Définition dans McClintock & Strong

Conciles de Nicée

Nicaean Councils

Nicaean Councils (Concilium Nicoenum). Importantes assemblées ecclésiastiques se tinrent à Nicée ou Nice, ancienne cité de Bithynie, en Asie Mineure, située sur la rive orientale du lac Ascanie. Elle fut fondée, ou plutôt rebâtie (car une ville plus ancienne avait existé sur son emplacement), par Antigone, fils de Philippe (av. J.-C. 316), et reçut le nom d’Antigonea, que Lysimaque changea en Nicoea, en l’honneur de sa femme. C’était une ville belle et d’une grande importance à l’époque des empereurs romains et byzantins ; toutes les rues se croisaient à angle droit, et d’un monument magnifique au centre on apercevait les quatre portes de la cité. C’était la seconde ville de Bithynie, à seulement vingt milles anglais de la résidence impériale de Nicomédie, et facilement accessible par mer et par terre de toutes les parties de l’empire. Elle acquit une telle importance qu’elle disputa même avec Nicomédie le titre de métropole de Bithynie. Sous les empereurs byzantins elle fut longtemps un rempart contre les Arabes et les Seldjoukides, ces derniers la conquérant vers 1080. Avant la fin du siècle elle fut enlevée par les soldats de la première croisade, mais rendue au traité de paix suivant. En 1204, Constantinople étant devenue le siège d’un empire latin, Théodore Lascaris fit de Nicée la capitale d’un royaume ou empire grec en Asie occidentale, comprenant la Bithynie, la Mysie, l’Ionie et une partie de la Lydie. Il fut succédé par Jean Ducas Vatatzès (1222-55), Théodore II (1255-59), Jean Lascaris (1259), et Michel Palaéologue, qui, en 1261, transféra le siège du pouvoir à Constantinople. En 1330 la ville se rendit à Orkhan, et fut incorporée à la capitale ottomane récemment fondée. Nicée est aujourd’hui un village turc misérable, Isnik (corruption de Εἰς Νίκαιαν), d’environ 1 500 habitants ; il ne reste plus qu’un tableau grossier dans l’église solitaire de Sainte-Marie en mémoire de l’événement qui a donné à ce lieu un nom dans l’histoire du monde.

I. Deux conciles d’Église se sont tenus à Nicée, mais un seul d’entre eux fut proprement œcuménique, et il est regardé comme le premier et le plus important de ces conciles. «Next to the apostolic council at Jerusalem,» dit Schaff, «it is the most important and the most illustrious of all the councils of Christendom» (Ch. Hist. 3:630). Il fut convoqué par l’empereur Constantin en 325 apr. J.-C. Avec l’invitation impériale à assister on offrit aux différents évêques des moyens de transport publics pour eux-mêmes, deux prêtres et trois serviteurs ; et lorsque les 318 évêques qui avaient répondu à la demande de l’empereur se rassemblèrent à Nicée, l’empereur ouvrit lui-même le concile le 19 juin dans son palais, et mit celui-ci à la disposition de l’assemblée ecclésiastique pour les sessions ultérieures, comme il résulte des procès-verbaux que les séances, se prolongeant pendant deux mois, eurent lieu tantôt au palais, tantôt dans une église ou quelque bâtiment public. L’empire, au moment de la convocation du concile, comptait au total environ 1 800 évêques (1 000 pour les provinces grecques, 800 pour les latines), et de ceux-ci, si 318 assistèrent, comme le rapportent Athanase (Ad Afros, c. 2, et autres), Socrate (Hist. Eccles. bk. viii) et Théodoret (Hist. Eccles. 1:7), il y eut une sixième des sièges épiscopaux représentée à Nicée — un grand nombre, en effet, si l’on prend en considération l’immensité du domaine impérial et les difficultés des voyages en ces temps. En incluant prêtres, diacres et autres assistants, le nombre put s’élever en tout entre 1 500 et 2 000. La plupart des provinces orientales étaient fortement représentées. Outre un grand nombre d’hommes obscurs et médiocres, plusieurs étaient distingués et vénérables, ainsi qu’Eusèbe de Césarée, éminent par son érudition ; le jeune archidiacre Athanase, qui accompagnait l’évêque Alexandre d’Alexandrie, pour son zèle, son intelligence et son éloquence. Quelques-uns, en tant que confesseurs, portaient encore sur leur corps les marques du Mashiah des temps de persécution : Paphnutius de la Haute-Thébaïde, Potamon d’Héraclée, auquel on avait crevé l’œil droit, et Paul de Néo-Césarée, qui avait été torturé au fer rouge sous Licinius, et était estropié des deux mains. D’autres se distinguaient par une sainteté ascétique extraordinaire, et même par des œuvres miraculeuses ; comme Jacob de Nisibe, qui avait passé des années en ermite dans les forêts et les cavernes, vivant comme une bête sauvage de racines et de feuilles, et Spyridion (ou saint Spiro) de Chypre, le patron des îles Ioniennes, qui, même après son ordination, resta un simple berger. L’Église latine, au contraire, n’avait que sept délégués : d’Espagne, Hosius ou Osius de Cordoue, l’un des plus capables et influents des représentants occidentaux ; de France, Nicasse de Dijon ; d’Afrique du Nord, Cécilien de Carthage ; de Pannonie, Domnus de Stridon ; d’Italie, Eustorgius de Milan et Marcus de Calabre ; de Rome, les deux prêtres Victor ou Vitus et Vincentius, comme délégués du pape âgé Sylvestre I, qui trouva impossible d’y assister en personne. Un évêque perse, Jean, et un évêque goth, Théophile, précepteur et maître du traducteur goth Ulfilas, étaient également présents.

