Définition dans Jewish Encyclopedia
Rome
ROME
Capitale dans l’Antiquité de la république et de l’empire romains ; à l’époque moderne, des domaines pontificaux et du royaume d’Italie. Des Juifs ont vécu à Rome depuis plus de 2 000 ans, plus longtemps que dans aucune autre ville européenne. Ils s’y rendirent d’abord d’Alexandrie, attirés par les relations commerciales actives entre ces deux villes. Ils ont pu établir une communauté dès le second siècle av. J.-C., car en l’année 139 av. J.-C. le préteur Hispanus publia un décret expulsant tous les Juifs qui n’étaient pas citoyens italiens.
Installation précoce — Au cours des dernières décennies du deuxième siècle av. J.-C., après la guerre entre les frères hasmonéens d’une part et César et Pompée d’autre part, la communauté juive de Rome connut une très rapide croissance. Les Juifs amenés à Rome comme prisonniers furent soit rachetés par leurs coreligionnaires, soit affranchis par leurs maîtres romains, qui trouvaient leurs coutumes particulières gênantes. Ils s’établirent comme commerçants sur la rive droite du Tibre, donnant ainsi naissance au quartier juif de Rome.
Les Juifs s’identifièrent parfois à la politique romaine et exercèrent quelque influence dans des réunions publiques (Cicéron, « Pro Flacco », ch. lxvi.). Ils entretenaient des relations commerciales constantes avec la Palestine et payaient la taxe du Temple à Jérusalem ; pour cette raison ils s’intéressaient vivement aux procédures concernant Flaccus (voir Disp. : Fiscus Judaicus). César, en raison de l’aide rendue par les Juifs dans sa guerre contre Pompée, témoigna sa gratitude aux Juifs de Rome en leur permettant de tenir des exercices de dévotion publique, autrement interdits dans la cité. Des synagogues existaient à Rome dès l’époque d’Auguste, comme en témoigne une ordonnance déclarant leur inviolabilité. Les Juifs furent encore favorisés pour la distribution du blé : lorsque la répartition avait lieu le Sabbat, leur part leur était réservée jusqu’au jour suivant.
La délégation juive qui demanda la déposition de la maison royale des Iduméens comptait 8 000 résidents juifs de Rome. Plusieurs Romains adoptèrent des coutumes juives, et quelques-uns, comme le rhéteur Cilicius de Calacte, ami de Dionysius de Halicarnasse, embrassèrent même le judaïsme (Müller, « Fragmenta Historicorum Graecorum », iii. 331).
Sous Tibère (jusqu’à la destitution de son favori Séjan), la situation des Juifs fut funeste. Quand le culte d’Isis fut chassé de Rome (19 apr. J.-C.), les Juifs furent également expulsés parce qu’une dame romaine, portée vers le judaïsme, avait été trompée par des escrocs juifs. Les synagogues furent fermées, les vases brûlés, et 4 000 jeunes Juifs furent envoyés au service militaire en Sardaigne. Après la mort de Séjan (31 apr. J.-C.) l’empereur permit le retour des Juifs.
Claude ne se montra pas défavorable aux Juifs romains au début de son règne, mais en 49-50, à la suite de dissensions parmi eux au sujet de l’avènement du Mashiah, il leur interdit d’exercer des offices religieux. Les chefs du différend et beaucoup d’autres citoyens juifs quittèrent la cité. Un nombre considérable de Juifs romains qui étaient devenus chrétiens reçurent l’apôtre Paul à Pouzzoles (61) et à Rome avec les formalités d’usage (en ce qui concerne le séjour de Pierre à Rome, comparer Jellinek, « B. H. », iii. 60 sq., et Gildemann, « Gesch. », ii. 44 et seq.). Sous Néron, les Juifs de Rome vécurent une période relativement paisible, grâce à l’attitude favorable de l’impératrice Poppée Sabine ; mais ceci fut suivi des terribles guerres et de la conquête de la Judée sous les empereurs Vespasien et Titus. Le judaïsme à Rome fut dès lors placé au rang de religion privilégiée, au lieu d’être considéré comme une nation séparée, et le fiscus Judaicus fut levé au profit du temple de Jupiter Capitolin. Un « procurator ad capitularia Judæorum » fut habilité à lever cet impôt, et seuls ceux qui avaient abandonné le judaïsme étaient exemptés de son paiement.
Après la guerre la communauté juive de Rome s’accrut rapidement ; parmi les Juifs en vue résidant alors à Rome, outre Flavius Josèphe, le roi Agrippa et sa sœur Bérénice, on dit qu’étaient membres des quatre familles dont descendent les De Rossi, les Degli Adolescentoli, les De Pomis et les Degli Piatelli. La pression fiscale rendit très difficile la condition des Juifs sous Vespasien et Titus ; elle s’aggrava encore par l’augmentation du nombre de ceux qui abandonnaient ou prétendaient abandonner le judaïsme pour échapper au paiement des impôts. Ces défections devinrent si nombreuses que l’empereur Domitien, au début de la dixième décennie, dut prendre des mesures sévères. Chaque suspect était examiné individuellement, et s’il était reconnu coupable, il était sévèrement puni (Dion Cassius, Lxxvii. 2). Parmi ceux condamnés à mort ou à l’exil pour diverses raisons figurèrent le neveu de l’empereur Flavius Clemens et sa femme Domitilla. Des rabbis — Gamaliel, Joshua, Éléazar et Akiba — prêchèrent dans les synagogues de Rome pendant leur bref séjour, et engagèrent des disputes avec les judéo-chrétiens.
Les Juifs ne semblent pas avoir été atteints par les sévères décrets promulgués par Hadrien après l’insurrection juive. À cette époque vivaient à Rome Theudas, qui aidait au maintien des maîtres en Palestine et réintroduisit la préparation de l’agneau pascal parmi les communautés juives de Rome. Lors d’une visite diplomatique que R. Siméon ben Yohaï et R. Éléazar b. Josè firent à Rome au deuxième siècle, ils prêchèrent dans les synagogues sur des sujets halakhiques, et ils entretenaient des relations intimes avec R. Mattithiah ben Heresh, fondateur du séminaire juif à Rome, lui-même originaire de Palestine. Jusqu’à la mort du dernier des Antonins, Commode, les Juifs subirent autant les malheurs qui frappaient Rome qu’auparavant ils avaient bénéficié de sa croissance ; particulièrement sévères furent pour les Juifs la famine, l’inondation et l’incendie sous Antonin le Pieux et Marc Aurèle. Sous Commode ils souffrirent encore des conséquences d’un feu provoqué par un tremblement de terre.
En 204 Septime Sévère édicta une ordonnance contre la conversion soit au judaïsme soit au christianisme. D’autre part, les édits de Sévère et de Caracalla confirmèrent tous les Juifs nés dans le pays dans leurs droits ; ils pouvaient même remplir des charges publiques tout en adhérant à leur foi. Le judaïsme devint une religion permise (« religio licita »). La condition des Juifs resta à peu près la même sous Hélagabale ; Alexandre Sévère les traita si favorablement qu’on l’appela ironiquement « archisynagogus ».
Une nouvelle ère commença avec le règne de Constantin (312). Cet empereur, dès qu’il eut vaincu son adversaire Maxence, embrassa ouvertement le christianisme. Les institutions des Juifs romains ne furent pas molestées, mais ils furent dès lors considérés comme citoyens de seconde classe, comme l’étaient les païens. Plus important encore fut l’interdiction faite aux chrétiens d’enfanter circonciser leurs esclaves. Constantin rendit un décret interdisant les mariages entre Juifs et chrétiens et rendant la violation de cet ordre punissable de mort. Dans ses édits les Juifs sont pour la première fois désignés comme une « secte infâme » ou « bestiale », « méprisables et pervers » (« secta nefaria » ou « feralia » : « turpes » ; « perversi »). Un autre tournant dans l’histoire des Juifs de Rome eut lieu sous l’empereur Julien l’Apostat. Bien qu’il ne fût pas incliné vers le judaïsme, il le jugeait supérieur au christianisme, et l’un de ses premiers actes fut d’abolir le fiscus Judaicus, qui avait alors existé pendant 300 ans, plaçant ainsi les Juifs sur un pied d’égalité avec les autres citoyens. Les successeurs de Julien
essentiellement achevèrent graduellement la transformation du statut des Juifs à Rome ; cependant des restrictions alternées et des protections se succédèrent selon les circonstances politiques et religieuses.
Les évêques de Rome, pour leur part, témoignaient peu d’hostilité systématique aux Juifs. Au Ve siècle, le pape Gélase montra surtout un esprit très impartial envers les Juifs ; parmi ses proches collaborateurs se trouvait Telesinus, le premier Juif mentionné dans un document papal, qui, avec sa famille, bénéficia beaucoup de la faveur épiscopale.
Théodoric le Grand (493-526) se montra très juste envers les Juifs. Il est vrai que les anciens édits contre eux restèrent en vigueur et qu’ils n’étaient pas autorisés à construire de nouvelles synagogues à Rome ; cependant il soutint le principe selon lequel nul ne doit être forcé d’accepter une autre religion contre sa conviction. Dans le même esprit il accorda aux Juifs certains privilèges qui les plaçaient sur un pied d’égalité avec Romains et Goths. Sous le règne de Théodoric eut lieu un terrible soulèvement à Rome, lorsque des esclaves qui avaient assassiné leurs maîtres juifs, et ayant été punis par les autorités, gagnèrent la sympathie d’une foule qui attaqua les Juifs et mit le feu à une synagogue. Les meneurs du soulèvement furent sévèrement châtiés par ordre de l’empereur. On rapporte aussi une querelle entre Samaritains et chrétiens, les premiers réclamant une maison qui appartenait aux seconds. Après la mort de Théodoric une nouvelle guerre éclata, les Juifs s’étant rangés du côté des Goths, qui furent cependant vaincus.
