Définition dans Jewish Encyclopedia
Yesha`yah
ISAIAH
Données bibliques : Le plus grand des prophètes hébreux dont nous ont été conservés des monuments littéraires. Il résida à Jérusalem, contrastant ainsi avec Micah, le prophète des districts campagnards. Il était marié (Isaïe viii. 3), et eut des enfants (vii. 3, viii. 3). Son maintien indique qu’il pouvait soutenir sa dignité dans la haute société, comme le montre sa liberté à l’égard d’Ahaz (vii.) et sa connaissance d’Uriah, le grand prêtre (viii. 2). L’en-tête d’Isaïe i. 1 se rapporte à Ouzîa, Jotham, Achaz et Ezéchias comme aux rois sous lesquels il prophétisa. Cet en-tête et d’autres analogues, cependant, n’ont aucune autorité historique, étant l’œuvre d’écrivains postérieurs dont les affirmations n’avaient pas de base documentaire et étaient purement inférentielles. Il est vrai, de plus, qu’aucune prophétie ne peut être montrée être aussi ancienne que le temps d’Ouzîa, sauf en effet le noyau du ch. vi. « L’an où mourut le roi Ouzîa, je vis le Seigneur », etc. (vi. 1, King James Version Révisée), qui semble provenir d’un cycle de récits prophétiques, dont certains (comp. viii. 1-3, 5 ; ii. 16), à tort ou à raison, revendiquaient la paternité d’Isaïe. Certainement tout l’homme se reflète dans la grande vision du ch. vi. Aucune considération personnelle ne le retient (contrastant avec Jérémie) de s’offrir comme porte-parole de YHWH, et bien qu’il soit assuré qu’aucune exhortation n’affectera les consciences insensibles de ses auditeurs, il va pourtant, parcourt et revient parmi son peuple comme si l’espérance existait ; et peut-être (la nature humaine est inconsistante) l’espérance persista encore quand la raison la niait totalement.
L’histoire de celui qui « par bassesse fit le grand refus » (pour appliquer les mots connus de Dante), qui aurait pu conduire son peuple à la réforme sociale et personnelle, par le conseil sage du prophète, est relatée en ch. vii. Isaiah n’était pas homme d’État, et pourtant le conseil qu’il donna au roi était aussi bon du point de vue politique que du point de vue religieux. Car pourquoi Achaz paierait-il l’Assyrie pour faire un travail que, par un sens éclairé de son intérêt propre, elle se verrait certainement poussée à accomplir ? Pourquoi prendrait-il l’argent d’argent et d’or dans le Temple et dans le palais, et l’enverrait-il en tribut au roi assyrien ?
Il faut noter qu’au ch. viii. la femme d’Isaïe est appelée « la prophétesse ». Par sa solidarité avec son mari elle se détache du peuple impur parmi lequel elle habite, et devient, pour ainsi dire, sacrosainte. Ses enfants aussi sont des « signes et présages » de la destinée divine ; et l’on peut conjecturer que si Isaïe a jamais décrit le pire désastre venant sur Jérusalem, il se vit lui-même et sa famille, à la manière de Lot autrefois, partir en sûreté (pour quelque travail qui leur était réservé par Elohîm) de la cité destinée à périr. Le ch. xx. décrit la étrange procédure par laquelle Isaïe, pour ainsi dire, « fit une prédiction agie » du sort réservé à Mizraïm et à Cush (Égypte et Éthiopie), ou, selon d’autres, à Mizraïm et Cush (nord de l’Arabie), sur lesquels les peuples de Palestine avaient tant compté comme alliés. Des ch. xxxvi.-xxxix. on ne peut peut-être attendre beaucoup d’aide pour la biographie d’Isaïe, car dans leur forme actuelle ils sont certainement assez tardifs. On ne peut rien dire de plus d’Isaïe par des informations documentaires directes. Ses paroles sont sa véritable biographie. On y voit l’homme sévère et inflexible, qui aimait son peuple beaucoup, mais son Elohîm davantage.