Diverses théories ont été avancées pour expliquer le but de Constantin en appelant ce concile. Les uns le présentent comme ayant servi un dessein politique (sur la foi d’Eusèbe, Vita Constant. 3:4) ; d’autres le voient destiné à restaurer la tranquillité de l’Église, et à unir toutes ses factions sur la grande question trinitaire qui divisait alors fortement l’Église, trois partis existant : l’un, que l’on peut appeler le parti orthodoxe, soutenait fermement la doctrine de la divinité du Mashiah ; le second était le parti arien, VOIR ARIANISM ; et le troisième, qui formait la majorité, prenant une position conciliante ou médiane, consentait à l’emploi d’expressions christologiques que toutes les parties pouvaient admettre de manière cohérente ; ils reconnaissaient la nature divine du Mashiah en termes bibliques généraux, mais évitaient l’emploi du terme ὁμοούσιος, VOIR HOMOOUSIAN, que les ariens décriaient comme non scripturaire, sabellien et matérialiste. D’après Pusey, «He (i.e. Constantine) did not understand the doctrine, and attached as much or more importance to uniformity in keeping Easter as to unity of faith. Indeed, he himself at this time believed in no doctrine but that of Providence, and spared no terms of contempt as to the pettiness of the dispute between Alexander and Arius» (Councils of the Church, p. 102) ; pourtant il semble que Constantin ne convint un concile que lorsqu’il jugea impossible de rétablir la paix entre les partis en lutte, conduits respectivement par Arius et Alexandre, et remit alors l’affaire aux évêques, qui lui paraissaient être les représentants de Elohîm et du Mashiah, les organes du Saint-Esprit «qui éclairait et guidait l’Église», et il paraît avoir espéré que, réunis en concile, conformément à l’usage établi de décider les controverses dans les provinces au moyen d’assemblées composées de tous les évêques provinciaux, ils pourraient disposer de la controverse actuelle. Aucune collection complète des transactions de ce concile œcuménique de Nicée ne nous est parvenue. Quelques renseignements sur les évêques qui composaient cette assemblée sont donnés par Socrate, Sozomène et Théodoret. On ignore qui présida, mais l’on suppose généralement que le président fut Hosius, évêque de Cordoue (Corduba), en Espagne. D’après les rapports de deux de ses assistants, Athanase et Eusèbe de Césarée, il apparaît qu’il s’occupa principalement de la règlementation des différentes opinions christologiques. Les séances d’ouverture furent consacrées, selon ces écrivains, à l’examen des vues ariens, et aboutirent finalement à l’audition personnelle d’Arius lui-même. Il n’hésita pas à soutenir que le Fils d’Elohîm était une créature, fait de rien ; qu’il y eut un temps où il n’existait pas ; qu’il était sujet de son propre libre arbitre au bien et au mal. Athanase, quoique alors seulement diacre, attira l’attention de tout le concile par sa pénétration merveilleuse à dénouer et révéler les artifices des vues hérétiques d’Arius et de ses partisans ; il affronta Eusèbe, Théognis et Maris, les principaux soutiens d’Arius, et montra un tel zèle en défense de la véritable foi qu’il attira à la fois l’admiration de tous les catholiques et la haine acerbe du parti arien. On raconte qu’une influence si grande et si profonde de la critique d’Athanase fit douter plusieurs ariens de leur propre position, et que dix-huit d’entre eux abandonnèrent la cause d’Arius. Les orthodoxes eux-mêmes s’enflammèrent pour leur cause, et lorsqu’Eusèbe de Césarée proposa une confession de foi — une ancienne confession palestinienne, très semblable à la nicéenne, qui reconnaissait la nature divine du Mashiah en termes bibliques généraux, mais évitait le terme en question, ὁμοούσιος, consubstantialis, de la même substance — ils la rejetèrent, bien que l’empereur eût vu et approuvé cette confession, et même la minorité arienne y était prête à souscrire. Ils voulurent un credo qu’aucun arien ne pût honnêtement souscrire, et insistèrent particulièrement pour l’insertion de l’expression homousios, que les ariens objetèrent si fortement. Les pères présentèrent enfin par l’entremise d’Hosius de Cordoue une autre confession, qui devint le fond de ce que l’on appelle aujourd’hui et reconnaît dans les Églises orthodoxes du christianisme comme le célèbre Credo nicéen (q.v.). Voici le texte latin de ce credo :