À partir de la seconde moitié du VIe siècle, les papes furent les véritables seigneurs de Rome, et les Juifs de la ville, comme dans tout le pays, dépendaient de leur attitude. Le pape Grégoire Ier (590-604) se montra très équitable et indulgent envers eux ; il défendit l’édiction de lois iniques contre eux et s’opposa fermement au baptême forcé. Les paroles suivantes apparaissent pour la première fois dans une lettre de lui : « Sicut Judaeis non » : « De même que les Juifs dans leurs communautés ne doivent pas se voir accorder de libertés au-delà de la mesure que leur accorde la loi, ainsi ne doivent-ils, d’autre part, souffrir aucune violation de leurs droits » (« S. Gregorii Epistula », viii. 25, éd. Migne). Ces mots devinrent par la suite la Magna Charta des Juifs (voir Popes). Malgré la sévérité avec laquelle le pape procéda contre le commerce d’esclaves par les Juifs — il ordonna même que l’on leur enlève de force les esclaves — il ne parvint pas à l’abolir. Ceci s’expliquait par le fait que plusieurs Juifs romains impliqués dans le commerce d’esclaves parvenaient à éluder les édits par des pots-de-vin et des baptêmes simulés. Sous ce pontificat les Juifs romains firent particulièrement beaucoup pour assister leurs coreligionnaires du midi de la France et de la Grèce.
Les siècles immédiatement suivants furent sombres et troublés pour les Juifs de Rome. L’empereur Louis II (855-875) aurait publié en 855 un édit ordonnant à tous les Juifs d’Italie de quitter le pays avant le 1er octobre de cette année. Cet ordre ne fut toutefois pas appliqué. Une décennie plus tard, l’évêque d’Orta tenta d’introduire un vêtement spécial pour les Juifs, interdit cependant par le pape Nicolas I. Au temps du pape Jean XII (955-964), parfois appelé Octavien, et du couronnement d’Otton le Grand, voir « Yosippon », éd. Breithaupt, vi. 30.
Pendant les trois cents années suivantes la prospérité des Juifs romains augmenta sensiblement et contraste avec les épreuves subies par leurs coreligionnaires ailleurs. Sous les Crescentians et Tusculans siégeant sur la chaire de Pierre, ils souffrirent relativement peu. En 1007 Jacob ben Jekuthiel vint à Rome de Lorraine ; il signale un bet din qu’il y trouva, dont le président portait le titre de « nasi ». Quinze ans plus tard (1021), une persécution eut lieu à Rome à la suite d’un violent tremblement de terre, qu’on pensa causé par la profanation d’une image de Jésus par les Juifs dans leur synagogue. Pour cette raison Benoît VIII fit condamner à mort certains Juifs réputés principaux coupables.
À cette époque la famille des Pierleoni, dont le fondateur était Juif, commença à se faire remarquer ; dans la lutte entre pape et empereur elle prit parti pour le premier, et pendant un court temps un membre de la famille occupa la chaire papale. Parmi les papes du XIe siècle, il convient de mentionner Nicolas II, qui condamna les persécutions des Juifs et s’opposa à plusieurs reprises au baptême forcé. Selon un cérémonial institué par Otto III, Juifs et chrétiens étaient tenus d’assister à l’entrée en ville d’un pape ou d’un empereur en chantant des hymnes de louange ; on sait que le pape Pascal II, l’empereur Henri V et Calixte II furent ainsi reçus à Rome par eux. Le dernier fit même publier une bulle promettant la protection des Juifs, commençant par les mots inauguraux de l’édit de Grégoire Ier, « Sicut Judaeis non ».
Des listes incomplètes des rabbins et maîtres de la communauté romaine nous sont parvenues. Parmi les plus célèbres figurait Nathan ben Jehiel, qui en 1088 établit un bain rituel à Rome, et qui, avec son frère Abraham, bâtit une synagogue achevée en 1101.
Affaires internes ; visite d’Abraham ibn Ezra — À mesure que l’importance des papes dans le monde chrétien augmentait sous l’influence allemande, la congrégation juive de Rome occupa une position honorée dans le monde juif, et des questions lui furent adressées même depuis Paris (Luzzatto, « Bet ha-Ozar », i. 57 et seq.). Après la mort d’Honorius II, le cardinal Pierleoni accéda à la papauté sous le nom d’Anaclet II. Dans la lutte qui s’ensuivit entre lui et son rival Innocent II, les Juifs de Rome prirent le parti d’Anaclet. Bernard de Clairvaux s’attaqua à Pierleoni à cause de son origine juive ; on accusa aussi le pape d’avoir été aidé par les Juifs pour dépouiller l’Église et pour réaliser la valeur des biens volés. Son successeur, Innocent II, ne renouvela pas la bulle protectrice de Calixte II, sans pour autant réduire les droits des Juifs. C’est durant son pontificat et ceux de ses successeurs immédiats qu’Abraham ibn Ezra séjourna à Rome (jusqu’en 1144) ; sa présence donna un nouvel essor à l’étude, et les meilleurs hommes de la cité, tels Joab ben Solomon et Menahem ben Moses, se groupèrent autour de lui, ce que les savants contemporains appelèrent « les hommes sages de Rome » ("Sefer ha-Yashar", p. 549 ; "Or Zarua", 62 ; Zunz, "Literaturgesch.", p. 163).
Alexandre III occupa une position particulière à l’égard des Juifs. Pressé d’argent, il leur fut très favorable, et Benjamin de Tudèle raconte combien les Juifs vivaient sous son règne dans le contentement. Il eut même un agent financier juif (un descendant de Jacob Jehiel) qui, par la bonne tenue de sa charge, contribua sans doute au renouvellement de la bulle protectrice. Mais le pape montra un autre visage au IIIe Concile du Latran (1179). Il dénonça spécialement, mais en vain, l’emploi par les Juifs de domestiques chrétiens, et il prescrivit des peines sévères pour les nourrices entrant au service des Juifs. Il ne fut pas autorisé à réparer les synagogues tant que celles-ci n’étaient pas menacées d’effondrement. Les convertis au christianisme ne pouvaient pas être déshérités. Parmi les représentants en vue de la judaïté romaine de cette époque figuraient, outre Jehiel, ses cousins Daniel Joab et Menahem ben Judah ; avec ce dernier le Français Joseph ben Pilat correspondit.
Innocent III, au IVe Concile du Latran (1215), ordonna que Juifs et musulmans portent des insignes, qu’ils ne soient pas autorisés à occuper des fonctions publiques et qu’ils signent une renonciation quant aux intérêts sur les prêts fournis aux Croisés. Son successeur Honorius III (1216-1227) fit démolir les synagogues récentes à Rome. Les pontificats de Grégoire IX et d’Honoré III influèrent fortement sur la communauté juive ; ses premières décisions témoignèrent d’une haine profonde des Juifs, mais il fut rappelé par un ambassadeur juif de France à la présence de chrétiens dans les pays païens, et cette considération l’amena peut-être à publier (4 avr. 1233) une bulle protégeant les Juifs. Il semble qu’alors on ait institué à Rome un jour de jeûne, à l’occasion duquel Benjamin ben Abraham et R. Abraham et R. Moïse Rofé composèrent quelques élégies ("Kobez 'al Yad", iv. 6, 17).
Une source juive (« Codex Angelinus », p. 7) relate qu’au temps d’Innocent IV, les Juifs, à la suite d’une sécheresse qui affecta toute la région de Rome, durent employer des tomates importées à Soukkot. Sous Alexandre IV (1254-1261) des noms juifs réapparurent dans les documents officiels après un intervalle de 750 ans. Le 1er fév. 1255 une ordonnance papale accorda certains privilèges commerciaux à un marchand juif nommé Sabbatinus Museus Salaman, mentionné comme associé d’un certain nombre de Romains et en relations d’affaires avec le Vatican ; les privilèges concernèrent le négoce dans les États pontificaux et en Sicile. La période suivant la mort de Frédéric II, lorsque l’Allemagne resta sans empereur, vit la montée des Flagellants, dont l’activité n’eut pas peu d’influence sur le judaïsme, surtout sur la communauté de Rome, qui crut que le temps messianique approchait (« Monatsschrift », xxxix. 239). Ces idées gagnèrent en force lors des troubles accompagnant les élections sénatoriales de Rome, lesquelles forcèrent le pape Alexandre III à quitter la ville pour toujours.
Un incendie survenu dans le quartier juif du Trastevere, le 26 sept. 1268, détruisit l’une des plus anciennes synagogues et vingt et un rouleaux de Torah. En raison des sommes importantes que les Juifs lui avaient prêtées, Charles d’Anjou se trouva obligé de protéger les Juifs contre les injustices commises à leur encontre par Urbain IV, le successeur d’Alexandre, qui avait promulgué (26 juil. 1267) une bulle, « Turbato Corde », étendant les pouvoirs de l’Inquisition. Vers cette époque, une émeute à Rome entraîna la destruction du cimetière juif, épisode raconté par Benjamin ben Abraham dans son élégie « K’D 'mj '3 n’IN » ("Kobez 'al Yad", iv. 24). En 1272 Grégoire X confirma la bulle protégeant les Juifs et y ajouta une clause interdisant aux chrétiens de témoigner dans les procès juifs. Elle insistait aussi sur l’absurdité de l’accusation de crime rituel. Nicolas III, par une bulle du 7 mai 1278, encouragea l’Inquisition à poursuivre les convertis. Pendant le pontificat de ce pape, Bonjudah (Bongoda ou Biongoda) de Montpellier séjournait quelque temps à Rome comme ambassadeur spécial (Zunz, "Z. G.", pp. 461, 465, 519 ; Neubauer, dans "R. E. J.", ix. 56) ; singulièrement, la date de sa mort, 22 août 1280, est mentionnée dans le Zohar (Jellinek, "B. H.", iii. 27 et seq.). La visitation à Rome de l’imposteur Abraham den Samuel Abulafia, que le pape chercha à convertir, n’eut aucune influence sur les Juifs romains. Une décision concernant une question rituelle, la seule connue prise à Rome à cette époque et qui nous soit parvenue, fut rendue durant le règne de ce pape (Berliner, "Peletat Soferim", p. 9).
