les enfants âgés de deux ans et en deçà fussent mis à mort, dans l’espoir de détruire celui qu’il regardait comme son rival, ou du moins comme celui de sa famille. Il fut bientôt frappé d’une maladie hideuse et torturante, et mourut, exemple frappant de justice divine, environ un an et un quart après la naissance de notre Sauveur, et dans la trente-septième année de son règne, en calculant depuis le moment où il fut déclaré roi par les Romains. Voir HERODE.
Hérode fit son testament peu de temps avant sa mort, mais la disposition finale de ses domaines fut laissée à Auguste. L’empereur ratifia ce testament en tous ses points matériels et permit que les pays sur lesquels Hérode avait régné fussent partagés entre ses trois fils. Archélaüs succéda à la plus grande part, savoir la Judée propre, la Samarie et l’Idumée. Hérode Antipas, appelé Hérode le Tétrarque, qui fit ensuite décapiter Jean le Baptiste, reçut la Galilée et la Pérée ; et Philippe, la Trachonite et la région voisine d’Iturée. Les fils d’Hérode le Grand ne furent pas autorisés à prendre le titre de roi : on les appela seulement ethnarches ou tétrarques. Outre les pays déjà mentionnés, l’Abilène, qui avait appartenu à Hérode dans la dernière partie de sa vie, et dont Lysania est nommé dans Luc iii, 1, comme tétrarque, ainsi que quelques villes, furent données à Salomé, la sœur d’Hérode le Grand, apr. J.-C. 7. Archélaüs se conduisit avec grande cruauté et injustice ; et dans la dixième année de son gouvernement, sur une plainte régulière des Juifs, Auguste le bannit à Vienne, en Gaule, où il mourut.
Après la bannissement d’Archélaüs, Auguste envoya Publius Sulpicius Quirinius, que, selon la manière grecque d’écrire ce nom, saint Luc appelle Cyrénéen, président de Syrie, pour réduire les territoires qu’Archélaüs avait régnés à la forme d’une province romaine ; et il nomma Coponius, un Romain de l’ordre équestre, gouverneur sous le titre de procurateur de la Judée, mais subordonné au président de Syrie. Le pouvoir de vie et de mort fut dès lors retiré des mains des Juifs, et les impôts furent payés directement à l’empereur romain. La justice fut rendue au nom et par les lois de Rome ; bien que pour ce qui concernait leur religion, leurs propres lois, le pouvoir du grand prêtre et du sanhédrin, ou grand conseil, leur furent conservés ; et on leur permit d’examiner les témoins et d’exercer une juridiction inférieure dans d’autres causes, sous le contrôle des Romains, auxquels leurs tétrarques ou rois étaient aussi soumis ; et il est à remarquer qu’à cette époque même notre Sauveur, qui alors avait douze ans, étant à Jérusalem avec Joseph et Marie à l’occasion de la Pâque, apparut pour la première fois au temple dans son office prophétique et dans les affaires de son Père, pour lesquelles il avait été envoyé, assis au milieu des docteurs du temple et déclarant la vérité d’Elohîm devant eux. Après Coponius, Ambivius, Annius Rufus, Valerius Gratus et Ponce Pilate furent successivement procurateurs ; et telle fut la forme de gouvernement à laquelle Juda et la Samarie furent soumises pendant le ministère de notre Sauveur. Hérode Antipas était toujours tétrarque de Galilée, et c’est à lui que notre Sauveur fut envoyé par Ponce Pilate. Lardner est d’avis qu’il n’y eut pas de procurateur en Judée après Ponce Pilate, qui fut destitué apr. J.