"Credimus in Deum, Patrem omnipotentem, omninim visililium et invisibilium Creatorem. Et in Dominum Jesum Christum Filimn Dei, natum ex Patre, et Unigenitum, hoc est, ex substantia Patris, Deum ex Deo, Lumen de Lumine, Deum verum ex Deo vero, genitumm no factun, et consubstautialem Patri per quem omnnia facta sult, tam in coelis quam in terra. Qui propter nos homiiies et propter nostram salutem descendit, et iucarnmartns est et homo factus est; passus est, et resurrexit tertia die et ascendit in ccelos, venturns inde ad judicanidum vivos et morttLos. Et in Spirituin Sanctum."

Onze copies grecques de ce credo subsistent. La décision du concile ayant été exposée devant Constantin, il vit clairement que la formule eusebienne ne passerait pas ; et, comme il cherchait, pour conserver la paix, la décision la plus unanime possible, il donna sa voix pour le mot contesté, et déclara qu’il reconnaissait dans le consentement unanime des évêques l’œuvre de Elohîm, et la reçut avec révérence, déclarant que seraient bannies toutes les personnes qui refuseraient de s’y soumettre. Sur ce, les ariens, par crainte, anathématisèrent aussi les dogmes condamnés et souscrivirent à la foi établie par le concile ; le fait qu’ils ne l’avaient fait qu’en apparence fut montré par leur conduite ultérieure. On déclara par ses défenseurs qu’elle avait été présentée après mûre délibération, et après consultation diligente de tout ce que les saints évangélistes et apôtres ont enseigné sur le sujet ; et elle procéda à l’exposé de la doctrine vraie de l’Église dans un credo, dans lequel, afin de défier toutes les subtilités des ariens, le concile crut bon d’exprimer par le terme «consubstantial», ὁμοούσιος, l’essence ou substance divine qui est commune au Père et au Fils. D’après Athanase, ce credo fut en grande partie composé par Hosius de Cordoue. Il fut rédigé par Hermogène, évêque de Césarée en Cappadoce, et souscrit, ainsi que la condamnation des dogmes et expressions d’Arius, par tous les évêques présents à l’exception de quelques ariens. Socrate (lib. I, ch. 5) dit que tous les évêques sauf cinq ; Baronius, que tous sauf Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée approuvèrent l’emploi du mot ὁμοούσιος. Selon Cave, Secundus de Ptolémaïs et Théognis de Marmorica seuls refusèrent, et Eusèbe signa. Arius lui-même fut banni sur l’ordre de Constantin en Illyrie, où il demeura jusqu’à son rappel, survenu cinq ans après. Voir pour plus de détails l’article VOIR ARIANISM. L’objet principal du concile étant ainsi atteint, les pères procédèrent à statuer sur d’autres affaires qui leur furent soumises : Premièrement. Ils examinèrent la question du schisme de Méletius, qui divisait depuis quelque temps l’Égypte, et décrétèrent que Méletius conserverait le titre et le rang d’évêque dans son siège de Lycopolis, en Égypte, lui défendant toutefois d’exercer des fonctions épiscopales ; de plus, que ceux qu’il avait élevés à des dignités