Le pontificat de Nicolas IV fut d’une grande importance pour les Juifs de Rome. Lorsqu’il apprit, par son médecin Isaac ben Mordecai (Maestro Gaio), que le clergé de Rome traitait les Juifs avec cruauté, violait leurs droits et les dépouillait de leurs biens, il intervint. La position de ce médecin lui assura un grand respect au sein de sa communauté, et il se servit de son influence pour introduire l’étude de Maïmonide à Rome. Quand la controverse maïmonidéenne éclata en France, la communauté romaine s’y intéressa si vivement qu’elle envoya R. Simhah en France pour se procurer un exemplaire du commentaire de Maïmonide sur la Michna. À la mort du petit-fils de Maïmonide, en 1299, la communauté envoya une lettre de condoléances au fils de Maïmonide, Abraham.
Entre-temps Boniface VIII fut élu pape (1294) ; dès le début de son pontificat il manifesta le mépris qu’il éprouvait à l’égard des Juifs. Quand ceux-ci lui présentèrent un rouleau de la Torah en hommage, le pape le lui rendit immédiatement avec des marques d’aversion pour la religion juive. Ce fut le premier signe d’un règne de terreur. Les délateurs furent encouragés et un grand nombre de Juifs furent dénoncés à l’Inquisition par des accusateurs inconnus. Dans un cas le rabbin de la communauté fut brûlé sur un bûcher sous une accusation qui aurait compromis toute la communauté si le prévenu ne l’avait pas assumée entièrement. Deux élégies d’auteurs inconnus commémorent ce martyre ("Kobez 'al Yad", iv. 30 et seq.).
Sous Boniface VIII les Juifs furent placés sous la juridiction des corporations de marchands. Boniface fut succédé par Benoît XI (1303) et Clément V (1305) ; ce dernier transféra sa résidence en France.
Les bulles de 1309, 1345 et 1402 (15 avr.) indiquent dans quelles parties de la ville vivaient alors les Juifs. Leur quartier s’étendait de la Piazza Giudea à la Piazza dei Savelli, comprenant toute la Vuga Judacorum (rue des Juifs) et la Platea Judecorum (place des Juifs) jusqu’à la Platea in Templo Judecorum (Place du Temple des Juifs), d’où leur rue allait jusqu’au Ghetto. Certains résidaient dans la Regio Ripa, mais la plupart habitaient le district du Trastevere, avec la Porta Judaeorum. L’ensemble du district habité par eux fut appelé le « Convicinum ». La synagogue principale se trouvait près de l’église Saint-Thomas, tandis que la plupart des médecins juifs vivaient dans le Trastevere, où se trouvaient les écoles publiques de médecine et de grammaire. Le 8 fév. 1310 le Sénat accorda aux Juifs un privilège spécial dont les dispositions ne nous sont pas connues.
En 1312 l’empereur Henri VII fit son entrée à Rome (7 mai). Des illustrations de sa réception par les Juifs se conservent dans le “Codex Balduini Trevirensis” (publié par le Königliche Preussische Staatsarchiv, avec texte d’Inner, pp. 80 et seq., Berlin, 1881). Sur le retour de son couronnement (29 juin) il fut présenté par une délégation de Juifs portant un rouleau de la Loi. Avant son départ l’empereur imposa une « taxe de couronnement » sur la cité entière, mais ce furent les Juifs seuls qui la payèrent. Les Juifs de Rome étaient si riches que des financiers comme Beniamino Diodati et Abraham et Allencio Moïse et leurs associés purent avancer 15 000 florins à la ville de Montefiascone, laquelle dut payer cette somme à Orvieto, qui en considéra les Juifs comme citoyens à part entière et représentants des professions et des arts.
Les événements importants de 1320-21 sont relatés dans trois sources juives (voir “Shebet Yehudah”, xiv. 37 ; Steinschneider, “Hebr. Bibl.” vii. 115 ; Neubauer, “Cat. Bodl. Hebr. MSS.” 448, 1 [Romanze ben Isaac’s novelise on Nazir]). Selon ces sources, une persécution eut lieu à l’été 1321, sous le pontificat du pape Jean XXII, alors à Avignon. D’après la première source elle fut instiguée par Sanga, la sœur du pape ; il est possible qu’il s’agisse plutôt de Sanctia, l’épouse de Robert de Naples. Le 18 juin 1321 les Juifs envoyèrent une délégation au pape, et le même jour un jeûne général fut ordonné. À Avignon le chef de la délégation (peut‑être un descendant de la famille Bet‑El, probablement identique au poète Joab) nia les accusations portées ; pourtant le pape ordonna la brûlure publique du Talmud à Rome. Les membres influents et fortunés de la communauté firent tout pour empêcher l’exécution de cet ordre, sans succès ; le Talmud fut publiquement brûlé à la fête de Shavouot, en 1322. Insatisfaites, les foules commencèrent à se révolter ; pendant ces troubles, IL Samuel (le beau‑père du poète Immanuel de Rome) et d’autres furent assassinés ; Immanuel a relaté ces scènes dans un de ses poèmes (voir « Monatsschrift », 1872, pp. 376 et seq.).
L’entrée à Rome de Louis de Bavière (7 janv. 1328) précéda la perception d’une contribution de 30 000 florins d’or, dont un tiers fut payé par les Juifs.
Aux XIVe et au premier moitié du XVe siècle la poésie et la philosophie fleurirent dans la communauté. Les échanges entre savants juifs et chrétiens furent, en règle générale, libres, et les Juifs furent généralement protégés dans tout le territoire romain. Cela n’empêcha pas des disputations religieuses amères, tendant à exciter l’animosité mutuelle. Une source juive relate un tremblement de terre et une famine en 1328 ("Codex Breslauer Seminar", lxvii. 390b). En 1345 le principal quartier juif subit une inondation désastreuse.
Les Juifs, jusque‑là peu impliqués dans les affaires gouvernementales, changèrent d’attitude avec l’apparition de Cola di Rienzi. Rienzi, fils de la tenancière d’une auberge, né dans la partie de la ville derrière la synagogue près de l’église Saint‑Thomas, réussit à s’élever à la dignité de sénateur. Ayant découvert qu’il ne pouvait résister aux attaques des Colonna, il confisqua les biens des riches Romains ainsi que ceux des Juifs. À cause de cela, et parce que les Juifs furent exclus lors de l’octroi des droits civiques aux Italiens, une partie de ses partisans juifs le quitta. Lorsqu’il fut malmené par son adversaire le comte Pipino, ce fut un Juif qui sonna l’alarme pour appeler du secours. Les Juifs ne participèrent ni à la réélection ultérieure de Rienzi comme sénateur et tribun, ni à sa mort ; ils furent cependant contraints de brûler publiquement son cadavre.
Au temps de la peste noire (1349) les Juifs de Rome furent épargnés par le fléau. Vers cette époque des statuts urbains furent établis régulant les impôts juifs et prescrivant le costume que devaient porter les Juifs ; on les protégea contre les extorsions des officiers municipaux et des chefs de métiers. Pendant le bref pontificat de Grégoire XII, qui rétablit Rome comme siège administratif papal, la ville eut à subir la peste, sujet d’un piyout par R. Salomon ("Codex Breslauer Seminar", lxvii. 386b). Boniface IX, élu en 1389, nomma deux Juifs, Angelo et Salomone de Sabalduchio, comme médecins de sa personne. Le 15 avr. 1402 il publia une bulle qui mit sous un minimum de contrainte le pouvoir de l’Inquisition. Les faveurs accordées à la communauté romaine attirèrent alors à Rome quantité de Juifs chassés de France en 1394. Le testament de Menahem ben Nathan de Rimini, qui laissait cinq rials anciens de Bologne pour l’amélioration du littoral à Rimini et pour la restauration des murailles de Rome, témoigne de l’attachement des Juifs de Rome à leur ville (Berliner, “Misden Letzten Tagen des Römischen Ghetto”, Berlin, 1888, p. 47). Lorsque le pape suivant Innocent VII, à son entrée à Rome, reçut un rouleau de la Loi d’une délégation juive, il le rendit par dessus son épaule gauche en signe de mépris formel ; cette coutume, peut‑être dérivée de Boniface, fit ensuite partie de la cérémonie d’hommage. Le médecin Elijah Sabbati obtint de la faveur et des droits de citoyenneté romaine pour sa famille, l’exemption de tous impôts et la dispensation du port du badge.
Sous le séjour de Ladislas, roi de Naples (1375-1414) à Rome, après la mort de Grégoire XII, un médecin juif nommé Moïse fut assassiné. Un autre médecin juif nommé Hélia fut accusé du meurtre, condamné et puni. Les inondations et famines suivantes provoquèrent la réunion à Bologne des principaux chefs juifs d’Italie, qui résolurent de lever des fonds comme assurance contre de nouveaux désastres et d’envoyer une délégation au pape Martin V. Parmi les signataires se trouvent les noms de Menahem ben Meshu’lam Rofe et Benjamin ben Moïse, chefs de la communauté juive de Rome.
