Définition dans Jewish Encyclopedia

Yirmeyah

JEREMIAH

Données bibliques : fils de Hilkija ; prophète aux jours de Josias et de ses successeurs.

§ I. Vie : On ne possède guère d’informations aussi abondantes sur la vie d’un prophète israélite que sur celle de Jérémie. Les parties historiques du Livre de Jérémie donnent des récits détaillés de sa vie extérieure, manifestement tirés d’un témoin oculaire — probablement son disciple Baruch. Les prophéties de Jérémie éclairent sa vie intérieure et, en raison de leur tonalité subjective, font connaître son caractère et ses luttes intimes. D’une nature douce, il aspirait à la paix et au bonheur de son peuple, alors même qu’il devait proclamer sa destruction et en être le témoin. Il désirait la paix et le repos pour lui-même, mais dut annoncer au peuple l’avènement d’épouvantes, tâche qui ne pouvait qu’alourdir son cœur de tristesse. Il eut encore à lutter contre les réfractaires parmi le peuple et contre leurs conseillers, faux prophètes, prêtres et princes.

Jérémie naquit en l’an 650 av. J.-C. à Anathoth, petit bourg situé à trois milles au nord de Jérusalem, dans le territoire de Benjamin. Il appartenait à une famille sacerdotale, probablement à la même famille qui s’occupa de l’Arche de l’Alliance après le retour d’Égypte, et à laquelle appartenait le grand-prêtre Eli, famille qui s’était retirée à Anathoth lorsque Abiathar, prêtre de David, fut banni par Salomon (I Rois ii.26). La famille possédait des terres dans ce lieu, de sorte que Jérémie put se livrer entièrement à sa vocation prophétique. Entièrement dévoué à sa haute vocation, et conscient qu’elle impliquait contrariétés et annonces de fléaux, il ne se maria pas (Jér. xvi.2 s.). Dans la treizième année du roi Josias (626 av. J.-C.), alors qu’il était encore jeune, Jérémie fut appelé à la prophétie. C’était précisément à cette époque que les hordes scythes, qui troublaient l’Asie Mineure pendant des décennies dans la seconde moitié du VIIe siècle, passaient à cheval près de la frontière occidentale de la Palestine pour enlever de riches butins dans la vieille terre civilisée d’Égypte (Hérodote, i.164). Comme il continua à prophétiser jusqu’après la conquête et la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor (586 av. J.-C.), la carrière prophétique de Jérémie s’étendit sur plus de quarante ans. Tous les événements importants de cette période se retrouvent reflétés dans ses prophéties : la publication de la loi deutéronomique (621 av. J.-C.) et les réformes religieuses instituées par Josias en conséquence ; la première déportation à Babylone, celle de Joiachin (597 av. J.-C.) ; et la catastrophe finale du royaume de Juda (586 av. J.-C.). Étrangement, de tous ces événements la publication de la loi deutéronomique et les réformes de Josias sont les moins nettement mises en relief dans ses écrits.

Il n’est pas improbable que l’opposition dans laquelle Jérémie paraît avoir été vis-à-vis du sacerdoce du sanctuaire central de Jérusalem fût la continuation d’une hostilité ancienne entre ce sacerdoce et sa famille, hostilité qu’on peut faire remonter à Tsadok, l’adversaire victorieux d’Abiathar. L’attitude de Jérémie a pu aussi être influencée par le fait qu’il estimait les mesures de Josias trop superficielles pour la réforme morale qu’il jugeait nécessaire afin d’éviter le même sort au Temple de Sion que celui qui, naguère, était arrivé au sanctuaire de Silo (I Samuel iv.). Il n’est cependant pas pensable d’attribuer à Jérémie une opposition intime à la loi deutéronomique. Cela ressort de l’exhortation (ch. xi.1-8) où Jérémie appelle son peuple à entendre « les paroles de cette alliance » (Jér. v.3) que Dieu avait données à leurs pères lorsqu’Il les fit sortir d’Égypte. Dans ce passage il y a une référence claire à la loi nouvellement retrouvée.

Tout aussi injustifiée est la théorie récemment proposée selon laquelle Jérémie, dans ses dernières années, se serait éloigné de la loi deutéronomique. « La fausse plume du scribe », qui, comme dit Jérémie, « rend la Torah de YHWH mensonge » (Jér. viii.8, hébr.), ne peut se rapporter à la loi deutéronomique ni à sa falsification par des copistes. Jérémie pense plutôt à une autre compilation de lois qui alors était en préparation sous la direction de ses adversaires, les prêtres du sanctuaire central de Jérusalem. Jérémie n’attendait sans doute d’eux aucune autre conception de la loi que la conception lévitique étroite, laquelle transparaît effectivement dans les parties juridiques des soi-disant Écrits sacerdotaux et qui résulte du point de vue sacerdotal.