ecclésiastiques seraient admis à la communion, à condition qu’ils prendraient rang après ceux qui étaient inscrits dans quelque paroikia (παροικία ; le district soumis à la juridiction d’un évêque, que nous appelons aujourd’hui «diocèse») ou église, et qui avaient été ordonnés par Alexandre. Deuxièmement. Ils décidèrent que, dans toute l’Église, la fête de Pâques serait célébrée le dimanche qui suit la pleine lune survenant immédiatement après le 21 mars. Troisièmement. Ils publièrent vingt canons : 1. Exclut de l’exercice de leurs fonctions les personnes en ordre sacré qui se sont rendues eunuques.

2. Défend d’élever des néophytes au sacerdoce ou à l’épiscopat.

3. Défend que quelque évêque, prêtre ou diacre ait des femmes dans sa maison, sauf sa mère, ses sœurs, ses tantes, ou telles femmes qui seront hors de la portée de la calomnie.

4. Déclare qu’un évêque doit, si possible, être constitué par tous les évêques de la province, mais permet sa consécration par au moins trois avec le consentement des évêques absents, signifié par écrit ; la consécration devant être enfin confirmée par le métropolitain.

5. Ordonne que ceux qui ont été séparés de la communion de l’Église par leur propre évêque ne soient pas reçus à la communion ailleurs. De plus qu’un synode provincial se tienne deux fois l’an dans chaque province pour examiner les sentences d’excommunication. Un synode devant se tenir avant le Carême, et le second à l’automne.

6. Insiste sur la préservation des droits et privilèges des évêques d’Alexandrie, d’Antioche, et d’autres provinces. (Le sixième canon de Nicée, selon la version de Dionysius Exiguus, «Antiqua consuetudo servatur per AEgyptum, Lilyam, et Pentapolim, ut Alexandrinius episcoptns horum omnium habeat potestatem; quia et urbis Romre episcopo parilis mos est. Similiter antem et npud Antiochiam ceterasqne provincias suis privilegia serventur Ecclesiis. Illud aueni generaliter clarnm est qwud si qnis prseter mevropolitani sententiam fuerit factus episcopus, hunlc niagna synodus defilivit episcopnm esse non oportere,» etc.).

7. Accorde à l’évêque d’Aelia Aelia Capitolina, la nouvelle cité bâtie par AElius Hadrianus sur le site de Jeirusalem, ou près de lui), selon la tradition ancienne, la seconde place d’honneur.

8. Permet que ceux qui avaient été ministres parmi les Cathari (q.v.), et qui retournent dans le sein de l’Église catholique et apostolique, ayant reçu l’imposition des mains, conservent le rang du clergé. Prescrit cependant qu’ils fassent par écrit profession de suivre les décrets de l’Église ; et qu’ils communiquent avec ceux qui se sont mariés deux fois, et avec ceux qui ont accompli pénitence pour un relâchement en temps de persécution. Ordonne en outre que, dans les lieux où il y a un évêque catholique et un évêque converti des Cathari, le premier conserve son rang et sa charge, et le second soit considéré seulement comme prêtre ; ou que l’évêque lui assigne la place d’un chorepiscopus.