Peu après son accession Martin V confirma aux Juifs romains tous les privilèges et libertés accordés par la charte de Calixte II, « Sicut Judaeis non », les prenant sous sa propre protection paternelle. Il abolit aussi le baptême forcé et prohiba la profanation des synagogues. Personnellement favorable aux Juifs, il permit au savant Aaron ben Gershon Abulrabi de donner des leçons au Vatican sur les chérubins. Un autre savant, Elia Judea, fut nommé médecin du pape, poste qu’il conserva jusqu’à la mort de celui‑ci. Les Juifs romains envoyèrent le rabbin Élie, accompagné du jeune érudit Elianan, en Terre Sainte pour vérifier un soulèvement des Dix Tribus ("J. Q. R.", iv. 505). Surtout notable est la bulle du 14 fév. 1429 par laquelle le pape Martin plaça les Juifs sous la juridiction du droit civil, leur permit de fréquenter les écoles publiques et exonéra les commerçants juifs du port du badge.
Eugène IV (1431-47), successeur de Martin, eut une influence différente sur l’histoire des Juifs romains. Sa première bulle du 8 fév. 1433 interdit de battre les Juifs en leurs jours saints, l’imposition de taxes spéciales, la déterrement des cadavres juifs, le recours à la violence pour la perception des impôts et les homicides non autorisés ; mais sa bulle de la fin de 1442 contraste fortement avec cette tolérance. La bulle de 1442, qui compte quarante et deux articles, interdit aux Juifs d’étudier le droit civil ou de s’adonner aux métiers manuels, ordonne la suppression des tribunaux juifs. Ce texte fut appliqué avec tant de rigueur que nombre de Juifs quittèrent le territoire pontifical et s’établirent à Mantoue, avec la permission de Francisco Gonzaga. Toutefois les chefs de plusieurs congrégations romaines se réunirent à Tivoli et Ravenne et, par la collecte rapide de sommes énormes, firent lever cette bulle, quoique la clause imposant à la communauté romaine un impôt de 1 000 scudi restât en vigueur. Mais la communauté était si appauvrie que, sur la demande de Moses ben Isaac, futur médecin de Pie II, des pétitions d’assistance financière furent envoyées aux congrégations juives italiennes.
Les bulles anti-juives de Calixte IV et la générosité de Pie II n’altérèrent guère la situation, car ces pontifes furent trop préoccupés par la lutte contre les Turcs. Pour amuser le peuple, Paul II introduisit des courses à pied pendant la semaine du carnaval, avec des mantles précieux comme prix ; un jour, les Juifs furent contraints de participer au jeu, vêtus de leurs manteaux rouges. Ils parurent prendre plaisir aux jeux, bien qu’ils durent acquitter une « taxe de course » de 1 100 florins ; toutefois les jeux furent probablement bientôt supprimés, car en 1468 une peste emporta cinquante victimes par jour à Rome, et deux ans plus tard une crue causa de nouveaux désastres. Sixte IV ne soutint pas complètement l’Inquisition, que le néophyte Guillelmus Siculus de Rome avait excitée contre les Juifs, accusés d’entretenir des relations constantes et intimes avec les Marranes. Lorsque le pape ordonna la perception des « vingtièmes », une taxe imposée aux Juifs, il leur permit cependant de continuer à prêter de l’argent au taux ordinaire.
Les Juifs avaient jusque‑là rendu hommage aux papes au Monte Giordano ; à l’avènement d’Innocent VII un nouveau lieu fut choisi près du château Saint‑Ange, parce que la populace romaine considérait l’occasion comme une opportunité pour insulter et railler les Juifs. Innocent VIII (juillet 1487) publia une bulle sévère contre les Marranes, pas seulement d’Espagne, mais aussi et spécialement contre ceux qui s’étaient retirés à Rome ; peu après huit Marranes furent emprisonnés par le pape. L’attitude des Juifs envers les Marranes resta réservée ; ces derniers se croyaient supérieurs aux Juifs romains, lesquels, de leur côté, regrettaient la concurrence des nouveaux venus ; de plus, la bulle papale avait rempli les Juifs romains d’appréhension. La mort de ce pape est mêlée à la légende selon laquelle un médecin juif (le personnage du poème de Lenau « Savonarola ») aurait prélevé du sang sur trois enfants de dix ans pour l’injecter dans les veines du pape ; on dit que l’hémorragie causa la mort des enfants, sans pouvoir sauver la vie du pontife (Infessura [Eccard H. 20.15], Tommasini, pp. 214 et seq.).
L’expulsion des Juifs d’Espagne intervint sous le pontificat d’Alexandre VI et entraîna des changements dans l’ancienne communauté romaine. Les Juifs de Rome, offrant 1 000 ducats au pape pour qu’il refuse l’admission aux réfugiés, provoquèrent sa colère qui les fit amender de 200 ducats. Le flux de réfugiés devint si important qu’il fallut élever une nouvelle synagogue (la quatrième), qui bientôt devint la synagogue dominante de Rome. Son premier rabbin fut un exilé de Provence et médecin Bonet de Lattes (Jacob ben Immanuel Provençal). Le traitement des Marranes par Alexandre fut hautement louable ; bien qu’une délégation espagnole demandât leur expulsion, et malgré une contagion parmi eux, il permit qu’ils vivent paisiblement hors de la Porta Oppia ; quand une délégation de Marranes portugais se rendit à Rome pour se plaindre du gouvernement portugais, le pape fit emprisonner 280 Marranes, mais ne les traita pas avec grande sévérité.
Trois inondations successives amenèrent de grandes souffrances à la communauté ; elles furent aggravées par l’entrée à Rome de Charles‑Quint, dont les soldats commirent de telles exactions dans le quartier juif que Charles fut contraint d’élever un gibet sur la Platea Judecorum comme avertissement. Par ordre de Charles, les Juifs portèrent pour leur protection des croix blanches cousues sur les épaules de leurs manteaux. Les jeux instaurés par Paul II furent rétablis sous Alexandre VI. Un apport notable à la communauté fut l’arrivée d’exilés de Naples et de prisonniers juifs rachetés des États barbaresques, qui avaient obtenu la permission de s’établir à Rome par Jules II (1503-1513). Quelques‑uns d’entre eux prirent part aux courses à pied quelques jours avant la mort de Jules ; Jacob de Pomis décrit ces jeux dans un poème.
Sous Léon X (1513-22), les Juifs romains connurent une tranquillité ininterrompue, au point qu’ils se demandèrent à Jérusalem si l’avènement du Mashiah n’était pas proche. Léon autorisa l’établissement d’une imprimerie hébraïque dans la maison de Jean Giacomo Facciotti de Montecchio, qui ne demeura active que trois mois. Léon demanda aux Juifs de lui fournir un exemplaire du Talmud. Sous le pontificat suivant d’Hadrien VI (1522-23), la ville fut ravagée par une peste faisant 28 000 victimes ; pendant son règne une émeute anti‑juive eut lieu et quatre Juifs furent assassinés sur la Piazza Giudea.
Clément VII (1523-34), que Joseph ben David Yehaf, dans son commentaire des Cinq Megillot (p. 411, Bologne, 1538), appelle « l’ami d’Israël », s’intéressa particulièrement aux affaires internes d’une communauté juive divisée en partis. Ne disposant pas d’autorité suffisante pour régler ces querelles, on fit venir à Rome Daniel ben Isaac de Pise, apprécié du pape. Avec vingt des plus riches membres de la communauté, Daniel entreprit une œuvre de réforme. Une nouvelle organisation juive fut établie, gouvernée par un conseil de soixante administrateurs (organisation qui subsista jusqu’au XIXe siècle). Dans un document daté du 12 déc. 1524, le pape approuva cette organisation. La vieille loi relative à l’abattage des animaux pour la consommation fut rétablie en 1523 : selon elle, les Juifs n’étaient autorisés à vendre que des bêtes vivantes, ils n’étaient pas permis d’abattre dans les abattoirs chrétiens ni en présence de chrétiens, et les chrétiens ne pouvaient acheter d’animaux abattus par des Juifs. Quand David Reubeni et son compagnon Salomon Molcho vinrent à Rome, Clément VII non seulement leur accorda protection mais leur fournit aussi des lettres de recommandation ; pendant leur séjour Reubeni logea chez le cardinal Egidius, R. Joseph Ashkenazi, R. Raphaël, Joseph Zarfati, le médecin Moïse Abudarham et Isaac Abudarham. Après leur audience réussie auprès du pape, la communauté les accueillit avec enthousiasme, et Yom‑Tov ha‑Levi leur assigna une nouvelle résidence. Reubeni suscita cependant des soupçons parmi certains membres de la communauté, divisant celle‑ci en deux partis qui restèrent ennemis jusqu’au départ de David en mars 1525 ; il fut à son départ escorté par trente des notabilités juives de Rome.
