Définition dans Jewish Encyclopedia
Liban
LEBANON
Nom d’une chaîne de montagnes en Syrie. En prose, à l’exception de Chron. ii. 8 (Hebr.), le nom est toujours écrit avec l’article, tandis qu’en poésie il se rencontre aussi souvent sans article qu’avec. Le nom (= « white ») est dû soit à la neige qui couvre ses cimes la plus grande partie de l’année, et à laquelle Jér. xviii. 14 fait allusion, soit aux formations calcaires des parties supérieures. La topographie du Liban est très vaguement indiquée dans la Bible ; il n’apparaît que comme la grande limite septentrionale du pays attribué à Israël (Deutéronome i. 7, xi. 24 ; Josué i. 4), et il est mentionné comme n’étant pas loin de la mer de Jaffa (Esdras iii. 7). Il fut décrit en détail par les géographes grecs, entre autres par Strabon (xvi. 754) : il se compose de deux chaînes parallèles courant du sud‑sud‑ouest au nord‑nord‑est, la chaîne occidentale étant nommée « Lebanon », et celle de l’est, « Anti‑Lebanon » ; le mont Hermon est le sommet le plus élevé de cette dernière chaîne. Entre les deux chaînes se trouve une vallée que la Bible appelle « la vallée du Liban », où se trouvait la ville de Baal‑gad (Jos. xii. 7) ; les Grecs ont donné le nom de « Coele‑Syria » à ce district. Le Liban avance en mer Méditerranée au sud de Tyr, où les rochers forment une montée jusqu’au sommet de la montagne ; d’où le nom talmudique (= « the ladder of Tyre » ; Yer. ‘Ab. Zarahi. 9 ; ‘Er. 80a ; Bezah 25b ; comp. le KM/ia^ Hvpiuv de Josephus, « B. J. » ii. 10, § 2).
« Lebanon » comprend aussi dans la Bible l’Anti‑Lebanon (comp. Jos. xiii. 5, « tout le Liban vers le lever du soleil », et Cant. vii. 5 [Version Autorisée King James 4], « la tour du Liban qui regarde Damas » ; dans ces deux versets c’est bien l’Anti‑Lebanon qui est visé). Au temps de Josué, le Liban était habité par les Hivites et les Giblites, et quoique faisant partie du pays attribué aux Israélites, il ne fut jamais conquis par eux (Jos. xiii. 5 ; Juges iii. 1‑3). Au temps de Salomon, le district du Liban semble avoir été en possession d’Hiram, roi de Tyr (I Rois v. 6 ; II Chroniques ii. 8). Néanmoins, Salomon paraît y avoir élevé des constructions (I Rois ix. 19 ; II Chroniques viii. 6). En raison de son extraordinaire fertilité, le Liban est proverbialement la chaîne la plus fréquemment citée dans la Bible. Moïse, en regardant le pays promis, mentionna le Liban en particulier (Deutéronome iii. 25). Il était fameux pour ses fruits (Ps. lxxii. 16), pour son vin (Osée xiv. 8), et surtout pour ses cèdres, qui fournissaient le bois du Temple (I Rois v. 6 ; Esdras iii. 7 ; Ps. xxix. 5, civ. 16 ; passim). La chaîne offrait aussi une abondance de pins et d’algum‑trees (II Chroniques ii. 8), et l’on trouve une allusion au chardon du Liban (ib. xxv. 18). « L’odeur du Liban » est évoquée en Osée xiv. 7 et dans Cant. iv. 11, ainsi que par les talmudistes. « A l’arrivée du Mashiah, les jeunes d’Israël exhaleront une odeur semblable à celle du Liban » (Ber. 43b). Le Liban est appelé « Eden » par Ézéchiel (xxxi. 16), et Isaïe parle de la « gloire du Liban » (Isa. lx. 13). C’est pour cette raison que « Liban » est employé par les Prophètes pour désigner Jérusalem (Isa. x. 34 ; Zach. xl. 1), tandis que les Rabbins l’entendaient comme se référant au Temple de Jérusalem, supposant qu’il était ainsi nommé parce qu’il purgeait Israël du péché (litt. « il blanchit leurs péchés » ; Yoma 39a).
