Définition dans Jewish Encyclopedia

Yehezkel

EZEKIEL

Données bibliques : En ce qui concerne la vie d’Ezekiel, il n’existe que quelques allusions dispersées dans le livre qui porte son nom. Il était fils de Buzi, prêtre de Jérusalem (Ezéchiel i.3), et conséquemment membre de la famille de Sadoc. À ce titre il fit partie de l’aristocratie que Nabuchodonosor (597 av. J.-C.), après la première prise de Jérusalem, emmena en exil en Babylonie (II Rois xxiv.14). Ezekiel compte donc les années à partir de l’enlèvement de Jojakin (Ezéchiel i.2, xxxiii.21, xl.1). Il vécut au sein d’une colonie de compatriotes souffrants à Tel‑Abib, sur le fleuve Chebar (non pas le Chaboras), qui formait vraisemblablement un bras du vaste réseau babylonien de canaux (iii.15). Ezekiel était marié (xxiv.16‑18) et vivait dans sa propre maison (iii.24; viii.1). Le cinquième jour du quatrième mois, dans la cinquième année de son exil (Tammuz, 592 av. J.-C.), il vit sur les bords du Chebar la gloire du Seigneur, qui le consacra comme prophète (i.1‑iii.13). La date la plus tardive de son livre est le premier jour du premier mois de la vingt‑septième année de son exil (Nisan, 570); par conséquent ses prophéties s’étendirent sur vingt‑deux ans. Les anciens des exilés vinrent à maintes reprises le consulter pour obtenir un oracle divin (viii., xiv., xx.). Il n’eut pas d’influence permanente sur ses contemporains ; ceux‑ci, qu’il appelle à plusieurs reprises la « maison rebelle » (ii.5, 6, 8; iii.9, 26, 27; et ailleurs), se pressaient en grand nombre pour l’écouter mais prenaient son discours pour une sorte de divertissement esthétique et n’agissaient pas conformément à ses paroles (xxxiii.30‑33). Si la date énigmatique « l’année trente » (i.1) doit être comprise comme s’appliquant à l’âge du prophète — opinion qui garde encore un certain poids de vraisemblance — Ezekiel dut naître précisément au temps de la réforme du rituel introduite par Josias. Rien n’est connu de sa mort.

Ezekiel occupe une position distincte et unique parmi les prophètes hébreux. Il se tient au point médian de deux époques, tirant ses conclusions de la première et montrant la voie vers la seconde. Par la destruction de la ville et du Temple, la chute de l’État et la déportation du peuple, le développement naturel d’Israël fut brusquement interrompu. Avant ces événements Israël formait une nation unie et homogène. Certes, elle se caractérisait par un esprit totalement dissemblable à celui de tout autre peuple; la conscience de cette différence avait constamment habité les esprits les meilleurs et les plus nobles d’Israël. Mais les exigences de l’État et du peuple devaient être satisfaites, et à cette fin le principe monarchique fut établi. Il y a sans doute un fond de vérité dans l’opinion selon laquelle la monarchie humaine s’opposait à la domination de Dieu, et que la vie politique d’Israël tendait à éloigner la nation de sa mission spirituelle éternelle. La prophétie de la période pré‑exilique était forcée de tenir compte de ces facteurs, et s’adressait soit au peuple en tant que nation, soit à ses chefs — roi, princes, prêtres —, et parfois à un individu distingué, comme Sèbna, le ministre de la maison royale mentionné en Isaïe xxii.15‑25; d’où naquit l’opinion que les prophètes eux‑mêmes n’étaient guère que des sortes d’hommes d’État.

Avec l’Exil, la monarchie et l’État furent anéantis, et une vie politique et nationale ne fut plus possible. En l’absence d’une base mondaine, il devenait nécessaire d’édifier sur une base spirituelle. Cette mission Ezekiel l’accomplit en observant les signes du temps et en déduisant de ces signes ses doctrines. Conformément aux deux parties de sa mission, sa personnalité et sa prédication se présentent toutes deux comme double. Il faut expliquer les événements du passé. Si YHWH a permis que sa ville et son Temple soient détruits et que son peuple soit conduit en exil, il n’a point pour cela témoigné d’impuissance ni de faiblesse. C’est lui qui l’a voulu et a été contraint de le faire à cause des péchés du peuple d’Israël, qui a mal compris sa nature et sa volonté. Toutefois il n’y a aucune raison de désespérer; car Elohîm ne désire pas la mort du pécheur, mais sa réforme. Le Seigneur restera Elohîm d’Israël, et Israël restera son peuple. Aussitôt qu’Israël reconnaîtra la souveraineté du Seigneur et agira en conséquence, il restaurera le peuple, afin qu’il accomplisse sa mission éternelle et que le Seigneur habite réellement au milieu d’eux. Cela ne peut cependant s’accomplir que lorsque chaque individu se réformera et fera de la volonté du Seigneur sa loi.

