Définition dans McClintock & Strong
Nemesius (évêque d'Emesa, auteur)
Nemesius
Nemesius
un ancien philosophe chrétien de l’Église grecque, célèbre comme auteur d’un ouvrage intitulé Περὶ φύσεως ἀνθρώπου; selon le titre de l’ouvrage, il était évêque d’Emisa ou Emesa, en Phénicie, et il est aussi mentionné comme tel par Anastasius Nicenus (Quaest. in S. Script. ap. Biblioth. Patr. 6:157 [éd. Paris, 1575]). Le temps où il vécut ne peut être déterminé avec grande exactitude, car les seuls écrivains anciens qui le citent ou le mentionnent sont probablement Anastasius et Moses bar‑Cepha (De Pazrad. 1:20, p. 55 [éd. Anvers, 1569]). Il a parfois été confondu avec le préfet païen de Cappadoce, Nemesius, loué par Grégoire de Nazianze, qui correspondait avec lui. Il semblerait cependant, du fait que son œuvre ne mentionne aucun auteur postérieur au IVe siècle, mais cite souvent Apollinaris et Eunomius, qu’il vécut quelque temps au Ve siècle ; Ritter le place vers le milieu de ce siècle, car les expressions qu’il emploie concernant l’union du Logos et de la nature humaine (p. 60, éd. Anvers) ressemblent aux vues sanctionnées par le Concile de Chalcédoine. Mais il n’y a pas de référence expresse à Nestorius et Eutychius, ni au terme établi des deux natures. En même temps il existe des références évidentes à la christologie de Théodore de Mopsueste, de sorte que l’on peut situer l’œuvre vers la fin de la première décade du Ve siècle. L’ouvrage fut autrefois attribué à Grégoire de Nyssée, erreur née probablement d’une confusion de ce traité avec celui intitulé Περὶ κατασκευῆς ἀνθρώπου. Cette méprise fut d’autant plus aisée que les vues des deux écrivains sont fort semblables. Pourtant chez Nemesius l’argumentation philosophique n’apparaît que de temps à autre en lien étroit avec le dogme chrétien, lequel il considère toujours comme décisif. Il défendit la théorie de la liberté de la volonté contre la doctrine du fatalisme, et soutint aussi quelques vues philosophiques anciennes concernant la nature de l’âme, la préexistence et, dans un certain sens, la métempsycose, tandis que l’Église rejetait la doctrine d’Origène. (Comp. cependant ici bishop Fell, Annotationes, p. 20 [éd. Oxon. 1671].) Après que la théologie chrétienne eut subi l’influence de la philosophie (et surtout du platonisme éclectique du IIe siècle), et reçut ainsi un caractère scientifique, la philosophie se trouva absorbée en elle sans cesser d’exister ; ainsi nous trouvons Origène, Athanase et Augustin renommés à la fois comme philosophes et comme théologiens. Mais comme la dogmatique n’atteignit la forme d’un système traditionnel qu’au IVe siècle, sous l’influx de la théologie grecque, il s’éleva, en dehors de la théologie, une sorte de terrain neutre consacré aux questions philosophiques spéciales. Platon et Aristote revinrent alors en honneur. Nemesius, du moins quant à la méthode, chercha à imiter ce dernier, mais n’en eut pas la puissance. Ses investigations sont principalement de nature psychologique. Pour lui, comme pour Platon, l’âme est une substance immatérielle, impliquée dans un mouvement incessant et auto‑produit. L’âme préexistait avant d’entrer dans le corps. Elle est éternelle, comme toutes les choses suprasensibles. Il n’est pas vrai que de nouvelles âmes naissent constamment, soit par génération, soit par création directe. L’opinion est aussi fausse que le monde doit être détruit lorsque le nombre des âmes sera accompli ; Dieu ne détruira pas ce qui a été bien constitué. Nemesius rejette néanmoins la doctrine d’une âme‑monde et la migration de l’âme humaine à travers les corps des animaux. En considérant les facultés séparées de l’âme, et aussi dans sa doctrine de la liberté de la volonté, Nemesius suit largement Aristote. Toute espèce d’animal, dit‑il, possède des instincts définis, qui seuls déterminent ses actions ; mais les actions de l’homme sont infiniment variées. Placé entre le monde sensible et le suprasensible, l’affaire de l’homme est de décider par sa raison dans quelle direction il orientera sa vie — telle est sa liberté. L’ouvrage fut largement utilisé par J. Philoponus, Jean Damascène, Élie le Crétois, etc. La première édition grecque parut chez Nicasius Ellebodius (Anvers, 1565, 8vo), avec une traduction latine ; la suivante par bishop Fell (Oxon. 1671, 8vo), et la dernière et meilleure par C. F. Matthaeus (Halle, 1802, 8vo). On le trouve aussi dans la Patrologie Graeca de Migne. Il fut traduit en anglais par George Wither (Lond. 1636, 12mo), en allemand par Osterhammer (Salzbourg, 1819, 8vo), en français par J. B. Thibault (Paris, 1844, 8vo), et en italien par Domin. Pizzimenti (8vo). Voir Bitter, Gesch. d. christl. Phil. 2:461 sq. ; Fabricius, Bibl. Graeca, 7:549 sq. ; Bayle, Dict. Histor. et Crit. s.v. ; Brucker, Hist. Crit. Philosoph. ; Ueberweg, Hist. of Philos. 1:347, 349 ; Alzog, Patrologie, §57 ; Haller, Bibl. Anat. ; Smith, Dict. of Greek and Roman Biog. and Mythol. vol. 2, s.v. ; Haag, Hist. des Dogmes Chrétiens, 1:245 ; 2:70.
