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Hexapla

HEXAPLA

formé de ἕξ, _six_, et ἁπλόω, _J’ouvre_, ou _déploie_, une Bible disposée en six colonnes, contenant le texte et diverses versions de celui‑ci, composée et publiée par Origène, dans le dessein de préserver le texte sacré des corruptions futures, et de corriger celles qui y avaient déjà été introduites. Eusèbe rapporte qu’Origène, après son retour de Rome sous Caracalla, se mit à étudier l’hébreu, et commença à recueillir les diverses versions qui avaient été faites des écrits sacrés, et d’en composer sa _Tetrapla_ et sa _Hexapla_ : d’autres, toutefois, ne lui permettront pas d’avoir commencé avant l’époque d’Alexandre, après s’être retiré en Palestine, vers l’an 231. Pour concevoir ce qu’était cette _Hexapla_, il faut remarquer qu’au‑delà de la traduction des écrits sacrés appelée la Septuaginte, faite sous Ptolémée Philadelphe, plus de 280 ans av. J.-C., les Écritures avaient depuis été traduites en grec par d’autres interprètes. La première de ces versions, ou, en comptant la Septuaginte, la seconde, fut celle d’Aquila, un Juif prosélyte, dont la première édition parut dans la douzième année de l’empereur Hadrien, c.-à-d. vers apr. J.-C. 128; la troisième fut celle de Symmachus, publiée, comme on le suppose communément, sous Marc Aurèle, mais, disent certains, sous Septime Sévère, vers l’an 200; la quatrième fut celle de Théodotion, antérieure à celle de Symmachus, sous Commode, c.-à-d. vers l’an 175 : ces versions grecques, dit le Dr. Kennicott, furent faites par les Juifs d’après leurs exemplaires corrompus de l’hébreu, et avaient pour objet de tenir la place de la LXX, contre laquelle ils étaient prévenus, parce qu’elle semblait favoriser les chrétiens. La cinquième fut trouvée à Jéricho, sous le règne de Caracalla, vers l’an 217; et la sixième fut découverte à Nicopolis, sous le règne d’Alexandre Sévère, vers l’an 228 : enfin, Origène lui‑même retrouva une partie d’une septième, ne contenant que les Psaumes. Or Origène, qui avait soutenu de fréquentes discussions avec les Juifs en Égypte et en Palestine, observant qu’ils objectaient toujours contre ces passages des Écritures cités contre eux, et faisaient appel au texte hébreu, entreprit, pour mieux défendre ces passages et confondre les Juifs, en montrant que la LXX avait rendu le sens de l’hébreu, ou plutôt, en montrant, par un nombre de versions différentes, quel était le sens réel de l’hébreu, de réduire toutes ces diverses versions en un corps, avec le texte hébreu, afin qu’elles pussent être facilement confrontées et s’éclairer réciproquement. Il fit du texte hébreu sa norme ; et, admettant que des corruptions eussent pu se produire, et que les anciens exemplaires hébreux pussent et de fait lisaient différemment, il se contenta d’indiquer les mots ou les phrases qui n’étaient pas dans son texte hébreu, ni dans les versions grecques postérieures, et d’ajouter les mots ou phrases qui manquaient dans la LXX, en préfixant un astérisque aux additions, et un obèle aux autres. Pour cela il choisit huit colonnes : dans la première il donna le texte hébreu en caractères hébreux ; dans la seconde, le même texte en caractères grecs : les autres furent remplies par les diverses versions susdites ; toutes les colonnes répondant vers pour vers, et phrase pour phrase ; et dans les Psaumes il y eut une neuvième colonne pour la septième version. Ce travail Origène le nomma Ἑξαπλα, _Hexapla_, c.-à-d. _sextuple_, ou ouvrage de six colonnes, n’ayant égard qu’aux six premières versions grecques. En effet, saint Épiphane, comprenant également les deux colonnes du texte, appelle l’ouvrage _Octapla_, comme consistant en huit colonnes. Cet ouvrage célèbre, que Montfaucon suppose composé de cinquante gros volumes, périt depuis longtemps, probablement avec la bibliothèque de Cæsarea, où il était conservé, en l’année 653 ; bien que plusieurs écrivains anciens nous aient conservé des portions de celui‑ci, particulièrement saint Chrysostome sur les Psaumes, Philopon dans son _Hexaméron_, etc. Quelques écrivains modernes ont vivement cherché à recueillir des fragments de la _Hexapla_, Flaminius Nobilius, Drusius, et surtout Montfaucon, en deux volumes in‑folio, imprimés à Paris en 1713. Dans son édition, Montfaucon a joint des prolégomènes, expliquant la forme et détaillant l’histoire de la _Hexapla_.

