Définition dans Jewish Encyclopedia
Tabernacle
TABERNACLE
La tente portative qui servit aux Israélites de sanctuaire pendant leurs pérégrinations dans le désert et au début de leur vie en Palestine. C’est surtout en Exode xxvi et dans son parallèle, ibid. xxxvi, 8-38, que le plus ancien sanctuaire de YHWH est mentionné. Sa partie fondamentale consistait en une charpente en bois d’acacia. Chaque planche mesurait 10 coudées de long et 1½ coudée de large (une ancienne coudée hébraïque mesurait probablement, comme la babylonienne, 55,5 cm). Les côtés nord et sud contenaient chacun vingt de ces planches (ibid. xxvi. 18, 20). Le côté occidental était formé de six planches semblables (ibid. v. 22), avec en outre deux autres destinées à joindre le côté occidental respectivement aux côtés nord et sud, d’une manière décrite d’une façon plutôt obscure (ibid. vv. 23-25). Ces quarante-huit planches étaient fixées sur des socles d’argent, deux par planche, au moyen de « mains » (« yadot. »), c.-à-d. de tenons, et elles étaient empêchées de se séparer par cinq traverses de chaque côté (ibid. vv. 26-28). Le côté oriental restait ouvert.
Puisque ce squelette constituait évidemment la première partie à être montée (ibid. xl. 18), il a été mentionné d’abord ici; mais ce qui constituait réellement la demeure de YHWH, selon les paroles expresses de l’Ancien Testament (Exode xxvi. 1, 6; xxxvi. 8, Parts. 13), étaient les tentures intérieures, qui donnaient à la structure sa forme caractéristique. La qualité et les couleurs de ces tentures furent choisies en conséquence : elles étaient tissées des fils les plus fins, certains blancs, certains bleuâtres et pourpres rossâtres, et d’autres écarlates. Des représentations de chérubins y étaient aussi tissées (ibid. xxvi. 1-6). Un second ensemble de tentures fut fait en poil de chèvre, matière d’usage pour les tentes (ibid. vv. 7-13) ; celles-ci, par synecdoque (comp. Comp., König, “Stilistik,” etc., p. 64), et le fait que le revêtement de la tente en était placé par-dessus (Exode xl. 19) constitue une preuve convaincante de l’opinion selon laquelle elles enveloppaient presque complètement les planches afin qu’elles ne se salissent pas ; elles ne devaient pas toucher le sol, et furent donc faites seulement de 28 coudées de long. Ce fait ne serait pas aussi compréhensible si les tentures avaient été de simples lambris intérieurs. L’objection a été soulevée, il est vrai, que des chérubins y étaient tissés, et que dans le Temple de Salomon des chérubins furent sculptés sur les parois intérieures ; mais ce dernier cas présente une modification nécessaire qui résulta naturellement lorsque la demeure de YHWH ne consistait plus principalement en tentures. En outre, le texte ne contient aucune suggestion de crochets ou d’autres appareils au moyen desquels les tentures auraient pu être suspendues si elles avaient été destinées uniquement à couvrir la surface intérieure des murs.
La tente intérieure. La restauration (Fergusson) et le plan montrent que ces tentures intérieures étaient appelées la « demeure » et formaient l’essentiel du lieu de résidence ; elles furent donc nommées l’« ohel moʿed » (Exode xxvii. 21 et suiv.). Le cadre était recouvert par-dessus de deux revêtements : l’un en peau de bélier teinte en rouge, et l’autre en peaux du tahash. Ce dernier était probablement une espèce de phoque ; en tout cas c’était un animal moins commun que le mouton, que Friedrich Delitzsch comprend par « tahash » dans ses Prolegomena zu einem Neuen Hebraisch-Aramaischen Wörterbuch (p. 79). Quant aux tentures déjà mentionnées, quelques savants, comme Winer (“B. K.”) et Holzinger (sur Ex. xxvi. 15, dans “K. H. C.” 1900), ont affirmé qu’elles ne formaient pas les murs du Tabernacle, mais seulement un revêtement intérieur de ces murs ; mais le point de vue contraire est beaucoup plus probable, et c’est celui adopté par De Wette, par exemple (“Hebräische Archäologie,” § 194), par Riehm (“Handwörterbuch des Biblischen Altertums,” p. 1559), et par Baentsch (“Handkommentar zum Exodus,” 1900, p. 228) ; en effet, le fait que ces tentures sont appelées « la demeure » de YHWH mentionnée ci‑dessus conduit à considérer leurs dimensions.