E. G. H. M. Sel.
LEBENSOHN, ABRAHAM DOB BAR BEN HAYYIM (surnommé Michailishker ; pseudonyme, Adam) : hébraïsant russe, poète et grammairien ; né à Wilna, Russie, vers 1789 ; mort là le 19 nov. 1878. Comme tous les enfants juifs de cette époque en Russie, il fut instruit comme talmudiste, mais s’intéressa à la grammaire hébraïque et à la ponctuation lorsque, à l’âge de onze ans, on lui apprit à lire publiquement les portions hebdomadaires de la Loi. Il fut marié, selon la coutume de ces temps, dès qu’il eut célébré son bar mizwah ; et il passa les huit années suivantes auprès des parents de sa femme à Michailishok, gouvernement de Wilna. C’est de là qu’il conserva le surnom « Michailishker », par lequel on le connaissait vulgairement ; cela explique aussi la dernière lettre de son nom de plume « Adam » (formé des initiales d’Abraham Dob Michailishker), tandis que le nom de famille « Lebensohn », qu’il adopta, est une traduction littérale de « ben Hayyim ». Il vécut ensuite environ quatre années à Osiniyany, dans le gouvernement de Wilna, où il tenta de s’établir comme marchand. À cette époque il était devenu un savant rabbinique accompli ; mais il consacra la plupart de ses loisirs à l’étude des ouvrages poétiques et grammaticaux hébraïques. De retour dans sa ville natale, où il demeura pour le reste de sa vie, il se consacra à l’enseignement, profession qu’il exerça jusqu’à un âge avancé, sauf pendant environ quinze années où il fut courtier.
Son premier ouvrage poétique publié fut le « Shir Habibim » (Wilna, 1822), en l’honneur du mariage du comte Tyszkiewicz, l’un des plus puissants nobles de Lituanie. Lui succéda « Ebel Kabed » (ib. 1825), une élégie sur la mort du rabbin Saul Katzenellenbogen ; cet ouvrage établit la réputation de l’auteur comme poète hébreu. La publication du premier volume de sa poésie, intitulé « Shire Sefat Kodesh » (Leipsic, 1842 ; 2e éd. Wilna, 1863), marque le début d’une nouvelle époque dans la littérature néo‑hébraïque en Russie. C’est le premier ouvrage poétique de la littérature rajeunie pouvant être favorablement comparé aux œuvres du même genre produites en Europe occidentale. Il fut accueilli avec un enthousiasme illimité. Des milliers de jeunes gens, en sympathie avec le mouvement de la Haskalah, dont Lebensohn devint le principal porte‑parole en Lituanie, apprirent par cœur les chants de « Shire Sefat Kodesh » ; et la renommée de l’auteur se répandit dans tous les centres d’études hébraïques.
Lorsque Sir Moses Montefiore visita Wilna en 1846, Lebensohn lui prépara pour examen un article sur l’état des Juifs en Russie et les moyens d’en améliorer la condition. Ce document intéressant, incarnant les vues tenues par les Maskilim de cette période, résumait les maux dont souffraient les Juifs et exposait hardiment qu’ils étaient eux‑mêmes responsables de leurs tribulations. Le manque d’instruction et d’habileté artisanale, les mariages trop précoces, l’ignorance des rabbins et des maîtres, et l’extravagance furent décrits comme les quatre « abot nezikin » ou fautes principales ; et l’on proposa un soulagement, comme c’était usuel alors, par l’intervention gouvernementale (voir I. M. Dick, « Ha‑Orah », et Lebensohn, « Yeter Shire Adam », pp. 67 et suiv.).
