Définition dans McClintock & Strong
Vitrail (verre coloré ou verre peint)
Stained (or Painted) Glass
Stained (Or Painted) Glass Bien que souvent employés comme synonymes, ces termes comportent une large distinction. Le verre coloré (stained glass) est du verre dont la substance a été teinte ou colorée au cours de la fabrication ; tandis que le verre peint (painted glass) est celui qui, qu’il fût préalablement teint ou incolore, a reçu un dessin peint en couleurs, ordinairement des oxydes métalliques combinés à un véhicule vitreux ou fondant. L’art de faire du verre coloré était connu des Égyptiens et Assyriens, et de là passa aux Grecs et Romains. La plus ancienne allusion à l’usage de vitraux en Europe semble être dans un passage de Prudence, vers le milieu du Ve siècle ; mais une mention plus distincte en est faite au siècle suivant. Les vitraux peints ne sont parlés que deux ou trois siècles plus tard. Les premiers exemples découverts par Lasteyrie se trouvent dans l’abbaye de Tegernsee, en Bavière, donnés à l’abbaye par le comte Arnold en l’an 999 apr. J.-C. Cinq autres fenêtres de la même abbaye, peintes par le moine Wernher, datent de 1068 à 1091. À Hildesheim il y en a aussi attribuées à un certain Bruno, et aux années 1029-39. Les plus anciens exemples en France appartiennent au XIIe siècle, le plus ancien étant une représentation des funérailles de la Vierge, dans la cathédrale d’Angers, de la première moitié du siècle ; d’autres sont des fenêtres en médaillons d’un caractère remarquable, placées à Saint-Denis par l’abbé Suger dans la seconde moitié du siècle. Il existe toutefois une petite portion qu’on croit du XIe siècle au Mans. Les plus anciens exemples connus en Grande-Bretagne datent de la fin du XIIe siècle, comme dans la claire-voie de Cantorbéry. Ce fut à la fin du XIIe et au XIIIe siècle que l’art fit ses plus grands progrès ; et, en tant qu’œuvres décoratives, les vitraux du XIIIe siècle sont supérieurs à ceux de toute autre période. Les plus anciens exemples anglais se trouvent à Cantorbéry et Salisbury ; mais les plus beaux sont les magnifiques cinq lancettes sœurs (quinze mètres de haut) de York Minster, et la grande rosace de la cathédrale de Lincoln, dans laquelle la Majesté centrale (ou Mashiah (Christ) en Gloire) est entourée de seize compartiments contenant les événements typiques de la vie du Mashiah (Christ). Les principaux exemples français — beaucoup d’entre eux d’une grandeur et d’une beauté extraordinaires — se trouvent dans les cathédrales de Chartres, Bourges, Paris, Amiens, Soissons, Rouen et Sens, et la Sainte-Chapelle de Paris.
Le verre peint du XIVe siècle était plus vif en couleur, plus large dans le style, et la peinture mieux exécutée ; mais il était moins pur dans la conception et moins strictement subordonné à l’effet architectural général. Un des meilleurs exemples d’œuvre anglaise de cette période est la fenêtre orientale de la cathédrale de Bristol. D’autres exemples caractéristiques se rencontrent à York Minster ; à la cathédrale d’Exeter ; dans la chapelle du Merton College, Oxford ; à l’abbaye de Tewkesbury ; à l’église de Norbury, dans le Derbyshire ; à Lowick, Northamptonshire, etc.
Au XVe siècle eut lieu un grand changement dans la peinture sur verre. Les fenêtres devinrent encore plus individualisées et moins dépendantes de l’architecture. Les sujets occupèrent un plus grand espace et furent traités davantage comme des tableaux. Les détails sont mis avec grand soin, et une manipulation fort habile se montre partout. Mais la couleur est pauvre, on emploie surtout du verre blanc, et l’effet général est froid et relativement faible. Cependant certains exemples — surtout les premiers — sont très élaborés et impressionnants. De cette classe est la magnifique fenêtre orientale du chœur de York Minster, qui se compose de pas moins de cent seize compartiments, chacun ayant un sujet distinct. À la fin du XVe siècle l’architecture gothique était partout morte ou mourante. Le but des peintres verriers fut de rivaliser les effets des tableaux à l’huile ; et les fenêtres ne furent que de pâles imitations de tableaux, le verre étant traité comme une toile ou un panneau. On en trouve des exemples dans la splendide série de vingt-sept grandes fenêtres de la chapelle du King’s College, Cambridge, 1527 et années suivantes ; la grande fenêtre orientale de St. Margaret’s, Westminster ; l’église de Fairford. En France il existe de nombreux beaux exemples de fenêtres du XVIe siècle dans les cathédrales de Bourges, Auxerre, Auch, Beauvais, Sens, Reims, etc.
Dès lors la peinture sur verre tomba de plus en plus en discrédit, quoique l’on continua à peindre des vitraux, et quelques peintres verriers, surtout en France, acquérirent quelque célébrité. La rénovation de l’art accompagna la renaissance de l’architecture gothique. Elle a depuis été étudiée avidement par les archéologues et poursuivie avec zèle par de nombreux praticiens. Jusqu’ici, toutefois, peu de puissance originale s’est manifestée dans les dessins ; l’objet visé étant principalement de produire des imitations fidèles du verre médiéval, le style étant du XIIIe, XIVe ou XVe siècle selon le goût du commanditaire. Il existe une sorte de verre ornemental appelé travail maté, dans lequel le verre est couvert d’une composition très fusible, blanche ou teintée, réduite en poudre. Cette poudre est ensuite ôtée de certaines parties du verre selon le motif requis, et, après cuisson, produit sur le verre un fond mat avec un motif brillant. Une autre méthode d’orner le verre, plutôt inappropriée appelée embossage, consiste en une figure brillante sur un fond mat. Ceci est gravé par l’acide fluorhydrique.
On consultera pour l’histoire de l’art : Gessert, Geschichte der Glasmalerei in Deutschland und Niederlanden, Frankreich, England, etc. (Stuttgart, 1839, 8vo) ; Lasteyrie, Histoire de la Peinture sur Verre d’après des Monuments en France (Paris, 1838-56 : 2 vol. fol.) ; Warrington, History of Stained Glass from the Earliest Period of the Art to the Present Time (1848, 1 vol. fol.) ; Weale, Divers Works of Early Masters in Christian Decoration (1846-47, 2 vol. fol.). Pour les autorités sur la théorie et la pratique de l’art, consulter l’English Cyclopaedia, Arts and Sciences, art. « Glass », article auquel nous sommes redevables pour la majeure partie des renseignements ci-dessus.