Taille. La hauteur était sans doute de 10 coudées ; mais la longueur n’était pas simplement 20 × 1½ coudée, puisque doivent encore être prises en considération les huit planches du côté occidental. Celles-ci mesuraient 1½ coudée chacune ; et, de plus, l’épaisseur des deux planches par lesquelles le mur occidental était joint d’un côté au mur méridional et de l’autre au mur septentrional (ibid. xxvi. 23-25) doit être comptée pour déterminer la longueur extérieure du Tabernacle. L’épaisseur de ces planches peut être estimée d’après le calcul suivant : le Saint des Saints avait 10 coudées de haut et 10 coudées de long, puisque la moitié du revêtement intérieur, long de 40 coudées, allait de l’extrémité inférieure du mur occidental au bord du Saint des Saints (ibid. xxvi. 33). Ce lieu très saint forma très probablement un cube de 10 coudées (comp. « kaʿbah » = « cube »). Si tel est le cas, la largeur du Tabernacle doit avoir été de 10 coudées, c.-à-d. la largeur de son espace intérieur, tandis que les huit planches occidentales mesuraient 12 coudées ; et les murs sud et nord devaient couvrir chacun un des 12 coudées du mur occidental ; c.-à-d. que les planches devaient chacune avoir 1 coudée d’épaisseur. La longueur extérieure du Tabernacle était donc 20 × 1½ + 1 = 31 coudées ; et sa largeur extérieure était 8 × 1½ coudées. Mais la longueur intérieure était de 30 coudées, et la largeur intérieure de 10 coudées ; et puisque l’espace intérieur constituait la demeure de YHWH, Josèphe dit (“Ant.” iii. 6, § 3), non sans raison, « sa longueur, lorsqu’elle était dressée, était de 30 coudées, et sa largeur de 10 coudées. »
Ce voile divisait la tente, suspendu à 10 coudées du mur occidental, en un Saint des Saints (« Kodesh ha‑Kodashim ») et un Saint (« Kodesh »). Ce rideau était appelé « paroket », et était tissé des mêmes quatre étoffes que les tentures coûteuses qui formaient le revêtement intérieur (Exode xxvi. 31-35). L’entrée orientale du lieu saint, longue de 20 coudées, était couverte par un rideau (« masak ») des mêmes matériaux (ibid. vv. 36 sqq.). Enfin une cour (ḥazer) formait jusqu’à un certain point une partie du Tabernacle. Cette cour mesurait 100 coudées de long et 50 coudées de large (ibid. xxvii. 9-13), et, puisque le Tabernacle était placé dans sa partie occidentale, on l’appelait à bon droit parvis. Le Tabernacle pouvait être démonté (Nombres x. 17); et il est donc appelé « tente ». Sa forme n’avait pas besoin d’être celle d’une maison (à savoir celle du Temple de Salomon), puisque (malgré les assertions de Holzinger [l.c. p. 129] et de Baentsch [l.c. p. 231]) les tentes sont parfois faites sous une forme allongée.