§ II. Activité prophétique : (a) Sous le règne du roi Josias : Aucune précision supplémentaire sur la vie de Jérémie durant le règne de Josias n’est connue. Cela tient probablement au fait, comme on l’a récemment suggéré, que Jérémie continua à vivre dans sa maison d’Anathoth pendant les premières années de sa carrière prophétique. Cette hypothèse est soutenue par la description des rites religieux en vigueur qu’il donne dans ses premiers discours (Jér. iv.4) et qui s’applique mieux aux cultes locaux, rustiques et simples, qu’au rituel élaboré de YHWH dans le sanctuaire central. « Sur toute colline et sous tout arbre verdoyant » (ib. ii.20) ils honorent les « étrangers » (ib. v.25), c.-à-d. les Baalîm (ib. ii.23), qui, introduits de l’étranger, avaient pris place parmi les divinités locales. Israël « s’était livré à la débauche » avec eux depuis qu’il s’était installé en Canaan et avait même brûlé ses enfants pour eux « dans la vallée » (ib. vii.31).

Les plus anciens discours concernant les Scythes (ib. iv.5-31) semblent aussi avoir été écrits d’abord à Anathoth. Dans ces oracles Jérémie décrit l’irrésistible invasion du peuple « venant du nord » qui apportera une dévastation terrible sur la terre d’Israël à cause de son apostasie. Un autre argument en faveur de l’idée que Jérémie demeura à Anathoth au début de sa carrière est que les prophéties antérieures au ch. v ne traitent pas des événements de la capitale ; c’est avec son supposé changement de résidence pour Jérusalem que commence le récit des détails extérieurs de sa vie par son disciple, qui était probablement originaire de Jérusalem et qui, là, se serait d’abord associé au prophète. Dans la capitale, les cultes locaux simples périclitaient devant l’importance du sanctuaire central ; en revanche l’immoralité, la frivolité et la tromperie s’y faisaient sentir de plus en plus, avec un mépris marqué pour les paroles du prophète, prononcées par YHWH en son nom.

Même les prophètes prenaient part à la dégradation morale générale ; ils étaient même pires que ceux qui, naguère, « prophétisaient au nom de Baal » (ib. ii.8), c.-à-d. les prophètes du Royaume du Nord. Le peuple lui-même, que Jérémie devait éprouver quant à sa valeur intérieure, comme on éprouve un métal (ib. vi.27), avait perdu toute sa valeur précieuse et n’était plus qu’une génération indigne de pardon.

(b) Sous le règne de Jojakim : Le transfert de Jérémie d’Anathoth à Jérusalem semble s’être produit peu avant l’avènement de Jojakim ; du moins il apparaît comme résident de Jérusalem sous ce roi. De même que sa sévérité et sa menace de châtiments imminents avaient déjà déplu à ses concitoyens d’Anathoth au point qu’ils cherchèrent à le tuer (ib. xi.19), la colère générale s’éleva bientôt contre lui à Jérusalem. La première occasion en fut un incident au cours du règne de Jojakim. Jérémie prêcha dans la vallée de Ben-hinnom contre l’idolâtrie, et pour faire mieux saisir à ses auditeurs la ruine totale du royaume de Juda, il brisa une cruche d’argile. Quand, peu après, il répéta le même sermon dans la cour du Temple, Paschur, le prêtre en charge, le fit mettre en prison, mais il fut libéré le lendemain. La section suivante (ib. xxvi) donne plus de détails. Lorsque, au commencement du règne de Jojakim, malgré la terrible perte subie par la mort de Josias à la bataille de Megiddo et l’établissement subséquent de la domination égyptienne, le peuple trouvait encore refuge dans la pensée du Temple et de la protection que l’on croyait lui être fournie, Jérémie se tint dans la cour du Temple et appela le peuple à se corriger moralement ; sinon le Temple de Jérusalem partagerait le sort de celui de Silo. Dans une violente agitation, prêtres et prophètes s’écrièrent que Jérémie méritait la mort. Il fut toutefois acquitté par les prêtres et les anciens, qui semblaient avoir beaucoup de respect pour la parole du prophète, d’autant plus que quelques personnalités éminentes se levèrent et rappelèrent le prophète Michée, qui avait prédit le même sort pour le Temple et pour Jérusalem.

Les incidents suivants de la vie de Jérémie sont étroitement liés aux événements publics, et il fut de plus en plus entraîné dans la vie politique. La lecture publique des discours qu’il avait composés depuis le début de sa carrière eut lieu dans la quatrième année de Jojakim, la même année où les Babyloniens, par la bataille de Karkemish, vainquirent les Égyptiens et devinrent la puissance dominante en Asie occidentale pour presque soixante-dix ans. Jérémie dicta à Baruch les discours qu’il avait composés depuis le commencement de sa carrière jusqu’alors, et fit lire le rouleau par son disciple devant le peuple au Temple, lors d’une fête, dans la cinquième année de Jojakim. Sur l’information de cet événement, les plus hauts officiers de la cour firent relire le rouleau ; effrayés par son contenu ils avertirent le roi.