Cette ère de prospérité fut brisée par de sévères épreuves. En 1527 l’armée hispano‑germanique de Charles de Habsbourg marcha sur Rome et entra dans la cité le 6 mai. Commença alors un massacre qui dura trois semaines, suivi d’une peste qui, en deux ou trois mois, fit 100 000 victimes. Pendant le pillage Elijah ben Asher Levita « l’Allemand » et le cardinal Egidius de Viterbe perdirent leurs bibliothèques, les livres ayant servi de combustible aux soldats. Bien que l’on ait accusé les Juifs d’avoir acheté à bas prix des butins de grande valeur, ils durent emprunter pour acquitter les nouvelles levées d’impôts. Dans les années suivantes certains membres de la communauté juive de Rome furent mêlés aux querelles que Henri VIII d’Angleterre eut avec Rome à propos de son divorce de Catherine d’Aragon : parmi eux figuraient le rabbin et « magister artium et medicinae » Helias (Alfon), le converti Dom Marco Raphaël, et Jacob Mantino, qui joua un rôle notable contre Salomon Molcho.
L’attitude de Clément envers ces derniers, ainsi qu’envers d’autres Marranes, fut très bienveillante, et grâce à sa clémence la communauté juive de Rome se rétablit presque entièrement en quatre années.
Paul III (1534-50), lui‑même fort favorable aux Juifs, fut appelé par certains noms injurieux ; il autorisa le retour des Juifs bannis de Naples ainsi que l’installation à Rome de Juifs venus de Palestine et d’Afrique. Il abolit les jours de la Passion dans le Colisée, où souvent des Juifs avaient été assassinés, et il accorda en 1545 à Antonio Bladao, Isaac ben Immanuel de Lattes et Benjamin ben Joseph Arignano la permission d’établir une presse hébraïque à Rome. D’autre part, en 1543, il dut sanctionner la création par Johannes Calvus d’un monte di pietà, destiné, selon la bulle papale, à encourager les usuriers juifs à se livrer à des métiers manuels. Cet événement marqua le début d’une ère de réaction pour les Juifs romains qui s’accentua sous le pontificat de Jules III (1550-1555). Pour la Casa dei Neofiti il imposa un impôt de dix ducats sur chacune des 115 synagogues des États pontificaux.
Sous le règne de Jules III le moine corse Cornelio de Montalcino, converti au judaïsme, fut brûlé sur le bûcher (4 sept. 1550). Trois années plus tard une querelle éclata entre deux imprimeries hébraïques de Venise, celles des Bragadini et des Giustiniani ; la dispute alla si loin que les deux parties se plaignirent au pape et dénoncèrent le Talmud. Le Sacré Collège déclara le Talmud condamnable et, par édit papal du 13 août 1553, fit brûler le Talmud publiquement sur le Campo di Fiore, jour du Nouvel An juif. Peu après d’autres livres hébraïques furent condamnés mais sauvés grâce à l’intervention de R. Michel ben Isaac, Joseph ben Obadiah di Arignano et R. Joseph de Arli. Le 21 juin 1554 quatorze rabbins se réunirent à Pise et adoptèrent des résolutions sur l’impression des livres et d’autres questions.
Le pontificat du successeur de Jules, Marcel II (1555), quoique de vingt jours seulement, a son importance pour l’histoire des Juifs romains. Un Espagnol nommé Sulim commit un meurtre qui plaça le cadavre cloué à une croix au Campo Santo ; la populace en accusa aussitôt les Juifs et s’épouvanta. Cardinal Alexandre Farnèse propagea alors la nouvelle que l’enfant serait canonisé, et la foule se pressa pour voir ; un médecin déclara l’enfant reconnu. Sulim fut condamné et pendu. Malgré cela le converti Hananeel di Foligno excita la foule contre les Juifs ; il fut cependant mis au défi de se livrer à une disputation avec les rabbins et fut vaincu (Joseph ha‑Kohen, ‘‘Emek ha‑Baka”, éd. Letteris, pp. 114 et seq. ; "B. E. J.", iv. 88). Avec l’avènement de Paul IV (1555-1559) les conditions favorables pour les Juifs de Rome prirent fin.
Paul IV donna au ghetto son entrée et sa sortie, ordonna aux Juifs de porter le bonnet et la capuche jaunes, interdit le commerce des chiffons et prohiba l’emploi, par les chrétiens, de médecins juifs. Sous son règne rigoureux David Ascoli, auteur d’une apologie latine, fut emprisonné ; l’offre juive de 40 000 scudi pour faire révoquer ces ordonnances fut rejetée. Le pape abolit enfin la coutume des Juifs de rendre hommage aux papes. Le 26 juil. 1555 tous les Juifs furent entassés dans une seule rue ; deux mois plus tard cette rue fut entourée de murs, que les Juifs durent payer 100 scudi (3 oct.). Toutes les synagogues, sauf deux, furent condamnées, et les Juifs furent contraints de vendre leurs biens situés hors des murs. Malgré les prix dérisoires, la vente rapporta 500 000 couronnes. Le 23 mars 1556 le pape publia un édit exigeant des Juifs le paiement des taxes pour les synagogues closes. Un soulagement survint lorsque, le 22 août 1556, on permit aux Juifs de s’adonner à tous les métiers manuels, à l’exception de ceux liés aux beaux‑arts.
Une grande calamité frappa la ville lorsque le duc d’Albe, à la tête d’une armée espagnole, marcha contre les États pontificaux. Personne ne fut autorisé à quitter la ville et les Juifs furent mis au travail sur les fortifications. À cela s’ajoutèrent les discours incendiaires des apostats Vittorio Eliano, Joseph Muro et le Juif Josue dei Cantori, qui entraînèrent, le 1er mai 1557, la confiscation de tous les livres hébraïques. L’apostat Andrea del Monte trouva dans la synagogue ashkénaze un commentaire d’Ibn Ezra ; la synagogue fut fermée et la congrégation condamnée à payer une amende de 1 000 scudi. La synagogue resta fermée neuf mois, ce qui porta un coup fatal aux congrégations allemandes. Le 15 sept. 1557 une inondation submergea tout le ghetto. Paul IV fut extrêmement sévère à l’égard des Marranes ; il les fit brûler à Ancone (30 avr. 1556). À sa mort son monument fut renversé, le palais attaqué, les fonctionnaires maltraités, et les portes du ghetto brisées ; un Juif, pour la joie de la populace, posa son bonnet jaune sur le sommet du monument brisé. L’histoire juive assimile ce pape à Haman (Joseph ha‑Kohen, loc. cit., p. 117).
Pius IV (1559-66) fut l’antithèse de Paul IV. Sa première action fut de détourner les eaux du Tibre ; ce dont les Juifs furent particulièrement reconnaissants, car le ghetto était alors le plus exposé aux inondations. Par une bulle du 8 août 1561 il révoqua presque toutes les dispositions de son prédécesseur ; les logements des Juifs furent restreints au ghetto mais non leurs lieux d’affaires, que chacun pouvait établir dans n’importe quelle partie de la ville. Ils purent aussi s’associer avec des chrétiens. Selon la décision du consistoire de Trèves du 24 mars 1564 le Talmud put être de nouveau imprimé, sous une autre appellation. Pie V (1566-72) non seulement renouvela les bulles de Pius IV mais expulsa les Juifs des États pontificaux à l’exception de ceux de Rome et d’Ancône. Malgré sa haine des Juifs il leur permit cependant d’exercer le commerce de la bijouterie ; il agrandit le ghetto en abattant deux églises, afin qu’elles ne soient pas profanées par des voisinages juifs.
L’avènement de Grégoire XIII (1572-85) fut célébré dans un poème par Judah Saltemos ; Grégoire se montra plus bienveillant envers les Juifs. L’année 1572 fut consacrée au rassemblement des troupes. Le ghetto fut attaqué durant les fêtes de Pessa’h par les soldats assemblés à Rome, qui furent repoussé par les Juifs ; le pape ordonna alors le départ des soldats. Malgré cela, les Juifs trouvèrent nécessaire d’établir une patrouille (21 sept. 1573) pour garder le ghetto contre la populace. La haine populaire se manifesta durant le carnaval lorsque les Juifs, forcés de courir nus pour un prix, furent maculés de boue. Le 10 janv. 1577 le pape approuva l’organisation établie par Clément VII et imposa à la communauté un impôt proportionnel aux revenus de ses membres (« per aes et libram »). Le 1er sept. 1577 le pape décréta que chaque Sabbat les Juifs devaient assister à des sermons de conversion ; le premier prêcheur fut Josephus Florentia ; le second, plus important, fut l’apostat Joseph Zarfati de Fès, dont les sermons furent rendus célèbres par sa connaissance approfondie de la littérature rabbinique (voir Zarfati). Une seconde bulle du 1er sept. 1584 ordonna que ces sermons soient suivis par au moins 100 hommes et 50 femmes. Le résultat fut que plusieurs Juifs se soumirent au baptême, parmi eux un riche nommé Samuel Corcos. Les sermons de Domenico Gerosolomitano, qui succéda à Joseph Zarfati, sont conservés en hébreu et en italien.
La première bulle affectant réellement la vie intérieure du ghetto fut celle du 1er juin 1581 ; elle accorda à l’Inquisition la faculté d’agir contre les Juifs en cas de blasphème, d’idolâtrie et d’hérésie ; en conséquence Joseph Sanalbo, converti au judaïsme, fut brûlé au bûcher en 1583 (27 Shebat). Abtalion ben Mordecai de Modène tint, en 1581 à Rome, une disputation en latin en présence du pape, dont le résultat fut l’abrogation de la loi concernant la confiscation du Talmud. Sous le pontificat de Sixte V (1585-90) les Juifs jouirent d’une relative immunité ; le pape ordonna qu’on ne les molestât pas et fit casser la figure des chrétiens qui les insultaient pendant le carnaval. En 1585 la bulle du 18 déc. abrogea la « vigesima » (taxe d’un vingtième) et institua une capitation de douze giulii. Les abus du carnaval furent supprimés. En 1587, sous la conduite du trésorier Isaac ben Solomon Corcos, des murailles furent élevées autour du cimetière juif. À cette époque les affaires du ghetto prospérèrent comme jamais auparavant, surtout après l’introduction industrielle de la soie dans les États pontificaux, sur l’avis d’Hagino di Gabriele de Venise, auquel le pape accorda plusieurs privilèges. Le ghetto fut agrandi en 1588 à la faveur de l’afflux constant de Juifs ; le 4 sept. 1589 furent érigées des prisons séparées pour Juifs et prêtres.