Isaïe possède toutes les caractéristiques d’un écrivain classique — concision, pittoresque et originalité. Mais était-il aussi poète ? Il est difficile de le penser. Un tel homme pouvait-il se rabaisser aux arts nécessaires à l’existence même de la poésie ? Isaïe xxxvii. 22-29 lui est attribué. Mais la narration où il est placé est, pour beaucoup de critiques, tardive, et la phraséologie du poème lui-même semble s’éloigner d’Isaïe. Sur la tradition tardive du martyre d’Isaïe sous le règne de Manassé voir Isaïe, Ascension op’.
E. G. H. T. K. C.
Dans la littérature rabbinique : Selon les Rabbins Isaïe descendait de Juda et de Tamar (Sotah 10b). Son père était prophète et frère du roi Ozias (Meg. 15a). Tandis qu’Isaïe, raconte le Midrash, parcourait sa chambre d’étude il entendit Elohîm dire : « Qui enverrai-je ? » Alors Isaïe dit : « Me voici ; envoie-moi ! » Là-dessus Elohîm lui dit : « Mes enfants sont importuns et sensibles ; si tu es prêt à être insulté et même battu par eux, tu peux accepter mon message ; sinon, mieux vaudrait renoncer » (Lev. R. X.). Isaïe accepta la mission, et fut le plus patient, ainsi que le plus ardent patriote, parmi les Prophètes, défendant toujours Israël et implorant le pardon pour ses péchés. Il se distingua donc de tous les autres prophètes en ce qu’il reçut ses communications directement d’Elohîm et non par un intermédiaire (f6.). Quand Isaïe dit « Je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures » (vi. 5) il fut repris par Elohîm pour avoir parlé ainsi de son peuple (Cant. R. i. 6).
Dans l’ordre de grandeur Isaïe est placé immédiatement après Moïse par les Rabbins ; à certains égards Isaiah dépasse même Moïse, car il réduisit les commandements à six : honnêteté dans les affaires ; sincérité dans la parole ; refus du gain illicite ; absence de corruption ; aversion pour les actes sanglants ; mépris du mal (Mak. 24a). Plus tard il réduisit les six à deux — justice et charité (ib.). Le mérite principal des prophéties d’Isaïe est leur caractère consolateur, car tandis que Moïse disait « Tu périras au milieu des nations », Isaïe annonçait la délivrance. Les discours consolateurs d’Ézéchiel comparés à ceux d’Isaïe sont comme la parole d’un villageois à celle d’un courtisan (Hag. 14a). Aussi la consolation attend celui qui voit Isaïe en songe (Ber. 57b).
Il est raconté dans le Talmud que R. Siméon ben 'Azzai trouva à Jérusalem un écrit où il était dit que Manassé tua Isaïe. Manassé dit à Isaïe : « Moïse, ton maître, a dit ‘Nul homme ne verra Elohîm et vivra’ [Exode xxxiii. 20 ; Hébr.] ; mais toi tu as dit ‘Je vis le Seigneur assis sur son trône’ » (Isaïe vi. 1, Hébr.) ; et il continua à relever d’autres contradictions — comme entre Deutéronome iv. 7 et Isaïe lv. 6 ; entre Exode xxxiii. 26 et II Rois xx. 6. Isaïe pensa : « Je sais qu’il n’acceptera pas mes explications ; pourquoi accroître sa faute ? » Il prononça alors le Nom Imprononçable, un cèdre s’ouvrit, et Isaïe disparut dedans. Puis Manassé ordonna que le cèdre fût scié, et quand la scie atteignit sa bouche Isaïe mourut ; ainsi il fut puni d’avoir dit « Je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures » (Yeb. 49b). Une version un peu différente de cette légende se trouve dans le Yerushalmi (Sanhedrin x.). Selon cette version Isaïe, craignant Manassé, se cacha dans un cèdre, mais sa présence fut trahie par les franges de son vêtement, et Manassé fit scier l’arbre en deux. Un passage du Targum à Isaïe cité par Jolowicz (« Die Himmelfahrt und Vision des Prophets Jesajas », p. 8) affirme que lorsque Isaïe, fuyant ses poursuivants, se réfugia dans l’arbre, et que l’arbre fut scindé, le sang du prophète jaillit. Des cercles talmudiques la légende du martyre d’Isaïe fut transmise aux Arabes (« Tarikh », éd. De Goeje, i. 644).
s. ' 1. Bu.
