Définition dans Jewish Encyclopedia
Ville
CITY
Les Hébreux distinguaient, quant à la taille, les villages et les villes. Les exploitations isolées (ivn,
Ex. viii. 9 ; Lev. xxv. 31 ; ,Tosli. xiii. 23 ; Isa. xlii.
11 ; Ps. X. 8 ; Nell. xi. 25, xii. 39) se développèrent soit
en villages (m'D. Gen. xxv. 16, ou nsa, I Sam. vi.
18 ; Cant. vii. 12 ; I Chron. xxvii. 25, Neh. vi. 2), soit
en villes (Tiy ou n'"lp, Gen. iv. 17, xix. 25, 29). Les
agglomérations plus importantes se formèrent là où les rives
d’un lac ou d’un fleuve s’élargissaient en une plaine, comme à Tibériade
et à Jéricho ; à la confluence de plusieurs fleuves, comme à
Beth-shean et à Ninive ; en un endroit commode pour le gué, ou là où un versant montagneux isolé offrait une
protection naturelle contre les attaques, comme ce fut le cas à
Jérusalem. Les villages et les villes ne se distinguent pas toujours respectivement comme lieux non fortifiés et lieux entourés de murailles, ainsi que
le soutient Benzinger (« Arch. » § 18, 2) : car
ninsn 'ly (« villes de la plaine ou de la campagne ouverte ») sont
également mentionnées (Esth. ix. 19) ; et elles équivalent à « ilty'bn 'ly », comme Kimhi l’a correctement interprété dans
son ouvrage sur les racines hébraïques sous HD-. On peut
déduire la même chose de ntDin “I'J? (Lev. xxv. 29 ; comparer Prov. xxv. 28), d’après quoi il pouvait aussi y avoir
beTiy ; c.-à-d. sans murailles. Naturellement, toutefois,
la plupart des villes étaient entourées de murailles en ces temps anciens, lorsque les attaques de bandes hostiles et errantes
étaient imminentes, et ce danger donna probablement la première impulsion à la construction des villes. En
tout cas, il est significatif que Caïn entreprit de bâtir
une ville seulement après la naissance de son premier fils, et qu’il lui donna le nom de ce fils. Elle devait être un
lieu de refuge pour sa famille.
Dans l’énumération des principales caractéristiques d’une ville,
il faut d’abord mentionner les sources d’eau ;
car une abondante provision d’eau bonne à boire est la première condition du
Eaux — bien-être d’une ville. Cette conception est
ouvrages. confirmée par des passages de l’Ancien
Testament. Lors du siège de Jébus,
David offrit une récompense au héros qui avancerait jusqu’aux ouvrages hydrauliques (« zinnor », II Sam.
V. 8), et Isa. vii. 3 rapporte le soin du roi Achaz de faire protéger
les ouvrages hydrauliques contre l’attaque de l’ennemi.
Les rues (« huz. » « sluik ») constituaient la seconde caractéristique importante. Elles étaient aussi étroites dans les villes
de l’Orient ancien qu’elles le sont dans celles de l’Orient moderne (Josèphe, « B. J. » vi. 8, § 5 ; Benzinger,
Circus
Ciudad Keal
l.c. § IS, 4). C’était aussi une exception qu’une rue
pût être appelée droite, comme, par exemple, la rue de
Damas mentionnée dans Actes ix. 11 ; car la majorité était très tortueuse, avec de nombreux angles. La
Loi ordonne que les routes conduisant aux villes
de refuge soient maintenues en bon état (Deut. xix. 3) ; mais
dans les premiers temps, le pavage des rues était probablement
inconnu. Josèphe (« Ant. » viii. 7, § 4), en effet,
rapporte que Salomon fit paver de pierres noires les rues menant à Jéru-
salem ; mais l’affirmation est ambiguë, puisque la boue des rues est souvent men-
tionnée comme chose proverbiale (Isa. v. 25, x. 6 ; IMi-
1 call vii. 10 ; Zech. ix. 3, x. 5 ; Ps. xviii. 43). Cependant, puisque
Hérode fit paver la rue principale d’Antioche (Josèphe, « Ant. » xvi. 5, § 3), on peut supposer
qu’il accorda une faveur semblable aux habitants
de Jérusalem. Il est certain que sous Hérode Agrippa
les rues de Jérusalem furent pavées de pierres blanches
(Josèphe, « Ant. » xx. 9, § 7). Dans l’Antiquité,
le nettoyage des rues était presque aussi peu connu que
leur éclairage ; ce dernier étant une innovation très récente dans les villes orientales. Il est rapporté, toutefois,
qu’Hérode construisit dans le port récemment bâti
de Césarée un canal souterrain, afin d’évacuer
les eaux pluviales et les immondices des rues (ib. xv. 9, § 6).
Les rues étaient nommées d’après le lieu auquel elles
conduisaient (« le chemin du champ du foulon », Isa. vii.
3), ou d’après l’occupation de la majorité de leurs habitants (« la rue des boulangers », Jer. xxxvii.
21 ; « la vallée des artisans », Neh. xi. 35 ; et le
quartier des « orfèvres et marchands », Neh.
iii. 32). Çà et là, les rues s’élargissaient en places ouvertes, qui se formaient à la séparation
des chemins (tPN~l ; Ézéch. xxi. 24 [Version Autorisée King James, 21]), ou aux
coins des rues (nj3 ; Prov. vii. 8), ou là où deux
rues se croisaient. Ces points étaient
Rues et appelés « mère du chemin », ou « tête
deux portes. des deux chemins » (Ézéch. xxi. 26 [Version
Autorisée King James, 21]), ou « la maison des chemins » (Prov.
viii. 2). Les places ouvertes se trouvaient principalement près des
portes. C’est là que les voyageurs passaient la nuit (Juges xix.
