Définition dans McClintock & Strong
Conciles de Narbonne
Narbonne, Councils of
Narbonne, Councils Of (Concilium Narbonense), furent tenus du ve siècle jusqu'au commencement du xviie siècle. Plusieurs d'entre eux ont une importance considérable pour l'histoire ecclésiastique de la France, et ont rendu célèbre le nom de cette vieille cité. Narbonne est située dans le midi de la France, à cinquante‑cinq milles de Montpellier, et fut appelée par les Romains Narbo Martius. N'étant qu'à huit milles de la mer, le lieu était un centre commercial important. Ce fut la deuxième colonie fondée en Gaule narbonnaise par les Romains, et elle fut considérée par eux comme une acquisition importante, tant pour sa force que comme clé de la route vers l'Espagne. Sous Tibère elle prospéra grandement; les arts et les sciences y furent cultivés avec succès, et ses écoles rivalisèrent longtemps avec celles de Rome. Il y a des raisons de croire que Narbonne était connue des Grecs dès 500 av. J.-C. Vers 309 apr. J.-C. elle devint la capitale de la Gallia Narbonensis, et renfermait, entre autres édifices, un capitole, un théâtre, un forum, des aqueducs, des arcs de triomphe, etc. Elle fut prise en 719 par les Sarrasins, qui y établirent une colonie musulmane et détruisirent les églises. En 859 elle tomba aux mains des Normands. Aux xiie et xiie siècles elle fut une ville manufacturière florissante, mais par la suite elle tomba dans un relatif déclin, et est maintenant dépourvue de tout monument de son ancienne splendeur.
Le premier concile s'y tint en 589, Migetius, archevêque de Tolède, présidant, et huit évêques gallicans y assistant. Sa seule action importante fut la confirmation des actes du concile de Tolède (589). Le deuxième et le troisième concile, tenus en 791 et 1054 respectivement, n'offrent pas d'importance spéciale. Le quatrième, cependant, fut de grande conséquence, en ce qu'il prit des mesures contre la propagation de la Réforme, alors commençant à s'étendre sur le Continent. Ce concile se tint en 1227, Pierre, archevêque de Narbonne, présidant; vingt canons furent publiés. Le deuxième, le troisième et le quatrième concernent les personnes excommuniées et les Juifs: ces derniers, dans le canon 3, sont dirigés de porter sur le sein la figure d'une roue pour les distinguer, et il leur est interdit de travailler le dimanche et les fêtes. Le canon 4 les oblige à payer annuellement à Pâques une certaine somme pour chaque famille, en offrande à l'église paroissiale. Les canons 13, 14, 15 et 16 sont dirigés contre les hérétiques, et chargent les évêques de placer dans chaque paroisse des espions pour s'enquérir des hérésies et des crimes notoires, et de remettre leur rapport à eux. Le comte Raymond, le comte de Foix, le vicomte de Béziers, le peuple de Toulouse, et tous les hérétiques et leurs complices, furent publiquement excommuniés, et leurs personnes et propriétés livrées aux attaques du premier agresseur (Labbe, Conc. 11:304). Le cinquième concile se tint en 1235, et là les archevêques de Narbonne, Arles et Aix, assistés par plusieurs autres prélats, sur commande du pape, élaborèrent une grande règle concernant les pénitences, etc., que les frères prêcheurs (récemment nommés inquisiteurs dans ces régions) devaient imposer aux hérétiques, c.-à-d. à ceux qu'ils avaient exemptés de prison en raison de leur reddition prompte dans le temps de grâce spécifié et d'aveux volontaires contre eux‑mêmes et d'autres. Ils furent dirigés d'aller à l'église chaque dimanche, portant la croix, et de se présenter au curé entre le chant de l'épître et de l'Évangile, tenant en main la verge avec laquelle recevoir des châtiments; de faire de même à toutes les processions; d'être présents chaque dimanche à la messe, aux vêpres et aux sermons; de porter les armes à leurs propres frais en défense de la foi et de l'Église contre les Sarrasins, etc. Ceux des hérétiques qui ne s'étaient pas ainsi rendus, ou qui d'une autre manière s'étaient rendus indignes d'indulgence, mais qui néanmoins se soumirent à l'Église, furent condamnés à la prison à perpétuité; mais comme leur nombre était si grand qu'il était impossible de bâtir des prisons suffisantes pour les contenir, les frères prêcheurs furent autorisés à différer leur enfermement jusqu'à ce qu'ils eussent reçu les instructions du pape. Quant à ceux qui refusaient l'obéissance, qui n'entreraient ni ne resteraient en prison, ils furent abandonnés au bras séculier sans autre audience, comme le furent aussi les récidivistes. Le reste de ces vingt-neuf canons est conçu dans le même esprit cruel — esprit très contraire à celui de l'Église et des premiers conciles, et également dépourvu de sagesse, de douceur et de charité (Fleury, Hist. Ecclesiastique; Labbe, Conc. 11:487). Un sixième concile, tenu le 15 avril 1374, Pierre, archevêque de Narbonne, présidant, promulgua vingt-huit canons, visant à la suppression des conciles provinciaux et de la prédication par des laïcs ou des prêtres excommuniés, encourageant la chasse aux hérétiques, interdisant l'inhumation aux excommuniés, et accordant une indulgence à ceux qui prient pour le pape (Labbe, Conc. [App.] 11:2493). Un septième concile, tenu en 1551, Alexandre Zerbinet, vicaire général du cardinal-archevêque de Narbonne, présidant, promulgua soixante-six canons, dont le premier contient une confession de foi, rendue nécessaire par la diffusion du libéralisme et de la Réforme, et les deuxième au neuvième concernent les qualifications des candidats aux ordres; le dixième interdit l'ordination des malades, estropiés ou bègue; les treizième au vingt-quatrième traitent de la vie, des habitudes, etc., du clergé, et trahissent un grand déclin du christianisme dans le sacerdoce, car des canons furent adoptés contre leur fréquentation des tavernes, le jeu, etc.; le cinquante-deuxième enjoint aux médecins d'exhorter leurs malades à confesser à leurs prêtres (Labbe, Conc. 15:5). Un huitième concile, tenu en 1607, l'archevêque Louis de Vervins de Narbonne présidant, et sept autres évêques assistants, publia quarante-neuf canons de foi et de discipline, semblables à ceux adoptés dans la plupart des synodes tenus après le Concile de Trente. Le plus important est le deuxième canon, qui interdit à toute personne de posséder ou de lire les Écritures dans la version française sans le consentement écrit de l'évêque. Le trente-neuvième canon interdit la danse, et de manger, d'acheter et de vendre dans les églises; il interdit aussi les chiens dans les églises; ordonne la propreté, etc. (Labbe, Conc. 15:1573). Voir aussi Wessenberg, Gesch. der Kirchesnersammlungen, 2:59; Hefele, Concilien Geschichte (voir l'index au volume 5); Landon, Manual of Councils, s.v.