Nom. Comme il a été dit plus haut, ce sanctuaire de YHWH (Exode xxv. 8) fut naturellement appelé la « demeure » par excellence (« ha‑mishkan ») et la « tente » par excellence (« ha‑ohel ») ; mais sa désignation la plus fréquente est « ohel moʿed » (ibid. xxvii. 21 et suiv.). Cette expression signifie « tente de rendez‑vous mutuel », c.-à-d. « lieu de rencontre [de YHWH avec Moïse et ses successeurs] » (Exode xxv. 22 ; comp. le païen « har moʿed », Isa. xiv. 13). Il était erroné d’interpréter « moʿed » ici au sens temporel, comme s’il avait signifié « tente de temps fixé » (Targ., Pesh., arabe). L’expression signifie encore moins « tente du témoignage » (LXX ; κτλ.), interprétation défendue à tort par A. Zahn (“Das Deuteronomium,” 1891, p. 67). Cette interprétation ne peut être recommandée du fait que l’expression « ohel ʿedut » = « tente du témoignage » (Nombres ix. 15, xvii. 22 et suiv., xviii. 2 ; I Chron. xxiv. 6) ou « maison du témoignage » (Exode xxxviii. 21 ; Nombres i. 50, 53) se rencontre aussi ; car si la même idée devait être exprimée, le même mot aurait été employé dans les deux cas.
Origine et âge. Il était naturel que l’Arche de l’Alliance fût érigée en quelque lieu protégé ; un tel lieu est expressément mentionné en Exode xxxiii. 7-11 (section correctement attribuée à un chroniqueur relativement ancien), et il est appelé « ohel moʿed ». Il est toutefois dit dans le même passage que Moïse dressait habituellement le Tabernacle hors du camp (comp. König, “Syntax,” 157, 367e), et sa position est ainsi désignée en Nombres x. 32 ; xi. 24, 26 et suiv., 30 ; xii. 4, tandis que selon Nombres ii. 2, 17 ; v. 1 et suiv., l’ohel moʿed formait le point central du camp. Cette obscurité dans la mémoire d’Israël ne doit pas être niée ; mais, néanmoins, la question demeure de savoir si le Tabernacle, dont la description a été donnée ci‑dessus, doit être traité comme une pure invention des prêtres ultérieurs, comme le prétendent de nombreux exégètes et plus particulièrement Baentsch (l.c. p. 220). L’argument selon lequel la splendeur dont le Tabernacle est pourvu selon Exode xxvi et suiv. exclut son attribution au temps de Moïse n’a pas de poids, puisque le passage Exode iii. 22 et suiv. n’admet pas la conclusion que les Israélites sortis d’Égypte étaient totalement dépourvus. De plus, il n’est pas remarquable, comme on l’a soutenu, que la tente de la rencontre ait parfois été appelée « maison » (« bayit » ; comp. Josué xviii avec Juges xviii. 31), puisque la tente que David érigea pour l’Arche de l’Alliance (II Samuel vi. 17) est de même appelée « maison de YHWH » (I Chron. xii. 20) ; et si le Tabernacle était un produit de l’imagination, ayant pour prototype le Temple de Salomon, d’autres différences entre les descriptions des deux seraient difficiles à expliquer (par ex. un candélabre au lieu de dix).
Sens symbolique. Il est probable que les traits caractéristiques du lieu de culte dans l’Ancien Testament portaient, en plus de leur fonction extérieure, une relation symbolique intérieure aux idées religieuses. On peut considérer comme principales les interprétations suivantes : l’ouverture de la porte vers l’orient renvoyait au lever du soleil (comp. Isaïe lx. 1 et suiv.) ; la distinction entre le lieu saint et le Saint des Saints correspondait à la distinction entre le ciel et le ciel le plus intérieur (« shéme ha‑shamayim » ; livings viii. 27, etc.) ; et le parvis, d’après Isaïe lxvi. 1, symbolisait la terre. Cette interprétation a été suggérée par Josèphe (l.c. iii. 6, § 4), et a été surtout développée par Bahr (“Symbolik des Mosaischen Kultus,” 1837).
E. c. E. K.