9. Déclare nulles et non avenues les ordinations de prêtres faites sans enquête convenable, et celles de ceux qui, avant l’ordination, ont confessé des péchés commis.

10. Déclare de même nulles les ordinations de personnes ordonnées prêtre par ignorance, ou dont le péché est apparu après l’ordination.

11. Statue que ceux qui se sont détournés en temps de persécution sans forte tentation seront trois ans parmi les auditeurs, sept parmi les prosternés, et pendant deux ans communiqueront avec le peuple sans offrir («communicate with the people in prayer, without being admitted to the oblation ;» c.-à-d. à la sainte eucharistie, selon l’explication de Johnson).

12. Impute dix ans de pénitence à tout militaire qui, ayant été destitué d’un poste à cause de la foi, donnerait cependant un pot-de-vin et renierait la foi pour le récupérer.

13. Défend de refuser la sainte communion à quiconque est susceptible de mourir.

14. Ordonne que les catéchumènes qui ont rechuté restent trois ans parmi les auditeurs.

15. Défend aux évêques, prêtres ou diacres de se transférer d’une ville à une autre : tout contrevenant à ce canon devra être contraint de revenir à sa propre église, et sa translation sera nulle.

16. Les prêtres ou diacres se dérobant de leur église d’origine ne doivent pas être reçus dans une autre ; ceux qui persistent seront séparés de la communion. Si quelque évêque ose ordonner un homme appartenant à une autre église, l’ordination sera nulle.

17. Prescrit que les clercs coupables d’usure seront déposés.

18. Défend aux diacres de donner l’eucharistie aux prêtres, et de la recevoir eux-mêmes avant les prêtres, et de s’asseoir parmi les prêtres ; les contrevenants seront déposés.

19. Prescrit que les Paulianistes (q.v.) venant à l’Église doivent être rebaptisés. Permet que ceux parmi leur clergé qui sont sans reproche, après le baptême, soient ordonnés par les évêques catholiques : enjoint la même chose pour les diaconesses.