Jojakim fit alors apporter le rouleau et le fit lire à son tour ; à peine le lecteur, Jehudi, eut-il lu trois ou quatre feuillets que le roi fit couper le rouleau en morceaux et les jeter dans le brasier par lequel il se chauffait. Jérémie, qui s’était caché sur le conseil des officiers, dicta toutefois de nouveau le contenu du rouleau à Baruch, en y ajoutant « beaucoup d’autres paroles semblables » (ib. xxxvi.32). C’est encore son secrétaire qui écrivit plus tard dans le rouleau toutes les nouvelles prophéties prononcées jusqu’au moment de la destruction de Jérusalem.

(c) Sous le règne de Sédécias : Dans le rouleau originel brûlé par Jojakim, qui comprenait sans doute pratiquement les oracles contenus aux ch. ii.-xii., Jérémie n’avait point posé de directives politiques précises pour le royaume de Juda. Il avait seulement, conformément au principe énoncé par Osée et Isaïe, déclaré que Juda ne devait pas prendre d’initiative politique propre, ne devait suivre ni l’Assyrie ni l’Égypte, mais attendre et faire ce que YHWH ordonnerait (ib. ii.18, 36). Mais, au cours des événements, il se sentit poussé à intervenir activement dans les affaires politiques. Ce fut à l’époque de Sédécias, placé sur le trône par Nabuchodonosor après la déportation de Joiachin, que s’accrut son rôle politique (ib. xxvii., xxviii.). Lorsque, dans la quatrième année de Sédécias, des ambassadeurs des nations voisines vinrent consulter le roi de Juda au sujet d’un soulèvement commun contre le roi de Babylone, un prophète nommé Hanania proclama au Temple le rapide retour de Joiachin et de ses compagnons déportés, ainsi que la restitution des vases du Temple emportés par Nabuchodonosor, appuyant sa prophétie par l’annonce que « la parole de YHWH » était qu’il briserait « le joug du roi de Babylone » (ib. xxviii.4). Jérémie apparut alors sur la place publique portant un joug de bois et conseilla aux ambassadeurs, au roi Sédécias et au peuple de se soumettre volontairement à la puissance babylonienne. Quand Jérémie se présenta aussi au Temple, Hanania arracha le joug de ses épaules et répéta sa prophétie d’heureux événements. Jérémie conseilla également aux exilés à Babylone de s’y établir paisiblement (ib. xxix.), ce qui amena l’un d’eux à écrire au grand-prêtre à Jérusalem pour le prier d’avoir une conduite prudente et de se rendre avant le commencement des hostilités, afin d’éviter le pire. Sédécias, toutefois, n’osa suivre ces conseils, et la catastrophe eut lieu, non sans que Jérémie eût eu à subir de nombreuses épreuves lors du siège. Comme il prophétisait indubitablement la ruine de Jérusalem par les Babyloniens et mettait en garde contre la résistance et la confiance en l’Égypte, il fut considéré comme un traître ; en second lieu, parce que ses convictions affichées ôtaient du courage aux assiégés, il fut mis en prison. Il fut traité comme un déserteur aussi parce qu’il souhaita se rendre dans sa ville natale pour une affaire personnelle à une époque où les Babyloniens avaient momentanément levé le siège pour marcher contre Hophra, roi d’Égypte (le « Apries » d’Hérodote), qui avançait contre eux. Jérémie fut arrêté et jeté dans une fosse, d’où le roi le fit tirer. Puis on le tint dans la cour de la garde du château royal, de peur de l’influence démoralisante qu’il exerçait sur les soldats. Bien qu’il eût une certaine liberté, puisqu’il ne cachait point sa conviction quant à la chute inévitable de Juda, les officiers du roi le jetèrent ensuite dans une citerne vide ; il en fut sauvé par un eunuque, avec la permission du roi, et ainsi évité la mort par famine (ib. xxxvii., xxxviii.). Il resta ensuite en une captivité plus légère dans la prison de la cour jusqu’à sa libération lors de la capture de Jérusalem par les Babyloniens.