-C. 36, mais que le pays fut gouverné pendant quelques années par les présidents de Syrie, qui y envoyèrent occasionnellement des officiers. Philippe demeura tétrarque de la Trachonite pendant trente-sept ans et mourut dans la vingtième année du règne de Tibère. Caligula donna sa tétrarchie à Agrippa, le petit-fils d’Hérode le Grand, avec le titre de roi ; puis il lui ajouta la tétrarchie d’Hérode Antipas, qu’il déposa et bannit après qu’il eut été tétrarque pendant quarante-trois ans. L’empereur Claude donna à Agrippa la Judée, la Samarie, les parties méridionales de l’Idumée et l’Abilène ; et ainsi enfin les domaines d’Hérode Agrippa devinrent presque identiques à ceux de son grand-père, Hérode le Grand. C’est cet Agrippa, appelé aussi Hérode Agrippa et par saint Luc simplement Hérode, qui fit tuer Jacques, frère de Jean, et emprisonna Pierre. Il mourut dans la septième année de son règne et laissa un fils nommé aussi Agrippa, alors âgé de dix-sept ans ; et Claude, le jugeant trop jeune pour gouverner les vastes domaines de son père, fit de Cuspus Fadus le gouverneur de la Judée. Fadus fut bientôt remplacé par Tibère, qui fut suivi d’Alexandre Cumanus, Félix et Festus ; mais Claude donna plus tard la Trachonite et l’Abilène à Agrippa, et Néron ajouta une partie de la Galilée et quelques autres villes. C’est ce jeune Agrippa, qu’on appelait aussi roi, devant lequel Paul plaida à Césarée, qui était à cette époque le lieu de résidence du gouverneur de la Judée. Plusieurs gouverneurs romains opprimèrent et persécutèrent sévèrement les Juifs ; et enfin, sous le règne de Néron, et sous le gouvernement de Florus, qui les traita avec plus de cruauté que tous ses prédécesseurs, ils se révoltèrent ouvertement contre les Romains. Commence alors la guerre juive, qui se termina, après une résistance opiniâtre et des souffrances inégalées de la part des Juifs, par la destruction totale de la ville et du temple de Jérusalem, par la ruine de leur organisation civile et religieuse et par la réduction du peuple à l’état de la plus abjecte servitude ; car, quoique, sous le règne d’Hadrien, des multitudes d’entre eux se rassemblassent en différents endroits de la Judée, il convient d’observer qu’ils furent alors considérés et traités comme des esclaves rebelles ; et ces troubles furent prétexte à l’extermination générale de ceux qui furent pris et contribuèrent à parfaire l’œuvre de leur dispersion dans tous les pays sous le ciel. Depuis lors les Juifs n’ont subsisté nulle part comme nation.
2. JUIFS, MODERNES. Les Juifs divisent les livres de l’Ancien Testament en trois classes : la loi, les prophètes et les hagiographes, ou écritures saintes. Ils ont compté non seulement les grandes et petites sections, les versets et les mots, mais même les lettres de certains livres ; et ils ont également calculé quelle est la lettre médiane du Pentateuque, quelle est la clause médiane de chaque livre, et combien de fois chaque lettre de l’alphabet se rencontre dans les Écritures hébraïques. Outre les Écritures, les Juifs accordent une grande attention aux Targums, ou paraphrases chaldéennes de celles-ci. Il semble probable qu’ils furent écrits soit pendant la captivité de Babylone, soit immédiatement après, lorsque les Juifs eurent oublié leur propre langue et acquis le chaldéen des Targums, actuellement reçu par les Juifs. Les plus anciens sont celui d’Onkelos sur la loi, et celui de Jonathan ben Uzziel sur les prophètes : le premier est supposé être d’une plus grande antiquité que le second, et il s’approche, par la simplicité et la pureté du style, du chaldéen de Daniel et d’Esdras. Le Targum sur les prophètes est réputé avoir été rédigé avant la naissance du Mashiah ; et, quoique inférieur sous le rapport du style au Targum d’Onkelos, il est bien supérieur à tout autre Targum.