C’est là que se rencontre la tendance individualiste particulière d’Ezekiel qui le distingue de tous ses prédécesseurs. Il conçoit comme sa mission prophétique d’atteindre individuellement ses frères et compatriotes, de les suivre et de les ramener à Dieu; et il se considère personnellement responsable de chaque âme individuelle. Les rachetés devaient former la congrégation du nouveau Temple et exemplifier par leur vie la vérité de la parole selon laquelle Israël était destiné à devenir un « royaume de sacrificateurs » (Exode xix.6). Loi et culte — tels sont les deux points focaux de l’espérance d’Ezekiel pour l’avenir. Le peuple devient une congrégation; la nation, une fraternité religieuse. Les buts et tâches politiques n’existent plus; la monarchie et l’État s’absorbent dans la pure domination de Dieu. Ainsi Ezekiel a imprimé au judaïsme post‑exilique son caractère particulier; et c’est là que réside son importance religio‑historique unique.

Un autre trait de la personnalité d’Ezekiel est de nature pathologique. Chez aucun autre prophète la vision et l’extase ne sont aussi marquées; il se réfère à plusieurs reprises à des symptômes de graves maladies, telles que la paralysie des membres et de la langue (iii.25 et suiv.), dont il n’est délivré qu’au moment de l’annonce de la chute de Jérusalem (xxiv.27, xxxiii.22). Ces affirmations doivent être prises non pas figurativement mais littéralement; Elohîm avait expressément ordonné qu’un homme sujet à des infirmités physiques devînt l’instrument docile de sa volonté.

E. G. II. K. H. C.

Dans la littérature rabbinique : Ezekiel, comme Jérémie, est dit descendant de Josué par son mariage avec la prosélyte Rahab (Meg. 14b; Sifre, Nombres 78). Quelques‑uns vont jusqu’à dire qu’il était le fils de Jérémie, qui fut aussi appelé « Buzi » parce qu’il était méprisé — « buz » — par les Juifs (Targ. Yer., cité par Kimhi sur Ezéchiel i.3). Il fut déjà actif comme prophète en Palestine, et il conserva ce don lorsqu’il fut exilé avec Jojakin et les grands du pays en Babylonie (Josèphe, Ant. x.6, §3 : « alors qu’il était encore garçon » ; comp. Rachi sur Sanh. 92b ci‑dessus). S’il n’avait pas commencé sa carrière prophétique en Terre Sainte, l’esprit de prophétie ne l’eût pas saisi en pays étranger (Mek., Bo, i.; Targ. Ezéchiel i.3; comp. M. K. 25a). Ainsi la première prophétie du livre ne constitue pas le chapitre inaugural du Livre d’Ezéchiel, mais le second; selon d’autres, elle est le troisième (Mek., Shirah, 7). Bien que dans le commencement du livre il décrive très clairement le trône de Dieu, cela ne tient pas au fait qu’il eût vu davantage qu’Isaïe, mais parce que ce dernier était plus accoutumé à de telles visions; la relation des deux prophètes est celle d’un courtisan à un paysan, ce dernier décrivant toujours une cour royale plus fleuries que le premier, à qui de telles choses seraient familières (Hag. 13b). Ezekiel, comme tous les autres prophètes, n’a contemplé qu’un reflet flou de la majesté divine, ainsi qu’un pauvre miroir ne renvoie les objets que d’une façon imparfaite (Lev. R. i.14, vers la fin). Dieu permit à Ezekiel de voir le trône afin de lui démontrer qu’Israël n’avait aucune raison d’être fier du Temple; car Elohîm, loué jour et nuit par les armées des anges, n’a point besoin des offrandes et du culte humains (Lev. R. ii.8; Tanna debe Elijahu R. vi.).

Trois épisodes au cours de l’activité prophétique d’Ezekiel méritent une mention spéciale. C’est à lui que les trois hommes pieux, Hananiah, Mishaël et Azariah, demandèrent conseil pour savoir s’ils devaient résister à l’ordre de Nabuchodonosor et choisir la mort par le feu plutôt que d’adorer son idole. D’abord Elohîm révéla au prophète qu’ils ne pouvaient espérer un secours miraculeux; il en fut profondément affligé, car ces trois hommes formaient le reste de Juda. Mais après qu’ils eurent quitté la maison du prophète, parfaitement résolus à sacrifier leur vie à Dieu, Ezekiel reçut cette révélation : « Tu crois en effet que je vais les abandonner. Cela n’arrivera point; mais laisse‑les accomplir leur dessein selon leur piété, et ne leur dis rien » (Cant. R. vii.8; comp. Azariah dans la littérature rabbinique).