(d) Après la chute de Jérusalem : Les Babyloniens confièrent Jérémie aux soins et à la protection du gouverneur Gedalia, auprès duquel il vécut à Mizpa. Après l’assassinat du gouverneur, Jérémie semble avoir été enlevé par Ishmaël, l’assassin de Gedalia, et avoir été sauvé par Yochanan et ses compagnons. On peut le conclure du fait que le prophète, avec Baruch, faisait partie des Juifs non déportés qui songeaient à se rendre en Égypte par crainte des Babyloniens. Lors d’un séjour près de Bethléhem on lui demanda quelle était la volonté d’Elohîm à ce sujet. Après dix jours il reçut la réponse qu’ils devaient rester dans le pays ; sa voix d’avertissement demeura sans effet, des cris s’élevant contre lui, accusant Baruch de l’avoir incité à donner un tel conseil. Les Juifs entraînèrent donc le prophète avec eux comme otage (Duhm, « Theologie der Propheten », p.235 : « comme une amulette ») jusqu’à Tahpanhes (c.-à-d. Daphné, sur la branche orientale du Nil). En Égypte Jérémie continua à prophétiser la destruction par les Babyloniens de ses compatriotes réfugiés ainsi que des pharaons et des temples d’Égypte (ib. xxxvii.-xliv.). Là encore il dut connaître la colère des réfugiées, qu’il ne put empêcher d’offrir des gâteaux et de répandre du vin à la « reine du ciel » (ib. xliv.15 s.).

Jérémie mourut probablement en Égypte. Que ses compatriotes l’aient assassiné, comme le dit la tradition, ne peut, faute de données historiques, être ni affirmé ni nié. Son assassinat ne paraît cependant pas entièrement invraisemblable au vu de l’épisode de colère susmentionné. Quoi qu’il en soit, la vie de Jérémie, qui avait été une lutte continue, se termina dans la souffrance. Il n’est pas le moindre des tragiques événements de son existence que ses principaux adversaires appartinssent aux mêmes deux classes sociales dont il était lui‑même membre : les prêtres le combattirent parce qu’il dépréciait l’importance du sacrifice, et les prophètes parce qu’il déclarait que c’était l’intérêt personnel qui les poussait à prophétiser des choses agréables pour le peuple.

§ III. Caractère : (a) Du point de vue de la personnalité : L’élément tragique de la vie de Jérémie a déjà été signalé. Il est accentué par le trait subjectif qui caractérise Jérémie plus que d’autres prophètes, même que les plus anciens. La souffrance personnelle éprouvée devant le funeste destin qu’il est obligé de proclamer à son peuple comme la volonté immuable d’Elohîm est si forte qu’il tente sincèrement d’intercéder pour obtenir de Lui une attitude plus clémente envers les coupables. « Souviens‑toi que je me suis tenu devant toi pour parler en leur faveur et détourner ta colère d’eux » (ib. xviii.20). Il voudrait sans doute garder le silence et cependant doit parler : « Je disais : je ne ferai plus mémoire de lui, je ne parlerai plus en son nom. Mais sa parole était au fond de mon cœur comme un feu brûlant en mes os ; je me suis lassé de me retenir, et je ne pus plus » — c’est‑à‑dire, « j’ai lutté pour le contenir et j’ai pu le faire » (ib. xx.9). Elohîm lui-même doit interdire son intercession en faveur des pécheurs (ib. vii.16, xi.14, xiv.11), et défendre au peuple de chercher son intercession (ib. xlii.2,4). La compassion de Jérémie pour ses compatriotes puni par Elohîm est si grande qu’à un moment l’oracle prophétique envers le peuple se transforme en une supplication du peuple : « O YHWH, corrige‑moi, mais avec justice ; point dans ta colère, de peur que tu ne m’anéantisses » (ib. x.24). Il décrit avec des termes émouvants la douleur qu’il ressent au plus profond de son « cœur même », lorsqu’il entend le bruit de la guerre et qu’il doit l’annoncer au peuple (ib. iv.19, viii.18-22) ; et, dans le désespoir de sa vie malheureuse, il maudit le jour de sa naissance (ib. xx.14-18).

Avec cette sensibilité intense, il n’est pas surprenant que sa colère éclate parfois contre ses persécuteurs et qu’il souhaite un jour de ruine pour eux (ib. xvii.18).

(b) Du point de vue du style : C’est sans doute en partie à cet état d’âme découragé et souvent désespéré que l’on doit le fait que ses paroles produisent fréquemment une impression lourde et sans vie, non rachetée par un entassement d’expressions synonymiques ; et cela est d’autant plus sensible que le rythme des discours est faible et souvent presque absent. Bien que cela puisse tenir en partie au fait que Jérémie n’écrivit pas lui‑même son livre, il demeure incontestable qu’il y a une monotonie dans le contenu de ses discours. Elle s’explique par les conditions de son époque. Le prophète se plaint toujours des péchés du peuple, surtout de son idolâtrie, ou décrit la catastrophe qui va fondre sur lui par les hordes du nord. Rarement une perspective plus lumineuse d’un avenir meilleur se dessine. L’espérance qu’il avait au début, que le peuple reconnaîtrait les maux de l’idolâtrie et se tournerait de nouveau vers Elohîm par un repentir intérieur (ib. ii.-iv.4), disparaît entièrement plus tard devant la perversité inouïe du peuple ; de même disparaît l’autre espérance que l’Éphraïm, le favori perdu de YHWH, cet enfant de Rachel dont on s’était longtemps perdu de vue, reviendrait « de l’exil de l’orient ». Mais quand Jérémie parle depuis les profondeurs de son âme, la monotonie du contenu est compensée par le charme du langage dans lequel il est, mieux que tout autre prophète, capable de faire entendre les paroles d’amour d’Elohîm envers sa femme infidèle Juda.