Les Juifs regardent aussi avec grande vénération ce qu’on appelle le Talmud. Cette œuvre se compose de deux parties : la Michna, qui signifie seconde loi ; et la Guemara, qui signifie soit supplément soit commentaire. Les Juifs supposent que Elohîm dicta d’abord le texte de la loi à Moïse, qu’il ordonna de mettre par écrit et qui existe dans le Pentateuque, puis lui donna une explication de tout ce qui y est compris, qu’il ordonna de confier à la mémoire. D’où l’on nomme la première loi écrite et la seconde loi orale. Ces deux lois furent récitées par Moïse à Aaron quatre fois, à ses fils trois fois, aux soixante-dix anciens deux fois, et au reste du peuple une fois : après cela, la répétition fut renouvelée par Aaron, ses deux fils et les soixante-dix anciens. Le dernier mois de la vie de Moïse fut employé, selon les Juifs, à répéter et expliquer la loi au peuple, et spécialement à Josué, son successeur. Un prophète pouvait suspendre toute loi ou autoriser la violation de quelque précepte que ce fût, excepté ceux contre l’idolâtrie. Si une question d’interprétation se présentait au sujet du sens d’une loi ou d’un précepte, elle était tranchée par la majorité. Quand Josué mourut, toutes les interprétations qu’il avait reçues de Moïse, ainsi que celles faites en son temps, furent transmises aux anciens : ils les communiquèrent aux prophètes, et d’un prophète elles furent remises à un autre. Cette loi resta orale jusqu’aux jours de Rabbi Yehuda, qui, percevant que les étudiants de la loi diminuaient progressivement et que les Juifs étaient dispersés sur la face de la terre, rassembla toutes les traditions, les disposa sous des têtes distinctes et les forma en un code méthodique de loi traditionnelle ; ainsi la Michna fut constituée. Elle est écrite dans un style concis, surtout sous forme d’aphorismes, qui admettent une variété d’interprétations. Pour cette raison, une Guemara ou commentaire fut rédigée par un président d’école en Palestine, qui, avec la Michna, constitue le Talmud de Jérusalem. Les Juifs en Chaldée, cependant, n’étant pas satisfaits de cette Guemara, un de leurs rabbins en compila une autre ; laquelle, avec la Michna, forme le Talmud de Babylone.
Une des principales branches du judaïsme moderne est la kabbale, dont l’étude est regardée comme la plus sublime de toutes les sciences. Par la kabbale, les Juifs entendent ces interprétations mystiques des Écritures et ces spéculations métaphysiques concernant la Divinité, les anges, etc., qu’ils considèrent comme ayant été transmises par une tradition secrète dès les âges les plus reculés. Au XIe siècle, le fameux rabbin Maïmonide exposa un résumé des doctrines du judaïsme que tout Juif est tenu de croire, sous peine d’excommunication en ce monde et de condamnation dans l’autre. Ce résumé consiste en treize articles, qu’il appelle fondements ou racines de la foi. Les articles sont les suivants : 1. Qu’Elohîm est le Créateur et le Soutien actif de toutes choses. 2. Qu’Elohîm est un et éternellement immuable. 3. Qu’Elohîm est incorporel et ne peut avoir de propriétés matérielles. 4. Qu’Elohîm doit exister éternellement. 5. Qu’à Elohîm seul il faut rendre culte. 6. Que tout ce que proclament les prophètes est vrai. 7. Que Moïse est le chef et le père de tous les docteurs contemporains, et de tous ceux qui ont vécu avant ou vivront après lui. 8. Que la loi fut donnée par Moïse. 9. Que la loi existera toujours et ne sera jamais modifiée. 10. Qu’Elohîm connaît toutes les pensées et actions des hommes. 11. Qu’Elohîm récompensera l’observance et punira la transgression des lois. 12. Que le Mashiah doit venir, quoique tardant longtemps. 13. Qu’il y aura une résurrection des morts, quand Elohîm le jugera convenable.