Le plus grand miracle d’Ezekiel consistait en la résurrection des morts, racontée en Ezéchiel xxxvii. Il existe différentes traditions quant au sort de ces hommes, avant et après leur résurrection, et quant’au moment où cela eut lieu. Quelques‑uns disent qu’ils étaient des gens impies qui, de leur vivant, avaient nié la résurrection et commis d’autres péchés; d’autres pensent qu’il s’agissait d’Éphraïmites qui tentèrent d’échapper d’Égypte avant Moïse et périrent dans la tentative (comp. Éphraïm dans la littérature rabbinique). D’autres encore soutiennent qu’après que Nabuchodonosor eut emmené à Babylone les beaux jeunes gens de Juda, il les fit exécuter et mutiler leurs corps parce que leur beauté avait envoûté les Babyloniennes, et que ce sont ces jeunes gens qu’Ezekiel rappela à la vie. Le miracle se serait accompli le même jour où les trois hommes furent jetés dans la fournaise ardente; à savoir, le Sabbat et le Jour des Expiations (Cant. R. vii.9). Nabuchodonosor, qui avait fait une coupe à boire du crâne d’un Juif assassiné, fut grandement étonné lorsque, au moment où les trois hommes étaient jetés dans la fournaise, les corps des garçons morts se mouvèrent et, frappant son visage, crièrent : « Le compagnon de ces trois hommes ressuscite les morts ! » (voir une déformation karaïte de cet épisode dans « Eshkol ha‑Kofer » de Judah Hadasi, 45b, note; 134a, fin de la section). Lorsque les garçons revinrent à la vie, ils se levèrent et chantaient les louanges de Dieu pour le miracle accordé; plus tard ils allèrent en Palestine, où ils se marièrent et eurent des enfants. Dès le IIe siècle cependant, quelques autorités déclarèrent que cette résurrection des morts était une vision prophétique ; opinion que Maïmonide (« Moreh Nevoukhem », ii.46; texte arabe, 98a) et ses partisans considèrent comme la seule explication rationnelle du passage biblique (comp. le commentaire d’Abravanel sur le passage). Un récit des événements, sans variation importante par rapport aux histoires du Talmud (Sanh. 92b), trouvé dans Pirke R. El. xxxiii., court ainsi :
« Lorsque les trois hommes eurent été délivrés par Elohîm de la fournaise ardente, Nabuchodonosor, se tournant vers les autres Juifs qui avaient obéi à ses ordres et adoré l’idole, dit : ‘Vous saviez que vous aviez un Dieu secourable et sauveur, pourtant vous l’avez abandonné pour adorer une idole qui n’est rien. Cela montre que, tout comme vous avez détruit votre propre pays par vos mauvais actes, vous tentez maintenant de détruire mon pays’; et sur son ordre ils furent tous mis à mort, au nombre de 600 000. » Vingt ans plus tard on emmena le prophète au lieu où gisaient les garçons morts, et on lui demanda s’il croyait qu’il pouvait les réveiller. Au lieu de répondre par un « oui » catégorique, le prophète répondit évasivement, et comme punition il fut condamné à mourir « sur une terre étrangère ». De nouveau, lorsque Dieu lui demanda de prophétiser le réveil de ces morts, il répliqua : « Ma prophétie pourra‑t‑elle réveiller eux et aussi ceux qui ont été déchirés et dévorés par les bêtes sauvages ? » Ses doutes furent sans fondement, car la terre trembla et réunit les os épars; une voix céleste les ranima; quatre vents se précipitèrent vers les quatre coins du ciel, ouvrirent le trésor des âmes et amenèrent à chaque corps son âme. Un seul parmi tous les milliers resta mort; il avait été révélé au prophète qu’il avait été un usurier, qui par ses actions s’était montré indigne de la résurrection. Les ressuscités pleurèrent d’abord, croyant qu’ils n’auraient pas part à la résurrection finale, mais Elohîm dit à Ezekiel : « Va et dis‑leur que je les réveillerai au moment de la Résurrection et que je les conduirai avec le reste d’Israël en Palestine » (comp. Tanna debe Eliyahu R. v.).

Parmi les doctrines consignées par Ezekiel dans son livre, les Rabbins relevèrent notamment ce qui suit : il enseigna « l’âme qui pèche, elle mourra elle‑même » (Ezéchiel xviii.4), bien que Moïse ait dit (Exode xxxiv.7) qu’Elohîm visiterait « l’iniquité des pères sur les enfants ». Une autre doctrine importante d’Ezekiel est son avertissement de ne pas mettre la main sur les biens du prochain, qu’il considère comme le plus grand péché parmi les vingt‑quatre qu’il énumère (Ezéchiel xxii.2 et s.), et qu’il répète donc (Eccl. R. i.13) à la fin de son index des péchés (Ezéchiel xxii.12). En matière rituelle le Livre d’Ezéchiel contient maints éléments contradictoires aux prescriptions du Pentateuque, et pour cette raison il échappa de peu à être déclaré « apocryphe » par les lettrés peu avant la destruction du Temple (Shah. 13b; Men. 45a). Personne ne devait lire ni expliquer publiquement le premier chapitre du livre (Hag. ii.1; ib. Gem. 13a), parce qu’il traitait des secrets du trône de Dieu (comp. Ma'aseh Merkavah).

s. s. L. G.

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Source

The Jewish Encyclopedia, Funk & Wagnalls (1901-1906), domaine public aux États-Unis ; sélection partielle, traduction française et réadaptation éditoriale À l'ombre du figuier, d'après les scans Internet Archive.