D’après son choix de mots on peut conclure que Jérémie, comme Ésaïe, était un homme instruit. Les tableaux qu’il peint de la vie extérieure témoignent d’une fine et délicate appréciation de la nature. Les voix du désert résonnent dans ses poèmes ; il parle du dromadaire rapide courant de ci de là, des troupeaux devenus sauvages sur les plaines, de l’âne sauvage assoiffé haletant aux yeux ternes, et de l’oiseau de proie que le fauconnier attache à une perche pour attirer sa victime. Même dans la description du chaos (ib. iv.25) « Jérémie n’oublie pas les oiseaux » (Duhm, introduction à sa traduction de Jérémie, p. xxii.). Il est, en effet, de nature plutôt lyrique, car, même sans image, il s’attarde parfois en une contemplation appréciative de la nature, qui correspond à sa sensibilité pour le cœur humain. La grandeur d’Elohîm se révèle à lui dans le sable sur le rivage, placé comme borne éternelle pour la mer : « et bien que ses vagues s’agitent, elles ne pourront la franchir ; qu’elles mugissent, elles ne pourront la dépasser » (ib. v.22). Il observe l’allongement des ombres à la tombée du jour (ib. vi.4), ou le vent sec des hautes terres qui vient du désert et qui est trop fort ni pour rafraîchir ni pour purifier (ib. iv.11). Parfois, d’un trait particulier, il élève ses tableaux de la vie humaine au‑dessus de l’indétermination que provoque la suppression des détails, si fréquente dans les illustrations de l’Ancien Testament. Il présente le « fondeur » qui a été le type stéréotypé depuis les plus anciens prophètes avec son soufflet (ib. vi.29) ; comme symboles de l’existence joyeuse que ses prophéties annonçant le châtiment chasseront, il mentionne, outre les cris de l’époux et de l’épouse, le bruit des meules et la lueur de la lampe (ib. xxv.10 ; comp. ib. vii.34, xvi.9). Il observe aussi comment le berger compte les brebis de son troupeau (ib. xxxiii.13).

Les actes symboliques qu’il fait fréquemment usage, qu’il les accomplisse réellement — comme briser la cruche d’argile, porter les cordelettes, ou poser le joug sur son cou — ou qu’il les imagine seulement, comme dans les allégories de Jér. xiii.1 s., sont simples et aisément compréhensibles (Baudissin, Einleitung, pp.420 s.).

(c) Du point de vue de ses vues religieuses : Conformément à la subjectivité de sa nature, Jérémie porta la conception du lien entre Elohîm et son peuple bien au‑dessus de l’idée d’une relation purement physique, et transféra la piété des simples cérémonies objectives vers le cœur humain (comp. ib. iv.4, xvii.9, xxix.13, et, si jérémiaque, aussi xxxi.31 s.). Par cette conception de la relation de l’homme à la divinité, l’idée de l’universalité divine, si elle n’est pas créée par lui, fut cependant — en excluant Amos ix.2-4,5 s. — clairement mise en évidence. Bien qu’une large part des passages exprimant le plus clairement l’universalité de Dieu (Jér. xxvii.5,11 ; xxxii.19 ; xlix.11) soit douteuse quant à l’auteur, il existe néanmoins des passages indubitables (ib. xlii.14 s., et xviii.7 s.) où Jérémie, partant du point de vue que YHWH est le Dieu particulier d’Israël, exprime sa conviction que Dieu peut rejeter des nations qui ne sont pas Israël et ensuite les reprendre en sa faveur. Si, dans ces passages, la conception particulariste de Dieu n’est pas totalement abandonnée, sa universalité s’ensuit directement de la représentation, donnée d’abord par Jérémie, de son omniprésence et de son omnipotence remplissant les cieux et la terre (ib. xxiii.23 ; comp. ii.16). Ainsi Jérémie, partant de sa conception de Dieu, peut qualifier les dieux des païens de « non‑dieux », et exprimer sa conviction qu’« il n’y a pas un seul des idoles des nations qui puisse faire la pluie », tandis que YHWH a tout fait (ib. xiv.22 ; comp. xvi.19 s.). Mais malgré cette tendance vers une conception universaliste de la divinité qui devint plus tard un article de foi, les barrières de la religion nationale n’étaient pas encore, chez Jérémie, entièrement tombées. Cela apparaît surtout du fait que lui‑même envisage une restauration finale de la tribu d’Israël.