La religion juive est peut-être encore plus une religion de rites et cérémonies minutieux et triviaux que même la religion catholique. Les circonstances les plus infimes du vêtement et du déshabillage, du lavage et de l’essuyage du visage et des mains et d’autres actions nécessaires de la vie commune et quotidienne sont prescrites par les rabbins à exécuter exactement selon les règlements prescrits. Leurs prières sont aussi nombreuses, et certaines d’entre elles se rapportent aux circonstances les plus futiles. Celles que l’on tient pour les plus solennelles et importantes sont appelées Shemoneh Esreh, ou les dix-huit prières, bien qu’elles consistent en réalité en dix-neuf, la dernière ayant été ajoutée contre les hérétiques et les apostats. Elles sont prescrites à tous les Juifs de plus de treize ans, partout où ils se trouvent, à être dites trois fois par jour. Les membres de la synagogue sont tenus de répéter au moins une centaine de bénédictions chaque jour. Un fils survivant de son père est tenu d’assister au service nocturne de la synagogue chaque soir pendant un an, et de répéter le Kodesh, afin que son père soit délivré de l’enfer. Ce service peut être suspendu par toute personne montant à la chaire et fermant le livre. Cela arrive fréquemment en cas de querelles ; et les prières ne peuvent être reprises tant qu’une réconciliation n’aura pas eu lieu.
Rien ne doit être entrepris le vendredi qui ne puisse être achevé avant le soir. L’après-midi on se lave et on se nettoie, on taille ses cheveux et on coupe ses ongles. Tout Juif, quel que soit son rang, doit prendre part à la préparation du sabbat. Deux pains, cuits le vendredi, sont placés sur une table. Cela se fait en mémoire de la manne dont une double portion tomba le sixième jour de la semaine. La table reste dressée pendant tout le sabbat. Avant le coucher du soleil les chandelles doivent être allumées ; au moins une, à sept mèches, en allusion au nombre des jours de la semaine, doit être allumée dans chaque maison. Les prescriptions talmudiques concernant les mèches et l’huile font partie du service du soir du sabbat ; elles sont des plus ridiculement et puérilement minutieuses. La leçon prescrite pour le sabbat est divisée en sept parties et lue à sept personnes à l’autel. Le premier appelé à l’entendre est un descendant d’Aaron, le second de Lévi, le troisième un Israélite de n’importe quelle tribu ; le même ordre se répète ensuite : le septième peut être de quelque tribu que ce soit. La portion lue de la loi est suivie d’une portion des prophètes. Il y a trois offices : matin, après-midi et soir.
Des fêtes des Juifs nous ne pouvons mentionner ici que quelques-unes, et seulement de manière sommaire. Les principales sont celles de la nouvelle lune, de la Pâque, de la Pentecôte, du nouvel an, du jeûne d’expiation et de la fête des tabernacles. Pour que la fête de la nouvelle lune soit célébrée aussi près que possible du jour de la conjonction de la lune et du soleil, la plupart des mois contiennent alternativement vingt-neuf et trente jours ; et la fête de la nouvelle lune se tient le premier, ou les premier et second jours du mois. Les femmes ne sont pas autorisées à travailler : les hommes le peuvent. Les bons repas et la boisson distinguent particulièrement cette fête. La fête de la Pâque commence le quinzième jour du mois de Nisan, et dure, parmi les Juifs qui vivent à Jérusalem ou près de là, sept jours, et ailleurs huit jours. Le sabbat précédent est appelé