Afin de permettre aux Juifs de payer leur dette communale, qui avait atteint 18 000 scudi, Clément VIII (1592-1605) leur concéda 214 parts de 100 scudi chacune dans le monte di pietà ; en échange ils firent au mont un don de 3 075 scudi. Dans une bulle du 28 fév. 1592 Clément s’acharna à interdire aux Juifs toute association et tout commerce avec chrétiens et convertis. Une autre bulle du 25 fév. 1593 ordonna l’expulsion des Juifs de tout le territoire pontifical, à l’exclusion de Rome, d’Ancône et d’Avignon ; le 3 mars suivant tous les ouvrages talmudiques furent livrés à l’Inquisition pour être brûlés ; la destruction eut lieu sur la Piazza San Pietro le 14 janv. 1601. Le 18 déc. 1599 le pape admonesta le chambellan de prendre des mesures contre toute augmentation de la communauté juive. Lors du Jubilé de 1600, les Juifs furent sommés de céder leurs lits aux pèlerins ; on constata alors que le ghetto ne possédait que quatre‑vingts couvertures, si bien qu’il dut payer 317 scudi.
La réglementation du ghetto du 18 juin 1603 fixa des prescriptions précises quant à l’ouverture et à la fermeture des portes du ghetto. Des exceptions furent toutefois prévues pour des circonstances extraordinaires ou imprévues. Un arrêt du 4 janv. 1604 prescrivit que les Juifs versent annuellement une taxe de 800 scudi pour ceux qui avaient été expulsés. Parmi les actes oppressifs de l’Inquisition se trouve la saisie de R. Josué Ascharedi, de sa femme et de leurs quatre enfants ; les enfants furent baptisés, et le rabbin et sa femme furent libérés après quarante‑trois jours d’emprisonnement.
Paul V renouvela toutes les bulles anti‑juives de ses prédécesseurs. Il porta un coup fatal à la juridiction civile juive en ordonnant que dorénavant les procès juifs ne puissent être portés que devant le gouverneur. Paul établit un puits sur la Piazza del Tempio et permit aux Juifs d’en conduire l’eau dans le ghetto. Le 13 août 1620 les Juifs, par l’intermédiaire de R. Hezekiah Manoah Corcos, prièrent le pape d’ordonner que les Juifs emprisonnés pour dettes par des chrétiens soient secourus aux frais de ces derniers. Le 11 janv. 1621 la rota publia une proclamation de trente‑neuf articles favorable aux Juifs.
La condition des Juifs ne s’améliora ni sous Grégoire XV ni sous Urbain VIII. Ce dernier ordonna que la communauté verse à Leonardo Masserano, un converti qui avait écrit un livre contre le judaïsme, la somme annuelle de 1 200 scudi pendant cinq ans, jusqu’en 1634. Quand Edoardo de Parme envahit les États pontificaux (13 oct. 1641), les impôts juifs furent élevés à 150 000 scudi, somme qui ne fut jamais restituée à la communauté. Les baptêmes forcés se multiplièrent ; ainsi les enfants de Fullo Serotino furent enlevés et baptisés, provoquant une révolte dans le ghetto qui exigea des mesures de précaution (28 mai 1639).
Le pontificat d’Innocent X (1644-1655) eût été plus tolérable sans une terrible famine qui dura des années et obligea les Juifs à emprunter 160 000 scudi au monte di pietà à un taux d’intérêt de 4 1/2 %. Un récit de la peste sous le règne d’Alexandre VII (1655-67) a été donné par l’auteur romain Jacob Zalialon dans son "Ozar ha-Hayim" (Venise, 1683). La diffusion de la maladie par des colporteurs juifs inspira une crainte générale et entraîna la fermeture du ghetto ; néanmoins le premier cas dans le ghetto apparut trois mois après l’émergence de la peste, à la fin d’octobre 1656, et s’acheva là plus tôt qu’ailleurs (28 août 1657). Dans le ghetto la peste fit 800 victimes. Deux cardinaux rendirent visite au ghetto deux fois par jour pour veiller aux besoins de la communauté et à l’isolement des malades. Des lazarets furent mis en place ; on y distinguait trois services confiés aux médecins Hannah de Modigliano, Gabriel Lariccia et Isaac Zahalon. Les rabbins prêchaient chaque Sabbat depuis une fenêtre ouverte parce que les lieux de culte étaient fermés. Trente des soixante dirigeants communautaires furent choisis pour maintenir la communication avec le monde extérieur ; ces trente survécurent à la peste et furent commémorés chaque année à la synagogue pendant Hanoucca. Les dépenses de la communauté pendant la peste atteignirent 40 000 scudi, et le pape abaissa dès lors à 4 % le taux d’intérêt sur l’emprunt juif au monti. Les souffrances causées par la peste et la famine de 1656-57 ont été racontées par Elijah Recanati (Zunz, "S. P.", p. 440). À la suite d’un débordement du Tibre, le 5 nov. 1660, qui détruisit une partie du ghetto, le pape permit l’ouverture d’une porte supplémentaire en face du palais Chigi. La même année les soixante dirigeants promulguèrent un règlement relatif au goût pour les parures et le publièrent aux portes du ghetto. Le même corps promulgua, en mai 1667, un édit fixant l’évaluation foncière des membres de la communauté.
La participation forcée des Juifs aux courses du Carnaval fut supprimée par Clément IX (mai 1668), mais ils furent contraints de payer en lieu et place un impôt annuel de 300 scudi. De plus, le chef de la communauté, le jour du carnaval, remettait au commandant des Caporiones un présent. Nathan Ghazali, shabbataïen arrivé à Rome en 1608, fut expulsé à la demande de la communauté. Sous Innocent XI la présence d’un officiel muni d’un bâton lors des sermons de conversion visait à contraindre l’auditoire à écouter. Le pape Clément interdit l’établissement à Rome de maisons bancaires juives. Des baptêmes forcés eurent lieu sous Innocent XI (1676-1689), malgré sa déclaration qu’on peut mener un homme mais ne pas le traîner dans la maison de Dieu. Sous ses successeurs la communauté retrouva quelque prospérité, spécialement sous Innocent XII (1691-1700) et Clément XI (1700-1720). Néanmoins, sous ce dernier de nombreux baptêmes forcés eurent lieu et une accusation de crime rituel fut portée ; elle fut démentie par R. Tranquillo Vita Corcos dans un ouvrage italien traduit en judéo‑allemand (Furth, 1706) (Roest, "Cat. Rosenthal. Bibl.", i. 55). Clément mit fin aux processions carnavalesques où figuraient 100 Juifs montés sur des ânes, le rabbin conduisant la procession, tourné vers l’arrière.
Sous Innocent XIII (1720-1724) et Benoît XIII (1724-1730), qui renouvelèrent toutes les bulles anti‑juives de Paul IV et Pie V, les Juifs furent néanmoins aidés par l’Inquisition, qui n’autorisa pas les interférences dans leurs affaires commerciales. Parmi les nombreuses interdictions de Clément XII (1730-1740), il faut noter la réitération d’un ordre interdisant l’inscription d’épitaphes sur les tombes juives. Cet ordre datait de Pie V. Le 28 mai 1731 tous les livres hébraïques trouvés dans les États pontificaux furent confisqués. Le 24 oct. 1736 la peine de mort fut infligée à deux Juifs surpris en train de cambrioler des maisons du ghetto. Des baptêmes eurent lieu à Rome le 18 janv. 1732 et les 19 et 25 oct. 1737.
Une période de paix relative commença sous Benoît XIV (1740-1758), qui promulgua trois bulles réglant la question des baptêmes forcés. Quand on soupçonna que des livres prohibés étaient introduits clandestinement dans Rome dissimulés dans des balles de tissu, le pape ordonna (avril 1753) une grande confiscation de livres. Sous son pontificat un délégué de la communauté juive de Pologne, Eliakim ben Asher Selig, vint à Rome pour réfuter une accusation de crime rituel ; la décision papale fut en faveur des Juifs.
Sous Ganganelli, devenu Clément XIV, la Compagnie de Jésus fut supprimée et la communauté juive fut affranchie de la juridiction extérieure et du contrôle de l’Inquisition. Lui et son successeur Pie VI (1775-1800) cherchèrent à promouvoir le commerce et l’industrie juifs, jusqu’à ce qu’une réaction en sens inverse apparût dans une époque plus libérale. Les Juifs furent à nouveau interdits de quitter leur ghetto et même empêchés d’élever des monuments sur leurs tombes. En 1784 trois Juifs furent assassinés dans des rues publiques et deux enfants juifs furent baptisés de force. La communauté jugea nécessaire de se concerter avec les autres congrégations européennes pour prévenir de telles conversions forcées.