L’objet d’Origène étant de corriger les différences qu’il rencontrait dans les copies de l’Ancien Testament alors en usage, il nota soigneusement toutes les altérations qu’il découvrit ; et, pour l’information de ceux qui consulteraient son ouvrage, il se servit des marques suivantes : 1. Lorsque des passages paraissaient dans la Septuaginte qui n’étaient pas trouvés dans l’hébreu, il les désigna par un _obelus_ =÷= avec deux points gras =:= annexés. Cette marque servait aussi à désigner des mots non existants en hébreu, mais ajoutés par les traducteurs de la Septuaginte, soit pour l’élégance, soit pour l’éclaircissement du sens. 2. Pour les passages manquants dans les exemplaires de la Septuaginte, et fournis par lui‑même à partir des autres versions grecques, il préfixa un ASTERISK avec deux points gras =:= également annexés, afin que ses additions pussent être immédiatement remarquées. Ces passages supplémentaires, nous apprend Jérôme, furent pour la plupart pris de la traduction de Théodotion ; assez fréquemment de celle d’Aquila ; quelquefois, quoique rarement, de la version de Symmachus ; et quelquefois de deux ou trois d’entre elles à la fois. Mais, dans tous les cas, la lettre initiale du nom de chaque traducteur était placée immédiatement après l’asterisque, pour indiquer la source d’où ce passage supplémentaire était tiré. Et, au lieu de la version fort erronée de la Septuaginte du livre de Daniel, la traduction de ce livre par Théodotion y fut insérée tout entière. 3. De plus : non seulement les passages manquants dans la Septuaginte furent fournis par Origène avec les asterisques, ainsi qu’indiqué ci‑dessus, mais encore quand cette version ne paraît pas rendre fidèlement l’original hébreu, ayant noté la lecture antérieure par un _obelus_ =:=, il ajouta le rendu correct d’après un des autres traducteurs, avec un asterisque en sus. Concernant la forme et l’usage du _lemniscus_ et de l’_hypolemniscus_, deux autres marques employées par Origène, il existe tant de divergences d’opinions parmi les savants, qu’il est difficile de déterminer ce qu’elles furent. Le Dr. Owen, suivant Montfaucon, les suppose être des signes d’une traduction meilleure et plus exacte. Ces diverses marques de distinction ont été soigneusement observées, pour autant qu’elles ont pu être recouvrées de divers côtés, dans la très exacte édition de la Septuaginte entreprise par notre érudit compatriote, le Dr. Holmes, et continuée par son habile successeur, le Rév. J. Parsons, B. D.

Pendant près de cinquante ans l’œuvre colossale d’Origène resta ensevelie dans un coin de la ville de Tyr, probablement à cause des très grands frais de transcription de quarante ou cinquante volumes, qui dépassaient beaucoup les moyens des particuliers ; et là, peut‑être, elle serait tombée dans l’oubli, si Eusèbe et Pamphile ne l’eussent découverte et déposée dans la bibliothèque de Pamphile le martyr à Cæsarea, où Jérôme la vit vers le milieu du quatrième siècle. Comme nous n’avons aucun renseignement sur l’autographe d’Origène après ce temps, il est fort probable qu’il périt en l’an 653, lors de la prise de cette ville par les Arabes ; et quelques fragments imparfaits, recueillis dans des manuscrits de la Septuaginte et dans les catènes des Pères grecs, sont tout ce qui reste aujourd’hui d’un ouvrage qui, dans l’état actuel et amélioré de la littérature sacrée, eût puissamment aidé à l’interprétation et à la critique de l’Ancien Testament. La traduction syro‑estrangelo de l’édition d’Origène de la Septuaginte grecque fut exécutée dans la première partie du viiᵉ siècle ; son auteur n’est pas connu. Cette version correspond exactement au texte de la Septuaginte, surtout dans les passages où celle‑ci diffère de l’hébreu. Un manuscrit de cette traduction se trouve dans la bibliothèque ambrosienne de Milan ; il contient l’_obelus_ et autres marques de l’Hexapla d’Origène ; et une souscription à la fin déclare qu’il a été littéralement traduit d’après l’exemplaire grec, corrigé par Eusèbe lui‑même, avec l’assistance de Pamphile, d’après les livres d’Origène qui étaient déposés dans la bibliothèque de Cæsarea. D’après cette version Norberg publia en 1787 les prophéties de Jérémie et d’Ézéchiel ; et Bugati, le livre de Daniel, en 1788.

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Source

Richard Watson, A Biblical and Theological Dictionary (1832), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.