grand sabbat, et est observé avec le plus grand scrupule. Le mode et les matériaux pour la fabrication des pains sans levain pour la Pâque sont décrits avec le plus grand détail par les rabbins, ainsi que toutes les cérémonies de cette fête. Il est d’usage que chaque Juif l’honore par l’exposition du mobilier le plus somptueux qu’il puisse se permettre. La table de fête est couverte d’un linge propre, sur lequel sont placés plusieurs plats : sur l’un est l’os d’un gigot d’agneau ou d’un chevreau, et un œuf ; sur un autre trois pains, enveloppés dans deux serviettes ; sur un troisième quelque laitue, persil, céleri ou autres herbes : ce sont leurs herbes amères. Près de la salade se trouve un flacon de vinaigre, et un peu de sel et d’eau. Il y a aussi un plat représentant les briques que leurs pères furent requis de faire en Égypte : il est composé de pommes, amandes, noix et figues, formés en pâte, assaisonnés de vin et de cannelle. Les deux premiers et les deux derniers jours sont observés avec une solennité et une rigueur particulières. Des contrats de mariage peuvent être conclus, mais aucun mariage ne doit être célébré pendant cette fête. La fête de la Pentecôte, le sixième jour du mois de Sivan, dure deux jours et s’observe avec la même sévérité que les deux premiers jours de la Pâque. Il est opinion reçue parmi les Juifs que le monde fut créé le jour de leur nouvel an ; et ils célèbrent donc la fête du nouvel an par une cessation de tout travail et par des offices répétés en synagogue. Le jeûne d’expiation est le dixième jour de Tishri : les dix premiers jours du mois sont appelés jours de pénitence pendant lesquels les Juifs croient que Elohîm examine les actions des hommes ; mais il diffère de prononcer sentence jusqu’au dixième. À la veille du jeûne on accomplit une cérémonie manifestement destinée à remplacer leurs anciens sacrifices. Elle consiste à immoler un coq avec grande solennité. Les coqs ne doivent en aucun cas être roux : le blanc est la couleur préférable. Avant le commencement du jeûne ils s’efforcent de régler tous leurs différends. L’après-midi ils prennent un repas copieux pour se préparer au jeûne, qui est des plus rigoureux. La fête des tabernacles commence le quinzième de Tishri et se tient neuf jours. Tout Juif qui possède une cour ou un jardin est tenu d’y ériger un tabernacle à cette occasion ; concernant les matériaux et l’érection duquel les rabbins ont donné des directives spéciales. Le huitième et le neuvième sont des jours solennels, particulièrement le dernier, appelé le jour de la réjouissance du pays.
Telles sont les opinions, traditions, rites et cérémonies de la grande majorité des Juifs modernes ; mais, en outre, il existe une petite secte dénommée Karaites, c’est-à-dire textualistes, — personnes attachées au texte des Écritures. Ils résident principalement en Crimée, Lituanie et Perse ; et à Damas, Constantinople et Le Caire : leur nombre est fort insignifiant. Ils s’accordent avec les autres Juifs pour nier l’avènement du Mashiah. La différence principale entre eux et les rabbins consiste en leur adhésion à la lettre de l’Écriture et en le rejet de toutes paraphrases et interprétations des rabbins. Ils diffèrent aussi des rabbins en divers détails concernant les fêtes de la Pâque, de la Pentecôte et des tabernacles. Ils observent le sabbat avec bien plus de rigueur. Ils étendent les degrés d’affinité dans lesquels le mariage est prohibé ; mais ils sont plus stricts en matière de divorce.