Bibliographie : C. W. E. Nagelsbach, Der Prophet Jeremia und Babylon, Erlangen, 1850 ; C. H. Cornill, Jeremia und Seine Zeit, 1880 ; T. K. Cheyne, Jeremiah: His Life and Times, 1888 ; Lazarus, Der Prophet Jeremiah ; K. Marti, Der Prophet Jeremia von Anatot, 1889 ; W. Ebert, Jeremia und Seine Zeit, 1903 ; Bernhard Duhm, Das Buch Jeremia, Übersetzt, (comp. Introduction, pp. v.-xxxiv.) ; bibliographie sous « Book of Jeremiah ».

E. G. H. V. Ry.

Dans la littérature rabbinique : Jérémie, descendant de Rahab par son mariage avec Josué (Sifre, Nombres 78 ; Meg. 14b, ci‑dessous), naquit pendant la persécution des prophètes sous Jézabel (Gen. R. lxiv.6 ; Rachi sur Jér. xx.14 lit, probablement à tort, « Manassé » au lieu de « Jézabel »). La haute mission pour laquelle Jérémie était destiné apparut dès sa naissance ; il naquit déjà circoncis (Ab. R. N. ii. [éd. Schechter, p.12] ; Midr. Teh. ix. [éd. Buber, p.84]), et dès qu’il vit la lumière il éclata en cris, prononçant d’une voix juvénile : « Mes entrailles, mes entrailles ! Je suis souffrant au plus profond de mon cœur ; mon cœur fait bruit en moi », etc. (Jér. iv.20). Puis il accusa sa mère d’infidélité ; et, comme celle‑ci fut fort étonnée d’entendre ce discours déplacé d’un nouveau‑né, il dit : « Je ne veux pas dire vous, ma mère. Ma prophétie ne vous concerne pas ; je parle de Sion et de Jérusalem. Elles pareront leurs filles, les vêtiront de pourpre, et mettront des couronnes d’or sur leurs têtes ; mais les pilleurs viendront et leur ôteront cela. »

Jérémie refusa l’appel divin à la prophétie, invoquant le sort de Moïse, Aaron, Élie et Élisée, tous assujettis aux souffrances et à la moquerie des Juifs ; il s’excusa en disant qu’il était trop jeune. Dieu répondit cependant : « J’aime la jeunesse parce qu’elle est innocente ; c’est pour cela que lorsque je conduisis Israël hors d’Égypte je l’appelai ‘mon fils’ [comp. Osée xi.1], et quand je pense tendrement à Israël, j’en parle comme d’un enfant [Jér. ii.2] ; ne dis donc pas ‘je suis un enfant’. » Puis Dieu remit à Jérémie la « coupe de la colère », que devaient boire les nations ; et lorsque Jérémie demanda quelle nation boirait la première, la réponse fut « Israël ». Jérémie commença alors à déplorer son sort, se comparant au grand‑prêtre qui, devant accomplir en Temple la cérémonie prescrite en cas de soupçon d’adultère (Nombres v.12 s.), approchant la femme avec la « coupe de l’eau amère », aperçut sa propre mère (Pesik. R. 26 [éd. Friedmann, p.129a, b]).

L’activité prophétique de Jérémie commença sous le règne de Josias ; il fut contemporain de sa parente la prophétesse Hulda et de son maître Sophonie (comp. Maïmonide dans l’introduction du « Yad » ; dans Lam. R. i.18 Isaïe est nommé comme maître de Jérémie). Ces trois prophètes se partageaient l’activité de la manière suivante : Hulda parlait aux femmes, Jérémie aux hommes dans la rue, tandis que Sophonie prêchait à la synagogue (Pesik. R. l.c.). Quand Josias rétablit le culte authentique, Jérémie alla vers les dix tribus déportées et les ramena en Palestine sous le règne du roi pieux (‘Ar. 33a). Bien que Josias ait fait la guerre contre l’Égypte contre l’avis du prophète, ce dernier savait que le roi pieux le fit par erreur (Lam. R. l.c.), et dans ses lamentations il se lamente amèrement de la mort du roi ; le quatrième chapitre des Lamentations commence par un chant funèbre sur Josias (Lam. R. iv.1 ; Targ. H Chron. xxxv.25).