15) ; et là que jouaient les enfants (Zech. viii. 5).
Dans une ville entourée de murailles, les portes étaient les parties les plus importantes ; car près d’elles les citoyens avaient coutume de se rassembler au crépuscule pour observer ou accueillir les caravanes de voyageurs
(Gen. xix. 7 ; Job xxix. 7) ; et c’était aussi là que se tenait le tribunal (Deut. xiii. 17 ; Isa. lix. 14 ; Ps. Iv. 12), que les pactes étaient conclus (Gen. xxiii. 10 ; Ruth iv. 11), et que se trouvait la place du marché (II Rois vii. 1).
La désignation de « ville mère » (métropole) indiquait que la ville ainsi qualifiée était importante.
Cette épithète s’applique expressément à l’ancienne ville d’Abel Beth-maacah (H Sam. x.x. 19) ; tandis que la même
idée est indirectement exprimée lorsqu’il est question des « filles »
d’une ville (Nom. xxi. 25). Il arrive qu’une ville soit explicitement désignée comme grande, comme dans
Gen. X. 12, où la proposition « celle-ci est une grande
ville » ne peut se rapporter à Calah, mais est manifestement destinée à désigner Ninive avec les trois
villes voisines. Ninive est aussi appelée « grande »
dans .lonah iii. 3, où elle est hyperboliquement décrite
comme « une ville de trois jours de marche » ; cela doit se rapporter
à son diamètre et non à sa circonférence, car il est
plus naturel de supposer qu’une personne traverserait une ville plutôt que d’en faire le tour. La taille réelle des villes de Palestine ne peut être établie avec certitude,
car on trouve rarement des statistiques explicites concernant le nombre
d’habitants. Même l’affirmation que la population totale d’Aï était de 12 000 personnes
(Jos. viii. 25) ne saurait être tenue pour un fait. Benzinger
(l.c. § 10, 5) estime que le nombre des habitants
de Jérusalem était d’environ 110 000,
Étendue et chiffre qui concorde avec l’affirmation
importance selon laquelle 80 000 des habi-
culturelle tants de Jérusalem périrent et que pourtant
im- beaucoup demeurèrent (H Macc. v. 14). L’
portance. affirmation de Josèphe (« B. J. » vi. 9,
§ 3) selon laquelle Jérusalem comptait 3 000 000 d’habitants au temps de la Pâque est manifestement une exagération.
La vie dans les villages était plus simple et plus naturelle
que celle des villes. Mais les grandes villes avaient naturellement de nombreux attraits ; car on y trouvait des temples et palais magnifiques, ainsi que des rues entières occupées par des bazars exposant les trésors des pays les plus lointains. Ces spectacles sont décrits de façon très pittoresque à propos de Tyr dans
Ézéch. xxvii. 5 et seq. Les grandes villes étaient aussi les sièges du savoir, et contenaient les écoles et les bibliothèques (Isa. xlvii. 10 ; Dan. ii. 2). Mais le luxe le plus extrême prévalait également dans les grandes villes, comme on peut le déduire de la description par Isaïe des festins (Isa. v. 11, xxviii. 8). L’extravagance dans l’habillement était aussi poussée au-delà de toute mesure (Isa. iii.
16 et seq.), et, pire encore, l’audace et l’impudence allaient de pair avec les vices mentionnés (Amos iv.
1 et seq. ; Isa. xxxii. 9 et seq. ; Nahum iii. 4).
Le fréquent changement des noms des villes est un fait intéressant à noter ; et l’Ancien Testament a pris un soin particulier à consigner ces changements. La longue série détaillée de ces notices commence par les mots « Béla, qui est [la future] Tsoar » (Gen. xiv. 2, 8), d’autres exemples étant
Luz, c.-à-d. Beth-el (ib. xxviii. 19 ; xxxv. 6, 27 ; Jos.
xviii. 13 ; Juges i. 23, 26 ; xviii. 29) ; Kirjath-arba,
c.-à-d. Hébron (Gen. xxiii. 2 ; Jos. xiv. 15 ; xv. 13, .54 ;
XX. 7 ; xxi. 11 ; Juges i. 10) ; Kirjath-sepher, c.-à-d.
Debit’ (Jos. xv. 15, 49 ; Juges i. 11) ; Jébus, c.-à-d.
Jérusalem (.Tudges xix. 20 = I Citron, xi. 4). Ce
processus de changement des noms de villes se poursuivit à des époques ultérieures. L’ancienne Sichem, par
exemple, fut appelée « Ncapolis » (Nouvelle
Changements Ville) ; et le nom de Jérusalem fut
dans les noms, changé par les Romains (Hadrien) en
Ælia et par les Arabes en al-Ktids
(le Sanctuaire). Ainsi, beaucoup de villes de l’Antiquité biblique ont continué d’exister jusqu’aux temps modernes sous de nouveaux noms, et non rarement sous leurs anciens noms. Pour la ville à l’époque postbiblique, voir Community, Oiiganization of.
Bibliographie : Schejrpr, Bilil. Arcliiiologie, 1887, pp. 60 et seq.
Benzinger, Arch. § 18.
E. G. It. E. K.