20. Ordonne que toutes les personnes offrent leurs prières les dimanches et à la Pentecôte debout.

Il fut aussi proposé d’ajouter un autre canon, imposant la continence au clergé marié : mais Paphnutius s’opposa vivement à l’imposition d’un tel joug, et l’emporta, de sorte que la proposition tomba à l’eau. Le credo et les canons furent écrits dans un livre, et signés par les évêques. Le concile adressa une lettre aux évêques d’Égypte et de Libye quant à la décision des trois principaux points ; l’empereur envoya également plusieurs édits aux églises, dans lesquels il attribuait les décrets à l’inspiration divine, et les présentait comme lois du royaume. Le 29 juillet, vingtième anniversaire de son avènement, l’empereur offrit aux membres du concile un somptueux banquet dans son palais, que Eusèbe (trop sensible aux splendeurs mondaines) décrit comme une figure du règne du Mashiah sur la terre ; Constantin gratifia généreusement les évêques, et les congédia avec un adieu convenable, et avec des lettres de recommandation aux autorités de toutes les provinces pour leur retour. Ainsi s’acheva le concile de Nicée. Il est nommé emphatiquement «le grand et saint concile», tient la place la plus élevée parmi tous les conciles, surtout chez les Grecs, et subsiste encore dans le Credo nicéen, qui n’est, en autorité, que second après l’éternellement vénérable Symbole des Apôtres. Athanase l’appelle «un véritable monument et un signe de victoire contre toute hérésie» ; Léon le Grand, comme Constantin, attribue ses décrets à l’inspiration du Saint-Esprit, et prête même à ses canons une validité perpétuelle ; l’Église grecque observe annuellement (le dimanche avant la Pentecôte) une fête spéciale en sa mémoire. Par la suite surgit une multitude d’oraisons apocryphes ou de légendes en sa glorification, dont Gelasius de Cyzique au Ve siècle recueillit tout un volume. La décision de ce concile n’eut pas pour effet de rétablir la tranquillité dans l’Église orientale, car la controverse arienne continua d’être vivement menée, mais il a fourni la manière d’exposer la doctrine de la Trinité (pour ce qui concerne le Père et le Fils) dans laquelle elle a été depuis reçue par les orthodoxes. Dit le Dr. Schaff, «The Council of Nicaea is the most important event of the 4th century, and its bloodless intellectual victory over a dangerous error is of far greater consequence to the progress of true civilization than all the bloody victories of Constantine and his successors. It forms an epoch in the history of doctrine, summing up the results of all previous discussions on the deity of Mashiah (Christ) and the incarnation, and at the same time regulating the further development of catholic orthodoxy for centuries.» Le Dr. Shedd se trompe en disant (Hist. of Ch. Doctrine, 1:308), «The problem to be solved by the Nicene council was to exhibit the doctrine of the 'Trinity in its completeness; to bring into the creed statement the total data of Scripture upon both the side of unity and trinity.» Ceci ne fut pas accompli avant le concile de Constantinople en 381, et strictement pas avant le plus tardif Symbole athanasien (comp. Schaff, Ch. Hist. 3:629). Pour une description minutieuse et pittoresque de ce concile, voir les Lectures on the History of the Eastern Ch. du doyen Stanley, p. 105 ; Schaff s’y oppose comme étant trop graphiquement minutieux au détriment de la dignité de l’énoncé historique. Pour des informations plus dignes de confiance, voir Ittigus, Hist. Concilii Niceeni (Lips. 1712) ; Richerus, Hist. Concil. General. 1:10 ; Walch, Entwuf einer Conciliengesch. p. 157 ; Hefele, Conciliengesch. 1:249 sq. Boyle, Hist. View of the Council of Nice (N.Y. 1856) ; Kaye. Council of Niccea (Lond. 1852, 8vo) ; Tillemont, Hist. Eccles. ; Schaff Ch. Hist. 3:22 sq. ; Neander, Ch. Hist. 2:372 sq. ; Landon, Man. of Councils, s.v. Pour les sources, voir (1) les vingt Canones, le Symbole doctrinal et un Décret du Concile de Nicée, et plusieurs Lettres de l’évêque Alexandre d’Alexandrie et de l’empereur Constantin (tous recueillis en grec et en latin dans Mansi, Collect. sacrorum Conciliorum, 2:635-704). Les procès-verbaux officiels des transactions elles-mêmes n’étaient pas tenus à cette époque ; seules les décrets tels qu’adoptés furent mis par écrit et souscrits par tous (comp. Euseb. Vita Const. 3:14). Tous les récits ultérieurs d’actes volumineux du concile sont de pures fabrications (comp. Hefele, 1:249 sq.). (2) Récits de témoins oculaires, surtout Eusèbe, Vita Const. 3:4-24 (superficiel, plutôt arianisant, et panégyrique de l’empereur Constantin). L’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe, qui aurait dû se clore avec le Concile de Nicée, ne descend que jusqu’à l’année 324. Athanase, De decretis Synodi Nic.; Orationes iv contra Arianos ; Epist. ad Afros, et autres traités historiques et anti-ariens dans tom. i et ii de ses Opera (éd. Bened.), et les plus importants d’entre eux aussi dans le premier vol. de Thilo’s Bibliotheca Patrum Græcæ dogmat. (Lips. 1853 ; trad. angl. dans l’Oxford Library of the Fathers.) (3) Les récits postérieurs d’Épiphane, Hacr. 69 ; Socrate, H. E. 1:8 sq. ; Sozomène, H. E. 1:17 sq. ; Théodoret, H. E. 1:1-13 ; Rufin, H. E. 1:1-6 (ou lib. x, si sa trad. d’Eusèbe est comptée). Gelasius Cyzicenus (vers 476), Commentarius actorum Concilii Nicceni (grec et latin dans Mansi, 2:759 sq. ; il se dit fondé sur un ancien MS., mais est rempli de discours imaginaires). Comp. aussi les quatre fragments coptes dans Pitra, Spicilegiuqn Solesmense (Par. 1852), 1:509 sq., et les fragments syriaques dans Analecta Nicoena Fragments relating to the Council of Nicaa. Le texte syriaque d’après un ancien MS. par H. Cowper (Londres 1857).