3. LES CALAMITÉS DES JUIFS. Toute l’histoire ne peut nous présenter de parallèle aux calamités et misères des Juifs : rapines et meurtres, famine et pestilence à l’intérieur, incendie et glaive, et toutes les terreurs de la guerre à l’extérieur. Notre Sauveur pleura à la prévision de ces calamités ; et il est presque impossible pour des personnes humaines de lire leur récit sans en être affectées. Les prédictions qui les concernent furent remarquables, et les calamités qui les accablèrent furent les plus grandes que le monde ait jamais vues. Voir Deut. xxviii, xxix ; Matth. xxiv. Maintenant, quel péché si grave pourrait être la cause de jugements si lourds ? Peut-on en assigner un autre que celui que l’Écriture elle-même désigne ? « Ils ont tué le Seigneur Yéhoshoua et leurs propres prophètes, et ils ont persécuté les apôtres », 1 Thess. ii, 15 ; et ainsi ils comblèrent leurs péchés, et la colère vint sur eux jusqu’à l’excès. Il est à peine possible de considérer la nature et l’étendue de leurs souffrances sans conclure que leur propre imprécation fut singulièrement exécutée sur eux : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants », Matth. xxvii, 25. À Césarée vingt mille Juifs furent tués par les Syriens dans leurs querelles mutuelles. À Damas dix mille Juifs non armés furent massacrés ; et à Béth-Shân, les habitants païens firent assister leurs voisins juifs contre leurs frères, puis assassinèrent treize mille de ces derniers. À Alexandrie les Juifs massacrèrent de grandes foules de païens, et furent à leur tour massacrés à hauteur d’environ soixante mille. Les Romains, sous Vespasien, envahirent le pays et prirent les villes de Galilée, Chorazeïn, Bethsaïda, Capharnaüm, etc., où le Mashiah avait été spécialement rejeté, et massacrèrent de nombreux habitants. À Jérusalem la scène fut la plus misérable de toutes. À la Pâque, quand il pouvait y avoir deux ou trois millions de personnes dans la ville, les Romains l’entourèrent de troupes, de fossés et de murailles afin que nul ne pût échapper. Les trois factions différentes à l’intérieur se massacrèrent mutuellement. Titus fit tout pour les persuader d’une reddition avantageuse, mais ils méprisèrent toute proposition. La multitude de cadavres non ensevelis corrompit l’air et produisit une pestilence. Le peuple se nourrit de ses semblables ; et même, dit-on, des dames firent bouillir leurs enfants à la mamelle et les mangèrent. Après un siège de six mois, la ville fut prise. Ils massacrèrent presque tous les Juifs rencontrés. Titus s’attacha à sauver le temple, mais n’y put parvenir : six mille Juifs qui s’y étaient réfugiés furent tous brûlés ou massacrés. Les cris des Juifs, en le voyant, furent effroyables : toute la ville, sauf trois tours et une petite partie de la muraille, fut rasée, et les fondations du temple et d’autres lieux furent labourées. Peu après les forts d’Hérode et Machéron furent pris, la garnison de Massada se donna la mort plutôt que de se rendre. À Jérusalem seulement, dit-on, un million cent mille périrent par l’épée, la famine et la pestilence. Dans d’autres lieux, on rapporte deux cent cinquante mille victimes, outre d’immenses nombres envoyés en Égypte pour travailler comme esclaves. Environ cinquante ans après, les Juifs massacrèrent environ cinq cent mille sujets romains, pour quoi Trajan les punit sévèrement. Vers apr. J.-C. 130, un certain Bar Kokhba se déclara Mashiah et leva une armée juive de deux cent mille hommes, qui massacrèrent tous les païens et chrétiens rencontrés ; mais il fut vaincu par les forces d’Hadrien. Dans cette guerre, dit-on, environ six cent mille Juifs furent tués ou périrent de famine et de pestilence. Hadrien bâtit une ville sur le mont Calvaire et érigea une statue de marbre d’un porc au-dessus de la porte qui conduisait à Bethléem. Aucun Juif ne fut autorisé à entrer dans la ville ni à la regarder de loin sous peine de mort. En apr. J.