En 1848 Lebensohn fut nommé l’un des professeurs principaux de la nouvelle école rabbinique de Wilna, poste qu’il remplit honorablement pendant près de vingt ans, jusqu’à ce que l’âge et la vue déclinante l’obligent à l’abandonner. Il fut remplacé par son gendre Joshua Steinberg. La même année 1848, il commença, conjointement avec le bibliographe Benjacob, la publication d’une nouvelle édition de la Bible, avec traduction allemande, ajoutant lui‑même d’utiles glosses au « bi’ur » (« Mikra’e Kodesh », Wilna, 1848‑53). Quelques‑uns de ses commentaires sur la Bible furent plus tard imprimés séparément comme supplément à cette édition (« Bi’urim Hadashim », ib. 1858). Un second volume de « Shire Sefat Kodesh » parut à Wilna en 1856 (2e éd., ib. 1869) ; et en 1869 fut publié « Yeter Shire Adam », le troisième volume de la même œuvre, contenant aussi des poèmes écrits par son fils Micah Joseph Lebensohn. Les ouvrages postérieurs les plus importants sont le drame allégorique « Emet we‑Emunah » (fév. 1867 ; 2e éd., ib. 1870), qui a pour thème l’harmonisation de la science et de la religion ; et « Yitron le‑Adam » (ib. 1874), un commentaire sur la grammaire hébraïque bien connue de Ben‑Ze’eb, « Talmud Leshon Ivri », avec laquelle elle a souvent été réimprimée. Une nouvelle édition des trois volumes de « Shire Sefat Kodesh » parut à Wilna en 1895.
Lebensohn est l’auteur de plusieurs autres ouvrages de moindre importance et de nombreux articles dans les périodiques. Il exerça presque autant d’influence par sa puissante personnalité que par ses efforts littéraires, et fut reconnu dans ses dernières années comme le pionnier de la Haskalah dans le nord‑ouest de la Russie. Les Maskilim de Wilna se considéraient comme ses disciples, tandis que les fanatiques voyaient en lui l’incarnation de toutes les caractéristiques réprouvées du mouvement progressiste.
Il eut deux fils, Micah Joseph, cité ci‑dessus, et AryeK Lob, qui fut un homme d’affaires éminent à Wilna.
Bibliographie : Fietm. Safah Ie‑Ne’etnanim, pp. 156‑158, Wilna, 1881 ; idem, Keneitet Yiarael, pp. 36‑37 ; Gordon, in Yevreiskaya Biblioteka, viii. 160‑177 ; Mandelkern, in Ha‑Asif, iii. 117‑125 ; Zeitlin, Bibl. Post‑Mendelssohn, pp. 192‑194.
LEBENSOHN, MICAH JOSEPH : poète hébreu russe ; né à Wilna, Russie, 22 févr. 1828 ; mort là le 17 févr. 1852. Son père, le poète Abraham Dob Lebensohn, lui transmit l’amour de la poésie hébraïque, et Micah Joseph commença très jeune à traduire et à composer des chants hébreux. Il souffrit de la consomption pendant les cinq ou six dernières années de sa courte vie. En 1849 il se trouvait à Berlin, puis se rendit à Salzbrunn et dans d’autres stations thermales, où il chercha vainement un soulagement à la terrible maladie qui l’avait atteint. Vers la fin de 1850 il abandonna tout espoir de guérison et retourna à Wilna, où il s’éteignit peu après.
Les œuvres poétiques de Lebensohn sont : « Harisut Troya » (Wilna, 1849 ; 2e éd., ib. 1869), une traduction des troisième et quatrième livres de l’Énéide de Virgile d’après la traduction allemande de Schiller ; « Shire Bat Ziyyou » (ib. 1851 ; 2e éd., ib. 1869), poèmes épiques sur des sujets juifs, dont son beau‑frère Joshua Steinberg publia une traduction allemande intitulée « Gesänge Zion’s » (s.d. 1859) ; et « Kinnor Bat Ziyyon » (ib. 1870), un second volume des chants précédents, imprimé à titre posthume par son père. Les élégies les plus remarquées sur sa mort sont celle de son père, intitulée « Mikal Dim'ah » (dans la seconde partie de « Shire Sefat Kodesh »), et le drame allégorique de J. L. Gordon, « Ho Ah », qui figure dans la première partie de « Kol Shire Yehudah ».
La poésie de Lebensohn dépasse celle de son père ; elle se caractérise par un profond pathos et une beauté d’expression rares dans le vers néo‑hébreu. Elle est également remarquable pour l’expression du fort désir de vivre du jeune poète et de la crainte d’une dissolution précoce qui pesait sur son esprit.
Bibliographie : Brainin, in Ost und West, ii, nº 4 ; Der Jud (Cracovie), iv, nº 15 ; Mandelkern, in Ha‑Asif, iii. 425‑429.