II. Le second Concile de Nicée, appelé aussi le septième concile œcuménique, quoique à tort, fut assemblé le 17 août 786 par ordre de l’impératrice Irène et de son fils Constantin. En raison des tumults soulevés par le parti iconoclaste, il fut dissous et reconvoqué le 24 sept. 787. (Theophanes, qui y assista, dit que l’ouverture du concile eut lieu le 11 oct.) Trois cent soixante-quinze évêques étaient présents, provenant de Grèce, Thrace, Anatolie, des îles de l’Archipel, de Sicile et d’Italie. Le pape Adrien et tous les patriarches orientaux envoyèrent des légats pour les représenter dans le synode, ceux de Rome prenant la première place ; deux commissaires de l’empereur et de l’impératrice y assistèrent aussi. Les causes qui amenèrent la convocation de ce concile furent brièvement les suivantes : L’empereur Léon (et ensuite son fils Constantin Copronyme), offensé par l’excès de vénération souvent rendu aux images du Mashiah et des saints, prit un décret contre l’usage des images sous quelque forme que ce soit, et fit qu’on les enleva et détruisit partout. Ces procédures sévères et mal avisées soulevèrent une opposition presque aussi violente, et à la fois le patriarche de Constantinople (Germanus) et le pape (Adrien) défendirent l’usage des images, déclarant qu’elles avaient toujours été en usage dans les églises, et montrant la différence entre culte absolu et culte relatif. Cependant, dans un concile réuni à Constantinople en 754, composé de trois cent trente-huit évêques, un décret fut publié contre l’usage des images. Mais à cette époque Constantin Copronyme mourut, et Tarase, patriarche de Constantinople, persuada l’impératrice Irène et son fils Constantin de convoquer ce concile, dans lequel les décrets du concile de 754 à Constantinople furent abrogés.

La première session eut lieu dans l’église de Sainte-Sophie. Tarase, le patriarche, parla le premier, et exhorta les évêques à rejeter toutes les nouveautés, et à s’attacher aux traditions de l’Église. Après cela, dix évêques furent amenés devant le concile, accusés de suivre le parti des iconoclastes. Trois d’entre eux, Basile d’Ancyre, Théodore de Myre, et Théodose d’Amorium, se rétractèrent, et déclarèrent recevoir avec tout honneur les reliques et les images sacrées de Yéhoshoua (Jésus) Mashiah, la bienheureuse Vierge, et les saints ; sur quoi on leur permit de prendre place ; les autres furent renvoyés à la session suivante. Le quarante-deuxième des canons apostoliques, et le huitième de Nicée, ainsi que d’autres canons relatifs à la réception des hérétiques convertis, furent lus.

À la deuxième session les lettres du pape Adrien à l’impératrice et au patriarche Tarase furent lues. Ce dernier déclara alors sa complète adhésion au point de vue du siège de Rome, à savoir que les images doivent être adorées d’un culte relatif, réservant à Dieu seul la foi et le culte de Latrie. Cette opinion fut chaleureusement applaudie par tout le concile.

À la troisième session la confession de Grégoire de Néo-Césarée, le chef du parti iconoclaste, fut reçue et déclarée satisfaisante ; sur quoi il fut, après quelque discussion, admis à prendre place, de même que les évêques susmentionnés. Puis furent lues et approuvées les lettres de Tarase aux patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem, et leurs réponses, ainsi que la confession de Théodore de Jérusalem. Les passages des Saintes Écritures relatifs aux chérubins qui couvraient l’arche de l’alliance, et qui ornaient l’intérieur du Temple, furent lus, ainsi que d’autres passages tirés des Pères, montrant que Dieu avait, en d’autres jours, opéré des miracles par l’intermédiaire d’images.