-C. 360, les Juifs, encouragés par Julien, neveu de Constantin et alors empereur, voulant renier Yéhoshoua, entreprirent de rebâtir leur ville et leur temple ; mais un tremblement de terre épouvantable et des flammes jaillissant de la terre tuèrent les ouvriers et dispersèrent leurs matériaux. Et après la mort de Julien, l’édit d’Hadrien étant rétabli contre eux, et les gardes romains interdisant leur approche, jusqu’au septième siècle ils n’osèrent pas même se glisser sur les décombres pour pleurer la destruction de la ville sans soudoyer les sentinelles. Aux IIIe, IVe et Ve siècles ils furent nombreux à être furieusement harcelés et assassinés. Au VIe siècle, vingt mille d’entre eux furent tués et autant capturés et vendus comme esclaves. Ils furent sévèrement punis en apr. J.-C. 602 pour leur horrible massacre des chrétiens à Antioche. En Espagne, apr. J.-C. 700, ils furent condamnés à l’esclavage. Aux VIIIe et IXe siècles ils furent grandement ridiculisés et maltraités ; en certains lieux on leur fit porter des ceintures de cuir et monter sans étriers sur des ânes et des mulets. En France et en Espagne ils furent fort insultés. Aux Xe, XIe et XIIe siècles leurs misères augmentèrent plutôt ; et ils furent grandement persécutés en Égypte. Outre ce qu’ils souffrirent en Orient des Turcs et des guerres saintes, il est révoltant de penser aux multitudes qu’ils perdirent sous les huit croisades en Allemagne, Hongrie, Asie Mineure et ailleurs. En France des foules furent brûlées. En Angleterre, apr. J.-C. 1020, ils furent expulsés ; et lors du couronnement de Richard Ier la populace se jeta sur eux et en massacra un grand nombre. Environ mille cinq cents d’entre eux furent brûlés dans le palais de la ville de York, qu’ils mirent eux-mêmes en flammes, après avoir tué leurs femmes et enfants. Aux XIIIe et XIVe siècles, leur condition fut toujours mauvaise. En Égypte, Canaan et Syrie, les croisés continuèrent de les harceler. Excédés par leur poursuite folle de faux Messies, le calife Nâsir ne laissa guère aucun d’eux en vie dans ses dominions de Mésopotamie. En Perse, les Tartares les massacrèrent par multitudes. En Espagne, Ferdinand les persécuta férocement. Vers 1349 le terrible massacre de Tolède força beaucoup d’entre eux à se suicider ou à changer de religion. Vers 1253, beaucoup furent massacrés et d’autres bannis de France, mais en 1275 rappelés. Les croisades des pasteurs fanatiques, apr. J.-C. 1320 et 1330, qui ravagèrent le midi de la France, les massacrèrent ; outre quinze mille d’entre eux qui furent tués à une autre occasion. Ils furent finalement bannis de France, apr. J.-C. 1358 ; depuis lors peu d’entre eux y revinrent. Le roi Édouard les expulsa d’Angleterre, apr. J.-C. 1291, au nombre de cent soixante mille. Aux XVe, XVIe et XVIIe siècles leurs misères continuèrent. En Perse ils furent atrocement traités ; de 1663 à 1666 les assassinats furent si universels que peu échappèrent pour se réfugier en Turquie. Au Portugal et en Espagne ils furent misérablement traités. Vers 1492 six à huit cent mille d’entre eux furent bannis d’Espagne. Quelques-uns se noyèrent en traversant vers l’Afrique ; d’autres périrent des mauvais traitements ; beaucoup de leurs cadavres restèrent dans les champs jusqu’à ce que des bêtes sauvages les dévorassent. En Allemagne ils subirent de nombreuses épreuves. Ils furent bannis de Bohême, Bavière, Cologne, Nuremberg, Augsbourg et Vienne ; ils furent terriblement massacrés en Moravie et pillés à Bonn et Bamberg. Excepté au Portugal et en Espagne, leur condition présente est généralement tolérable.