Vers la fin du XVIIIe siècle les rabbins italiens et romains furent accusés d’avoir introduit des changements religieux ; R. Judah Leon de Rome, au nom de ses collègues rabbins, publia une défense intitulée “Miktebê ha‑Rabbianim Asher be‑'Arc Italya” (Carmoly, in "Revue Orientale", iii. 171). La condition des Juifs romains changea brusquement lorsque le général Berthier entra à Rome le 15 fév. 1798. Cinq jours plus tard le pape quitta Rome et les Français déclarèrent les Juifs citoyens libres ; ils abandonnèrent leurs habits juifs et, au son de la musique, plantèrent un « arbre de la liberté » devant la synagogue. Plusieurs objets enlevés au Vatican achetés par les Juifs furent détruits. Lorsque la Garde nationale fut instituée (14 mars), les Juifs furent d’abord empêchés d’y entrer, puis on nomma le Juif Raphael major et plusieurs autres furent enrôlés. À une occasion les Juifs durent payer en quelques heures 150 000 scudi en espèces et 150 000 en billets, outre de grandes quantités de denrées. Le 10 juil. de la même année le Juif Ezekiel Morpurgo fut nommé sénateur. Quand les Napolitains envahirent Rome, ils mirent fin au gouvernement français et imposèrent de nouveaux impôts aux Juifs.
Sous Pie VII (1800-1823) qui tenta par tous moyens d’améliorer la situation financière réduite des Juifs, le pape fut contraint de quitter Rome le 10 juin 1809 pour cinq années ; les Juifs redevinrent citoyens romains et le ghetto fut autorisé à rester ouvert. Le 4 juin 1811 le premier consistoire romain fut constitué sous le régime napoléonien ; ses chefs furent R. Leone di Leone, Giuseppe Samuel Benigno et les citoyens Vitale de Tivoli, Abiam Vita Modigliani et Sabbato Alatri. Peu après la chute de Napoléon le château Saint‑Ange fut rendu au pape et les portes du ghetto furent refermées ; l’Inquisition réapparut, les privilèges commerciaux furent limités au ghetto et le droit de cité des Juifs fut retiré. La condition empire encore sous Léon XII (1823-29) et Pie VIII (1829-31), lorsque tous les anciens édits et bulles médiévaux furent renouvelés.
Après la mort de Léon XII, les Juifs, furieux, renversèrent les portes du ghetto ; cela n’améliora pas leur sort qui resta marqué par l’obligation d’écouter des sermons de conversion. Bien que Grégoire XVI (1831-46) fût redevable à la maison juive Rothschild, les portes du ghetto furent réédifiées sous son règne malgré l’intercession du gouvernement autrichien. Ce pape exigea aussi de la communauté une copie de la Torah en preuve d’allégeance ; la communauté lui offrit alors un rouleau orné et enluminé pour lequel elle avait payé 10 000 francs.
L’épidémie de choléra de 1837 fit peu de victimes parmi les Juifs. En 1839 le pape présenta, à la demande du baron James de Rothschild, un bâtiment destiné à servir d’école professionnelle pour garçons. L’élection de Pie IX (1846) fut un événement heureux pour les Juifs : à son avènement il distribua 300 scudi aux pauvres du ghetto et porta secours au quartier juif lors des crues du 10 et 12 déc. 1846. Le 1er oct. 1847 le carnaval fut définitivement aboli et en mai de la même année les Juifs obtinrent la permission de vivre hors du ghetto ; les sermons de conversion furent interrompus.
Une réconciliation complète entre la populace et les Juifs fut opérée le 15 juil. 1847 par l’éloquence de Ciceruacchio. Le 17 avril 1848 la suppression de l’État pontifical fut proclamée et l’Assemblée décréta l’égalité civile complète des Juifs. Mais la république dura peu ; le 30 juin la ville fut reprise et le pape revint, restaurant l’ancien régime. En oct. 1849 les maisons de tous les Juifs romains furent perquisitionnées sous prétexte de détention de biens d’Église ; des objets, y compris des ornements de synagogue, furent retenus sans preuve d’appropriation. Des baptêmes forcés eurent lieu à Sinigaglia et Ancône. L’affaire du monte di pietà fit sensation en 1859. Les difficultés financières de la communauté devinrent si désespérées qu’elle dut solliciter l’aide d’autres communautés européennes ("Allg. Zeit. des Jud.", 1860-1870 ; Wertheimer, "Jahrbuch", 1860-61). Dans les années 1860 encore des conversions forcées eurent lieu en grand nombre. En 1866 la révolution finale éclata ; Garibaldi fut d’abord vaincu, mais en 1870 Victor‑Emmanuel entra à Rome et la souveraineté temporelle du pape prit fin définitivement.
Jusqu’au Ier siècle de notre ère l’établissement juif à Rome occupait le secteur du Trastevere ; la partie devant la Porta Portese fut connue jusqu’au XVIIe siècle comme le « champ des Juifs ». Sous Domitien un nouveau quartier juif fut établi sur la Via Appia, hors de la Porta Capena, qui devint rapidement la zone juive la plus densément peuplée de Rome ; une estimation raisonnable du nombre de Juifs à Rome sous l’empire donnerait au moins 40 000 personnes. Cette importante population exigea plusieurs synagogues appelées synagōgai. Dix anciennes congrégations sont connues sous les noms d’Augustus, Agrippa, Camnus Martius, Subura, Carcareenses, Hebræi, Rhodii, Elæani, Votumulus et Severus. Les deux premières datent du règne d’Auguste. La gestion des congrégations était assurée par des archontes, chargés des détails administratifs. Le gerusiarch présidait le collège des archontes ; indépendant de ce collège tenait l’archisynagogue, officier le plus haut placé, dont l’une des fonctions principales était de prêcher le Sabbat. Un fonctionnaire subordonné était le gôpher (néphesh ?), chargé des affaires judiciaires. Avec le temps ces offices mineurs devinrent héréditaires, prenant un caractère aristocratique. Des charges supérieures étaient occupées par le papisi vog (peut‑être identique à na’ara), le patriarche provincial et l’episkopos. Les emplacements exacts de seulement trois synagogues sont connus : la plus ancienne dans le Trastevere (près de l’actuelle église Sainte‑Cécile) ; la synagogue de la Subure, près de l’Esquilin, hors du pomerium ; et une synagogue près de la Porta Capena, proche du bosquet sacré d’Egeria. Un séminaire existait déjà au Ier siècle av. J.-C. (Philon, "De Virtutibus" et « Legatio ad Caium », éd. Mangey, ii. 568).
Il y avait à cette époque une cour de justice juive, un bain rituel et des catacombes. L’une d’elles fut découverte par Bosio en 1602, mais toute trace en fut perdue par la suite. Quatre autres catacombes ont été exhumées jusqu’à présent, toutes situées sur la Via Appia. Elles comportent chacune deux cubicules décorés de peintures artistiques. La plus ancienne inscription trouvée dans les catacombes date du IIe siècle. Outre des tombes individuelles, il y avait des caveaux familiaux, dont l’ancienneté apparaît par les noms familiaux inscrits : Julii, Claudii, Flavii. Les inscriptions révèlent aussi partiellement les professions exercées par les Juifs : plusieurs se livraient au commerce, d’autres à l’activité de prêteurs, l’artisanat était représenté, et l’on trouve aussi des artistes et des ouvriers. Il y eut également des acteurs juifs, dont Antyros (sous Néron) et Faustina (à l’époque de Marc Aurèle) et d’autres contemporains de Martial. Le nombre d’esclaves juifs était considérable. Les Juifs se distinguaient par leur attachement au foyer et à la famille, leur industrie et leur frugalité. Une exception à cette règle fut la maison d’Hérode et ses descendants, réputés dilapidateurs. Les femmes occupaient une position honorable : les jeunes filles se mariaient entre treize et quinze ans. Les cérémonies religieuses, Sabbats, fêtes et jeûnes, et les lois alimentaires étaient strictement observés.
La seule coutume en contradiction avec les idées juives antiques fut l’usage de figures animales et humaines sur les pierres tombales. La langue d’usage courant fut d’abord le grec puis le latin, langues employées aussi dans le service du Sabbath. On ignore à quel point les Juifs faisaient des prosélytes, mais il est certain que beaucoup de Romains, parfois en grand nombre, embrassèrent le judaïsme, souvent entraînant des persécutions. Parmi les convertis connus figurent Fulvia, épouse de Saturninus, sénateur sous le règne de Tibère ; Poppée, épouse de Néron (peut‑être convertie) ; Pomponia Græcina, accusée (58) de pratiquer des cérémonies religieuses non autorisées par l’État ; Beturia Paulina, convertie à soixante‑dix ans (peut‑être identique à la Bekurit talmudique) (Grätz, "Gesch.", iv. 102) ; Chrysis (IIIe s.). Parmi les hommes convertis se distinguent Agrippa, fils de Fuscus de Phénicie, et Æmilius Valensius.
Les auteurs païens rapportent surtout la haine des Juifs à l’égard de Rome, datant de la destruction de Jérusalem. Rome fut considérée comme la « quatrième bête » de la vision de Daniel et reçut le nom de « Hazir » (le porc) (Zunz, "G. S.", iii. 221 ; Bacher, in "Monatsschrift", 1871, p. 226). Les licornes d’Isa. xxxiv. 7 furent appliquées aux Romains, et le « Dumah » d’Isa. xxi. 11 à Rome (NEJD non = NTO NON ; cp. Yel. Ta’an. lxiv. 10a). La légende concernant Titus mérite également mention.
Avec la chute du paganisme et la diffusion du christianisme, le statut des Juifs à Rome changea. Ils commencèrent à quitter le Trastevere pour s’installer sur la rive gauche du Tibre, et le Pont Fabricius devint connu comme Pons Judaeorum. La population juive diminua à mesure que la population générale déclina. L’organisation communautaire changea peu : à sa tête on trouvait le chef religieux (nasi), en dessous les presbytres, et des officiers tels que le chef du culte, le doyen, et le hazzan, dont la fonction devint de plus en plus importante à cause de l’ignorance généralisée de l’hébreu. Justinien rendit des décisions sur toutes les affaires religieuses ; la communauté ne fut plus citoyenne mais forma, avec Saxons, Francs et Frisons, une « schola peregrinorum » ou « société d’étrangers », jouissant d’une pleine liberté religieuse en échange d’un service public ; seules les synagogues furent exemptes du quartage des soldats.