À la cinquième session le patriarche Tarase s’efforça de montrer que les innovateurs, en cherchant à détruire toutes les images, suivaient les traces des Juifs, des païens, des Manichéens et d’autres hérétiques. Le concile conclut alors que les images devaient être rétablies à leurs places habituelles, et être portées en procession comme auparavant. À la sixième session la réfutation de la définition de foi faite dans le concile iconoclaste de Constantinople fut lue. Ils y avaient déclaré que l’eucharistie était la seule image permise de notre Seigneur Yéhoshoua Mashiah ; mais les pères du présent synode, dans leur réfutation, soutinrent que l’eucharistie n’est nulle part dite image du corps de notre Seigneur, mais le corps même. Ensuite les pères répondirent aux passages des Saintes Écritures et des Pères que les iconoclastes avaient produits à l’appui de leurs vues, insistant principalement sur la tradition perpétuelle et l’infaillibilité de l’Église. À la septième session une définition de la foi fut lue, en ces termes : «Nous décidons que les saintes images, que ce soit peintes ou gravées, ou de quelque nature qu’elles soient, doivent être exposées à la vue ; que ce soit dans les églises, sur les vases sacrés et les vêtements liturgiques, sur les murs, ou dans les maisons privées, ou au bord des chemins ; puisque plus souvent Yéhoshoua (Jésus) Mashiah, sa bienheureuse mère et les saints sont vus dans leurs images, plus les hommes seront conduits à penser aux originaux, et à les aimer. Salutation et adoration d’honneur doivent être rendues aux images, mais non le culte de Latrie, qui appartient à Elohîm seul : néanmoins il est licite d’allumer des flambeaux devant elles, et de les encenser, comme on le fait d’ordinaire pour la croix, les livres des Évangiles, et autres objets sacrés, selon l’usage pieux des anciens ; car l’honneur rendu à l’image est transmis à l’original qu’elle représente. Telle est la doctrine des saints pères et la tradition de l’Église catholique ; et nous ordonnons que ceux qui oseraient penser ou enseigner autrement, s’ils sont évêques ou autres clercs, soient déposés ; s’ils sont moines ou laïcs, qu’ils soient excommuniés.» Ce décret fut signé par les légats et tous les évêques.

Une autre session (non reconnue ni par les Grecs ni par les Latins) se tint à Constantinople, où les évêques avaient été cités par l’impératrice Irène, qui y assistait avec son fils Constantin, et s’adressa à l’assemblée. Le décret du concile et les passages des Pères lus à Nicée furent répétés, et le premier fut de nouveau souscrit. Le concile de Constantinople contre le culte des images fut anathématisé, et la mémoire de Germanus de Constantinople, Jean de Damas, et Georges de Chypre fut élevée à la vénération. Vingt-deux canons disciplinaires furent publiés.

1. Insiste sur la bonne observation des canons de l’Église.

2. Défend de consacrer ceux qui ne connaissent pas le Psautier, et qui ne promettent pas d’observer les canons.

3. Défend aux princes d’élire les évêques.

7. Défend de consacrer quelque église ou autel dans lesquels les reliques ne sont pas contenues.

14. Défend à ceux qui ne sont pas ordonnés de lire dans la synaxe depuis l’ambon.

15 et 16. Interdisent la pluralité des bénéfices, et la luxe dans l’habillement parmi le clergé.

20. Défend les monastères doubles, pour hommes et pour femmes. Ce concile ne fut pas reconnu pendant longtemps en France. Les motifs pour lesquels les évêques français s’y opposèrent sont contenus dans les célèbres Caroline Books, écrits par ordre de Charlemagne. Leurs objections principales furent :

1. Qu’aucun évêque occidental, excepté le pape, par ses légats, n’était présent.

2. Que la décision était contraire à leur coutume, qui était d’employer des images, mais sans en faire aucun culte.

3. Que le concile n’avait pas été assemblé de toutes les parties de l’Église, et que sa décision n’était pas conforme à celle de l’Église catholique.

Les Caroline Books furent répondues par le pape Adrien, mais avec peu d’effet en ce qui concerne l’Église gallicane, qui continua longtemps après à rejeter ce concile complètement. Voir Labbe. Cone. 7:1-963 ; Mansi, Concil. 12:951 ; 13:820 ; Walch, Historie der Ketzereien, 10:419 sq. ; Neander, Ch. Hist. 3:318 sq.

Source

John McClintock et James Strong, Cyclopaedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature (1867-1894), domaine public ; traduction française À l'ombre du figuier.