4. LA PRÉSERVATION DES JUIFS. La préservation des Juifs, dit Basnage, au milieu des misères qu’ils ont endurées pendant mille huit cents ans, est le plus grand prodige qu’on puisse imaginer. Comme la plupart des religions dépendent de la prospérité temporelle, elles triomphent sous la protection d’un conquérant ; elles languissent et sombrent avec le déclin des monarchies. Le paganisme, qui couvrait autrefois la terre, est, dans le monde civilisé, éteint. L’Église chrétienne fut considérablement amoindrie par les persécutions dont elle fit l’objet ; et il ne fut pas aisé de réparer les pertes qu’y firent ces actes de violence. Mais voici un peuple haï et persécuté pendant mille huit cents ans qui se soutient et s’étend largement. Les rois ont souvent usé de la sévérité d’édit et de la main des bourreaux pour le ruiner. Les foules séditionnaires, par meurtres et massacres, ont commis contre lui des outrages encore plus violents et tragiques. Des princes et des peuples, païens, mahométans, chrétiens, en un mot presque toutes les nations, se sont unis dans le dessein de l’exterminer, et n’ont pas pu réussir. L’épine de Moïse, entourée de flammes, brûle toujours et ne se consume pas. Les Juifs ont été expulsés, à des époques différentes, de toutes les parties du monde, ce qui n’a fait que les répandre en tous lieux. De siècle en siècle ils ont été exposés à la misère et à la persécution ; et cependant ils subsistent, malgré l’ignominie et la haine qui les ont poursuivis en tous lieux, tandis que les plus grands monarchies sont tombées et qu’il ne reste d’elles que le nom. Les jugements qu’Elohîm a exercés sur ce peuple sont terribles, s’étendant aux hommes, à la religion et à la terre même où il demeurait. Les cérémonies essentielles à leur culte ne peuvent plus être observées : la loi rituelle, qui projetait une splendeur sur le culte national et frappait tant les païens qu’ils envoyaient leurs présents et leurs victimes à Jérusalem, est absolument tombée ; car ils n’ont ni temple, ni autel, ni sacrifices. Leur pays même semble soumis à une malédiction incessante. Païens, chrétiens, mahométans, en un mot presque toutes les nations, ont tour à tour saisi et possédé Jérusalem. Aux Juifs seulement Elohîm a refusé la possession de ce petit coin de terre, si nécessaire pour eux, puisque, en tant que Juifs, ils doivent adorer sur le mont Sion. En tout cela il n’y a point d’exagération : nous ne faisons que rappeler des faits connus ; et loin d’avoir le moindre dessein de soulever une haine contre la nation à cause de ses misères, nous concluons qu’elle doit être regardée comme l’un de ces prodiges que l’on admire sans les comprendre ; puisque, malgré des maux si durables et une patience si longtemps exercée, elle est préservée par une providence particulière. Le Juif devrait être las d’attendre un Mashiah qui déçoit si durement ses vaines espérances ; et le chrétien devrait avoir son attention et sa sollicitude attirées vers des hommes qu’Elohîm préserve si longtemps sous des calamités qui auraient été la ruine totale de tout autre peuple. L’ensemble est une preuve constante de la vérité de la parole de Dieu ; car elle accomplit si signalement, et hors de toute contradiction, jusque dans des détails merveilleusement précis, ses anciennes et nombreuses prédictions.
La longue existence prolongée des Juifs comme peuple distinct n’est pas seulement une preuve permanente de la vérité de la Bible, mais de celle qui défie toute hésitation, imitation ou parallèle. Si ce peuple venait à s’éteindre totalement, certains pourraient prétendre qu’il n’a jamais existé ; ou que, s’il avait existé, il n’a jamais pratiqué les rites qu’on lui attribue ; ou qu’il n’était pas un peuple nombreux, mais seulement une petite tribu d’Arabes ignorants et itinérants. Le soin avec lequel les Juifs conservent leurs livres sacrés, et la conformité de ceux conservés en Orient avec ceux de l’Occident, comme attesté récemment, est un argument satisfaisant en faveur de l’authenticité des deux ; et de plus, la dispersion de la nation a assuré la sécurité de ces documents ; il n’a pas été en pouvoir d’un seul ennemi, si puissant fût-il, de détruire la série entière ou de la livrer complètement à l’oubli.