Sous Jojakim la vie du prophète fut dure ; non seulement le méchant roi fit brûler les premiers chapitres des Lamentations, mais le prophète fut même menacé de mort (M. K. 26a ; Lam. R., Introduction, p.28). Il alla encore plus mal sous Sédécias, où il dut résister à de nombreuses attaques contre son enseignement et sa vie. À cause de sa descendance de la prosélyte Rahab, ses contemporains le méprisèrent comme n’ayant pas le droit de reprendre les Juifs pour leurs péchés (Pesik., éd. Buber, xiii.115b), et on l’accusa aussi d’impudicité (B. K. 16b). La haine des prêtres et du parti de la guerre contre Jérémie provoqua son emprisonnement sur une accusation mensongère de l’un d’eux, Jeriah, petit‑fils de Hanania, vieil ennemi de Jérémie. Son geôlier Yonathan, parent d’Hanania, se moqua de lui : « Vois ce qu’on t’a fait honneur ! Quel beau palais est cette prison où tu es maintenant ! » Pourtant le prophète resta ferme ; et lorsque le roi demanda si Jérémie avait un oracle pour lui, le prophète répondit hardiment : « Oui : le roi de Babel te mènera en captivité. » Voyant la colère du roi, il tenta ensuite de changer de sujet, disant : « Vois, même le méchant cherche un prétexte quand il se venge ; combien plus donc un juste, qui a pour nom Zédékiyah [Sédécias], peut s’attendre à avoir raison si on veut lui causer du tort ! Je t’en prie donc de ne pas me renvoyer en prison. » Le roi exauça sa demande ; mais il ne put longtemps résister au tumulte des nobles, et Jérémie fut jeté dans une fosse boueuse, destiné à y mourir. Comme il y avait assez d’eau dans la fosse pour noyer un homme, ses ennemis auraient accompli leur dessein si Elohîm n’avait miraculeusement fait baisser l’eau au fond et flotter la boue, de sorte que Jérémie échappa à la mort. Même alors son ancien gardien Yonathan se moqua, lui disant : « Pourquoi ne reposes‑tu pas ta tête sur la boue pour pouvoir dormir un peu ? » À la requête d’Ebed‑Melech, le roi permit qu’on délivrât Jérémie de la fosse. Jérémie ne répondit d’abord pas à Ebed‑Melech, le prenant pour Yonathan. Ebed‑Melech, croyant le prophète mort, se mit à pleurer, et après l’avoir entendu pleurer Jérémie répondit ; on le tira alors hors de la boue (Pesik. R. 26 [éd. Friedmann, p.130a, b] ; comp. Ebed‑Melech dans la littérature rabbinique).

Les ennemis du prophète ignoraient que c’était à lui seul qu’ils devaient la préservation de la ville et du Temple, car ses mérites étaient si grands aux yeux d’Elohîm que Celui‑ci ne voulait pas envoyer le châtiment sur Jérusalem tant que le prophète se trouvait dans la ville (Pesik. R. l.c. [éd. Friedmann, p.131a] ; différente selon l’Apocryphe syriaque de Baruch, ii.). Le prophète reçut l’ordre d’aller à Anathoth ; et durant son absence la ville fut prise et le Temple détruit. Quand Jérémie, de retour, vit s’élever de la fumée du Temple, il se réjouit croyant que les Juifs s’étaient réformés et rendaient de nouveau des sacrifices ; bientôt il se rendit compte de son erreur et pleura amèrement de l’avoir quitté pour qu’il fût détruit. Il suivit alors la route vers Babylone, couverte de cadavres, jusqu’à ce qu’il rejoignît les captifs menés par Nebuzar‑adan, qu’il accompagna jusqu’à l’Euphrate (Pesik. R. l.c. ; comp. Apoc. Baruch syriaque, l.c.). Bien que Jérémie, par l’ordre exprès de Nabuchodonosor, fût autorisé à venir et à aller comme bon lui semblait (Jér. xxxix.12), quand il voyait des captifs il se faisait volontairement enchaîner ou attacher avec eux, malgré Nebuzar‑adan qui, craignant de ne pas obéir aux ordres de son maître, le déliait toujours. Enfin Nebuzar‑adan dit à Jérémie : « Tu es l’un de ces trois : soit un faux prophète, soit un homme qui méprise la souffrance, soit un meurtrier. Depuis des années tu as prophétisé la chute de Jérusalem, et maintenant que la prophétie s’est accomplie, tu pleures, ce qui montre que tu ne crois pas toi‑même à tes prophéties. Ou tu es un homme qui cherche volontairement la souffrance ; car je prends soin qu’il ne t’arrive rien, et pourtant tu cherches la douleur. Ou enfin tu espères que le roi me tuera quand il apprendra que tu as tant souffert, et il pensera que je n’ai pas obéi à ses ordres » (Pesik., éd. Buber, xiv.113 ; Lam. R., Introduction, p.34).