Le commerce d’esclaves constitua alors la principale source de revenu des Juifs romains, et des décrets furent promulgués contre ce trafic en 335, 336, 339, 384, 415, 417, 423, 438 et 743. L’éducation resta principalement religieuse, l’accent étant mis sur la connaissance de la Bible. Le culte subit peu de changements. En cas de décès, le premier repas des endeuillés consistait en lentilles ; aux cérémonies telles que la circoncision et les fiançailles dix témoins étaient requis. Le terme « patronus » local (= avvTeKvoV) et l’idée d’un festin céleste pour les vertueux proviennent de Rome. Les Juifs étaient méprisés par païens et chrétiens ; Claudius Hutilius Numantius les appelle « un peuple qui accomplit des opérations honteuses sur les nouveau‑nés ». Le christianisme, bien qu’interdisant les baptêmes forcés, condamnait sévèrement ceux qui, après baptême, se détournent de l’Église.
Au Moyen Âge et à l’époque moderne, le Juif de Rome eut des fortunes diverses. Au XIe‑XVe siècle, la prospérité s’accrut : en 1007 Jacob ben Jekuthiel y signala un bet din et le titre de « nasi ». En 1108 Nathan ben Jehiel fit bâtir un bain rituel et une synagogue (achevée 1101). Au XIIIe et XIVe siècle, l’organisation communautaire comportait des offices municipaux tels que le judex, le strator (peut‑être identique au ZAD?), le hazzan, etc. Les Juifs jouissaient, en principe, d’une certaine protection, mais de nombreuses édits pontificaux et fureurs populaires alternèrent avec des périodes de tranquillité : on les vit, par exemple, publiquement brûler des exemplaires du Talmud en 1322 et en 1553, et subir la création du ghetto par Paul IV en 1555.
Le ghetto — Le Ghetto original, appelé Serraglio delli Hebrei, fut, dès le XVIe siècle, l’enclave où la communauté fut confinée et entourée de murs (1562, on appela Ghetto). À l’origine il avait cinq portes, puis trois autres furent ajoutées ; au XVIIe siècle il contenait 130 maisons réparties sur deux grandes et six petites rues. En face de la porte principale fut érigée une haute croix portant l’inscription hébraïque : « J’ai tendu mes mains tout le jour vers un peuple rebelle » (Isa. lxv. 2). Comme l’espace du ghetto ne dépassait pas un kilomètre carré et y demeuraient au moins 10 000 personnes, l’atmosphère y était malsaine. La communauté prenait en charge le nettoyage des rues et levait souvent de lourdes taxes pour cela, mais les débordements fréquents du Tibre déposaient des immondices dans les rues et empêchaient leur assainissement. Des synagogues fermées ou confisquées se comptaient et, outre le cimetière du Trastevere, deux autres se trouvaient sur le flanc nord du mont Aventin ; de fréquentes profanations de tombes forcèrent souvent à garder les pierres tombales dans les maisons.
La vie intérieure du ghetto, dans les XVIe‑XVIIIe siècles, connut un affaiblissement de l’étude religieuse systématique ; l’enseignement primaire commençait vers cinq ans, puis l’enfant fréquentait le Talmud Torah où des extraits de la Mishneh de Maïmonide figuraient au programme. On imposa des règles strictes sur les cadeaux et présents aux mariages et aux fêtes. Les excès de luxe, notamment chez les femmes (anneaux à tous les doigts, vêtements riches), se multiplièrent malgré les ordres de la congrégation. Le café, le thé et le tabac furent introduits ; il fallut même débattre si l’on devait réciter la bénédiction sur tels produits. Les funérailles étaient réglées par des prescriptions détaillées, et le cercueil d’un notable était décoré différemment de celui d’un ordinaire. La superstition religieuse s’amplifia : ‘‘ma’amadot’’ et ‘‘ashmorot ha‑boker’’ furent récités chaque matin avant le lever du soleil dans les synagogues. Un sermon était prêché chaque Sabbat ou tous les deux Sabbats, comportant un texte biblique et son exégèse ; sinon, la teneur morale des sermons était généralement superficielle. Le Shabbat était observé avec austérité.
Administration — L’administration des affaires communautaires était aux mains des fattori del ghetto ; la charge, ingrate, était exposée au blâme et à des sanctions pour des actes qu’ils ne pouvaient empêcher. Entre 1551 et 1605, soixante‑quinze officiers de ce type sont mentionnés (Vogelstein et Rieger, "Gesch. der Juden in Rom", ii. 312‑313). Ils devaient réviser et réimprimer les « Capitoli‑Ordini » tous les cinq ans. Les élections aux offices d’honneur avaient lieu le 17 Tamuz, et les titulaires prenaient possession le Sabbat suivant le 9 Av.
Charité et industries — Plus la communauté souffrait sous la pression pontificale, plus l’esprit de charité s’amplifia. Aux XVIe‑XVIIe siècles, quarante‑quatre sociétés de bienfaisance juives existèrent à Rome (Vogelstein et Rieger, ii. 315‑318). Les conversions, en règle générale, touchaient non pas les membres des congrégations établies mais la lie de la population urbaine. Les sermons de conversion, même tenus en grande pompe à S. Trinità dei Pellegrini puis à S. Sabina, ne furent généralement pas fructueux.
Les principales occupations du ghetto étaient la couture, le commerce de détail, la bijouterie, la sellerie, la menuiserie et la pêche ; le négoce des vêtements usagés était particulièrement actif. Le prêt à intérêt tendit à diminuer et la communauté s’appauvrît graduellement. L’étude de la médecine se maintint grâce à des praticiens juifs notables ; on en recense seize pour cette période (Vogelstein et Rieger, ii. 326). Les Juifs relevaient juridiquement du cardinal‑vicaire ; en matière civile, du tribunal du vicariat ; en matière criminelle, de la Sacra Consulta ; en matière commerciale, du tribunal des mercanti. Une imposition excessive et arbitraire fut l’un des principaux moteurs de l’appauvrissement communal ; en 1682 la dette totale s’élevait à 261 036,72 scudi.
Rabbins, savants et poètes notables — Les listes suivantes donnent les noms les plus importants cités par les sources :
Rabbins : Moses Nasi, Abraham ben Shabbethai, Shabbethai ben Moses (XIe s.) ; Solomon ben Abraham, Ezra ben Mattithiah, Menahem ben Judah (XIIe s.) ; Leonte (Judah) ben Moses, Abraham ben Jehiel Anaw, Shabbethai ben Solomon, Meir ben Moses, Judah ben Benjamin, Benjamin ben Abraham Anaw, Zedekiah ben Abraham Anaw (XIIIe s.) ; et nombre d’autres jusqu’aux siècles modernes (voir le texte pour la liste complète).
Savants : Caecilius de Calacte (Ier s. av. J.-C.), Flavius Josephus (Ier s. apr. J.-C.), Theudas, Pelation, Matthias ben Heresh (IIe s.), Hiyya bar Abba (IIIe s.), Abba bar Zemena (IXe s.), et beaucoup d’autres érudits médiévaux et modernes cités plus haut.
Poètes : la poésie fut vivace ; parmi les auteurs figurent Solomon ben Judah (IXe s.), Shabbethai ben Moses, Kalonymus ben Shabbethai (XIe s.), Daniel ben Jehiel, Abraham ben Jehiel (XIIe s.), Immanuel ben Solomon (XIIIe‑XIVe s.), Deborah Ascarelli (XVIe s.), etc.
L’art typographique — Un certain nombre d’incunables (nos 12‑22 et 24 non datés, mais probablement imprimés avant 1480) n’ont pas vu leur lieu d’édition déterminé ; étant donné que Rome fut la première place d’Italie où l’on imprima, il est conjecturé que ces œuvres aient été publiées à Rome et peut‑être antérieures au « Bashi » dateur. L’un des imprimeurs se nommait Benjamin de Rome, ce qui confirme cette hypothèse ; parmi les livres ainsi imprimés figurait l’Aruk. Les premières éditions dont la localité Rome est précise datent de 1518, quand Elijah Levita publia « Sefer ha‑Bahur » et « Sefer ha‑Harkabah » via Facciotti de Montecchio, l’impression hébraïque étant faite par trois frères Isaac, Yom‑Tov et Jacob ben Abigdor. En 1578 Francesco Zanetti de la famille vénitienne du même nom imprima à Rome diverses parties de la Bible. La Congrégation de la Propagande publia à Rome en 1683 le « Derek Einunah » de Julio Morossini, ouvrage de conversion.
Bibliographie sommaire : Grätz, "Gesch." (passim) ; Mommsen, "Römische Geschichte" ; Steinschneider, "Hebr. Bibl." ; Gildemann, "Gesch." ; Gregori, "Gesch. der Stadt Rom im Mittelalter" ; Stern, "Urkunden" ; Berliner, "Gesch. der Juden in Rom", Berlin, 1893 ; Vogelstein et Rieger, "Gesch. der Juden in Rom" ; Berliner, "Misden Letzten Tagen des Römischen Ghetto", Berlin, 1888 ; Statuti dell’Università Israelitica di Roma, 1885 ; Hudson, "A History of the Jews in Rome", London, 1884 ; etc. (voir texte pour les références complètes).