Après avoir marché avec les captifs jusqu’à l’Euphrate, Jérémie décida de retourner en Palestine afin de conseiller et de réconforter ceux qui étaient restés. Quand les exilés virent que le prophète allait les quitter, ils se mirent à pleurer amèrement : « Ô père Jérémie, tu nous abandonnes toi aussi ! » Il répondit : « Je prends à témoin les cieux et la terre : si vous aviez versé une seule larme à Jérusalem pour vos péchés, vous ne seriez pas maintenant en exil » (Pesik. R. 26 [éd. Friedmann, p.131b] ; selon Pesik., éd. Buber, et Lam. R. l.c., Elohîm commanda à Jérémie de retourner en Palestine). Sur le chemin du retour vers Jérusalem il trouva des fragments des corps des Juifs massacrés, qu’il recueillit affectueusement un à un et mit dans différentes parties de ses vêtements, en pleurant que ses avertissements eussent si peu été écoutés (Pesik., éd. Buber, et Lam. R. l.c.).

C’est durant ce voyage que Jérémie eut la vision curieuse qu’il rapporte ainsi : « Quand je montai à Jérusalem, je vis une femme vêtue de noir, les cheveux déliés, assise sur le sommet de la montagne [sainte], pleurant, soupirant et criant d’une voix forte : “ Qui me consolera ? ” Je l’approchai et dis : “ Si tu es une femme, parle ; et si tu es un esprit, éloigne‑toi de moi. ” Elle répondit : “ Ne me connais‑tu pas ? Je suis la femme aux sept enfants dont le père était loin, et tandis que je pleurais son absence, on m’annonça qu’une maison s’était effondrée et avait enseveli mes enfants dans ses ruines ; maintenant je ne sais plus pour qui je pleure ni pourquoi j’ai les cheveux déliés. ” Alors je lui dis : “ Tu n’es pas meilleure que ma mère Sion, qui est devenue un pâturage pour les bêtes du champ. ” Elle répondit : “ Je suis ta mère Sion : je suis la mère des sept. ” Je dis : “ Ton malheur est semblable à celui d’Job. Il fut privé de ses fils et de ses filles, et il en fut ainsi pour toi ; mais quand la fortune s’apaisa pour lui, il en sera ainsi pour toi également. ” » (Pesik. R. l.c. ; dans IV Esdras il est fait mention d’une vision analogue d’Esdras ; comp. Lévi dans « R. E. J. » xxiv.281-285).

De retour à Jérusalem, la tâche principale du prophète fut de préserver les vases sacrés du Temple de la profanation ; il fit transporter la tente sainte et l’Arche de l’Alliance [par des anges ?] sur la montagne d’où Elohîm montra la Terre Sainte à Moïse peu avant sa mort (I Macc. ii.5 s. ; comp. Ark dans la littérature rabbinique). De la montagne, Jérémie se rendit en Égypte, où il resta jusqu’à ce que le pays fût conquis par Nabuchodonosor et qu’il fût emmené à Babylone (Seder ‘Olam R. xxvi. ; comp. la remarque de Ratner selon laquelle Jérémie revint en Palestine).

La légende chrétienne (pseudo‑Épiphane, De Vitis Prophetarum ; Basset, Apocryphen Ethiopiens, i.25-29), selon laquelle Jérémie fut lapidé par ses compatriotes en Égypte parce qu’il les blâmait pour leurs méfaits, est connue des Juifs par Ibn Yahya (Shalshelet ha‑Kabbalah, éd. princeps, p.99b) ; ce récit du martyre de Jérémie peut toutefois provenir originellement de sources juives. Une autre légende chrétienne raconte que Jérémie, par la prière, délivra l’Égypte d’une peste de crocodiles et de souris, et pour cela son nom fut longtemps honoré parmi les Égyptiens (pseudo‑Épiphane et Yahya, l.c.). L’affirmation — faite par Yahya (l.c. p.101a) et par Abravanel (sur Jér. i.5), mais non par Isserles, comme Yahya l’avance à tort — que Jérémie eut une conversation avec Platon est aussi d’origine chrétienne.

Dans la haggada on mentionne souvent Jérémie et Moïse ensemble, présentant leur vie et leurs œuvres en parallèle. Le midrash suivant, ancien et intéressant en relation avec Deut. xviii.18, où est promis un prophète semblable à Moïse : « Comme Moïse fut prophète pendant quarante ans, ainsi le fut Jérémie ; comme Moïse prophétisa concernant Juda et Benjamin, ainsi fit Jérémie ; comme la propre tribu de Moïse [les Lévites sous Coré] se révolta contre lui, ainsi la tribu de Jérémie se révolta contre lui ; Moïse fut jeté dans l’eau, Jérémie dans une fosse ; comme Moïse fut sauvé par une esclave (l’esclave de la fille de Pharaon), ainsi Jérémie fut sauvé par un serviteur mâle [Ebed‑Melech] ; Moïse reprocha au peuple par des discours, ainsi fit Jérémie » (Pesik., éd. Buber, xiii.112a ; comp. Matt. xvi.14).

Comparer la section rabbinique des articles suivants : Ebed‑Melech ; Manna ; Temple.

s. s. L. G.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.